Bonjour tout le monde !

Je suis vraiment, vraiment désolée pour le délai de traduction (encore pire que le précédent…). Mais bon, après quelques problèmes techniques et personnels, le voilà, et c'est tout ce qui compte, pas vrai ?

Pour continuer sur une note positive, je me suis procurée le livre de Cassandra Clare, City of Bones, et il est gé-ni-al ! Je vous le conseille vivement. Il ne devrait pas être traduit avant l'année prochaine, donc au pire vous pouvez vous donner une idée de la difficulté à lire en vo (et vous mettre l'eau à la bouche, accessoirement) sur le site de la trilogie (le lien est dans notre profil). Le premier chapitre est en lecture libre.

Pour finir, je tiens à souhaiter la bienvenue à Meish Kaos et Angelofdarkness99 au sein de la Team !

Merci beaucoup à Celune (j'ai énormément aimé ton analyse !), Cat, Saralune, Me-Violine, Neyarchess et Melowyn pour leur review !

Bonne lecture !

Chapitre traduit par Kya et corrigé par Fred

¤¤¤

Chapitre Trois : Ténèbres et Inondation

Trop tôt pour l'arc-en-ciel,

Trop tôt pour la colombe.

Voici venir les derniers jours,

Voici les ténèbres, voici l'inondation.

-LC

¤¤¤

Le pire quand on était à l'infirmerie, comprit bien vite Ginny, était le flot de personnes qui venaient lui "remonter le moral." Ça n'était pas si mal de voir Hermione, Harry et Ron, et elle n'avait rien contre les visites d'Elizabeth, mais quand l'équipe entière de Gryffondor descendit la voir, elle en eut mal à la tête, et Charlie qui s'agitait autour d'elle la rendait nerveuse. Elle se sentait parfaitement bien et supplia Madame Pomfresh de la laisser sortir, mais celle-ci insista pour la garder "en observation", certainement, supposa Ginny, parce qu'elle craignait que sa perte de connaissance en vol ne se reproduise.

Lavande et Parvati vinrent la voir le deuxième jour. Ginny manqua de s'endormir pendant qu'elles gloussaient à propos des potins (Eloise Midgen avait rompu avec Justin Finch-Fletchley, en lui disant qu'il n'était pas assez "enthousiaste quant à leur relation"), de la mode (Pansy Parkinson était venue en cours d'Histoire de la Magie affublée de "barrettes à l'allure étrange") et de la Tournée des Pubs (Parvati y allait avec Dean Thomas, et Lavande avec Mark Nott.)

"Mais Mark est un Serpentard !" protesta Ginny en sortant momentanément de sa rêverie.

Lavande fut insensible à cette remarque. "Et alors ? Etre anti-Serpentard est tellement dépassé, Ginny."

"A moins que tu ne sois Seamus." gloussa Parvati.

Ginny cligna des yeux sans comprendre. "Qu'est-ce que tu veux dire ?"

Parvati sembla ravie de cette sollicitation. "Quand tu es tombée de ton balai, Seamus a pratiquement tué Drago Malefoy pour l'empêcher de s'approcher de toi. C'était si mignon."

Perplexe, Ginny la dévisagea. "Est-ce que Malefoy avait l'air de… je veux dire, est-ce qu'il essayait de… pourquoi aurait-il...?"

Lavande secoua la tête. "Je ne sais pas. On n'entendait pas ce qu'ils disaient. On a simplement vu tout le monde se rassembler autour de toi, et Seamus s'est placé devant Malefoy et l'a bloqué assez longtemps pour que Harry arrive et le vire du terrain."

"Harry a viré Malefoy du terrain ?"

"Je pense." répondit Parvati, l'air pensive. "Il l'a prit par le poignet, et Drago l'a dévisagé une minute avant de partir comme une furie. C'était difficile de dire exactement ce qu'il se passait, peut-être que Drago s'est enfui parce que Dumbledore arrivait. Et ton frère était avec Dumbledore ; il semblait assez énervé pour cracher des clous, d'ailleurs."

"J'aurais aimé aller à la Tournée des Pubs avec le Professeur Weasley." annonça Lavande d'un air triste.

"Lavande, c'est ridicule, c'est un professeur, et il est atrocement vieux." objecta Parvati tandis que Ginny s'efforçait de ne pas rire. "Et puis, on s'éloigne du sujet."

"Il y avait un sujet ?" ironisa Ginny.

"Le sujet était que nous pensons que Seamus en pince pour toi." rappela Parvati.

"Bien sûr que non !" protesta Ginny, surprise.

"Bien sûr que si !" affirma Lavande, qui était elle-même sortie avec Seamus en cinquième année. "Pourquoi inventerions-nous ?"

"Parce que vous êtes des débiles sans cervelle qui aiment me voir dans les problèmes jusqu'au cou." faillit répondre Ginny, mais elle se retint. Peu importe ce qu'était Lavande et Parvati, elles n'étaient pas très malines, mais ce n'était pas une raison pour être grossière avec elles. "Bon, je suis épuisée," commença-t-elle, mais c'était trop tard : Lavande et Parvati s'étaient lancées dans leur jeu favori, un exercice répugnant appelé "Qui Préfèrerais-Tu ?" qui consistait à donner des paires de garçons de Poudlard et de choisir celui avec lequel on préfèrerait passer la nuit.

'Terry Boot ou Ernie MacMillan ?" demanda Parvati à son amie.

"Terry !" répondit Lavande.

"Drago Malefoy ou Malcolm Baddock ?"

Lavande réfléchit un moment, puis gloussa. "Drago Malefoy."

"Justin Finch-Fletchley ou Ron Weasley ?"

"Ron."

"Harry ou Ron ?"

"Hmm...toujours Ron, je pense."

Ginny les regardait faire avec amertume, et commença à paniquer quand Lavande se tourna vers elle en annonçant que c'était son tour. "Justin Finch-Fletchley ou Ernie MacMillan ?"

"Justin, je pense." dit Ginny, qui n'était intéressée par aucun des deux.

"Seamus ou Dean ?"

"Seamus."

"Drago ou Malcolm ?"

"Malcolm." mentit Ginny.

"Harry ou Ron ?"

Ginny regarda Lavande avec dégoût. "Lavande, c'est... répugnant."

"Quoi ?" demanda Lavande d'un ton neutre. Puis elle comprit. "Oh, c'est vrai. Tu as tout ce… truc Harry. Désolée." (1)

"Argh !" gémit Ginny en mettant un oreiller sur sa tête. Elle refusa de bouger jusqu'à ce que Lavande et Parvati s'en aillent.

¤¤¤

La salle commune de Gryffondor n'avait, pensa Sirius, absolument pas changé. Son regard fit le tour de la pièce, passa par-dessus le bord de la cheminée et s'arrêta sur les lourds fauteuils au cuir râpé par le temps, les coussins aux pompons dorés, la table basse griffée, les luxueux portraits aux murs. Harry était assis devant le feu comme prévu, les jambes croisées. Il portait un pantalon noir et un polo d'un bleu sombre. Il semblait n'avoir que douze ans, et apparaissait maigre et fatigué, si maigre et fatigué que Sirius dût retenir une exclamation de surprise.

