Bonjour tout le monde !
Je tiens à m'excuser platement pour le temps mis à publier ce chapitre, mais entre le rythme des cours et les partiels à préparer, j'ai vraiment été débordée (bien sûr, tout ceci ne serait pas arrivé si nous avions eu d'autres traducteurs :-p
(Petit note : Angelofdarkness, écris-moi directement par mail, ce sera plus simple, sinon je crois qu'on ne s'en sortira pas lol l'adresse est dans mon profil)
Sinon, pour ceux qui seraient intéresser, Alana m'a fait parvenir l'adresse du site (en anglais) du premier roman de Cassandra Claire, City of Bones : (grmph... impossible de faire passer l'adresse... je la posterai en review, tant pis)
Chapitre traduit par Muriel et Kya et corrigé par Fred.
Bonne lecture !
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Chapitre Deux : Nouvelle peau pour la vieille cérémonie
Une nuit j'ai brûlé la maison que j'aimais,
Elle éclaira un cercle parfait,
Dans lequel j'ai vu des herbes et de la pierre
Au-delà – rien du tout.
Certaines créatures de l'air
Effrayées par la nuit,
Vinrent pour voir le monde à nouveau
Et périrent dans la lumière.
Je navigue désormais de ciel en ciel
Et tous les signes de noirceur
Contre le navire que j'ai construit
D'ailes mutilées.
--Leonard Cohen
Drago s'assit sur le rebord de la fenêtre de sa petite chambre, regardant le soleil se lever sur la Forêt Interdite. Le ciel était d'un blanc nacré, roussi par le soleil au sommet des arbres ; l'air cristallin de l'hiver était dépourvu de tout nuage. La lueur de l'aube entra par la fenêtre en arc de cercle, et des ombres rosées caressèrent son visage.
Il faisait désormais assez clair pour lire sans avoir recours à une bougie. Il tenait à la main le parchemin que Rhysenn lui avait donné la nuit précédente. C'était un morceau de parchemin blanc portant un seul mot écrit à l'encre noire par une écriture qu'il ne connaissait pas.
Venio.
Il laissa lentement tomber la lettre qui prit feu au cours de sa chute, de manière à ce que seules des cendres atterrissent sur le sol de pierre nue, et se glissent dans les interstices entre les pierres. En quelques instants, ce fut comme si elle n'avait jamais existé.
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Il faisait froid dans l'antique pièce de pierre. Ils se tenaient devant le miroir, tous deux trempés jusqu'aux os à cause de la pluie. Elle regarda Harry, les cheveux collés au front par la pluie tels des veines sombres dissimulant sa cicatrice. Ses yeux verts étaient le seul élément de couleur dans son visage pâle.
"Vas-y, Hermione." dit-il. "Qu'est-ce que tu vois ?"
Elle regarda le miroir à la surface bleue-argentée, et s'avança jusqu'à ce qu'une image nette apparaisse. Elle se vit, dans des vêtements secs, les yeux grands ouverts et sereins, et elle n'était pas seule…
Elle tourna la tête vers Harry. "Ce n'est pas vrai." nia-t-elle, et elle tendit une main vers lui. "Ce n'est pas vrai." mais il était parti, et il n'y avait plus de rire, plus de chant du phénix, plus de neige, plus de chants d'oiseaux. Juste l'écho du silence et de la pluie incessante.
Hermione se réveilla en sursaut. Ses paupières étaient lourdes et ses yeux étaient secs de fatigue. Elle se retourna en faisant attention à ne pas réveiller Harry qui dormait à ses côtés sur le dessus-de-lit. Il s'était endormi dans sa cape rouge et elle avait abandonné l'idée de la lui enlever.
Elle s'allongea sur le côté, et le regarda. Il dormait profondément, comme drogué. Un de ses bras était écarté, la main à demi-ouverte posée sur l'oreiller. Ça lui fit penser au sommeil d'un bébé : une sorte de sommeil confiant et sans défense. Son autre bras était plié contre son ventre, le poing serré autour de la cicatrice déchirant sa paume. Ses cheveux noirs étaient éparpillés sur l'oreiller, ses paupières étaient bleuies par la fatigue, tout comme sa mâchoire et son menton là où il n'était pas rasé.
Une douleur lancinante traversa Hermione alors qu'elle le dévisageait : de la peur mêlée à du protectionnisme et de l'amour. A travers ses traits, elle pouvait voir l'enfant qu'il avait été, le petit garçon avec ses vêtements trop grands et ses cheveux indomptables, coriace et rebelle, confiant et brave. Elle se souvint de la première fois qu'elle l'avait enlacé. Harry, tu es un grand sorcier, tu sais.
Il avait secoué la tête. Pas autant que toi.
Moi ? J'ai tout appris dans les livres. Mais il y a des choses beaucoup plus importantes, le courage, l'amitié… Oh, Harry, sois prudent !
Elle se souvint l'avoir vu après ça, à l'infirmerie. Elle était sûre qu'il était mort, et quand elle l'avait vu en vie, une sorte de terreur s'était emparé d'elle et l'avait empêché de l'étreindre, sûrement due au fait que ne l'ayant pas perdu là, elle risquait d'autant plus de le perdre maintenant. Elle se rapprocha prudemment de lui, de manière à ce que sa main repose sur lui et bouge au rythme de sa respiration. Il sembla se tendre sous ce toucher et, très lentement, ses paupières s'agitèrent et s'ouvrirent. Sans ses lunettes, ses yeux étaient deux fines fenêtres émeraudes bordées de cils noirs.
Elle retint sa respiration et attendit. Serait-il en colère ; se souviendrait-il de leur dispute ; se souviendrait-il de l'autre nuit, après qu'elle l'ait amené dans sa chambre ? Bien que tout ce qu'il ait fait fut de s'endormir après avoir repoussé ses mains qui voulaient l'aider à ôter ses bottes.
Mais ses yeux verts étaient toujours embrumés de sommeil, et il lui sourit paresseusement sans surprise, comme s'il s'attendait à la voir en se réveillant. Il se tourna de manière à présenter ses bras, et elle vint s'y blottir, sentant la légère humidité de la cape sous ses doigts. Ils restèrent ainsi sans parler quelques minutes avant qu'elle ne sente sa prise se desserrer, et il la relâcha, déplaçant sa main droite pour toucher son visage.
Très doucement, elle demanda : "Comment te sens-tu ?"
Il s'éclaircit la gorge, et grimaça. "Je suis au lit avec mes chaussures et j'ai l'impression qu'on a lâché un trois tonnes sur ma tête. A part ça, ça va." Il lui sourit. "Et tu es là, ce qui diminue considérablement tout ça." Le sourire fit place à un regard interrogateur. "Est-ce qu'on a… fait quelque chose cette nuit ?"
Hermione lui sourit doucement. "Quoi, tu ne te souviens pas de notre première fois ?"
Harry se redressa d'un bond, et secoua vivement la tête. "Oh…" gémit-il en la regardant d'un air suppliant. "On ne l'a pas fait ! Dis-moi qu'on ne l'a pas fait."
Hermione croisa les bras et le regarda en plissant les yeux. "Pourquoi, ce serait une mauvaise chose ?"
"Si je ne m'en souviens pas, ce serait une très mauvaise chose !"
Hermione repoussa ses boucles et haussa les épaules. "Tu étais trop ivre pour faire autre chose que t'effondrer sur le lit après avoir vomi sur des livres dans la salle commune ; je pense que tu dois des excuses à Neville."
"Je ne t'ai pas vomi dessus, hein ?"
Hermione sourit. "Comme c'est romantique. Non, tu ne m'as pas vomi dessus. Ni sur Drago d'ailleurs, ce qui est décevant. Je me demande comment il l'aurait pris."
"Mal, je suppose." Harry se frotta les tempes. "Je ne me souviens de presque rien de la nuit dernière après..." Il devint soudain très pâle. "Après..." Elle remarqua que la prise de conscience transformait son expression, puis le choc, puis l'horreur. "Oh, mon dieu !" soupira-t-il, l'air misérable. "Oh, mon dieu. La nuit dernière. Qu'est-ce que tu dois penser de moi ? Je ne sais pas ce qui m'a pris…"
"Environ un litre de vodka, apparemment."
"Je pense que c'était du gin." corrigea-t-il distraitement. Il la regarda, pâle et plein de remords. "Hermione, je…"
"Suis allé dans un club de strip-tease. Je sais."
Harry sembla sur le point de tomber du lit. "Tu sais ? Comment le sais-tu ?"
"Tu parles dans ton sommeil." révéla-t-elle en le frappant du doigt.
"Oh." Harry eut l'air très embarrassé, ce qu'elle trouvait plutôt mignon ; ses oreilles devinrent rouges et il se mordit la lèvre. "Je, euh…"
"Qui est Angélique ?"
"Angélique ?" bégaya Harry. "C'était, hmm, la barmaid."
"La barmaid seins nus ?"
"O-oui. Bon, elle avait beaucoup de cheveux."
"Vraiment." La voix de Hermione se teinta de mépris. "Et Rogue était-il vraiment là à jouer de la clarinette ?"
"Hermione !" Harry reposa l'oreiller qu'il serrait dans un geste de désespoir. "Je ne sais pas comment je suis arrivé à la Belette Sordide, c'est simplement arrivé, et je me ferai pardonner, je t'achèterai à toi et à Ginny des numéros du calendrier de Playwitch…"
"J'ai entendu que Charlie était en Février." remarqua Hermione, intriguée.
"Pardonne-moi !"
Hermione poussa un soupir exaspéré. "Oh, Harry, pour l'amour de dieu, je m'en fiche. Tu es allé boire, tu es allé à… euh, la Belette Sordide, quel nom ridicule, je m'en fiche, je sais exactement sur qui jeter le blâme, et c'est sur Drago. Mais je ne lui en veux même pas, il essayait juste de te remonter le moral et si ça avait marché, pour l'amour du ciel, j'aurais été la première personne à l'en remercier. Je me suis tellement inquiétée…"
"Je ne suis pas désolé que pour ça." Il se leva et la prit par les poignets pour qu'elle en fasse autant. Elle s'exécuta et se tint contre lui, le visage levé pour le regarder. Elle se souvint de quand ils faisaient la même taille. Ça n'avait pas duré. "Il y a aussi ce qui s'est passé dans la salle commune. Je suis désolé pour ça."
Hermione hésita.
Les mains de Harry se resserrèrent. Au fond de ses yeux, elle put voir de l'inquiétude, et une panique grandissante. Il avait peur qu'elle ne lui pardonne pas, et pourquoi ? Parce qu'il sait que quoi qu'il me cache, c'est sérieux, et si je savais ce que c'était, je serais en colère. Très en colère.
"Bien sûr que je te pardonne." Elle entendit sa propre voix comme si elle était loin : distante et un peu froide. "Il n'y a presque rien que tu pourrais faire et que je ne puisse te pardonner, et tu le sais."
Un peu de peur quitta son expression, mais une certaine anxiété demeura, comme l'image du soleil contre des paupières closes. Il y avait toujours cette obscurité dans ses yeux. Hermione la comparait parfois à l'obscurité de ce placard sous l'escalier, cette ombre qui ne le laissait jamais. "Alors quoi..."
"Je ne sais pas ce qui te dérange, Harry. Mais il y a quelque chose. Tu penses que je ne le sais pas ?" Elle ôta ses poignets de sa prise, prit ses mains et les retourna. Une affreuse trace bleutée parcourait le long du côté droit de sa main, et ses paumes portaient des traces d'ongles. "Tu te détruis à propos de quelque chose, aussi bien au sens propre que figuré. Et si tu ne me dis pas ce qui nous sépare, alors tu creuses un fossé entre nous. Et si un jour, je n'arrive plus à t'atteindre, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même."
Elle leva les yeux vers lui, et vit son expression trembler, montrant un peu du Harry qu'elle connaissait : vulnérable, désorienté, aimant farouchement. Puis il détourna le regard. Il demanda : "Donne-moi juste un peu de temps."
Elle soupira. Elle se sentait très fatiguée, mais une fois encore, elle avait très peu dormi. "Fais ce que tu as à faire, Harry."
"Je t'aime !". Son ton était plein d'espoir, un peu défensif. Mais elle réagit cependant à la déclaration, comme toujours. Elle leva la tête et l'embrassa gentiment. Elle passa ses bras autour de lui et il l'étreignit, le visage enfoui dans ses cheveux. Mais alors qu'ils se tenaient ainsi, aussi proches qu'il était possible de l'être, Hermione sentit la distance entre eux.
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Petit déjeuner. Ginny mangeait avec morosité son assiette d'œufs et de toasts. Elle n'était pas certaine de la raison de son humeur. Peut-être était-ce le trac pour le match de cet après-midi, ou peut-être était-ce parce qu'elle n'avait pas dormi de la nuit. Elle était resté allongée dans son lit à penser au visage de Drago quand il lui avait dit : "Je ne t'ai jamais rien promis." Son expression si vide, ses yeux gris si indéchiffrables. Elle pensait que ce vide était pire que la froideur qu'il montrait parfois. Au moins, la froideur était un sentiment. Le vide était… rien du tout. Et c'était exaspérant. Parfois, elle se demandait si les gens tombaient amoureux de lui si facilement parce qu'il était indéchiffrable, comme une belle maison vide. Tu peux imaginer n'importe quoi en elle.
Elle se demanda si Blaise savait comment le lire, ou quelqu'un d'autre. Peut-être Harry. Quand il essayait.
Argh ! Ginny avala une autre bouchée d'œuf et se retint de regarder vers la table des Serpentards, chose pour laquelle elle était devenue douée. Drago était impossible. Totalement impossible. Il y avait bien d'autres garçons attirants dans l'école. Seamus Finnigan par exemple. Il n'était pas très loin d'elle, à manger du porridge. Avec ses cheveux d'un blond foncé, ses yeux bleus et son accent irlandais, Seamus était certainement attirant. Pas un mauvais joueur de Quidditch d'ailleurs. Alors, pourquoi ne s'intéressait-elle pas à lui ?
"Ginny ?" Seamus la regardait étrangement. "Est-ce que j'ai quelque chose sur le visage ?"
Ginny réalisa d'un coup qu'elle le fixait depuis un moment. "Oh. Euh. Non."
"Si, tu as quelque chose." intervint Dean. "Un bon paquet de tâches de rousseur."
"Je n'en ai pas." répondit amicalement Seamus. C'était vrai : Ginny, étant une Weasley, savait reconnaître un paquet de tâches de rousseur quand elle en voyait. Seamus n'en avait qu'un peu, de chaque côté du nez.
"Tu en as."
"Je n'en ai pas."