"'soir, Sirius." salua tranquillement Harry. "Content que tu aies pu venir."

Cela faisait un mois qu'ils s'étaient parlés pour la dernière fois. Sirius se souvint qu'Harry avait semblé pâle, mais il avait éludé ça en pensant que c'était à cause du prochain match de Quidditch.

Sirius essaya de garder une voix neutre. "Harry. Tu as l'air… si mince. Et épuisé."

"Il est tard." dit platement Harry. Il s'appuya contre le bord d'un fauteuil. Il avait perdu tellement de poids, remarqua Sirius, que l'encolure de son polo tombait mollement sur son torse. Les cernes sous ses yeux étaient d'un bleu-mauve sur sa peau pâle. Sirius se souvint de quand il avait pris le train à la rentrée, rassasié et en bonne santé après deux semaines au Terrier. Que s'était-il passé ? "On a eu un match aujourd'hui. Je suis épuisé."

Sirius n'en fut pas rassuré pour autant. "Je sais. Lupin m'a dit ce qui s'était passé. Je suis content que Ginny aille bien… Harry, est-ce que tu manges comme il faut ?"

Harry sembla chercher ce qu'il avait mangé à son dernier repas. Puis il haussa les épaules. "Je mange bien, Sirius. Comment vont les préparatifs du mariage ?"

"Bien. Et l'adoption est presque terminée." ajouta Sirius sur le ton de la conversation. "Il y aura juste encore un peu de paperasse à remplir quand tu viendras à Noël. Et Narcissa est impatiente de vous revoir tous. Ginny et Ron seront-ils avec toi à la descente du train ?"

"Non, le lendemain." répondit distraitement Harry. Sirius pouvait voir qu'il pensait à autre chose.

"Tu as choisi ta tenue de soirée ?"

"Hmm-hmm."

"Est-ce que tu sais que j'ai changé d'avis pour mon mariage ? Je pense que je vais plutôt épouser Remus à la place."

"C'est bien."

"Harry," gronda sombrement Sirius. "Qu'est-ce qu'il y a ?"

"Rien !" s'exclama vivement Harry. Puis il sembla se motiver. "En fait… il y a quelque chose que je me demandais."

"Ça paraît évident."

Harry croisa les mains sur ses talons. "C'est à propos de mes parents."

Sirius regarda son filleul, mais son expression était dissimulée par ses cheveux. "Oui ?"

"Où sont-ils enterrés, Sirius ?"

Sirius sentit son cœur manquer un battement. "Pourquoi est-ce que tu veux savoir ?"

"Ne réponds pas par une question."

"Je suis désolé, Harry, mais je dois savoir pourquoi est-ce que tu veux cette information. Qu'est-ce que tu mijotes ?"

Harry grogna. "Juste un peu de nécromancie. Faire se relever les morts, quelques sacrifices humains, la routine quoi."

"Harry…"

"Bon, c'était une suggestion de Drago. Il pensait que ça pourrait m'aider à me sentir plus proche d'eux."

"Ça ne sonne pas comme quelque chose que Drago aurait dit."

"Pourtant il l'a fait, d'accord ? Quoi, tu ne me crois pas ?"

La chose ennuyeuse avec les adolescents, pensa Sirius sans que ça l'aide d'aucune façon, est qu'ils sont si susceptibles. "Je te crois, Harry. Je m'inquiète simplement pour toi."

"Ce sont mes parents. J'ai le droit de savoir où ils sont enterrés."

Sirius ferma les yeux, puis les rouvrit lentement. "La Colline de Doon." répondit-il, et dans son esprit se forma l'image d'une herbe d'un vert grisâtre, d'un flanc de colline balayé par le vent et recouvert de tombes polies par le temps. Il vit un groupe de silhouettes courbées au-dessus de deux pierres tombales, un sorcier à côté murmurant les mots d'une prière. "Venite, benedicti patris mei, percipite regnum, quod paratum est vobis ab origine mundi..." Il le vit clairement, bien qu'il resta conscient que ce n'était que son imagination – il avait été incapable d'assister aux funérailles de James et Lily. Mais il avait assisté à d'autres. Beaucoup d'autres. "Dans un cimetière pour sorciers."

"Tu y es déjà allé ?" La voix de Harry était calme et posée.

"Une fois."

"A quoi est-ce que ça ressemble ?"

Sirius se demanda ce qu'il devait répondre. C'était beau ? Agréable ? Je ne veux plus jamais y retourner ? "C'est un cimetière, Harry."

"Où est-ce ?"

"Près de Godric's Hollow... Si tu veux y aller, je t'y amènerais. Après tes ASPIC."

"Mais c'est dans des mois !"

"Harry... je comprends que tu veuilles y aller, et je comprends également que tu sois bouleversé, mais la proximité n'est pas une chose simple. Et il y a une raison au fait que personne ne t'y ait jamais emmené..."

"Quoi ?" Les yeux de Harry brillaient dans la pièce sombre, ses cheveux disparaissant dans l'obscurité autour de lui. Son visage était pâle, comme une empreinte fantomatique contre les ténèbres.

"Parce que ce n'est pas sûr. Tu es en sécurité à l'école, ou à la maison avec moi, et c'est tout. Je ne sais même pas ce qu'il en est du Terrier maintenant. Je t'aime énormément, Harry, mais je ne suis pas du même sang que toi, et à moins que quelqu'un du même sang soit avec toi, la magie de Dumbledore ne peut te protéger. Si nous y allons, nous devrons emmener les Dursley…"

"Non ! Non !" s'exclama Harry en se mettant debout. "C'est comme… je n'irai pas avec eux ! Comment peux-tu… ?"

"Mais, Harry…"

"Tu ne comprends pas !" se désola Harry, et la tristesse dans sa voix fit s'arrêter Sirius. Il n'avait pas l'air seulement furieux, mais comme s'il venait d'avoir une sinistre révélation. "Tu ne comprends pas et tu ne veux pas comprendre. Tu t'en fiches ! Tu pense que les choses seraient mieux si je vivais avec toi, mais tu n'es pas différent des Dursley, tu me mens pour tout."

"Qu'est-ce que tu racontes, Harry ? Tu veux retourner vivre avec les Dursley ? C'est ça ?"

Harry émit un son étouffé, comme si Sirius l'avait frappé. Aussitôt, Sirius regretta ce qu'il avait dit. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu dire, mais avant qu'il puisse s'excuser, Harry avait fait volte-face pour monter l'escalier. Sirius entendit ses chaussures claquer sur les marches, la porte du dortoir s'ouvrir, puis plus rien. Il attendit plusieurs minutes pour s'assurer qu'Harry ne redescendait pas.

Ce qu'il ne fit pas.

¤¤¤

Son cœur se brisa lorsqu'elle pensa à Tristan, qu'elle avait vu être emporté, inconscient sur la selle de la belle mais maléfique Lady Stacia, cousine du Maléfique Magicien Noir Morgan, au sujet de qui on disait qu'elle possédait un placard rempli de corsets de cuir magiques qu'elle utilisait pour attacher les malheureux sorciers qu'elle convoitait. Quand elle les avait vidés de leur énergie vitale, Lady Stacia jetait ses victimes dans un puits sans fond que ses sous-fifres avaient mis des années à lui creuser.

Rhiannon éclata en sanglots. Ses pleurs étouffés attirèrent l'attention du capitaine des pirates, un homme robuste aux cheveux noirs qui parcourait le pont du HMS Manly Intent torse nu, malgré qu'il gèle et que de la glace se formait sur les poils de son torse. Ayant entendu les autres pirates parler de lui en tant que "Sven," Rhiannon était donc quasiment sûre que c'était son nom. (Elle était très belle, Rhiannon, mais pas très intelligente.)

Sven avança vers elle alors que les vagues fouettaient le pont et Rhiannon lutta inutilement contre ses liens, dérangeant considérablement sa tenue par la même occasion. Ses yeux d'un vert sombre plongèrent dans les siens. "Regarde ta patrie pour la dernière fois, ma belle prisonnière." grogna-t-il, ses yeux avidement posés sur son corps presque nu...

"Hey ? Ginny ? Tu es réveillée ?" demanda une voix de l'autre côté du rideau entourant son lit.

"Oui." couina-t-elle en cachant hâtivement "Pantalon Passionné" sous les draps. C'était une voix de garçon étouffée. Ron peut-être ? Elle semblait trop jeune pour être Charlie. "Tu peux entrer."

Le rideau s'écarta, et Ginny vit avec surprise qu'il ne s'agissait pas de Ron, mais de Seamus Finnegan. Elle cligna des yeux, mais c'était bel et bien lui, de ses cheveux blonds jusqu'à ses chaussures abîmées. Que faisait-il ici ?

Il avait son sac de cours sur l'épaule et portait une plume ; il devait tout juste sortir de cours. Il s'arrêta au pied du lit, mal à l'aise. Ginny le regarda avec d'autant plus de surprise. Seamus était difficilement mal à l'aise. D'habitude, il était trop occupé à dire des blagues grossières pour l'être.

"Salut, Seamus !" dit-elle gentiment, en espérant que ça le mette à l'aise. Ça ne marcha pas. Bien au contraire. Une pensée la frappa. "Tu es ici parce que tu es malade ?"

Seamus tordit la plume qu'il tenait à la main. "Non. Pas exactement."

"Pas exactement ?"

"Pas du tout." Seamus lâcha la plume. "Je me demandais si tu voudrais aller au Bal de Noël avec moi."

L'étonnement rendit Ginny momentanément muette. Elle regarda fixement Seamus qui commença à rougir. Puis elle dit rapidement : "Mais… tu es un Septième année ! Tu peux aller à la Tournée des Pubs ! Et pas moi."

"Je sais." expliqua patiemment Seamus. "C'est pourquoi je t'invite au Bal."

"Mais pourquoi est-ce que tu passerais la soirée avec des sixième années au lieu d'aller à la Tournée des Pubs ?"

"Je ne veux pas passer la soirée avec des sixième années." rétorqua Seamus, encore plus patiemment. "Je veux passer la soirée avec toi."

"Oh." fit Ginny. Puis, encore : "Oh. Bien."

Seamus la regarda. Sa rougeur avait disparu et son expression était moqueuse, voire amusée, mais elle voyait néanmoins qu'il était nerveux. C'était mignon. Drago n'était jamais nerveux. Elle essaya d'imaginer Drago lui demandant de l'accompagner au Bal de Noël, et elle n'y parvint pas. Même s'ils sortaient ensemble, Drago ne l'aurait jamais invité. Ça aurait été une évidence pour lui, et il serait venu au pied de l'escalier de la Tour des Gryffondors, magnifique et même pas inquiet au cas où elle n'aurait pas été contente de le voir. L'anxiété ne faisant pas partie de son répertoire, ça aurait été un léger agacement. Mais il pouvait faire quelque chose d'étonnant et de romantique pour elle, comme invoquer une paire de pantoufles de verre à partir d'une paire de chaussettes. Et quand Drago faisait quelque chose de romantique pour elle, ça ne semblait jamais forcé ou maladroit ou préparé à l'avance, c'était simplement naturel et fait avec candeur et grâce.

Ginny cligna des yeux. Elle n'avait aucune raison de penser à Drago à cet instant. Ce n'était pas lui qui l'avait invitée au Bal, et de toute façon, il avait une petite amie. Et Seamus était mignon et gentil et amusant. Elle avait les yeux baissés vers les draps ; elle leva la tête et le regarda. "Parvati m'a dit ce que tu avais fait sur le terrain de Quidditch. C'était très gentil de ta part."

Seamus sourit. Il avait des tâches de rousseurs, pas beaucoup, de chaque côté du nez. "C'était rien. Une excuse pour énerver Malefoy."

"Et bien, rien ne t'obligeait à le faire. C'était courageux."

"J'ai fait plus courageux depuis." remarqua-t-il légèrement, et Ginny se sentit rougir. C'était osé de sa part de venir lui demander ça comme ça, sachant qu'ils ne se connaissaient pas tant que ça. Et il avait été adorable.

Elle leva le menton. "Bien sûr, j'adorerais aller au bal avec toi, Seamus."

Un sourire étira les lèvres de Seamus. "Génial ! Et tu pourras dire à Ron que je te ramènerais avant minuit. Tu sais, c'est un peu terrifiant d'inviter la petite sœur du Préfet-en-Chef à sortir."

"Ron sera à la Tournée des Pubs. Il boira un gallon de Bièraubeurre et sera complètement ivre avant minuit. Il ne remarquerait même pas si tu ramenais une citrouille à la Tour à ma place."

"Il le remarquera le lendemain, cependant. Et son badge de Préfet-en-Chef est aiguisé. Je tiens à garder ma peau intacte." Seamus sourit, s'approcha du lit et, à la surprise de Ginny, l'embrassa sur la joue. "Je dois aller à l'entraînement. J'espère qu'ils te laisseront vite sortir d'ici."

"J'espère aussi." répondit Ginny d'un air absent. Une pensée venait de germer en elle. Ce baiser sur la joue la veille… "Seamus ?" l'interpela-t-elle brusquement.

Il arrêta son geste pour remettre le rideau. "Oui ?"

"Est-ce que tu… étais là la nuit dernière ?" demanda-t-elle, le cœur battant. "Est-ce que tu m'as rendu visite ?"

Il secoua la tête, l'air décontenancé par la question. "Non, pourquoi ?"