Ginny abandonna Seamus et Dean à leur petit jeu. Ils étaient capables de continuer comme ça encore longtemps. Elle regarda autour d'elle avec espoir, comme si Harry, Hermione ou Ron allaient spontanément apparaître, mais non, ils étaient tous en retard. A côté d'elle, Lavande et Parvati étaient en proie à une crise de gloussements. Ginny saisit avec difficulté les mots Drago, si et mignon. Elle posa sa fourchette et leva les yeux pour voir qu'elles fixaient bel et bien la table des Serpentards où Drago était en pleine discussion avec Malcolm Baddock.
Ginny soupira. Depuis qu'Hermione leur avait dit, probablement sans réfléchir, que Drago Malefoy n'était pas si mal quand on le connaissait, elles se sentaient libre d'exprimer le béguin qu'elles dissimulaient certainement depuis longtemps. Le simple fait de le voir se lever et s'asseoir à la table des Serpentards aux heures de repas était devenu un spectacle pour elles.
"Tu sais, dans un sens, c'est une chance qu'il soit à Serpentard." remarqua Parvati d'un ton un peu ému. "Le vert lui va vraiment bien."
"Oh, pour l'amour du ciel !" Ginny roula des yeux. "Ecoutez-moi vous deux. 'Voilà Drago Malefoy, allons lui jeter nos culottes dans un élan de passion' Je le pense, vraiment. Peu importe ce qu'il adviendra de la fierté des Gryffondors et…"
"Pas besoin de lui jeter nos culottes." l'interrompit sévèrement Lavande. "Il sort avec Blaise."
Ginny reposa son verre de lait avec force. "Tu connais le sens du mot sarcasme ?" Elle se demanda, et pas pour la première fois, ce qu'elles diraient si elle leur racontait qu'elle avait eu de nombreux bécotages avec lui au cours de l'été et qu'il n'avait rien de spécial. Elle chassa l'idée : premièrement, elles ne la croiraient pas de toute façon, et deuxièmement parce que ce n'était pas totalement vrai. "De toute façon, depuis quand êtes-vous proches de Blaise ?"
Parvati haussa les épaules. "Tu ne peux pas empiéter sur le territoire d'une autre fille, même si c'est une Serpentard. C'est le Code de Conduite Féminin."
Ginny haussa un sourcil. "Le Code de Conduite Féminin ?"
"C'est comme le Code de Conduite Sorcier." lui glissa une voix familière à l'oreille. "Avec beaucoup plus de corsets."
Ginny se retourna et vit son frère s'asseoir à côté d'elle. "Ron !" s'exclama-t-elle, étonnée. "Tu as une mine affreuse."
Il avait un air effrayant, ou du moins l'air de quelqu'un n'ayant pas dormi de la nuit : ses cheveux étaient en bataille et il avait des cernes sombres sous les yeux. Mais son sourire rayonnait de bonne humeur. "Merci, Gin. Je sais que je peux toujours compter sur toi pour flatter mon ego." Il tendit une main. "Œufs !" ajouta-t-il.
Ginny lui tendit le plat d'œufs. "Tu n'as pas dormi, ou quoi ?"
Trop occupé à enfourner de la nourriture, Ron ne répondit pas. Quelques instants plus tard, Harry et Hermione les rejoignirent à la table. Aucun d'eux ne semblaient particulièrement reposé, bien que cela surprit Ginny beaucoup moins. La dernière fois qu'elle avait vu Harry, il était inconscient dans la neige, et elle supposait qu'Hermione avait passé la nuit à prendre soin de lui. "Bonjour !" s'exclama-t-elle joyeusement. Harry sourit. Hermione, dont la peau était presque translucide de fatigue, eut un sourire las. "Je suis si heureuse qu'on ait un match contre Serpentard aujourd'hui !" ajouta jovialement Ginny. "Harry et Ron semblent prêts à nettoyer le terrain en rampant dessus. J'ai une suggestion, Harry. Quand tu verras que Drago va attraper le Vif, pourquoi est-ce que tu ne lui vomirais pas dessus ?"
"Eurgh." gémit Harry en devenant vert.
"Ça ira." dit Ron en poussant discrètement le pichet d'eau vers Harry. "Ré-hydrate-toi, Harry."
Pendant que Harry buvait consciencieusement son eau, Hermione le regarda anxieusement. "Oh, va chez Madame Pomfresh, d'accord ?" lança-t-elle finalement. "Je sais qu'elle a des potions contre la gueule de bois quelque part, et je n'ai pas le temps de t'en faire une avant le match. Il faut au moins une journée pour la préparer."
"D'accord." Harry agita faiblement la main. "J'irai. J'irai avant l'Histoire de la Magie."
"C'est bien." acquiesça Ginny. "Parce que tu as l'air incapable de voler, à moins d'être propulsé par un canon."
"Tu es simplement agacée parce que je suis allé boire avec Drago, et tu ne l'aimes pas," rétorqua Harry, l'irritabilité le rendant direct.
"Chuut !" siffla Ginny en renversant presque son verre de lait. "Son fan club va t'entendre."
"Drago a un fan club ?" demanda Harry avec un franc amusement.
Ginny désigna Lavande et Parvati du menton, qui gloussaient désormais avec des filles de sixième année. "Oui, et elles sont en plein meeting."
Ron grogna. "Est-ce qu'il y a un problème avec leur club de bridge ?"
Hermione s'étouffa dans son jus de citrouille, puis pouffa. "Ron..."
"Oui ?"
Hermione le regarda innocemment. "Rien." Elle posa son verre et sourit. "J'étais sur le point de dire que j'avais de la Potion de Pepperup dans ma malle si tu veux. Tu as l'air fatigué."
"Je ne suis pas fatigué." affirma Ron en baillant largement. "Ça va."
Hermione haussa un sourcil. "Tu te souviens qu'on a une réunion de préfets à deux heures, n'est-ce pas ?"
"Bon point. Pas de Potion de Pepperup pour moi. Ce serait cruel de me priver de l'opportunité de dormir à une de ces réunions."
"Et le mystère autour de ta nomination en tant que Préfet-en-Chef s'épaissit." souligna Hermione en secouant la tête.
Ron sembla insulté. "Parfois, je me demande ce que tu dis de moi quand je ne suis pas là."
Harry tendit le bras et tapota Ron dans le dos. "Ron possède de nombreuses qualités de leader."
"Oui." approuva Hermione. "Il dirige la Maison à coup de devoirs non faits, de Bièrabeurre, et de lettres de tartes françaises aux noms stupides."
"C'est vrai que Hermione n'est pas un nom ridicule…" ironisa Ron
"Ça n'a rien à voir avec mon nom !" commença à s'indigner Hermione avant de sursauter. "Ouille ! Ron !" Elle le dévisagea. "Je ne peux pas croire que tu m'aies frappée sous la table. C'est tellement immature !"
Ron lui sourit aimablement. Ginny se souvint d'une fois où quelqu'un (elle suspectait Drago) avait changé les lettres de son badge de Préfet-en-Chef pour qu'au lieu de lire : "Ron Weasley, Préfet-en-Chef", on lise : "Ron Weasley, Bâtard Orgueilleux." Ron n'avait pas été amusé, malgré le fait que des années auparavant, il avait trouvé que modifier le badge de Percy était hilarant.
Peut-être, songea-t-elle, que Harry n'avait pas été stupide de refuser le poste de Préfet-en-Chef en fin de compte.
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Le plafond de la salle des Préfets disparaissait dans l'obscurité au-dessus des têtes. La table ronde, était placée au milieu de la pièce, autour de laquelle des générations d'étudiants s'étaient assis et avaient laissé leur marque : incisions de plumes, initiales gravées, tâches d'encre. Au centre de la table, se trouvait un anneau argenté d'environ vingt-cinq centimètres de diamètre légèrement surélevé.
Le mur nord de la pièce comportait deux fenêtres de verre coloré, une couleur or, une bleue ; les fenêtres du mur sud étaient verte et rouge. Ron se tenait en bout de table, le dos appuyé au mur est.
"La réunion va commencer." Il donna un coup léger sur la table et sourit. "Très bien, asseyez-vous." Il leva le menton en direction de Drago, qui était toujours debout à la porte. "Malefoy, viens là et assieds-toi. Tu es en retard."
Les autres préfets (chaque maison nommait deux préfets par an à partir de la cinquième année, ce qui faisait vingt-quatre en tout) se tournèrent vers lui. Pansy Parkinson, l'autre préfète de Serpentard, roula des yeux et poussa la chaise à côté d'elle de manière à ce qu'il puisse s'y installer. Le dossier de chaque chaise de préfet de Serpentard était surmonté d'un serpent argenté. "Assieds-toi !" ajouta-t-elle.
Il ne bougea pas. Ses yeux parcoururent la table et allèrent se poser sur Ron. "Où est Hermione ?"
Ron sembla irrité. "Elle ne pouvait pas être là. Ça va être une réunion courte et elle m'a demandé de parler en notre nom à tous deux."
"Vraiment." Drago fit lentement le tour de la table et s'installa à côté de Pansy. Ce qui le positionnait directement à la gauche de Ron. Il baissa la voix, "Tu ne sais pas où elle est, n'est-ce pas ?"
Ron, en rassemblant des feuilles, l'ignora.
"Elle ne manquerait une réunion sous aucun prétexte. Elle aime les réunions encore plus qu'elle ne m'aime moi."
"Elle aime la syphilis plus qu'elle ne t'aime, Malefoy !" siffla Ron.
Justin Finch-Fletchley, assis un peu plus loin, haussa un sourcil. "Quelqu'un a parlé de syphilis ?"
"Je disais juste à Ron qu'avec un peu de pommade, ses symptômes devraient vite disparaître." déclara platement Drago.
"Je ne pense pas que la syphilis soit un sujet approprié à une réunion de préfets." observa Pansy en secouant la tête de manière à faire voler ses boucles d'oreilles.
"C'est vrai." convint Drago. "Je pense que nous devrions parler de problèmes plus importants, comme ce complot méconnu qui nous fait croire que la Tour d'Astronomie sert à enseigner l'astronomie, alors que nous savons tous que les gens y montent pour s'y rouler des pelles."
"Je me sers de la Tour d'Astronomie pour l'astronomie !" s'exclama Justin avec humeur.
"Oui, bon, tu n'es qu'un triste désespéré, n'est-ce pas, Finch-Fletchley ?"
"Félicitations, Malefoy !" déclara fortement Ron pour couvrir les murmures de protestations qui avaient suivi la remarque de Drago. "Cinq minutes de réunion et tu es déjà turbulent. Et tu te demandes pourquoi personne ne t'apprécie…"
"Je m'étais juste dit que ça nous ferait gagner du temps." répondit Drago, mais il leva les mains, et haussa les épaules en souriant d'un air pacifique. C'était un sourire poli qui n'atteignit cependant pas ses yeux. "Je suis prêt à parler business."
"Non, tu es prêt à te taire et à écouter. Encore un mot et c'est vingt points de moins pour Serpentard." Ron leva sa baguette et l'agita en direction du centre de la table où l'emblème de Poudlard était gravé dans l'anneau argenté. "Ascensus orbis !" incanta-t-il, et le cercle se détacha et se souleva dans les airs paresseusement. Ron le regarda jusqu'à qu'il se soit élevé d'une trentaine de centimètres. Il parla alors. "Cette réunion est désormais commencé. Très bien, donc, première chose à l'ordre du jour… La demande à ce que tous les préfets de l'école recherchent Trevor le crapaud… Rejetée à l'unanimité. Désolé, Neville !"
Neville, qui n'était pas préfet mais avait été autorisé à participer à la réunion pour assister au résultat de sa requête, sembla résigné.
"Très bien, donc, la Septième Edition de la Tournée des Pubs." enchaîna Ron, en agitant plusieurs papiers. "L'année dernière était un désastre, avec au moins six étudiants trop jeunes qui avaient pris de la Potion de Vieillissement pour passer les barrières de sécurité, et deux sixièmes année qui avaient bu une bouteille entière de vin de Géant et qui s'étaient mutuellement ensorcelé. L'un d'eux a toujours des antennes vestigiales qui lui sortent de la tête. Nous ne pouvons autoriser que des choses pareilles se reproduisent cette année."
"Et bien, qu'est-ce qu'on peut y faire ?" demanda Padma Patil. Tandis qu'elle parlait, le cercle prit la teinte bleue de Serdaigle.
"Je pense que nous aurions besoin de plus de règles spécifiques." suggéra Justin, et le cercle devint doré. "Comme ne pouvoir consommer ces Boissons Lévitantes qu'à l'intérieur."
Tout le monde gloussa. Personne autour de la table n'avait participé à la précédente Tournée des Pubs, mais ils avaient tous entendu parler d'Eric Sorenson, le septième année qui avait lévité jusqu'à la hauteur du clocher de Pré-au-Lard et qui avait dû être rattrapé par des habitants en balai.
"Bon, quels établissements sont impliqués cette année ?" demanda Padma.
"Fred et George vont transformer les Farces pour Sorciers Facétieux en vignoble..." commença Ron.
"Le Vignoble pour Sorciers Facétieux ?" l'interrompit Drago, et le cercle devint vert.
"Uh-huh." grogna brièvement Ron. "Les Trois Balais, bien sûr, la Tête de Sanglier et le Lémurien Sournois, ainsi que Florian Fortarôme qui apportera des sorbets à la Bièrabeurre, Honeyduke's offrira des bonbons gratuits, la librairie proposera des infusions à ceux qui voudraient profiter de l'événement sans s'intoxiquer…"
"Mauviettes !" commenta Drago.
"… et l'apothicaire sera ouvert. Ce n'est qu'un simple événement. Tout le monde prendra un parchemin en partant, expliquant quel établissement offrira des rafraîchissements. Qui veut distribuer les parchemins ?"
Tout le monde se regarda, mais Pansy se porta finalement volontaire, sûrement, d'après Drago, parce qu'elle n'avait pas encore de partenaire pour l'événement.
"Très bien, maintenant la question principale est d'empêcher les étudiants plus jeunes de resquiller. Les sixièmes année particulièrement pensent qu'ils sont assez âgés pour le Bal de fin d'année." ajouta-t-il en jetant un coup d'œil aux préfets de sixième année qui grognèrent. "Maintenant, en terme de solutions..."
La voix de Ron se tut peu à peu en Drago à mesure que la fatigue de la nuit précédente s'abattait sur lui. Il avait du mal à garder les yeux ouverts. En se frottant les yeux, Drago regarda la table, espérant avoir l'air d'être perdu dans ses pensées, et ferma les yeux. Le son des autres voix s'éteignit peu à peu, et l'obscurité du sommeil l'enveloppa.
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"Où est mon serviteur ?"
"Il est dans l'autre pièce, mon Seigneur. Il a apporté ce qu'on lui a demandé, et il demande à nouveau votre clémence."