"Oh." fit Ginny en sentant un soulagement coupable naître en elle. "Pour rien."

¤¤¤

"Seamus t'a invitée au Bal de Noël ? C'est formidable !" s'exclama Hermione en souriant à Ginny qui remplissait distraitement son assiette d'œufs et de toasts. C'était son premier jour hors de l'infirmerie, et bien qu'elle se sente parfaitement bien, une sorte de noirceur s'était installée en elle ; c'était difficile de s'en défaire.

"Chut !" siffla Ginny, bien que Seamus soit fort heureusement à l'autre bout de la table des Gryffondors.

"Est-ce que tu as dit oui ?" demanda Ron, qui faisait glisser un bout de pain dans son assiette avec sa cuillère. Il ne semblait pas très en colère.

"Bien sûr qu'elle a dit oui !" affirma rapidement Hermione. "Seamus est adorable, et mignon, et gentil et talentueux et si drôle."

Ron sembla déconcerté. "Ça alors, Hermione, tu devrais peut-être sortir avec lui."

Hermione rougit. "Je voulais juste dire…"

"J'ai dit oui." la coupa brusquement Ginny.

"Génial !" Hermione lui adressa un grand sourire. "C'est formidable pour toi, Gin."

"Merci !" dit Ginny, incapable de se défaire du sentiment qu'Hermione était un peu trop heureuse pour elle.

"Salut tout le monde !" Ginny leva les yeux et vit Harry s'asseoir entre Ron et Hermione. Il semblait un peu fatigué, mais dans l'ensemble il semblait bien mieux que ces derniers jours.

"Seamus a invité Ginny au Bal de Noël." lui annonça joyeusement Hermione alors qu'il prenait sa fourchette.

"Génial." Harry piqua une saucisse d'un air désintéressé et leva les yeux vers Hermione. "C'est une bonne chose, d'accord ? Tu ne me le dis pas parce que je devrais être indigné ou quoi que ce soit ?"

"Non." Hermione secoua la tête. "Bien sûr que c'est une bonne chose."

"Bien sûr, ça veut dire que Seamus ne sera pas à la Tournée des Pubs, ce qui est dommage." remarqua Ron en prenant le pot de crème pour en mettre sur son porridge. Quand il releva les yeux, son expression était pensive. "Hé, Harry… tu as une heure d'étude maintenant, n'est-ce pas ?"

Harry acquiesça.

"Tu veux venir à Pré-au-Lard avec moi ? Je dois aller à la fabrique, voir Fred et George. Composition de dernière minute avant la Tournée." Il tapota sa poche et en sortit un parchemin. "J'ai un passe."

Harry haussa les épaules. "Bien sûr. Pourquoi pas ?"

"Vous serez rentrés à temps pour le Soins aux Créatures Magiques ?" demanda Hermione, inquiète.

"Si ce n'est pas le cas, tant pis !" répondit Harry d'un air désintéressé.

"Mais… Charlie a dit qu'il avait quelque chose de spécial pour nous."

"Alors, tu me raconteras !" trancha Harry d'un ton sans réplique.

Hermione sembla sur le point de dire quelque chose. Ginny se dit que si elle le faisait, Harry éclaterait comme un Feu d'Artifice du Docteur Flibuste. Il y avait tant de tension entre eux ces derniers temps qu'un Gallion aurait pu rebondir dessus. "Tout le monde est encore amoureux de Charlie ?" interrompit-elle hâtivement.

Hermione détourna son regard de Harry. "C'est vraiment un bon professeur. Il sait tout. La semaine dernière, il nous a parlé des Diricawls pendant deux heures."

"Tu es bien la seule à trouver ça sexy, Hermione." remarqua Ron.

"Je n'ai pas dit que c'était sexy !" s'indigna Hermione, et Ron et elle commencèrent à se chamailler comme à leur habitude. Harry, assis calmement entre eux, regardait la salle. Quelque chose de familier titilla Ginny alors qu'elle le regardait. Il lui rappelait quelqu'un : sa façon de se tenir, son expression hantée, ses yeux qui semblaient plus âgés que le reste de son visage. Ce fut quand il se redressa et qu'il remit ses cheveux en arrière qu'elle sut où elle avait vu ce regard auparavant, avec des yeux similaires.

Tom, bien sûr.

¤¤¤

"Allez, Harry. Le printemps approche. Allons-y, j'ai dit à Fred et George que nous arriverons tôt."

"Oh, d'accord." Harry leva les yeux vers une branche couverte de givre. La peau de ses pommettes et de ses mains était écarlate ; il n'avait pas voulu s'encombrer de gants. Il soupira, et reprit sa marche. "Le printemps approche ? Tu parles comme Malefoy."

"Le ciel m'en protège !" Ron attendait patiemment que Harry le rejoigne. Heureusement, c'était un magnifique jour de Décembre : le ciel était d'un bleu pâle strié de fins nuages blancs. Le chemin à travers les arbres menant à Pré-au-Lard étincelait de givre, et les branches nues au-dessus d'eux barraient le ciel de longs traits noirs. Etant donné la beauté et la clarté du jour, la mauvaise humeur de Harry n'en semblait que plus déplacée dans le paysage. "Vraiment, Potter," grinça Ron dans sa meilleure imitation de Drago, "si j'avais su que tu allais te traîner comme une tortue avec un boulet (2) tout le long du chemin, je ne t'aurais pas invité."

"Ha ha. Très amusant." Harry avait désormais rejoint Ron, qui reprit sa route. "Il ne parle pas toujours comme ça." Ron lui jeta un regard éloquent. "Oh, très bien, il parle comme ça. C'est juste que ça sonne bizarrement quand ça vient de toi." Harry s'arrêta, pensif. "Plus désagréable."

"C'est juste que tu es habitué à ma personnalité flamboyante."

"Sûrement." concéda Harry en lui jetant un regard en biais. "D'ailleurs, est-ce que tu as déjà invité quelqu'un pour la Tournée des Pubs ?"

Ron manqua de trébucher sur une branche morte. "Oh. Non, en fait."

"Pourquoi pas ?" demanda Harry avec curiosité.

Ron resta un instant sans voix, surpris de voir que Harry était passé outre sa déprime pour lui demander s'il avait ou non un rendez-vous. "Ça commence à devenir comme un travail pour moi, tu sais, d'être Préfet-en-Chef. Garder un œil sur tout le monde. Ça ne plairait pas à une fille."

"Si tu le dis."

"Tu as déjà demandé à Hermione ?"

Harry sembla déconcerté. "Et bien, non. Je pensais que… pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?" Un soupçon de panique perçait dans sa voix. "Elle n'a pas dit qu'elle allait y aller avec quelqu'un d'autre, hein ?"

"Non, idiot. C'est juste… et bien, tu ne gagneras rien si tu ne demandes pas. Personne n'aime être considéré comme quelque chose d'acquis, surtout Hermione."

Harry pinça les lèvres. Ron se demanda s'il se rappelait leur quatrième année. La prochaine fois, demande-moi avant que quelqu'un d'autre ne le fasse, et pas en dernier recours ! C'était la première fois que Ron l'avait vraiment vu en colère, sans compter la fois où elle avait giflé Malefoy. Le souvenir le fit sourire – les deux souvenirs, à vrai dire. "Très bien !" décida Harry. "Je lui demanderai." Il shoota mollement dans la neige du bout du pied. Ses bottes étaient en cuir de dragon étanche. Ron avait remarqué une chose : même si l'humeur de Harry s'était détérioré, sa garde-robe s'était améliorée. Finis les tee-shirts troués aux épaules, les chemises trop courtes effilées aux poignets, les pantalons usés. Ron n'avait aucune idée de si c'était grâce à Drago ou si c'était simplement le fait d'avoir une petite amie qui l'avait poussé à faire attention à ce qu'il portait. "Ron...?"

'Oui ?"

Harry ouvrit la bouche pour parler, puis s'arrêta, le regard fixé devant lui. Ron regarda dans cette direction et vit Pansy Parkinson qui remontait le sentier menant à Pré-au-Lard, un tas de parchemins dans les mains.

Elle eut un petit sourire satisfait quand elle les aperçut. "Salut, Ron, Harry ! Vous ne devriez pas être en Soins aux Créatures Magiques ?"

Ron lui jeta un regard irrité. Pas la peine de se demander si Pansy avait un rendez-vous pour la Tournée des Pubs : elle était encore plus autoritaire qu'Hermione, mais sans sa gentillesse et sa générosité. De plus, bien qu'il n'y connaisse pas grand-chose à la mode féminine, il était sûr que ce n'était pas du meilleur goût de porter du orange, accompagné de bleu pâle, de jaune et de vert. Cette association lui faisait le teint plus terne qu'elle ne l'avait d'habitude. Il y avait probablement des garçons qui étaient attirés par le visage dur de Pansy ; mais Ron n'en faisait pas partie. "Qu'est-ce que tu fais là, Pansy ?"

"J'ai reçu la permission de venir à Pré-au-Lard distribuer des tracts pour la Tournée des Pubs." répondit-elle d'un ton supérieur. "Pas toi ?"

"Non, on sèche." jeta sèchement Harry. "Cours donc l'annoncer à tout le monde."

"On est en affaires." improvisa Ron. "On va à l'usine des Farces pour Sorciers Facétieux. Dumbledore nous a donné l'autorisation, donc inutile de commencer à couiner."

"Comme si j'allais faire ça !" s'indigna Pansy.

"Bien sûr que tu l'aurais fait, si tu avais eu l'impression que ça t'apporterait la plus minime satisfaction." rétorqua Harry d'un ton qui surprit Ron par sa dureté. "Au revoir, Pansy."

Et il se détourna pour partir, de manière à ce que Ron soit obligé de le suivre. "Franchement, Harry," demanda-t-il en le rattrapant, "qu'est-ce que c'était que ça ?"

"Je ne l'aime pas." expliqua Harry, les lèvres serrées. "Elle me donne de l'urticaire."

Ron grogna. "C'est toi qui est en froid avec les Serpentards, pas moi."

Harry continua de marcher, projetant des gerbes de neige avec ses bottes. "Ouais, c'est vrai. Peu importe. Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes."

"Harry…" commença Ron , exaspéré, mais la tension qu'il voyait dans ses épaules lui fit comprendre qu'il était inutile de débattre davantage. Au lieu de cela, il s'arrêta et regarda par-dessus son épaule. Pansy était toujours au milieu du chemin, les yeux fixés sur eux, et pendant un instant, il aperçut ce qui aurait pu être de la malice animer son visage. Puis elle se détourna et remonta le chemin jusqu'à disparaître au milieu des arbres.

¤¤¤

S'étant presque endormi en Histoire de la Magie, Drago faillit être en retard pour le cours de Soins aux Créatures Magiques. Les autres élèves étaient déjà là, bien que Charlie ne soit pas encore arrivé. Alors qu'il s'approchait du champ enneigé où ils devaient se retrouver, il vit Hermione à part du groupe des Gryffondors, le regard perdu en direction de la Forêt Interdite. Sans Ron ou Harry pour l'escorter, elle semblait plus petite et vulnérable que d'habitude. C'était étrange qu'ils ne soient pas là : officiellement le cours avait commencé. Passant près d'Hermione pour rejoindre son groupe, Drago s'arrêta, jura, et s'agenouilla en feignant de refaire son lacet. Du bout des lèvres, il siffla : "Où est Harry ? Et Weasley, pour ce que ça importe ?"

Hermione sursauta légèrement, puis remit une mèche de cheveux derrière son oreille. "Ils sont aller à Pré-Au-Lard avec des prospectus pour la Tournée des Pubs. Dumbledore a donné une autorisation à Ron."

"Mais pas à Harry ?"

"Je ne pense pas."

"Alors, il sèche."

Hermione eut l'air triste. "Ça se pourrait bien."

"Peut-être." Drago cessa son manège, se releva et rejoignit les autres Serpentards. Blaise lui prit la main et la serra légèrement pour lui souhaiter la bienvenue.

"Tu es en retard." remarqua-t-elle en lui souriant.

"Je suis passé voir Madame Bibine pour que l'on rejoue le match d'hier." répondit Drago.

"Nous l'avons gagné." protesta Malcolm Baddock d'un air mutin en repoussant sa frange noire de son visage pâle. "Honnête et franc-jeu."

"Nous ne gagnons jamais honnêtement, Malcolm." le reprit Drago. "Nous sommes des Serpentards, je te rappelle. Pas des Poufsouffles. Nous gagnons en employant la ruse."

"Et en trichant." ajouta Blaise.

"Et en trichant." approuva Drago.

"Regarde !" s'exclama Blaise, les yeux écarquillés. Drago se tourna dans la direction indiquée et vit Charlie s'avancer vers eux, enveloppé dans une cape d'hiver sombre. Il traînait derrière lui quelque chose qui ressemblait à un large chariot à roulettes, lequel était couvert d'une lourde bâche. Une épaisse fumée blanche semblait s'élevait de dessous la bâche.

"Je me demande ce qu'il y a là-dedans." s'interrogea Malcolm, intéressé.

"Je crois savoir." affirma Drago. Une seule chose pouvait égayer Charlie de la sorte. "Ce doit être…"

"Les dragons," commença Charlie d'une voix forte en s'arrêtant au milieu des étudiants et en lâchant son chariot, "sont les créatures magiques les plus fascinantes qui soient."

Toute la classe acquiesça. Tout le monde adorait Charlie. Même les froids Serpentards avaient fléchis devant son charme implacable, et certaines filles de Serpentards se mettaient presque à glousser quand il était dans les parages. Il était assez jeune pour être le genre de professeur pour lequel des étudiantes avaient le béguin, et pour être honnête, beaucoup de filles de septième année, toutes maisons confondues, étaient fan de lui. S'il avait dit que les trolls avaient de la conversation et que les Lutins de Cornouaille étaient de bons partenaires d'étude, elles auraient été d'accord avec lui.