Une respiration sifflante, tranchante. "Laisse-le entrer."
C'était la même pièce, bien que le mobilier se soit diversifié. Sur la longue table contre le mur étaient empilés toutes sortes d'objets magiques. Des flasques argentées, des mortiers de jade. Des chaudrons dont le contenu brillait d'un vert angoissant. Il voyait la pièce d'un nouvel angle désormais, faisant face aux deux hommes côte à côte, les yeux baissés vers le pentagramme au sol. Derrière, il put voir un mur couvert de rayonnages. Ceux-ci supportaient toutes sortes de choses : des jarres de parchemins momifiés, des cartes du ciel, des creusets, des brasiers miniatures, plusieurs bougies et ce qui semblait être un athanorum : un four d'alchimiste. Une tapisserie pendait sur le mur sud, touchant presque la table : elle représentait un crâne avec des fleurs sortant des orbites, et des mots brodés en dessous :
Je suis l'assassin qu'aucune serrure ne peut arrêter.
"Ça pourrait ne pas être le bon miroir, mon Seigneur." remarqua anxieusement Lucius Malefoy en jetant un coup d'œil à son maître. Il portait une robe cramoisie, décorée de noir. Il portait souvent du rouge dans les bois quand lui et Drago s'étaient battus il y a des années. "Ça cache le sang." avait-il expliqué.
"Ce sera le bon miroir." certifia Voldemort
Une haute porte dissimulée dans le mur s'ouvrit, et Queudver entra, un miroir de taille moyenne à la main. C'était un bel objet : la surface réfléchissante était faite d'argent poli et le corps et la poignée étaient fait de bronze. La poignée était tordue comme une tresse, le bord gravé de tornades et d'oiseaux. Cela rappela vaguement à Drago le travail du fourreau de l'épée de Gryffondor.
Queudver s'agenouilla devant le Seigneur des Ténèbres, la tête baissée. Voldemort tendit une main pâle aux longs doigts, et lui prit le miroir. De sa position derrière le Seigneur des Ténèbres, Drago put voir Voldemort lever le miroir et regarder pensivement sa propre expression diabolique.
Puis il ouvrit la main. Le miroir s'éleva lentement dans les airs d'environ trente centimètres et resta là, comme retenu par un champ magnétique.
Voldemort parla : "Speculum, speculum. Dei gratia."
Une voix s'éleva du miroir : "Volente deo. Audio."
La voix du Seigneur des Ténèbres était amusée. "Trouve l'Héritier !"
Son reflet disparut alors que le miroir s'obscurcissait. Quand les ombres s'éclaircirent, Drago vit un couloir étroit, et marchant… lui-même. C'était étrange de se voir sous cet angle. Le Drago-qui-ne-l'était-pas bifurqua et passa une série de portes inconnues sur un rempart désert, orné de gravures qu'il lui semblait avoir déjà vu, mais sans pouvoir dire où.
"Mon Seigneur. "intervint finalement Lucius, en brisant le silence, "que voyez-vous ?"
"Je vois ton fils." La voix de Voldemort était froide, et sinueuse comme un serpent. "Je regarde ton fils dans le miroir. Ça a été difficile de le trouver. Je le vois désormais. Il porte l'Arme de la Mort Véritable. Le savais-tu ?"
"Je le savais, oui. Terminus Est. Il l'a depuis cet été."
"Et peut-il l'utiliser ?"
"Oui." La voix de Lucius était pleine de satisfaction. "Je le lui ai appris."
Voldemort leva le miroir un peu plus haut. "Il est beau, ton fils."
Lucius sembla nerveux. "Vous avez demandé qu'il soit fait ainsi, Maître."
"Oui. Les gens d'une grande beauté et charismatiques font d'excellents leaders. Les gens désirent les suivre. De voir ce que leurs yeux voient. J'étais moi-même très beau, autrefois."
Lucius sembla encore plus nerveux. "Oui, bien sûr."
"Et Lucifer lui-même était le plus bel ange de Dieu."
Lucius resta silencieux. Queudver semblait pâle et distrait, le regard fixé au sol.
Très lentement, Voldemort abaissa le miroir. "As-tu lu la Bible, Lucius ?"
"Maître, je… "
"Peut-être que non. C'était le principal livre dans l'orphelinat Moldu où j'ai grandi." Le Seigneur des Ténèbres posa sa main sur le miroir dans lequel le visage de Drago se reflétait clairement, ses doigts interminables caressant son visage. "Et Dieu haïssait tellement son propre fils," ajouta-t-il doucement, "qu'il l'offrit au monde, afin que le monde puisse l'avoir."
"Aimé." le corrigea Queudver, en brisant le silence.
"Qu'est-ce que c'est que ça ?"
"La citation." expliqua Queudver. Sa voix était nerveuse et tremblante. "Et le monde fut si aimé de Dieu qu'il lui offrit son propre fils."
"Prétends-tu me corriger, Queudver ?"
"N-non. Non, mon Seigneur."
"C'est bien ce qui me semblait."
¤¤¤
"Malefoy ! Hé ! Malefoy !"
Au son de son propre nom, la conscience revint à Drago comme un seau d'eau froide sur le visage. Au départ, il concentra son regard, voyant la pièce s'enrouler autour de lui jusqu'à ce qu'elle redevienne fixe. La première chose qui lui apparut nettement fut le visage de Ron : vexé et irrité, ses yeux bleus étincelaient comme les flammes d'un gaz réglé bas. "Malefoy, tu n'écoutais pas ?"
"Tu m'as dit que si je disais quoi que ce soit, vingt points seraient retirés à Serpentard." répondit Drago avec douceur.
"Oui, eh bien, évidemment pas quand je m'adresse à toi directement ! " Ron sembla prêt à se jeter en travers de la table et à secouer Drago sans retenue. "Donc, est-ce que tu veux ou pas ?"
"Bien sûr que je veux !" répliqua Drago sans avoir la moindre idée de ce qu'il venait juste d'accepter. La pièce tournoyait toujours légèrement et sa tête était pleine d'échos de voix. Il ressentait une douleur vive derrière les yeux.
Ron parut surpris. "Alors c'est une affaire réglée." Il posa les parchemins qu'il tenait, et sourit. «D'accord, bon, nous sommes bien partis pour avoir la meilleure tournée des pubs des septièmes année qu'il y ait jamais eu. Et si le nouveau système de chaperonnage marche, nous pourrions bien être la première classe ayant jamais réussi à atteindre l'immortalité pour n'avoir pas eu à faire face à une bande de cinquièmes année ivres nous attirant à tous des ennuis." Ron sourit. "Même Malefoy ne peut pas contester ça."
"Eh bien, cela interfère avec mon projet d'atteindre l'immortalité en ne mourant pas tout de suite…" ironisa Drago, qui ajouta hâtivement, au vu de l'expression de Ron : "Mais ... je peux y repenser."
"Autre chose ?" demanda Ron. Et comme tout le monde restait silencieux, il fit de nouveau signe de la main avec sa baguette magique, murmura : "Orbus deceleratus !" et le cercle d'argent tourbillonnant retourna à sa place au centre de la table et s'immobilisa. "Fin de réunion." annonça Ron et il reposa sa baguette magique.
Comme les préfets sortaient, Drago sentit une tape sur son épaule. C'était Pansy Parkinson, son nez carlin remuant de curiosité. "Je n'arrive pas à croire que tu aies consenti à ne pas participer à la tournée des pubs pour faire en sorte qu'aucun jeunot n'essaie de se glisser dans Pré-Au-Lard." s'étonna-t-elle en secouant la tête. "Qu'est-ce qui t'arrive Drago ?"
Drago s'arrêta. "Qu'est ce que j'ai fait… je veux dire, je n'en suis pas absolument sûr."
"Blaise pensait que tu allais y aller avec elle ; elle sera furieuse !" Pansy sortit, secouant la tête, ses rubans roses brillants tremblant dans ses cheveux. Drago la regarda s'en aller, pensif.
"Furieuse, hein ?" se murmura-t-il à lui même. "Oh, bien. Toujours un pendentif en argent, je suppose."
¤¤¤
"Hé, Weasley ! Attends !"
Ron se tourna au son de la voix familière, un mauvais pressentiment s'emparant de lui. Drago marchait vers lui le long du couloir, ayant laissé les autres préfets en arrière. Ron resta debout où il était, les sourcils surélevés, comme le garçon de Serpentard s'approchait de lui. Quoi que Drago ait voulu, il était sûr que cela n'était rien de bon. Même de courtes conversations avec Drago étaient d'ordinaire une accumulation de sarcasmes. Peu importe leur passé commun, Ron ne pouvait tout simplement pas ressentir de chaleur envers Malefoy comme Harry le pouvait, pas même l'ombre de la camaraderie facile que ces deux là partageaient quand ils n'étaient pas en public.
Ron se gratta la tête, essayant de définir ce qui l'ennuyait tant à propos de Malefoy, même maintenant. Peut-être était-ce la manière dont il portait son uniforme scolaire, comme si ce n'était pas l'uniforme noir ordinaire, mais quelque chose de beaucoup plus raffiné. Comme d'habitude et en dépit du règlement, les fermetures de son uniforme était défaite, montrant au-dessous des vêtements coûteux, aujourd'hui un pull-over gris foncé, un pantalon noir et la sempiternelle cravate vert-et-argent. Drago était plus petit que Ron, mais sa minceur et quelque chose dans son allure le rendait plus grand qu'il n'était.
"Tu ne portes pas ton badge de préfet." remarqua Ron d'un air fatigué. "Techniquement, je pourrais retirer des points à Serpentard pour cela."
"Techniquement, je porte mon badge. Simplement pas à un endroit où tu pourrais le voir."
Drago sourit de son sourire le plus charmant et Ron résista à une forte envie de le frapper. "Qu'est-ce que tu veux, Malefoy ? Je n'ai pas toute la journée."
"Je veux savoir où est Hermione." répondit Drago avec une admirable franchise.
"Je ne sais pas. Pourquoi ne demandes-tu pas à Harry ? Ou peut-être ne sais-tu pas où il est non plus ?"
Les yeux de Drago devinrent lointain un instant. "Il est dans la cage d'escalier du cinquième étage nord, se dirigeant vers le haut."
Ron secoua la tête. "Arrête ça, c'est effrayant." Il le regarda fixement au moment où les yeux de l'autre garçon revinrent à la réalité et Drago le regarda d'un air interrogateur. "D'accord, j'avais oublié. Tu n'as pas besoin de trouver Harry pour lui parler, alors pourquoi ne lui demandes-tu pas..."
"Parce qu'il ne le sait pas non plus. Ces temps-ci, il ne sait pas la plupart du temps où elle est. De toute façon, il n'a pas besoin de soucis supplémentaires."
"Tandis que moi oui ?"
"Tu peux gérer." répliqua Drago, démontrant de nouveau sa capacité spectaculaire à faire d'un compliment une insulte.
Ron soupira."Je ne sais pas où est Hermione." énonça-t-il clairement."Elle ne m'avait pas dit qu'elle ne venait pas à la réunion, elle n'est juste pas venue et si vous la trouvez, vous pourrez lui dire de ma part que je n'ai pas apprécié qu'elle me laisse m'y coller seul avec vous tous. Tu piges ?"
"Je lui ferais donc quelques remarques bien senties de ta part." promit Drago solennellement.
Ron le regarda fixement. "Dis-tu jamais quoi que ce soit qui ne soit pas sarcastique ?"
"Non. Pas vraiment."
"Pourquoi veux-tu savoir où est Hermione, de toute façon ?"
"Je suis inquiet pour elle." La voix de Drago était sans inflexion, n'excluant rien. "Je voudrais lui parler."
"Elle devrait être au match cet après-midi, elle va toujours aux matchs de Harry, tu le sais."
"Je ne pourrais pas lui parler alors, je serais trop occupé à gagner le match."
"Aucune chance, Malefoy !" dit Ron, avec satisfaction. "Vous ne pouvez pas gagner contre nous. Harry a développé de nouvelles stratégies qui te feront tomber de ton Eclair de Feu."
"Vraiment ?" Drago parut poliment intéressé. "Bon, alors tu me feras à nouveau du bouche-à-bouche, et nous savons combien tu aimes ça."
"Chuut !" siffla frénétiquement Ron, lançant des coups d'œil alentour pour si quelqu'un avait entendu. "OK, maintenant, dans quelle langue faut-il dire 'n'en parle plus jamais !' ?"
"Oh oui…" dit Drago, avec une grande indifférence. "Oups".
Ron leva ses mains en l'air. "Oh, va-t-en, Malefoy. Et si tu veux tellement trouver Hermione, cherche-la là où nous la cherchons chaque putain de fois. Elle est probablement à la bibliothèque."
¤¤¤
La bibliothèque était presque déserte : dans le peu d'étudiants assis devant les longues tables et travaillant, Ginny reconnut seulement des Serpentards : le Poursuiveur de Serpentard Malcolm Baddock, Hannah Abbott, absorbée dans un tome de Les Prophéties agréables et fiables d'Agnes Nutter, Sorcière, et Parvati Patil, endormie dans un coin. Même ce vautour de Madame Pince n'était pas en vue. Elle se cachait probablement dans un coin des empilages, attendant d'attraper des étudiants insouciants qui osaient écorner les pages de leurs manuels. Ginny se pencha en arrière, lançant un coup d'œil à l'horloge sur le mur sud au-dessus de la porte. Son cadran changeait quotidiennement, en fonction des activités scolaires prévues. Aujourd'hui, à la place de quatre heures, les mots Match de Quiddich Serpentard contre Gryffondor s'allumaient en rouge et vert, assortis aux décorations de l'Arbre de Noël qui se tenait dans le coin. Ginny était contente de voir qu'elle avait au moins une heure et demie devant elle avant qu'elle n'eut besoin de commencer à se préparer pour le match ; largement assez de temps pour lire un autre chapitre dans le dernier roman de la série « Sentiments du Dragon » de la Sorcière Weekly.Elle en était devenue fan après la découverte d'une cachette secrète de romans dans la collection de serviettes de cuisine de sa mère. Elle savait qu'ils étaient vulgaires mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Le dernier avait pour titre Pantalon Passionné et jusqu'ici, il lui plaisait beaucoup.
Les vagues se soulevant sur le vaste et noir océan au-dessous du château faisaient monter des vapeurs salées au dessus des rochers, laissant des gouttes d'eau se former sur la peau d'albâtre de la grande sorcière aux cheveux couleur flammes qui se tenait debout sur le haut balcon. Ses larmes salées se mélangeaient avec la brume marine alors qu'elle faisait face à Tristan de Malcourt, le magicien qui l'avait aimée de toutes les manières possibles d'aimer une femme et l'avait ensuite abandonnée à un destin cruel.