"J'ai travaillé avec des dragons durant six ans," poursuivit Charlie, "et il n'y a pas d'animal plus incompris que le dragon. Celui sous la bâche n'a qu'une semaine. Maintenant…" Il parcourut la classe du regard, et Drago vit ses sourcils se froncer alors qu'il remarquait l'absence de Harry. "Bien," continua-t-il, "qui veut voir un vrai bébé dragon ?"

Tous s'exclamèrent avec enthousiasme. Même les plus réservés des Serpentards émirent un grognement d'approbation. Avec un sourire joyeux, Charlie prit deux objets sur le chariot (une paire de gants contre le feu) et retira la cape qu'il portait pour révéler son uniforme en cuir de dragon. Plusieurs filles poussèrent un petit cri d'appréciation, mais Charlie ne sembla pas le remarquer ; ou si c'était le cas, il faisait magnifiquement bien semblant.

"Oooh," murmura Blaise, "ça va être le meilleur cours de tous les temps."

Drago grommela en riant.

Blaise le regarda en battant des paupières. "Ça ne te dérange pas si je regarde Charlie, n'est-ce pas chéri ?"

"Pas du tout." répondit Drago d'un air désinvolte. "Bave tant que tu veux."

Blaise plissa les yeux, mais Drago le remarqua à peine. Il regardait Hermione, dont il savait instinctivement qu'elle saurait pourquoi il trouvait cela amusant. Elle semblait se retenir de rire, ce qui la distinguait agréablement du reste des filles qui semblaient hésiter à bondir sur Charlie.

"Ce cours est un peu un accident." continua joyeusement Charlie en mettant ses gants et en s'approchant des boucles qui retenaient la bâche. "J'ai gardé un œuf de dragon cette année ; il n'était pas censé éclore avant les vacances, mais ces choses sont difficilement prévisibles. Enfin bref, il a éclot mardi dernier, et le poussin est à présent prêt à faire face au monde extérieur." La dernière boucle défaite, Charlie ôta la bâche, et la classe s'exclama à nouveau. Dans le chariot se trouvait une large cage en acier, et dans cette cage, enroulé sur lui-même et endormi, se trouvait un bébé dragon. Il était d'un vert foncé, avec de petits cornes dorées sur le sommet de la tête. Charlie le regarda avec un air on ne peut plus attendri, avant de reporter son attention sur la classe. "Qui peut me dire de quelle sorte de dragon il s'agit ?"

La main d'Hermione se leva. "Un Cornelongue Roumain." répondit-elle de sa voix claire et posée habituelle, mais Drago était sûr (sans savoir pourquoi) que quelque chose n'allait pas. Elle semblait presque misérable alors qu'elle baissait la main.

"Exact !" accorda Charlie. "Et que mange-t-il ?"

La main d'Hermione se leva à nouveau, mais cette fois Charlie fit appel à Neville, qui se risqua à dire que les Cornelongues mangeaient des chèvres et du bétail, et que leurs cornes étaient utilisées comme ingrédient dans les potions. Charlie accorda cinq points à Gryffondor, plus parce qu'il appréciait Neville qu'autre chose, suspecta Drago. Pourquoi, il n'en savait rien ; aussi loin qu'il était concerné, Neville était complètement inutile, bien que la seule fois où il ait partagé cette pensée avec Harry, celui-ci lui avait presque arraché la tête en retour.

"Oh, mince !" s'exclama Charlie, arrachant ainsi Drago à sa rêverie. Charlie était agenouillé à côté du chariot, dans la neige, l'air ennuyé. "J'ai oublié la nourriture pour dragon. Est-ce que deux volontaires pourraient aller à mon bureau la chercher ? Elle se trouve dans un seau bleu au-dessus de mon bureau… bien, Granger, et… Malefoy."

Drago sursauta : il n'avait même pas lever la main. A côté de lui, Blaise était dans une rage noire. Elle était jalouse d'Hermione et ce, depuis l'année dernière. Sans regarder Blaise, il se détacha du reste des Serpentards, s'avança vers Charlie et prit la grosse clé dorée qu'il lui tendait. "Deuxième porte après le bureau de Rogue, et vite." ordonna Charlie alors qu'Hermione s'avançait, l'air défait. Drago se sentit légèrement insulté : il savait qu'elle devait faire semblant de ne pas vouloir passer du temps avec lui, mais elle n'avait pas besoin de paraître si malheureuse. "Je préférerais que le dragon ne se réveille pas en étant affamé : il a tendance à hurler."

Drago acquiesça, mit les clés dans sa poche et partit en direction du château. Il entendait Hermione derrière lui, le son de ses bottes écrasant des tas de neige dure. A peine furent-ils hors de portée de la classe qu'elle annonça sans préambule : "Drago, j'aimerais te parler de quelque chose."

"Génial, mais j'ai déjà un rencard pour la Tournée des Pubs."

"Ha ! Très drôle. Bien que ça se rapproche du sujet que je voulais aborder."

"Qui est ?"

Hermione inspira profondément. "Ginny va au Bal avec Seamus."

Drago s'arrêta net. Pendant un moment, il eut une conscience aiguë de l'air froid autour de lui, du froid pénétrant ses chaussures, de la clarté aveuglante du ciel.

Puis, il haussa les épaules. "Tant mieux pour elle !"

Hermione soupira. "Bien. Une fois encore, mais avec encore moins de sentiments."

"Je le pense. C'est bien pour elle." Drago reprit sa marche, et Hermione lui emboita le pas. Ils étaient presque au niveau de la porte du château désormais. "Ginny et moi, nous ne sommes pas ensemble. Nous ne l'avons jamais été. J'ai une petite amie. Et même si ce n'était pas le cas..."

"Même si ce n'était pas le cas ?"

"Je ne serais pas avec Ginny." répondit-il tranquillement. "Pour d'autres raisons."

Hermione resta silencieuse. Drago savait qu'elle attendait de voir s'il exposait ses raisons, mais il ne le fit pas. Ils atteignirent les portes du château et entrèrent.

Hermione secoua la tête alors que la porte se refermait derrière elle. "Très bien, dans ce cas. Joue la fatalité, si c'est ce que tu veux."

Drago eut un rire sans joie. "Mon père disait que la fatalité était le nom qu'on donnait aux choses quand on ne savait pas qui incriminer."

"Personne ne t'incrimine, Drago, à part toi peut-être."

"Comment vont les choses avec Harry ?" demanda-t-il brutalement.

Hermione rougit. Il était conscient que la brutalité de la question était presque cruelle, mais il ne voyait aucun intérêt à continuer la conversation sur Ginny et Seamus. Il la rejeta dans un coin de son esprit, pour y réfléchir plus tard. "Pas super bien. Je suis toujours inquiète."

Drago réalisa soudain qu'il ne voulait pas avoir cette conversation non plus. "Inquiète ?"

Hermione haussa les épaules. Ils parcouraient désormais un long couloir, passant devant des élèves qui leur jetaient des regards curieux. Hermione baissa la voix. "Il a toujours l'air misérable, il ne prête presque plus attention à rien. La nuit dernière, il est resté debout tard pour voir Sirius et il a refusé de me dire de quoi ils avaient parlé. Et maintenant, il sèche les cours, ce qui n'est pas la fin du monde, mais ça ne lui ressemble pas." Ils étaient arrivés à la porte du bureau de Charlie, et Hermione jeta un regard malheureux à Drago alors qu'il mettait la clé dans la serrure. "Tu penses aussi qu'il a l'air déprimé, n'est-ce pas ?"

"Et bien, il a eu pas mal de choses à supporter ces derniers temps." Drago ouvrit la porte et entra, suivi d'Hermione. "Ça peut aussi bien être tout ce truc du "soldat se préparant à l'apocalypse imminente", la prise de drogue, ou alors sa vue baisse et il est simplement inquiet à propos de comment seront ses nouvelles lunettes."

"Arrête !" l'interrompit sèchement Hermione. "Tu sais que je n'ai aucun sens de l'humour quand ça concerne Harry. Ou l'apocalypse."

"Je pense qu'au vue de la vie qu'on mène, on est en droit d'utiliser "apocalypse" au pluriel." (3)

Hermione sourit. "La vie n'a pas été facile dernièrement, pas vrai ? Je suis désolée, Drago. Je sais que ça l'est pour toi aussi."

Drago ne répondit pas ; il regardait autour de lui avec curiosité. Comme Charlie était un membre jeune du corps enseignant, son bureau était petit, mais il l'avait décoré de manière si chaleureuse que ça importait peu. Des photos animées et souriantes du clan Weasley étaient accrochées partout où l'espace le permettait. Le bureau étroit était couvert de vêtements Roumains et une magnifique écaille de dragon aux couleurs de l'arc-en-ciel décorait le mur près de la porte. Sur le mur opposé, était accroché un miroir que Drago reconnut : il était accroché dans la tente de Charlie au camp de dragons. Sur la petite table près du bureau étaient entassés un certain nombre de livres aux reliures dorées. Les Créatures Fantastiques, bien sûr (tout le monde l'avait), Le Livre de Poche des Contes du Chasseur de Dragons : un Compendium, un livre plus petit sur comment soigner les brûlures graves, et un roman à la couverture colorée intitulé Un Rêve de Dragons

Drago se retourna. Pendant qu'il examinait la pièce, Hermione avait trouvé le seau, sur une étagère au-dessus du bureau de Charlie. Drago la regarda alors qu'elle cherchait quelque chose pour escalader. "Hermione," demanda-t-il d'une voix pensive, "qu'est-ce que tu sais des oniromanceurs ?"

"Romanceurs quoi?"

"Oniromanceurs." corrigea-t-il gentiment.

"Oh." Elle rougit légèrement. "Les sorciers qui peuvent voyager en rêve ?"

"Oui."

"Et bien, je sais que ça demande beaucoup de travail et de préparation," expliqua Hermione en saisissant un grand instrument et en le traînant à travers la pièce. "Je sais qu'il y a une partie du Guide des Aurors qui en parle. Et je sais que si tu ne le fais pas correctement tu peux te désarticuler ; pas ton toi physique, mais ton toi psychique."

"Ça a l'air désagréable."

"Tu n'es jamais le même après." ajouta-t-elle lugubrement en montant sur l'instrument et en vacillant.

"Attends, prends ma main." proposa Drago en se mettant à côté d'elle, et elle la prit avec gratitude, essayant d'atteindre le seau avec son autre main. Drago essaya de ne pas remarquer qu'il était désormais à hauteur de ses mollets fins. Même quand il détestait Hermione, il avait pensé que c'était un signe de l'injustice du monde que le repoussant Ron Weasley puisse sortir avec quelqu'un ayant de si belles jambes.

"Prends-le." dit-elle joyeusement en tenant le seau au-dessus de lui. Il le posa délicatement sur le bureau. "Beurk !" ajouta-t-elle en plissant le nez de dégoût à la vue de ce qu'il y avait dans le seau. "Il y a quelque chose d'écrasé dedans."

"Bah, qu'est-ce que tu crois que les dragons mangent ?" répondit légèrement Drago. "Des gaufres ?"

"Des croquettes pour dragons ?" suggéra Hermione, qui utilisait toujours sa main pour garder son équilibre. "Je suis sûre que Charlie a dit quelque chose à propos de croquettes..."

"Aucun dragon digne de ce nom ne voudrait manger des croquettes. C'est pourquoi ils dévorent toujours de belles et jeunes vierges dans les contes de fée. En fait, si j'étais toi, je me tiendrais loin de ce dragon, peu importe ce que dit Charlie..." et Drago s'arrêta, réalisant qu'Hermione le regardait bizarrement. "Non pas," ajouta-t-il rapidement, "que tu sois vierge." Ses sourcils se levèrent davantage. "Et que tu ne le sois pas !" surenchérit-il encore plus rapidement, réalisant qu'il n'avait jamais envisagé sa relation avec Harry sous cet angle, pensant qu'ils n'en étaient pas là… n'est-ce pas ? "Et non pas que je le sache. Je veux dire, comment le saurais-je ? Parce qu'Harry ne m'a jamais rien dit à propos de toi. Je veux dire, ce n'est pas qu'il ne parle pas de toi, il parle de toi tout le temps…" Drago réalisa qu'il s'emportait et, avec un effort, arrêta de parler. Hermione le regardait avec ce qu'il ne pouvait interpréter que comme une intense colère. "Et je suppose," finit-il, "que même si j'acceptais de manger ce qu'il y a dans le seau, tu n'oublierais pas ce que je viens de dire ?"

Pendant un moment, Hermione resta silencieuse. Puis, à sa plus grande surprise, elle éclata de rire. Elle plaqua une main sur sa bouche et rit jusqu'à ce qu'elle en perde l'équilibre ; elle vacilla dangereusement et il la prit par la taille pour la rattraper alors qu'elle tombait. Il la déposa sur ses pieds, toujours hilare. "Oh!" dit-elle en levant les yeux vers lui. "Oh, l'expression sur ton visage… Aurais-tu vraiment mangé ce qu'il y a dans le seau ?"

"Je ne sais pas." Il avait du mal à rester concentré sur ce qu'elle disait. Il n'était pas sûr qu'elle réalise à quel point ils étaient proches. Il avait le sentiment que si Harry entrait à ce moment-là, il le défierait dans un duel qui ne serait sûrement pas un entraînement. "Probablement, si tu me le demandais."