Rhiannon rit tristement en lui faisant maintenant face. "Tristan, je suppose que vous avez pensé que je ne vous retrouverais pas."
"Au contraire." Ses fermes yeux gris étincelèrent. "Vous êtes une sorcière très décidée."
Elle leva le menton. "Oui, je le suis."
Il se tourna pour s'éloigner. "Cela ne vous fera aucun bien Rhiannon. Vous devez vous trouver quelqu'un d'autre, je ne peux pas vous aimer."
"Non !" Elle se jeta sur lui et rebondit presque sur sa poitrine large et musclée. "C'est avec vous et seulement vous que je dois être !"
"Que dites-vous ?" Il se tourna pour lui faire face, ses habits tourbillonnant autour de son corps vigoureux et musclé. "Vous savez que j'ai besoin d'espace !"
"C'est trop tard, Tristan ! Parce que… je porte un enfant !"
Il la regarda avec des yeux ronds.
"Oui." répéta-t-elle. "Un enfant !"
Les mots restèrent suspendus dans l'air salé comme des pêches trop mûres. Elle le fixa, ses grands yeux sombres se remplissant de larmes ; et ensuite, il s'approcha d'elle et la prit contre sa poitrine large et virile, faisant pleuvoir des baisers ardents sur ses lèvres pulpeuses, semblables à une fleur. "Rhiannon !" pleura-t-il. "Cela change tout ! Ma chérie ! Mon ange ! Ma lumière ! Ma vie !"
Inconsidérément, elle s'abandonna à ses caresses comme ses longs doigts, élégants et masculins, passaient sur les boutons de son corsage plus vite qu'un Charme de Convocation. Elle se pencha en arrière contre la balustrade et le laissa faire d'elle ce qu'il voulait. Sa respiration devint lourde et haletante comme il remontait ses jupes autour de ses cuisses, ses mains caressant sa peau laiteuse ; elle essaya d'éloigner d'elle la pensée inquiétante que peut-être, elle devrait lui dire que l'enfant qu'elle portait n'était pas le sien après tout, mais l'enfant du Maléfique Magicien Noir Morgan, l'ennemi juré de Tristan...
"Elle devrait probablement lui dire." intervint une voix derrière elle. "Autrement, je prévois que les choses deviendront très dures entre eux plus tard."
Ginny se retourna avec une telle soudaineté que Pantalon Passionné tomba à ses pieds. Elle se sentit devenir écarlate. Elle n'avait jamais complètement réalisé auparavant à quel point la couverture était en réalité kitch : "De la série Sentiments de Dragon ! Où les poitrines se soulèvent réellement !" proclamait-elle en lettres scintillantes, juste au-dessus de l'illustration d'une sorcière syncopale qui recevait ce qui ressemblait à un massage cardiaque par un magicien blond torse nu, dans un alarmant pantalon de velours. Comme elle le regardait, le magicien leva les yeux de ce qu'il faisait, lui fit un clin d'œil, et lui envoya un baiser. Cela aurait été gênant de toute façon, mais ça l'était doublement avec Drago Malefoy debout à côté d'elle, grand, blond et irréprochablement maître de lui. Comme elle levait les yeux de son livre pour le regarder, sa bouche s'étira en un lent sourire et ses yeux gris s'allumèrent.
"Oh…" dit-elle maladroitement. "Toi !"
Il se pencha et prit l'exemplaire de « Pantalon Passionné », pour y jeter un coup d'œil ou pour le lui remettre, elle ne sut ni ne s'en soucia. Elle se tendit et lui retira le livre des mains, le fourrant sous son manuel d'Astronomie.
"Ca me plaisait." protesta-t-il d'un air blessé. "Surtout le moment où elle a senti la preuve de sa passion effrénée la pressant…"
"Porc !" siffla-t-elle en un souffle.
"Non, je suis à peu près sûr que ce n'était pas cela. Rhiannon ne semble pas être le genre de sorcière qui coucherait avec un porc, ou ayant une quelconque attirance pour des animaux de basse-cour quels qu'ils soient."
"À moins que tu ne comptes Tristan," dit Ginny avec irritation.
"Maintenant, j'aime plutôt Tristan." Drago fit passer le livre qu'il tenait de la main droite à la main gauche et se mit à faire des gestes expansifs. "Il a l'air d'être un magicien ayant les idées droites."
Ginny renifla. "Il a impitoyablement abandonné Rhiannon et l'a laissée dans les griffes de son maléfique oncle Rodrigo !"
"Eh bien, il ne savait pas que Rodrigo était maléfique. Il pensait qu'il faisait ce qui était le mieux pour elle, puisqu'il ne pouvait lui dire qu'il fuyait le Conseil de Magiciens."
"Ce n'était pas ce qui était le mieux pour elle !" objecta Ginny avec passion. Elle pouvait sentir son sang se précipiter vers son visage et elle savait qu'elle était probablement écarlate d'irritation. "Elle l'aimait et sans lui, sa vie n'avait plus de sens."
"C'est mieux que de n'avoir plus de vie." rétorqua Drago plutôt froidement. "Mieux que d'avoir son âme sucée par des suppôts du démon."
"Et qu'est-ce que tu en sais, Drago Malefoy ?"
"Ecoute, Weasley…"
"Depuis combien de temps étais-tu planté là lisant derrière mon épaule, de toute façon ?"
"Je…"
Une voix acerbe les interrompit. " Mlle Weasley ! Monsieur Malefoy ! Qu'est-ce qui se passe ici ?" C'était Madame Pince, furieuse. "Je ne peux pas croire que vous criez dans ma bibliothèque."
Ginny rougit. "Je suis désolé, Madame Pince."
"Qu'est-ce qui pouvait être d'une telle urgence importante pour que vous deviez crier à ce sujet ?"
"C'était juste une dispute privée." répondit Drago, élargissant les yeux et paraissant angélique. Madame Pince y fut insensible. "Et bien, faites vos petites querelles d'amoureux ailleurs dorénavant."
Ginny suffoqua. "Querelles d'amoureux ?"
Madame Pince leva les yeux. "Oui, Mlle Weasley ?"
"Ce n'était pas une querelle d'amoureux !" protesta fermement Ginny. "C'était une querelle complètement sans amour."
Madame Pince secoua la tête.
Drago paraissait amusé.
"Il ne me plaît même pas !" ajouta Ginny, indiquant d'un geste Drago.
"Ca ne m'intéresse pas." dit Madame Pince. "Dix points retirés à Gryffondor, et dix points retirés à Serpentard." Elle lança un regard à Drago. "Et vous un préfet, aussi…" acheva-t-elle, reniflant, puis elle s'éloigna.
"Blaise sera si déçue de toi !" observa Ginny, très sarcastique, en se retournant vers Drago. Mais il était déjà parti à travers la bibliothèque, à mi-chemin de la porte. Elle le regarda avec un sentiment d'exaspération mélangée à de la déception quand il la franchit et ce fut seulement quand il eut disparu et qu'elle revint à ses livres, qu'elle se rendit compte qu'il avait pris son exemplaire de Pantalon Passionné avec lui.
¤¤¤
En entrant dans la petite salle qui servait au niveau ASPIC en Défense Contre les Forces du Mal, Drago fut surpris de voir Hermione déjà là, assise à la table, apparemment absorbée dans un livre appelé « Alphabet Runique ». Puisqu'il s'agissait d'une classe si petite qu'elle comptait seulement sept étudiants (Harry, Hermione, Eloise Midgen, Terry Boot, Neville Longdubas, Padma Patil et Drago lui-même), elle se déroulait autour d'une vieille table en bois, avec le Professeur Lupin discutant avec eux et leur donnant des conseils comme s'ils étaient tous de vieux amis.
Drago se glissa sur le siège à côté de Hermione et dit dans un souffle : "Je ne peux pas croire que tu aies raté la réunion des préfets."
Elle ne le regarda pas, mais ses joues devinrent rouge foncé. "Je sais. J'ai oublié."
"Tu as oublié ? Comment peux tu avoir oublié ? Tu vis pour ce genre de chose !"
"J'ai simplement oublié."
"Je me suis inquiété pour toi."
A ce moment, elle leva les yeux. "Inquiété ? Qu'as-tu pensé qui m'était arrivé ?"
Ses yeux étaient étranges et très sombres. Elle avait les cheveux tirés dans un bonnet froissé tenu par un rucher qui le maintenait en place. Il hésita un instant, incertain de savoir comment expliquer le vague et terrible sentiment d'appréhension qui le frappait, inexplicable et sans fondement. Elle dut voir de l'hésitation dans ses yeux, ou peut-être y vit-elle quelque chose d'autre parce que, quand elle parla, ce fut rapidement et avec une certaine nervosité. "Pourquoi me cherchais-tu ?"
"Parce que tu parles le latin."
Hermione leva un sourcil. "Comme le font tous les professeurs."
"Je sais." Drago se pencha en arrière et mit ses pieds sur la table. Il vit que Hermione luttait pour se retenir de lui dire de ne pas le faire, bien qu'il ne puisse pas voir où était le problème : ses chaussures étaient très jolies, des bottes en cuir brun foncé de Suède si doux qu'on pourrait y dormir dedans. Hermione ne savait simplement pas apprécier les meilleures choses de la vie. "Hermione, que dirais-tu si je te disais 'Venio' ?"
"Je demanderais si tu veux que je fasse la chambre d'amis."
"Quoi ?"
Hermione sourit. "Cela signifie 'je viens' ou 'je suis en train de venir', ce qui implique que la personne, qui que ce soit, va arriver bientôt."
"Oh." Drago étudia les bouts de ses bottes. "C'est tout ce que cela signifie ?"
"Oui."
"Comme c'est démonstratif."
Hermione le regarda étonnée. "De quoi parles-tu ?"
Drago agita une main renonçante. "Rien".
"Allez, dis-moi. Allons."
"Pas tant que tu ne me diras pas pourquoi tu n'es pas venue à la réunion."
Hermione prit un air coupable. "Est-ce que Ron était en colère ?"
"En colère ? Non pas tellement, vraiment. Plutôt ... ennuyé et perturbé." Drago haussa les épaules. "Weasley a agi de manière étrange récemment, si tu veux savoir."
Hermione reposa son livre sur la table. "Ouais. Je sais ce que tu veux dire. Parfois je me demande si..."
"Si quoi ?"
"S'il voit une fille."
"Seulement s'il ferme les yeux et qu'il se concentre, j'imagine."
Hermione le regarda avec irritation. "Je sais que c'est ce que tu penses, mais Ron est vraiment..."
Une voix parla derrière eux. "Ron est vraiment quoi ?"
Drago leva les yeux, sachant déjà qui c'était. S'il n'avait pas prêté tant d'attention à Hermione, il aurait entendu Harry entrer dans la pièce. Il les dominait de toute sa taille et regardait en direction de Hermione et il y avait ce quelque chose d'étrange entre eux qui était devenu si prononcé ces derniers temps. Drago savait maintenant ce qui faisait que Harry s'éloignait d'Hermione et il pensait qu'il pouvait imaginer qu'elle s'éloignait en réponse. Mais c'était difficile de voir ce qui arrivait sans avoir la possibilité de faire quoi que ce soit.
Hermione baissa les yeux. "Vraiment occupé." improvisa-t-elle. "Ron est vraiment occupé."
"Oh." Harry s'assit à côté d'Hermione, de manière à faire face à Drago à travers la table. "Et bien, il est Préfet-en-Chef."
"Je sais." Hermione regarda Harry avec plus d'attention. "Tu as l'air mieux. Es-tu allé à l'infirmerie ?"
Harry acquiesça, mais ne put ajouter quoi que ce soit car Lupin entra, suivi par Padma et Eloise. Un moment plus tard, Terry et Neville les avaient rejoints et la classe était au complet.
Lupin s'assit. "Le moment est venu pour nous de parler de vos projets de fin d'année." commença-t il, fouillant rapidement dans ses livres et choisissant une pile de parchemins. Un faible gémissement courut autour de la table et Lupin leva les yeux, un sourire dans ses yeux gris foncés. "Ce ne sera pas si difficile. D'abord, je vous vous diviser en équipes." Il consulta un parchemin, ses yeux jetant un regard rapide jusqu'en bas de la liste. "Neville et Terry, Padma et Eloise, Harry et Drago. Hermione, tu es toute seule."
Hermione acquiesça et Drago se demanda si elle avait mis ça au point avec Lupin à l'avance. Il était un peu étonné d'avoir été mis avec Harry, mais il soupçonnait que c'était parce que Lupin savait qu'il y avait peu de chance qu'il s'entende avec quelqu'un d'autre.
"Chaque équipe aura le reste de l'année pour travailler sur ses projets." continua Lupin. "Maintenant, j'ai essayé de constituer des projets flexibles afin de vous permettre d'utiliser votre propre inventivité. Réussir comme Auror exige en grande partie d'avoir une pensée rapide et adaptable. Cela exige aussi de la créativité…"
"Je projette de faire un diaporama." annonça Drago solennellement.
"Non." refusa patiemment Lupin, "Pas ce genre de créativité."
"Mais ce serait un diaporama maléfique. Et ensuite Harry pourrait le détruire."
La voix de Lupin prit un ton d'avertissement. "Drago !"
Drago capitula, alors qu'à côté de lui, les épaules de Harry tremblaient d'un rire silencieux. Hermione roula des yeux.
"Les tâches," continua le professeur, "sont divisées en trois catégories : recherche pure, contrer les mauvais sorts et créatures maléfiques." Il commença à distribuer les parchemins, que les étudiants firent passer autour de la table. Drago prit le sien et y jeta un coup d'œil rapide. Décrivez une méthode que vous pourriez utiliser pour contrer un sort de Medusa. Apprenez à résister avec succès à l'Imperius. (Pas vous, Harry.) Entreprenez des recherches sur l'histoire d'Azkaban. Décrivez comment vous pourriez échapper à un sort de Recherche. Ecrivez l'histoire des Fondateurs de Poudlard; incluez s'il vous plaît la Guerre des Dix Ans et la fondation de la Guilde des Aurors. Le suivant fit sourire Drago. Concevez un plan pour vaincre une Manticore. (Pas vous, Harry, ni Drago non plus !)
"Il y en a trente en tout." ajouta Lupin. "Chaque groupe de deux étudiants devra choisir trois projets, un de chaque catégorie. Hermione, puisque tu es seule, tu devras en faire seulement deux. Le premier mai, nous commencerons les présentations de vos projets finaux, desquels vos notes finales dépendront. Des questions ?"
Neville leva sa main lentement. "Et si nous voulions faire des recherches sur un mauvais sort ou une malédiction qui n'est pas dans cette liste ?"
Les yeux de Lupin s'obscurcirent. "Alors, venez me parler après la classe."
"Pourrons-nous emprunter des livres de la Réserve ?" demanda Padma.
Lupin acquiesça. "Donnez-moi juste la liste de ce dont vous avez besoin et je vous les ferai parvenir."
Drago écoutait seulement à moitié, son attention commençant à errer. Il regarda sous la frange de ses cheveux, d'abord Harry, qui avait repris son sérieux et était occupé à étudier la liste de projets. Il paraissait grave, et pas qu'un peu fatigué. Ce qui était probablement une bonne chose, pensa Drago, puisqu'il volait cet après midi contre Harry, ils pouvaient aussi être tous deux épuisés ou ce serait un match inégal. Un Harry épuisé restait toujours un Attrapeur à peu près imbattable. Rien ne perturbait sa concentration : ni la douleur, ni la peur, ni la rage, ni la fatigue. Ni rien du tout.
Drago déplaça son regard sur Hermione. Elle prenait des notes. Typique. Elle avait attrapé sa lèvre inférieure entre ses dents comme elle le faisait souvent quand elle réfléchissait. Il regarda au loin. Son regard glissa de Padma (assez jolie, mais pas son type) à Neville (paraissant très tendu), à Terry (ennuyeux au plus haut point ; Drago ne lui avait jamais parlé), à Eloise (elle était brièvement sorti avec Crabbe en cinquième année et, au dire de tous, l'avait même embrassé, ce qui avait toujours frappé Drago comme une impossibilité biologique) et finalement à Lupin qui, à sa surprise, le regardait. "Drago, vous semblez ailleurs."
"Juste excité à propos de mon prochain projet, Professeur." répondit Drago innocemment.
Lupin lui lança un regard type 'bien tenté mon garçon'. "Venez me voir après la classe, M. Malefoy."
Coffré ! La voix de Harry raisonna dans la tête de Drago. Il envoya à son "bientôt demi-frère" un regard mécontent, mais l'expression de Harry était tout à fait innocente. Il se souvint du temps où il aurait été presque impossible pour Harry de cacher quoi que ce soit de ce qu'il ressentait. Plus maintenant. Il résolut d'essayer d'empêcher Harry de continuer à prendre ses mauvaises habitudes à l'avenir.
La classe finit cinq minutes plus tôt pour donner le temps aux étudiants d'aller au terrain de Quidditch. Harry partit avec Hermione, son bras autour d'elle, le parchemin avec leur nomination dessus enfoncé dans son sac de cours. "On se voit sur le terrain." dit-il, se retournant à demi.
Drago inclina légèrement la tête en réponse. Quand il se retourna vers Lupin, il trouva le professeur de DCFM rangeant ses parchemins dans une serviette de cuir avec des boucles de fermeture en or dont Drago ne s'était pas soucié (l'or était si affecté !). Mais alors, ils pourraient bien être argentés, n'est-ce pas ? "Il est très rassurant d'entendre que tu attends avec impatience de travailler sur ton projet, Drago, d'autant plus que les grandes lignes de ton projet seront à rendre après les vacances de Noël." Il sourit. "Ce qui est la raison pour laquelle je t'ai mis dans la même équipe que Harry, puisque je sais que vous passerez vos vacances ensemble."
"Il sera avec Hermione aussi. Vous n'aviez pas besoin de le mettre avec moi."
"Elle peut travailler seule. Pas toi."
"Si, je peux…"
"Tu travailleras mieux avec Harry." l'interrompit Lupin, sur un ton définitif. "Est-ce que c'est un problème ?"
"Non... euh, non." Drago fut un peu pris de court par son propre comportement. Il voulait travailler avec Harry. Il pensait plutôt qu'il était à la pêche aux informations sur le projet privé d'Hermione. Méchant Drago !, se dit-il à titre expérimental, mais rien ne se produisit ; l'autocritique n'était pas son fort. "Ca ne m'ennuie pas de travailler avec Harry."
"Bien, parce que Dumbledore et moi avons discuté de ça et nous voulons que vous soyez ensemble."
"Vous avez parlé de nous ?"
"Nous le faisons souvent." Lupin sourit et prit sa mallette. "Surpris ?"
"Je suppose que non." Drago tint la porte ouverte pour son professeur et ils commencèrent à descendre le couloir ensemble." Je ne pense pas que ça serve à quelque chose de vous demander ce que vous vous dites ?"
"Non." confirma Lupin aimablement.
"Une raison pour que vous me gardiez après la classe ?"
Lupin arrêta de marcher et lui fit face, le regard pensif. "Juste pour te dire que si toi et Harry avez des problèmes, je veux que vous veniez me voir immédiatement. Je serai aussi au Manoir à Noël et à votre disposition à ce moment là."
"Oh. OK." Drago ne savait pas quoi dire d'autre ; il n'avait jamais de sa vie fait appel à un enseignant pour de l'aide supplémentaire et il savait exactement ce que Harry aurait pensé de faire appel aux professeurs pour quoi que ce soit. C'était un peu une manie chez Harry, de faire des choses tout seul ; alors, de nouveau, Drago pensa qu'il agissait un peu de la même façon. "Ca ira."
"Et tu as une idée claire du type de matériel dont tu pourrais avoir besoin ?"
Drago inclina la tête. "C'est réglé, merci."
Lupin acquiesça. "Très bien. Bonne chance pour le match, alors !" ajouta-t-il, et il surprit Drago en lui serrant la main. "Que la meilleure équipe gagne !"
"Je pensais que vous étiez un fan de Gryffondor, professeur." remarqua Drago avec curiosité. "Je pensais que vous étiez tous pour Gryffondor, vous et le père de Harry et Sirius et..."
"C'est ce que tu pensais ?" demanda Lupin doucement et il s'en alla. Drago le regarda un instant avec grande curiosité (que voulait-il dire par là ?) puis il se tourna et partit rapidement vers le terrain de Quidditch, inquiet d'être en retard.
¤¤¤
Ginny essaya d'étouffer un bâillement. Elle était assise entre Elisabeth et Seamus sur les inconfortables bancs en bois du vestiaire de Quidditch de Gryffondor, écoutant Harry faire son laïus d'encouragement d'avant match. Tout le monde semblait lui prêter une attention passionnée, même Ron, qui jouait avec les attaches de ses protège-genoux. Harry excellait aux discours d'encouragement, ce qui étonnait toujours Ginny puisqu'il était en général si peu enthousiasmé par la prise de parole en public. Mais le Quidditch, comme Hermione, était un sujet qui provoquait de la passion chez lui. Il faisait des gestes avec ses mains tandis qu'il parlait, ses cheveux noirs dansaient, ses yeux verts jetaient des étincelles d'animation. Lui aussi, pensa-t-elle, était aux mieux dans son uniforme de Quidditch : le pull-over rayé Bourgogne-et-or, un velours côtelé léger et des protège-genoux en cuir qui lui allaient bien. Harry avait tendance à ne pas porter les protège-coudes réglementaires, il prétendait qu'ils le ralentissaient et le rendaient moins efficace pour attraper le Vif d'Or, mais il portait les gants en cuir noir sans doigts, au moins en hiver. Auparavant, quand elle avait le béguin pour lui, cette tenue avait eu tendance à la rendre muette ; et même maintenant, elle lui procurait un petit coup au cœur amical. Bien sûr, il n'était pas le seul garçon qu'elle connaissait qui était beau dans son uniforme de Quidditch, mais quand même ! Il n'y avait aucun mal dans l'admiration silencieuse.
Elle battit des paupières au moment où tous autour d'elle se levèrent. Apparemment, le laïus d'encouragement était fini et elle n'en avait pas écouté un mot. Seamus, Colin, Elisabeth et Dennis passèrent devant elle ; Ron a demi debout, jetait tranquillement un sort pour réparer la courroie de son protège-genoux qui s'était cassée. Harry jeta un coup d'œil en arrière, mais Ron l'écarta d'un geste. "Continue." dit-il et il saisit sa baguette. Harry acquiesça et s'approcha de son Eclair de Feu ; Ginny le suivit et se dirigea après lui dans le couloir qui menait au terrain de Quidditch. Ils rejoignirent là le reste de l'équipe et, un moment plus tard, Ron les rattrapa.
C'était un brillant, vif après-midi d'hiver, d'un froid si acerbe que les yeux de Ginny piquaient. Elle leva la tête, sentant l'air froid toucher le bout de son nez, ses oreilles découvertes. Ses cheveux étaient groupés sous un chapeau en laine noir et les mitaines sur ses mains étaient ensorcelées de mini Charmes de Réchauffement, mais le froid courait toujours sur sa peau.
Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. La terre au-dessous du terrain avait été nettoyée, aussi plate et glaciale qu'une patinoire que la lumière du soleil déclinant rayait de lignes d'or. Derrière le terrain, s'élevait la Forêt Interdite, les arbres immenses et noircis par l'hiver. Dépouillés de leurs feuilles et mis en relief par la neige, ils avaient une symétrie épineuse, médiévale.
Les foules sur les stands poussèrent des cris et des acclamations, beaucoup d'entre eux tenant des pommes de terre chaudes lumineuses oranges, un nouveau produit des Inventions des Sorciers Weasley qui explosait en couleurs de la Maison gagnante un fois le match fini. Ginny vit Hermione assise sur les stands à l'avant avec un bonnet blanc tricoté couvrant ses cheveux châtains bouclés. Elle était flanquée à sa gauche par George et sa petite amie Jana, venant de Pré-Au-Lard pour voir le match. Les deux jumeaux aimaient voir leur petite sœur et leur frère voler et essayaient de venir voir les matchs quand ils n'étaient pas trop occupés par leur magasin de farces et attrapes.
Ginny leva sa main, fit un signe et Hermione lui répondit. Ses joues étaient écarlates à cause du froid ce qui, avec le bonnet blanc et ses cheveux bruns bouclés, la rendait très belle. À côté d'elle, George fit un geste grossier, ce qui étonna Ginny, jusqu'à ce qu'elle réalise qu'il regardait l'équipe de Serpentard, qui venait de sortir sur le terrain en face d'eux.
Elle se sentait tendue. Les matchs Gryffondor-Serpentard étaient toujours les pires, pour une foule de raisons. Elle détestait la férocité et l'âpreté des combats qu'ils provoquaient toujours, et la tension où ils plongeaient Harry. Elle savait, puisqu'il le lui avait dit en septembre dernier, que lui et Drago avaient fait le pacte de ne jamais utiliser la télépathie durant un match car c'était à la fois trop déconcentrant et pouvait être considéré comme de la triche. Elle savait que Drago était le meilleur à vol de balai de l'école, après Harry, et le seul à pouvoir vraiment défier Harry sur son propre terrain ; elle savait aussi qu'Harry n'aimait pas voler contre lui, bien qu'il n'ait jamais laissé cela rentrer en compte durant un match. Harry n'était rien d'autre que profondément professionnel en ce qui concernait le Quidditch.
Comme s'il savait que Ginny pensait à lui, à ce moment Harry lui donna une tape sur l'épaule. "Tu vas bien ?" demanda-t-il.
Elle savait ce qu'il voulait dire ; ils lui demandaient toujours tous si elle allait bien quand Drago était là. Elle parcourut le sujet sous-entendu par cette question, qui se tenait debout comme il le faisait toujours avant un match, les bras croisés, le balai à ses pieds, son équipe se tenant derrière lui comme s'ils étaient alignés sur une scène. Tout était théâtre pour lui, pensa-t-elle avec irritation. Tout était question de mise en scène. Il avait probablement passé des heures à réfléchir où il devait se tenir debout pour que la lumière du soleil le frappe juste ainsi, éclairant ses cheveux clairs de reflets d'argent et les faisant briller, ainsi que les bandes d'argent le long de son pull-over vert-rayé comme du métal. Son manteau de Quidditch vert sapin était accroché de manière à faire juste une ligne parfaite de ses épaules à ses bottes noires polies. Comme Harry, il évitait de mettre des protège-coudes et portait des gants en cuir sans doigts, bien que les siens soient plus propres et brillants comme s'ils étaient neufs. En fait, toute l'équipe de Quidditch de Serpentard brillait comme s'ils venaient d'être polis, du nouveau balai Astéroïde 2000 de Malcolm Baddock aux cheveux rouges-or de Blaise, qui n'étaient pas, comme ceux de Ginny, enfouis sous un chapeau en laine, mais au lieu de cela, coulaient jusqu'au bas de sa taille comme une rivière de feu. Ils avaient fait quelques modifications non-réglementaires à leurs uniformes : ils étaient en noir à la place de l'habituel velours côtelé de couleur claire et tous portaient des bottes en cuir lacées au lieu des chaussures de sport. Des boucles d'argent polies fermaient leurs vêtements émeraude au niveau de leurs épaules. Leur allure générale rappela à Ginny l'équipe de chevaux qui tirait la calèche de Beauxbatons : lisses, harmonieux, de race, mauvais comme l'enfer.
"Je vais bien." répondit Ginny à Harry, qui inclina la tête. C'était presque entièrement vrai.
Madame Bibine souffla dans son sifflet. "Les capitaines se saluent !" annonça-t-elle et les deux capitaines sortirent sur le terrain, Drago d'abord et ensuite Harry. Ils se rencontrèrent au milieu du terrain et tendirent tous deux leurs mains pour se la serrer. Les joues d'Harry étaient écarlates à cause du froid, et Drago semblait pâle, maître de lui, et intact malgré le temps et Ginny fut frappée comme toujours par la similitude dans leur allure et leur constitution, malgré les différences superficielles de couleur et d'uniforme. Tous deux étaient grand et mince sans être maigre, de cette constitution légère qui fait les Attrapeurs exceptionnels. Il inclinèrent tous deux la tête et leurs mains se touchèrent au moment où la lumière du soleil mourant s'enflammait puis s'éteignaient derrière eux. Elle s'émerveilla de l'incongruité de cela : Harry Potter et Drago Malefoy, se serrant la main. Il y a un an, elle aurait pensé que c'était impossible ; maintenant elle se demandait s'ils réussiraient à garder en public leur façon d'être si froids et réservés l'un envers l'autre. Ils avaient fait face à la mort épaule contre épaule auparavant, cependant, alors qu'ils se tournaient et repartaient vers leurs équipes respectives après cette poignée de main, ils auraient aussi bien pu ne jamais s'être connus.
Comme la foule au-dessus d'eux hurlait et acclamait, Blaise se leva sur ses pointes de pieds et embrassa Drago légèrement sur la bouche, comme elle le faisait toujours avant les matchs, "pour la chance." Il bougea ou reconnut à peine le geste, semblant l'accepter comme son dû, ce qui ennuya Ginny malgré le fait qu'elle savait que, dans une certaine mesure il était en représentation. "Certaines personnes font des scènes." lui avait dit une fois Harry. "Drago fait des pièces en trois actes."
Le sifflet de Madame Bibine retentit, projetant Ginny hors de sa rêverie. Elle saisit son balai et décolla avec le reste de l'équipe. Quatorze joueurs s'élevèrent vers le ciel d'argent s'obscurcissant.
Harry se leva immédiatement haut au-dessus d'eux, méditant sur le Vif d'Or. Drago fusa vers le haut également, une tache vert et argent dans le coin de l'œil de Ginny. Elle retira brusquement son attention des garçons au moment où quelque chose d'énorme et noir fut lancé vers elle : un Cognard, frappé par Tess Hammond. Ginny l'esquiva comme Colin volait devant elle, renvoyant le Cognard vers Blaise d'un puissant mouvement.
Blaise évita élégamment le Cognard, lançant à Colin un regard vicieux au même moment. Colin sembla déconcerté et légèrement effrayé ; Blaise était une experte en regards vicieux.
"Ginny ! Par ici !" C'était Elisabeth Thomas, tenant le Souafle. Elle lança la balle vers Ginny, qui l'attrapa, tourna et s'élança à toute vitesse vers l'autre extrémité du terrain. L'air froid lui déchira le visage, lui piquant les yeux. Comme elle s'approchait des buts des Serpentards, trois figures sombres apparurent devant elle : Blaise, Graham et Malcolm. En tant que Poursuiveurs, ils ne pouvaient pas la toucher, mais ils pouvaient certainement lui bloquer le passage. Colin les chassa grâce à un Cognard bien dirigé, mais des secondes précieuses étaient perdues et comme Ginny passait devant eux, Tess et Milicent arrivèrent, envoyant furieusement des Cognards vers elle et elle fut forcée de jeter le Souaffle à Seamus. Blaise intercepta le tir, fit une passe à Malcolm et les Serpentards marquèrent, Malcolm lançant la balle entre les poteaux si fort que la tête de Ron se décolla presque quand il essaya de la bloquer.
Il y eut un grondement de mécontentement dans les stands. Personne n'aimait la victoire d'un Serpentard, excepté bien sûr les autres Serpentards.
Ginny se mordit la lèvre et quand le Souafle fut remis en jeu, cette fois elle plongea après lui avec acharnement. Elle le lança loin de Blaise (ce qui lui procura une petite satisfaction) puis elle s'élança à toute vitesse à travers le terrain, suivant la balle vers Seamus. Celui-ci l'attrapa et s'élança en la tenant et comme Ginny l'escortait, elle vit quelque chose briller sous elle.
Le Vif d'Or !
Il passa sous ses pieds, et Harry et Drago s'élancèrent à sa poursuite, épaule contre épaule, comme deux points vert et écarlate. Comme Ginny se tournait vers le bas pour regarder la balle en or volante et ses poursuivants, quelque chose fut projeté vers elle à travers le terrain. C'était comme un soudain flash de lumière déchirant ses yeux, mais ce n'était pas la lumière, c'était l'obscurité, une obscurité dure, agonisante et douloureuse, aiguë en un point et s'installant directement entre ses yeux. Elle sentit ses membres se raidir, le froid la déchirant de l'intérieur, comme avec des couteaux. Ses doigts devinrent gelés et sans vie, elle n'arrivait plus à tenir le balai. Le monde se renversa, le ciel à ses pieds, et un sol couvert de glace scintillante courant à toute allure à sa rencontre. Elle poussa un cri et tout devint noir.
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Poursuivant Harry après le Vif d'Or, le monde de Drago s'était réduit à lui-même et son but : la petite sphère dorée à à peine un mètre de lui. Il entendait le sifflement du vent à ses oreilles, le battement de son cœur… puis, tranchant tout le reste, un cri.
Celui de Ginny.
Il fit brusquement demi-tour, se déboîtant presque l'épaule alors que son Eclair de Feu virait de côté. Quelque part sur sa gauche, il entendit Harry jurer avec fierté, mais il n'y fit pas attention. Ses yeux étaient fixés sur la silhouette en robe rouge sur le balai fou. Il vit Ginny lutter pour reprendre le contrôle de son Nimbus 2000, échouer, et glisser de côté. Elle tomba sans un cri, atterrit sur le sol, et resta sans bouger.
Des cris s'élevèrent des gradins. Charlie et George étaient debout, jouant des coudes pour se faufiler à travers la foule. Quelque part, le professeur Mc Gonagall cria. Les équipes de Gryffondor et Serpentard étaient sens dessus-dessous ; Harry criait et Drago supposa qu'il essayait de rallier son équipe, mais ça semblait dérisoire et, de toute façon, il était trop tard : il avait braqué son balai vers le sol en un angle à quatre-vingt-dix degrés, le faisant virer vers le sol à une vitesse qui aurait rendu Wonrski jaloux.
Le vent froid sifflait à ses oreilles comme de la musique. Il réalisa qu'il n'avait encore jamais volé si vite, ou si intensément. Il heurta le sol avec les mains et les genoux, et se remit sur ses pieds. Autour de lui, les autres joueurs se posaient sur le sol comme une pluie d'étoiles filantes rouges et émeraudes. Il courut jusqu'à la tâche pourpre sur le sol enneigé qui n'était autre que Ginny. Il était vaguement conscient du chaos dans les gradins, de voix hurlant, puis il arriva à son niveau et se laissa tomber à genoux. Il put ainsi voir que tout le rouge qui l'entourait n'était pas que sa robe de Quidditch. Du sang !
Alors qu'il s'approchait d'elle, elle ouvrit les yeux et le regarda. Son regard semblait poser une question, comme si elle était à la fois surprise de le voir, et consciente que c'était inévitable. "Drago ?" demanda-t-elle, la voix étrangement calme.
"Ouais." Sa voix n'était qu'un murmure. "C'est moi."
Il tendit la main vers elle mais quelque chose le saisit violemment par l'arrière de sa robe et le remit brusquement debout. Il se retourna vivement et se retrouva nez à nez avec Seamus Finnegan.
Le Poursuiveur des Gryffondors était blanc de rage. "Qu'est-ce que tu fais, Serpentard ?"cracha-t-il, comme si c'était sa meilleure insulte. "Reste loin d'elle !"
Le reste de l'équipe de Gryffondor avait atterri. Drago vit les frères Crivey s'approcher, soutenant Seamus. Elizabeth courut vers eux, et Ron, pâle et choqué, écartait tout le monde de son passage pour atteindre sa sœur. Tess et Dex étaient toujours dans les airs, mais les autres Serpentards avaient atterri et regardaient la scène de loin, surpris. Il pouvait sentir les yeux de Blaise sur lui, mais il s'en fichait.
Il se tourna vers Seamus. "Dégage de mon chemin !" exigea-t-il en séparant bien chaque mot.
"Pourquoi ? Pour que tu te réjouisses de tout ça ? C'est quoi ton problème, Malefoy ? On ne veut pas de toi ici."
"Dégage de mon chemin !" répéta Drago. Il entendit sa propre voix comme si elle venait de très loin. "Dégage de mon chemin, ou je te tue. Je briserai chaque os de ton misérable corps. Ne pense pas que je n'en suis pas capable."
Seamus pâlit mais maintint sa position. "Je n'irai nulle part."
Drago arma son bras gauche. Il n'était pas sûr de ce qu'il allait faire, frapper Seamus, ou lui jeter un sort. Peu importe. Alors que son bras revenait vers l'avant, une main ferme lui saisit le poignet avec force.
Il se retourna, ayant déjà deviné à qui appartenait cette main. Harry. Il était pâle, mais calme, le regard sombre et sérieux.
Je ne peux pas te laisser faire ça, Malefoy.
¤¤¤
Drago regarda Harry comme s'il venait de le frapper. Quoi ?
Harry resserra sa prise sur le poignet de Drago jusqu'à ce qu'il y sente son cœur battre. Il savait que ça devait lui faire mal mais Drago ne montrait aucun signe de douleur, aucun signe indiquant qu'il était conscient de ce qui se passait autour de lui. Vaguement, du coin de l'œil, Harry put voir Seamus se détourner, l'air irrité mais soulagé, et aller s'agenouiller près de Ginny avec le reste de l'équipe. Derrière la foule de Gryffondor, Harry put voir Madame Pomfresh approcher rapidement, un brancard magique à sa suite. Fred et George se trouvaient au bord du terrain, retenus par plusieurs professeurs, dont Rogue.
Lâche-moi, Potter ! Il y avait dans le ton de Drago une supplication presque effrayante. Tu n'as aucun droit…
J'ai tous les droits. C'est mon équipe, mes coéquipiers. Occupe-toi de ta propre équipe.
Quelque chose hurla derrière les yeux de Drago pendant un moment, quelque chose de sauvage et de furieux. Tu n'as pas à me dire quoi faire, Potter !
Oh, si, je peux. Nous avons fait une promesse, Malefoy. Chaque seconde que nous passons ici est une seconde de plus où nous paraissons un peu plus suspects aux yeux des autres. Et pour quoi ? Tu ne peux rien faire pour elle…
Tu n'en sais rien !
Si tu t'approches d'elle, le reste de l'équipe essaiera de te tuer.
Pas si tu les arrêtes.
Si tu ne m'écoutes pas, je ne t'aiderai pas. Je ne les tiendrai pas à distance.
Harry…
Non. Je ne peux pas t'aider si tu ne t'aides pas toi-même.
Drago pâlit un peu plus. Lâche-moi ! Sa pensée suivante atteignit l'esprit de Harry avec la force d'un coup de fouet. Lâche-moi, Potter. Lâche-moi !
Avec prudence, Harry relâcha le poignet de Drago, qui recula d'un pas, puis d'un autre. Il dévisagea Harry, son torse se soulevant rapidement comme s'il avait couru ; ses yeux étaient noirs de colère et de quelque chose d'autre. Harry l'avait déjà vu comme ça auparavant et ça lui fit mal, mais il n'y avait rien d'autre à faire.
Je te dirais ce qui s'est passé, pensa Harry. Juste… va-t'en. Va-t'en, s'il-te-plaît.
Les yeux de Drago se plissèrent et il sembla sur le point de dire quelque chose ; puis, aussi soudainement qu'un coup de fouet, il tourna les talons et quitta le terrain, remontant la pente jusqu'au château, ses bottes faisant craquer la neige comme un os qu'on briserait.
Harry le regarda partir, puis se détourna et chercha Hermione dans les gradins. Il la vit immédiatement : elle était debout, les mains pressées sur la bouche. Alors qu'il la regardait, elle recula d'un pas, se retourna, et quitta le terrain dans la direction qu'avait pris Drago.
¤¤¤
Les pieds d'Hermione dérapèrent sur le verglas alors qu'elle montait les escaliers de pierre de Poudlard. Elle courait sans vraiment savoir où elle allait, et sans savoir pourquoi elle courait. Elle avait vu l'expression de Drago avant qu'il quitte le terrain (fier, furieux, désespéré) et ça l'avait effrayée.
Le hall était froid et désert. Elle tourna à gauche, prenant le couloir menant aux cachots. Les tapisseries des murs étaient vertes, de même que les tapisseries des escaliers menant à la tour des Gryffondors étaient rouges. Elles étaient cousues d'or et d'argent, ternies par des années de maltraitance de la part des élèves. Des fantômes semblèrent traverser les murs et la frôler pendant sa course. Elle dépassa une tapisserie clâmant la devise de Poudlard et s'arrêta un instant pour la regarder, stupéfiée par les couleurs vives et les symboles. Il lui semblait que le serpent de Serpentard alait bondir sur le lion de Gryffondor, le corbeau de Serdaigle s'interposant entre eux. Hermione s'arrêta, et couvrit ses yeux de ses mains. Des voix s'élevèrent dans son esprit, une douce pulsation dans son crâne. "Marié ?" entendit-elle dire, d'une voix qui n'était pas la sienne. "Tu t'es marié ? A… elle n'est même pas humaine, Salazar !"
"Ca ne te regarde pas. Tu as Godric."
"Tu es toujours ma préoccupation. Y as-tu pensé ? Le mariage n'est pas un jeu, tu sais. Dieu lie et la mort sépare. Une fois à l'eau, tu dois nager jusqu'à ce que tu coules."
"Si je ne peux pas t'avoir, je me fiche de qui j'ai. Je ne me soucie de rien d'autre."
Les voix s'évanouirent, puis revinrent, avec plus de force.
"Ne pars pas alors que je te parle ! N'y pense même pas !"
Hermione sursauta, et ôta ses mains de devant ses yeux. La dernière voix n'était certainement pas dans sa tête. Elle provenait de plus loin dans le couloir, et était différente. Elle se déplaça doucement et passa l'angle du mur. Un petit escalier de pierres descendait là, et la voix provenait d'en bas. Elle était à mi-chemin des marches lorsqu'elle reconnut une voix : celle de Drago. Et l'autre était celle d'une fille.
Elle se pencha par-dessus la rambarde en pierre. En bas, dans la lumière d'une torche, elle put voir Drago et, face à lui, l'air furieuse, se tenait Blaise Zabini. "Ne t'éloigne pas, Drago Malefoy !" disait-elle d'une voix glaciale. "N'y pense même pas." La lumière vacillante se reflétait sur les bijoux qu'elle portait, bien plus que la plupart des filles à Poudlard. Elle avait de multiples anneaux aux oreilles et aux doigts, et des pinces ornées brillaient dans ses cheveux rouges. Ses yeux semblaient immenses dans la faible lumière, d'un vert aussi sombre et luisant que des feuilles dans de l'eau. "Je veux une explication."
"Une explication ?" La voix de Drago était tranchante comme une dague. Hermione pouvait voir les tâches sombres sur son jean et aux coudes de sa robe de Quidditch à l'endroit où il avait atterri dans la neige ; la neige fondue dans ses cheveux pendait en mèches pâles devant ses yeux ; il les écarta d'une main impatiente, ce qui fit briller le sceau des Malefoy à son doigt. "Blaise, chérie…"Il cracha le mot comme si c'était une insulte. "Tu m'as couru après pour me demander une explication ?" Il posa ses mains sur ses épaules et la poussa gentiment contre le mur, la coinçant de ses bras. "Tu devrais mieux me connaître."
Hermione porta au crédit de Blaise le fait qu'elle ne recule pas. Elle leva le menton avec sang-froid et colère. "Comme si ce n'était pas assez mauvais que tu sois toujours après la petite amie de Harry Potter, maintenant ça !"cracha-t-elle. "Qu'est-ce qu'il y a entre toi et les Gryffondors ?"
"Tu es jalouse. N'est-ce pas mignon ?" Il ne semblait cependant pas trouver ça mignon. Son expression était calme, voire désintéressée, mais ses yeux étaient orageux. Ses mains étaient crispées en poings contre le mur. Hermione se demanda dans quelle mesure c'était en rapport avec Blaise, ou son éjection du terrain de Quidditch.
"C'est mon droit d'être jalouse." affirma froidement Blaise. "Je suis ta petite amie. N'essaie même pas de me dire que je ne peux pas être jalouse." Elle repoussa ses bras et le regarda droit dans les yeux. "Qu'est-ce qui t'arrive, Drago ?" Sa voix était à la fois douce et glacée. "Je veux savoir."
"Il ne m'arrive rien." répondit platement Drago.
"Alors que faisais-tu ?"
"Qu'avais-je l'air de faire ?"
"Tu avais l'air de… de te disputer avec des Gryffondors, simplement parce que l'autre petite idiote n'a pas su tenir sur son balai. Et tu as laissé Harry Potter t'éjecter du terrain. Depuis quand l'écoutons-nous ?"
Drago haussa les épaules. "En fait, j'ai été fair-play. On ne peut pas continuer à jouer quand l'équipe adversaire tombe de son balai."
"Drago, nous sommes des Serpentards. Nous continuons à jouer même si l'autre équipe est frappée par la foudre et tombe en petit tas de cendres."
"Oui, et cette stratégie nous a-t-elle réussi par le passé ? Blaise, nous avons perdu les cinq dernières coupes de Quidditch, et tu le sais. Et en partie parce que les professeurs et les autres équipes ne peuvent pas nous supporter. Serdaigle et Poufsouffle perdront leur matchs délibérément pour s'assurer qu'on ne gagne pas la coupe…"
"Et tu penses qu'en jouant gentiment ça va changer ?"
Drago plia les bras et s'appuya contre le mur, l'air sûr de lui. "Oui, je le pense."
Blaise cessa de ruminer un moment. Ses joues pâles étaient colorées, mais Hermione pouvait sentir que sa colère s'atténuait. Elle était, après tout, une Serpentard, pleine de sang-froid. "Tu as changé." remarqua-t-elle finalement en levant les yeux vers Drago. "Je ne sais pas si j'aime ça."
"Nous changeons tous" Il la regarda, la tête penchée de côté. Chaque ligne de son corps exprimait la tension et une colère juste-sous-la-surface, mais il souriait. C'était un sourire froid et tendu, plein de promesses de choses qui pourraient être ou ne pas être agréables, mais auxquelles on n'y pouvait rien de toute façon. "Tu as changé depuis le temps où nous jouions ensemble, quand nous avions cinq ans. Pas vrai ?"
"Peut-être." La Serpentard pencha la tête en arrière, un sourire jouant sur ses lèvres, les épaules rejetées en arrière, la poitrine en avant. La pose provocante aurait pu être tirée des pages de Teen Witch Weekly, mais sur Blaise, ça ne semblait pas ridicule. "Tu aimes ça ?"
"Ca dépend." Drago tendit la main et toucha gentiment ses cheveux. "Es-tu toujours en colère contre moi ?"
Blaise baissa les cils. "Je ne sais pas."
"C'est pourtant assez simple." Drago toucha légèrement son visage, faisant courir ses phalanges le long de sa joue, sur ses lèvres, sur sa clavicule. "Soit tu l'es," il posa sa main sur sa hanche pour la rapprocher de lui, "soit tu ne l'es pas."
En réponse, elle leva la tête, les yeux fermées et les lèvres tendues, et il l'embrassa. C'était un baiser lent, tranquille, contrôlé ; il l'avait déjà embrassé de cette manière posée auparavant. Elle devenait docile sous ses mains, et ses bras passèrent autour de sa taille.
Hermione se sentit rougir. Elle se donnait l'impression d'espionner quelque chose qui ne la regardait pas ; pire encore, elle se souvint ce que ça faisait d'être embrassé comme ça par Drago. Elle n'avait jamais vraiment surveillé sa relation avec Blaise auparavant, mais maintenant, elle trouvait qu'elle le faisait un peu trop, et en avait honte.
Elle ferma étroitement les yeux. Quand elle les ouvrit à nouveau, Blaise et Drago étaient séparés ; Blaise lui souriait et, dans l'obscurité du couloir, leurs cheveux pâles et écarlates ressortaient comme une balise. Ça aurait pu être Ginny et Drago. Mais Ginny ne lui aurait jamais souri comme ça.
"Je suppose que tu n'es plus en colère, pas vrai ?" demanda Drago, avec une voix qui fit presque flancher les genoux d'Hermione. Oh mon dieu.
"Plus maintenant, mais si jamais je t'attrape à embrasser une autre fille, Drago Malefoy…" menaça Blaise, haletante.
Drago la coupa en riant, un rire court et sans joie. "Ca n'arrivera pas."
Blaise lui jeta un regard langoureux sous ses cils sombres. Elle s'était débrouillé pour que sa robe de Quidditch dévoile une de ses épaules, de façon à ce qu'on aperçoive son corsage lavande en dessous. Hermione ne savait pas comment elle avait fait sans même bouger. C'était un coup de maître. "Parfois, j'ai l'impression de ne pas te connaître du tout." ajouta-t-elle.
"Parfois, je pense la même chose."
Il laissa Blaise partir, et elle s'éloigna de lui en rajustant sa robe. "Je pense que nous en avons fini ici, Drago. Je serai dans la salle commune si tu me cherches" Elle s'arrangea pour faire sonner ça comme une invitation à une série d'activités sordides mais agréables. Hermione la regarda partir. Comment faisait-elle pour marcher comme ça ? Blaise disparut dans le couloir et, pendant qu'elle le faisait, Hermione baissa les yeux et vit Drago la regarder.
Leurs yeux se rencontrèrent, et elle se sentit rougir à nouveau. Il resta immobile, sans bouger, la lumière de la torche jouant dans ses cheveux. Ses yeux étaient sombres, et sa bouche rougie par le baiser. Il avait perdu la finesse qu'il avait acquis au cours de l'été, et elle pouvait deviner les muscles fins de ses épaules et de ses bras sous ses vêtements alors qu'il reculait d'un pas. Pendant un moment, elle vit un autre visage superposé au sien.
"Drago."
Il sourit. Un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. Il y avait quelque chose d'autre en eux, quelque chose de sombre, de désespéré, de primitif. "Quoi ?"
"Est-ce que tu l'aimes ?" demanda-t-elle. Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu dire du tout.
"Qu'est-ce que tu penses ?"
"Je pense que tu ne sais pas."
"Alors, tu me donnes trop de crédit. En même temps… si je te donne quelque chose, le donnerais-tu à Ginny pour moi ?"
Elle secoua la tête. "Donne-lui toi-même."
"Tu n'as pas besoin de lui dire que ça vient de moi."
"Drago." Le mot sonnait à la fois comme un gémissement et comme une accusation. "Pourquoi est-ce que tu joues comme ça ?"
"Je ne joue pas. Je suis comme ça."
Il leva le menton plus haut, aussi arrogant et fier qu'elle l'avait connu, et la lumière de la torche illumina ses cheveux et disparut, comme si une ombre s'était glissée entre eux. Dans la demi-obscurité, elle put voir les yeux couleur glace dirigés vers elle, son torse se soulevant toujours rapidement à cause de la colère, et peut-être du baiser, et elle savait ce qui était parti avec ce baiser : toute la fierté et la fureur et la passion qu'il ressentait pour quelqu'un, quelqu'un d'autre que Blaise.
"Tu peux aimer plus qu'une personne, tu sais." l'informa-t-elle.
Ses yeux étincelèrent. "Ne m'assomme pas de banalités, Hermione. Tu penses que je ne le sais pas ?"
"Tu ne l'aimes pas." Hermione était à présent certaine de ça. "Tu l'embrasses comme si tu essayais de te venger."
"Me venger de qui ?" demanda Drago, la voix tendue par l'exaspération, ou peut-être quelque chose d'autre.
Hermione secoua la tête. "Je ne sais pas."
"Bon." Drago haussa les épaules. "Ecris-moi quand tu auras trouvé, d'accord ? Peut-être qu'il y a un livre à la bibliothèque là-dessus."
"Si tu penses…"
"Laisse-moi simplement tranquille." Drago tourna les talons. Hermione le regarda partir, la tension en elle étant devenue presque insupportable. Ça allait mal, tout. Et il n'y avait personne à qui elle aurait pu en parler. Ni Harry. Ni Drago. Ni Ron. Personne. Tout le monde, semblait-il, était perdu. Et elle suspectait que Hermione Granger, la plus intelligente sorcière de Poudlard, était la plus perdue de tous.
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Epuisé, Harry descendit lentement le long couloir menant à l'armurerie abandonnée. Il faisait ce trajet une fois par semaine, le vendredi, à six heures tappantes, une heure avant le souper. Le premier jour de cours, Dumbledore lui avait montré le chemin. A lui, et à Drago.
Les murs à cet endroit étaient sales et dépourvus de toute décoration. Les pas de Harry résonnaient contre les murs et le faisait se sentir étrangement seul. Il avait passé une demi-heure à l'infirmerie avant que Madame Pomfresh ne les fasse partir, lui et le reste de l'équipe de Gryffondor. Il avait fait une rapide recherche dans le château mais n'avait pas pu trouver Hermione, puis était arrivée l'heure de son rendez-vous avec Drago et il avait dû partir. Il ressentait l'échec de sa recherche comme une douleur sourde. Il ne voulait pas être sans elle, surtout après les événements traumatisants du match. Mais il savait aussi qu'il n'avait pas le droit de réclamer sa compagnie, pas après la façon dont il s'était comporté. Il voulait faire quelque chose pour montrer ce qu'elle représentait pour lui, mais il ne pouvait pas. Il la sentait se détacher de lui et il n'y avait rien, à ce qu'il semblait, qu'il puisse faire contre ça. La sensation d'une perte inévitable s'empara de lui.
Il avait atteint le bout du couloir. La porte devant lui était vieille, couturée, faite d'un bois rouge sombre et de bronze. Il abaissa la clenche et la porte s'ouvrit. Il entra, et la referma délicatement derrière lui.
Il se trouvait dans une large pièce ovale avec de hautes fenêtres grillagées, à au moins deux mètres au-dessus de la tête de Harry. La pièce était dépourvue de tout mobilier, exceptée une longue table appuyée contre le mur ; les murs étaient nus, cachés derrière une vitrine de verre ayant abrité des épées, des haches, des lances, et toutes sortes d'armes enchantées. Désormais, elle n'était plus utilisée. Des particules de poussière flottaient dans la lumière crépusculaire que laissaient filtrer les fenêtres.
Dans un rayon de lumière bleuâtre se trouvait Drago, le dos contre la table, la tête rejetée en arrière comme s'il réfléchissait intensément ou était très fatigué. Terminus Est trônait dans toute sa gloire argentée sur la table derrière lui, la demi-lueur en accentuant les gravures et les faisant luire comme des lettres de feu. La faible lumière illuminait également ses cheveux pâles d'une sorte de rayonnement incolore, comme de la nacre. Il portait toujours sa robe de Quidditch émeraude, bien qu'elle semble très noire dans l'obscurité.
"Salut, Malefoy !"
Drago leva la tête. Des ombres soulignaient les contours de sa bouche et de ses yeux sombres. "Salut, Potter !"
Harry fit un autre pas dans la pièce. "Elle va bien, puisque tu voulais savoir."
"Elle est réveillée ?"
"Non. Pas encore." Harry était maintenant au centre de la pièce. "Au fait, pour ce qui s'est passé sur le terrain de Quidditch…"
"Ouais." dit Drago d'une voix sans émotion. "Je suis désolé pour ça."
Harry soupira. "Malefoy..." Il tendit une main et la posa sur l'épaule du garçon. "J'ai pensé que nous devrions arrêter."
"Quoi ?" Harry sentit les yeux de Drago se détourner de l'épée posée devant lui. "Cessez l'escrime ? Pourquoi ?"
"Non, pas ça." Harry ôta sa main et la posa un moment sur la poignée de l'épée à sa ceinture. Elle avait, comme toujours, un poids réconfortant. "Arrêter les querelles. Faire comme si on se détestait. Si j'avais dû te dégager du terrain, et que tu avais refusé de partir de toi-même, je ne sais pas si j'aurais pu le faire."
"On ne peut pas arrêter les querelles… Souviens-toi de ce que Dumbledore a dit."
"Je sais, mais on peut aller le voir, lui expliquer…"
"Lui expliquer quoi ? Que ce n'est plus drôle ?" La voix de Drago était amère. "Ça importe peu ce que l'on est censé faire. On attend toujours le plus de ceux à qui l'on offre beaucoup. Ou peu importe ce qu'il a dit."
"Je n'ai pas l'impression qu'on m'ait donné tant que ça." protesta Harry, avec une soudaine amertume, et Drago leva les yeux vers lui pour la première fois. Ses yeux semblaient très sombres, surfaces argentées bordées de cils noirs. Il semblait presque furieux.
Harry s'arrêta. "Je sais, ce n'est pas vrai. J'ai beaucoup. Hermione et Ron et Sirius…"
"Je pensais à la richesse, la célébrité et la gloire."
"Etonnant."
Drago sourit. C'était un sourire fin, mais sincère. "Oh, bien, des insultes. Tu sais toujours où ça te mène."
Harry haussa les épaules. "Tu veux t'entraîner ou faire le devoir que Lupin nous a donné ? C'est toi qui voit."
"Je veux m'entraîner." Drago tendit le bras derrière lui et souleva son épée de la table. La faible lumière éclaira la lame et la riche poignée décorée de pierres d'un noir vitreux. La lumière souligna les mots gravés le long de la poignée : Terminus Est.
C'est la Ligne de Division.
Diviser quoi de quoi ? se demanda Harry, et pas pour la première fois. Diviser le mal du bien, la lumière des ténèbres, le choix de la prédestination ? Ou peut-être analysait-il trop, et que ça signifiait simplement que l'épée avait un bord inhabituellement tranchant. Bord qui se rapprochait dangereusement de lui maintenant. Il leva sa propre lame pour bloquer l'attaque, faisant un pas en avant comme Drago le lui avait appris. Va vers le coup, ne t'en éloigne pas ; ça brisera la portée de ton adversaire.
Les épées s'entrechoquèrent et le son résonna tel une cloche dans la pièce silencieuse. Harry attaqua Drago ; Drago détourna le coup, et ils se lancèrent dans une lente danse impromptue autour de la pièce, sans accélérer ou ralentir leurs mouvements. Harry aimait les entraînements ; ils lui permettaient de passer du temps sans avoir à réfléchir ; il laissait simplement son corps suivre les mouvements qu'il semblait connaître d'instinct. Il attaqua, para, riposta, et se replia alors que les épées s'entrechoquaient à nouveau. Il laissa Drago avancer, six pas, sept, jusqu'à ce que son dos touche le mur. Il laissa venir le coup suivant et se baissa sous lui, s'appuyant au mur pour augmenter sa force. Sa lame frappa fortement celle de Drago, éclaboussant d'étincelles l'air entre eux.
Drago recula. "Bien." remarqua-t-il. "Bonne utilisation du mur."
Harry ne répondit pas et leva son épée à nouveau pour attaquer. Drago le para et riposta ; Harry feinta et attaqua encore. Il fit un pas en arrière, se mit hors de portée, puis passa sous la garde de Drago et attaqua. Son épée passa au-dessus de la parade de Drago, et lui frappa l'épaule. Le tissu eut un murmure d'adieu, et une entaille s'ouvrit dans la manche de Drago.
Harry se glaça aussitôt. "Je suis désolé !" s'excusa-t-il rapidement.
Drago, qui s'était aussi arrêté, sembla surpris. "Ça va."
Harry sentit ses doigts blanchir alors qu'il serrait la poignée de l'épée de Gryffondor. "J'aurais pu te blesser."
Drago secoua la tête. "Pas si je ne te laisse pas faire. C'était un bon tour, mais tu télégraphies toujours tes mouvements. Quel est le problème, Potter ?"
"Je suppose que j'ai l'esprit ailleurs."
"Hermione ?" suggéra Drago, et Harry se sentit étrange. "Allez, pourquoi est-ce que tu ne lui dit pas simplement ce que tu m'as dit l'autre nuit ? Elle comprendra."
Harry baissa les yeux vers sa main qui, couverte d'une fine pellicule de sueur, tenait la poignée de l'épée de Gryffondor. "Il y a juste un problème."
"Lequel ?"
"Je ne me souviens plus ce que je t'ai dit l'autre nuit."
La bouche de Drago se crispa. "Je suppose que tu ne me croirais pas si je te rappelais que tu m'as dit que tu avais une affaire secrète avec le Professeur Chourave, et que vous vous échangiez des photos de toi déguisé en marmotte ?"
"Insensé !"
"Bien sûr que non."
"Je ne me déguiserais jamais en marmotte."
"Naturellement."
"Bon, peut-être en lémurien. Ou en ouistiti. Mais une marmotte ? Avec ces dents ?"
"Là, tu me fais peur."
Harry rit. C'était la première fois qu'il riait vraiment de la journée. "De toute façon, on est à Poudlard. Tout se sait. Qui pourrait garder une affaire secrète ici ?"
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"Je crois avoir entendu quelqu'un venir." dit-elle. Elle se dégagea de l'étreinte de Ron et se leva. Il inclina la tête et elle put sentir son regard bleu dans son dos alors qu'elle traversait la pièce et regardait anxieusement à travers la fenêtre grillagée de la porte. Dehors, elle put voir une étendue de couloir vide partant dans deux directions. Il n'y avait personne.
"Tu t'en fais trop." observa Ron. Il était assis par terre, torse nu, en pantalon et baskets. Sa robe de Quidditch était en tas derrière lui, à l'endroit où ils s'étaient allongés. Ses yeux étaient sombres. "Peut-être que je devrais y aller. Ginny…"
"Tu as dit qu'ils ne te laisseront même pas entrer à l'infirmerie. Je pensais qu'elle allait se remettre ?"
"Je sais. Mais je me sens responsable."
"Et bien, tu ne l'es pas." Elle traversa la pièce et vint s'asseoir à ses côtés en enroulant les bras autour de lui. "Et tu dis que je m'en fais trop."
Il se dégagea de son étreinte et la regarda. "Si nous étions pris ? Si quelqu'un nous trouvait, que ferais-tu ?"
"Ron, je…"
"Que choisirais-tu ?"
"Ce serait aussi mauvais pour toi que pour moi si nous étions pris." assena-t-elle d'un ton mesuré.
"Pire !" Sa voix était un peu dure. Elle supposa qu'il voulait la blesser, se sentant blessé lui-même.
Elle leva les mains et les posa sur son visage. "Je t'aime !"
Il cligna des yeux. Elle ne le lui avait jamais dit auparavant. "Vraiment ?"
Elle acquiesça. "Je pensais que tu le savais."
Pendant un moment, il la dévisagea ; puis son visage s'éclaira et il la serra contre lui. "Je pensais que tu ne…"
"Chut." Elle l'embrassa.
"Je…"
"Je sais." Elle posa un doigt sur ses lèvres. "Tu n'as pas besoin de le dire. Je le sais."
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"Hmm..." fit Drago. "Je suppose que tu as raison. A moins que tu veuilles faire la queue à la Tour d'Astronomie chaque samedi soir, il n'y a vraiment aucun endroit où se retrouver en privé."
"De quoi est-ce que tu te plains, Malefoy ? Tu as ta propre chambre, pas vrai ? Tu es préfet."
"Et c'est aussi spacieux. J'appelle cette chose 'pièce' simplement parce que je suis trop paresseux pour dire 'le placard à balais avec appliques'"
"Nous pourrions vendre des tickets pour cet endroit." plaisanta Harry en balayant du regard la pièce presque vide. Il sourit. "Spécialement pour les murs insonorisés."
"Bien pensé, Potter. Content de voir qu'Hermione n'a pas toute la matière grise de votre couple." Drago pencha la tête sur le côté. "D'ailleurs, tu sembles plus joyeux."
"Ouais." Harry leva son épée, et fit un demi-salut en direction de Drago. "Merci pour l'entraîment. Ça m'a aidé."
"Bien." Drago s'arrêta, et regarda Harry sérieusement. "Potter, je ne te l'ai jamais demandé avant, mais..."
"Mais quoi ?"
Drago hésita, puis posa sa question de la même manière que quelqu'un mettant un pied dans le vide : "Où sont enterrés tes parents ?"
Harry se tint immobile un moment. Il y avait une douleur étrange au fond de ses yeux. Finalement, il dit lentement : "Je n'en ai aucune idée."
Drago cilla mais ne montra aucun signe de surprise. Sa voix était prudente. C'était évidemment une chose à laquelle il aurait dû penser avant de questionner Harry, mais il ne l'avait pas fait. "Et bien, quelqu'un doit savoir."
Harry acquiesça, distant. "Quelqu'un doit..." Pourquoi n'y ont-ils jamais fait allusion, ou ne m'ont jamais proposé d'y aller ?Dumbledore, Sirius, Lupin, ils n'ont jamais… et je… pourquoi n'ai-je jamais demandé ?
"Potter." La voix de Drago était sèche. "Respire. Est-ce que ça va ?"
"Uh-huh." La vision de Harry devint plus nette ; il vit Drago devant lui, l'air inquiet. "Sirius doit savoir."
"Ou Lupin."
"Je demanderais plutôt à Sirius. Je suis censé le voir ce soir de toute façon."
"Okay." Drago haussa élégamment les épaules. "Je pensais juste… ça pourrait t'aider. Tu sais. La proximité. Peut-être que ça t'aiderait à te sentir, euh, un peu plus proche d'eux."
"Plus proche ?"
"Parfois tu dois voir les choses." expliqua tranquillement Drago. "Les voir par toi-même, pour savoir qu'elles sont réelles."
"Je sais qu'ils sont morts." répondit Harry d'une voix sans timbre. "J'ai toujours su qu'ils étaient morts."
"Je sais. Mais parfois je me demande si tu sais que tu es toujours vivant."
Harry baissa les yeux. Il se sentait déconnecté, comme souvent ces derniers temps : déconnecté de la pièce autour de lui, déconnecté de Drago, déconnecté de lui-même, comme si le corps qu'il regardait, mince et vêtu d'un jean et d'un pull bleu était à quelqu'un d'autre. Un des lacets de sa chaussure gauche était brisé ; il n'avait aucun souvenir de l'avoir cassé. "Avant, je regardais dans le miroir du Rised et je voyais mes parents. Je ne peux plus le faire."
Un pli de confusion se dessina entre les yeux de Drago. "Parce que tu ne sais pas où il est ?"
"Parce que je ne veux pas y regarder. J'ai peur de ce que je pourrais y voir."
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Les chiffres volants du réveil près du lit indiquèrent à Ginny qu'il était deux heures du matin. Elle resta allongée, laissant ses yeux s'habituer à la demi-obscurité de la pièce. Son corps tout entier lui faisait mal, mais son bras, à propos duquel elle avait entendu Madame Pomfresh dire qu'il était "cassé en deux" semblait fonctionner à nouveau, et n'était pas particulièrement douloureux.
Il y avait eu du monde dans la pièce plus tôt, beaucoup de gens. Elle se souvint de Madame Pomfresh mettant l'équipe de Gryffondor à la porte, de Harry passant son bras autour des épaules de Ron alors qu'ils sortaient ; Ron semblait bouleversé, Ginny aurait été touchée si elle n'avait pas été sous un Charme Anti-Douleur. Elle se souvint de Charlie, venu plus tard, et qui s'était assis près de son lit et lui avait pris la main. Un peu de neige était tombé de lui et avait fondu sur son poignet. Il y avait d'autres personnes dans la pièce, mais elle se souvenait surtout de Charlie. "Que s'est-il passé ?" avait-il demandé. "Que lui est-il arrivé ?"
Et une autre voix avait répondu : "Nous ne savons pas. Personne n'a eu d'accident de balai comme ça depuis des années, pas depuis que Harry Potter est tombé de son balai en troisième année."
"Mais c'était à cause des Détraqueurs. Ginny vole bien, elle a toujours bien volé. Elle n'aurait pas perdu le contrôle de son balai comme ça."
"Le balai est en train de subir un examen pour les sorts et malédictions, Professeur Weasley. Ne vous emballez pas, je vous prie."
"C'est ma sœur." rappela Charlie, la gorge serrée. Quelque chose dans sa voix avait rappelé à Ginny la période de son enfance où Charlie était son frère préféré. Elle se souvint de lui rentrant de Poudlard, la prenant dans ses bras alors qu'il passait la porte de la maison, son uniforme encore sur les épaules, la soulevant en l'air jusqu'à ce qu'elle en hurle de rire. Charlie avait été son favori, bien qu'elle ait récemment compris que son allégeance avait perdu de son intensité, et qu'elle était plus proche de Ron. Elle supposait que c'était impossible d'avoir traversé ce qu'ils avaient vécu et ne pas s'être rapproché. "Ma seule sœur !" ajouta Charlie avec emphase.
"Oui, je sais qu'elle est ta sœur. Nous l'adorons tous, Charlie. Nous allons découvrir ce qui s'est passé… et toi, tu devrais aller te reposer."
Le vertige douloureux l'avait quitté, et elle avait glissé dans un état intermédiaire où tout autour d'elle n'était que formes indistinctes. Elle éclaircit ses pensées : elle avait pensé entendre George et Fred parler au-dessus d'elle, puis Ron, ou ç'aurait pu être Harry, et elle avait même pensé entendre Rogue et Dumbledore, et elle avait finalement entendu Madame Pomfresh crier après quelqu'un, mais pas avant que la personne penchée au-dessus d'elle ne l'ait embrassé sur la joue.
Elle espèrait vraiment que ce n'était pas Rogue.
Elle tourna la tête et regarda à nouveau le réveil. Les nombres indiquaient qu'il était maintenant deux heures et demie, et elle n'avait plus du tout sommeil. Il y avait des livres empilés sur le plateau. Hermione les avait sans doute laissés afin qu'elle ne manque pas trop de cours. Elle se demanda s'il y avait quoi que ce soit dans Un Abrégé des Malédictions (Harry avait été vraiment excité au sujet de ce livre, se souvint-elle, jusqu'à ce qu'il découvre qu'il ne contenait rien d'autres que des maléfices et autres) qui expliquerait pourquoi elle était tombée de son balai. Elle tendit son bras guéri et fouilla dans les livres, puis sursauta quand un livre de poche tomba sur ses cuisses. C'était son exemplaire de Pantalons Passionnés.
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Hermione arpenta silencieusement le couloir, enroulée dans la Cape d'Invisibilité de Harry, essayant de calquer les battements de son cœur sur le rythme de ses pas. Elle était tout à fait consciente de l'ironie de la situation : elle, Préfète-en-Chef, devant s'assurer que les élèves n'enfreignent pas les règles, rôdait dans l'école après le couvre-feu. Elle en était consciente, mais s'en fichait. Elle était au-dessus de ça.
Elle trouva la porte dans le mur là où le plan lui avait indiqué qu'elle était. Elle posa sa main sur la porte et poussa ; elle s'ouvrit, et elle entra.
La pièce était sombre. Il n'y avait qu'une fenêtre, encastrée comme un joyau dans le mur nord. Elle pouvait y voir la Forêt Interdite recouverte de neige, et la demi-lune répandant sa lumière laiteuse sur le paysage noir et blanc.
Sur le mur face à elle, à l'opposé de la fenêtre, se trouvait un léger éclat, comme un rayon de soleil sur l'eau. Elle se retourna et marcha vers lui, qui devint ce qu'elle savait qu'il était réellement à mesure qu'elle approchait : un miroir cerclé d'or.
Je montre ce que ton cœur désire.
Ce que ton cœur désire.
Je suppose, dit la voix de Harry au fond dans son esprit, que les désirs d'une personne peuvent changer.
Elle se souvint de sa voix quand il lui avait dit ça, l'expression de son visage : un mélange d'horreur et d'espoir.
Non, lui avait-elle répondu avec fierté. Je n'ai jamais changé à ton égard. J'ai toujours été la même. Je t'aimerai toujours. Je te voudrai toujours. Quoi que j'ai fait, ou dit, c'était et ce sera toujours pour toi.
D'un geste, elle ôta la cape, leva la tête, et regarda le miroir. Elle y regarda le temps d'un battement de cœur, puis un second, puis un troisième. Au quatrième, ses genoux cédèrent. Elle tomba assise sur le sol de marbre, et cacha son visage dans ses mains.
Oh, Harry… qu'est-ce qu'il m'arrive ?
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Pour ce qui est des réponses aux reviews, il semblerait que celles-ci ne soient plus tolérées (sous risque d'effacement de la fic d'après ce que j'ai lu…) mais cela n'empêche que vous pouvez toujours en envoyer ! :-p Cela nous fait extrêmement plaisir !
Vous aurez néanmoins une réponse si vous posez une question, cela va sans dire, mais ce sera tout.
Merci à Gawell, Alana Chantelune , Lalih , Lady FoxIpikou , Melowyn et Neyarchess : )
La DT-Team, le 16 janvier 2007.