Mince, qu'est-ce qui lui avait pris de dire ça ? Merde, pensa-t-il furieusement, merde, merde, merde ! Ses yeux se mirent à briller et ses lèvres s'incurvèrent en un sourire et elle ouvrit la bouche pour parler… et s'arrêta. Son visage se colora brusquement et elle s'écarta de lui.

"Il se fait tard. On devrait y aller… Charlie va se demander où nous sommes " dit-elle rapidement. Elle tendit une main tremblante vers le seau, le prit, et courut presque jusqu'à la porte, avant de se précipiter dans le couloir.

Drago resta immobile, perplexe, jusqu'à ce que quelque chose attira son attention. Placée dans le coin d'un miroir près de la porte se trouvait une photo de Ginny en robe blanche, les cheveux attachés, souriante et envoyant des baisers dans sa direction. Il la regarda avant de détourner rapidement le regard et de revenir à la porte à travers laquelle Hermione avait disparu.

Comment la vie s'est-elle débrouillée pour devenir si compliquée en si peu de temps ? se demanda-t-il. Et quoiqu'il était en train de se passer, il ne pouvait rien faire d'autre que considérer ça comme un signe de tout ce qui n'allait pas chez lui.

¤¤¤

"Hé, Ron. Tu as l'air en forme. Harry, tu ressembles à un week-end pluvieux. Qu'est-ce qui ne va pas ? Peiné pour le match d'hier ? En parlant de ça..." Fred baissa la voix. "Comment va Ginny ?"

"Elle va bien. Sur pieds, impertinente et odieuse, et ne montrant aucun respect pour ses aînés, comme d'habitude." répondit Ron en s'enfonçant dans un des fauteuils rembourrés vert fluo qui décoraient le bureau de Fred et George.

A travers la large fenêtre encastrée dans le mur, ils pouvaient voir le sol de l'usine. De larges chaudrons d'acier de taille industrielle bouillaient et crachaient des fumées aux parfums exotiques, des alambics de la taille d'un homme contenant des ingrédients secs et aplatis, ainsi qu'une cavité dans le sol agitée par un tourbillon de chocolat, pour les Pingouins arôme menthe poivrée, supposa Harry. Le plafond, comme celui de la Grande Salle, était enchanté pour ressembler au ciel, bien que celui-ci ne reflète pas le ciel au-dehors. Il ressemblait au ciel d'un désert, vaste et bleu, parsemé de nuages dorés. Harry supposa que c'était le ciel d'Egypte, où se trouvait Bill (ce n'était certainement pas le ciel de Newcastle, où se trouvait Percy).

"Nouvelle cargaison de Slug et Jiggers." annonça joyeusement George en entrant dans le bureau, chargé d'un large carton. Il le lâcha aux pieds de Fred, et essuya son visage humide avec son tee-shirt. "Hé, les enfants, qu'est-ce que vous nous amenez ?" demanda-t-il en leur faisant un signe de tête. Ils lui jetèrent un regard noir. Les jumeaux n'avaient, après tout, que dix-neuf ans.

"Paperasse." lacha Ron en jetant son rouleau de parchemin à George qui l'attrapa et s'assit sur son bureau pour lire le contrat.

"Ça semble bon. Je peux signer ça… pourquoi vous ne les avez pas simplement envoyé par hibou ?"

"Je voulais voir l'usine." expliqua Ron en se mettant debout et en allant se placer près de Harry à la fenêtre. "On pensait qu'on aurait pu passer notre Tournée des Pubs ici, et je voulais m'assurer que l'endroit était assez grand… et résistant."

Fred et George, qui avaient eu leur Tournée des Pubs, sourirent. "Regarde tout ce que tu veux." dit Fred. "En fait, j'allais descendre cette cargaison de Cigarettes Benson & Hexes [note de la traductrice : il y a ici un jeu de mots, le véritable nom étant Benson & Hedges, et Hex signifiant 'sortilège', mais je ne sais pas comment le rendre en français. Désolée. Explosives… vous voulez venir ?"

Ron acquiesça, mais Harry, se sentant las, secoua la tête. "Je reste là."

Fred lui jeta un regard amical. "Tu te sens bien, Harry?"

Ce fut Ron qui répondit à sa place. "Il est simplement perturbé à cause de notre devoir d'Histoire de la Magie. On doit interviewer quelqu'un qui a pris part à la chute de Voldemort, et Harry a tiré Rogue."

Harry regarda Ron avec surprise ; bien que ce soit vrai, Ron savait très bien que ce n'était pas du tout ce qui le perturbait. Ou peut-être qu'il ne savait pas. Harry supposa que Ron essayait simplement de le sauver d'un interrogatoire ; c'était difficile à dire puisque Ron ne le regardait pas.

Fred grogna. "Désolé d'entendre ça, Harry. Bon, si tu découvres que le refus de se laver les cheveux à quelque chose à voir avec la lutte contre le mal ou si c'est juste de la paresse, tiens-moi au courant."

Fred et Ron sortirent, le carton entre eux. Ils laissèrent Harry avec George, assis sur son bureau. "Je ne pense pas que tu te soucie tant que ça de Rogue." observa George avec curiosité. "Après tout, il était à ta fête d'anniversaire. Et son interprétation de L'Epave de l'Edmund Fitzgerald était majestueuse."

Harry haussa les épaules. "Je ne me soucie plus trop de lui."

"Qu'est-ce qui t'ennuie dans ce cas ?"

"Rien." Harry baissa les yeux vers ses pieds.

"Si maman te voyait comme ça, elle piquerait une crise. Je devrais lui dire, d'ailleurs."

"J'ai des parents désormais." répliqua Harry, piqué au vif. "J'ai Sirius."

"Sirius a passé douze ans à Azkaban, il pourrait ne pas être assez prompt à veiller sur toi comme une personne normale le ferait…"

"Sirius prend très bien soin de moi." gronda Harry en prenant soin de ne pas se rappeler qu'il avait traité Sirius d'imbécile égoïste et négligent la nuit passé.

"Très bien, très bien." céda George, perplexe. "Peu importe. Tu as très bonne mine. Lumineux. J'ai entendu dire que les cernes étaient très à la mode."

"Merci." Harry s'égarait encore en prêtant attention à George. Il avait ruminé toute la journée à comment il pourrait aller sur la tombe de ses parents si Sirius ne l'y emmenait pas.

"Oh, allez, Harry, qu'est-ce qu'il y a ? Problème de fille ?" explosa George après avoir réussi l'exploit de rester silencieux pas loin d'une minute. "Hermione ? Elle est tombée amoureuse de quelqu'un d'autre ? Tu es tombé amoureux de quelqu'un d'autre et tu ne sais pas comment lui dire ? Tu es amoureux de sa sœur ?"

"Hermione est enfant unique." révéla faiblement Harry.

"Bon, tant mieux, ces situations sont vraiment désagréables. Oh… Salut, Jana." George descendit nerveusement de son bureau alors que sa petite-amie passait la tête par la porte, un bloc-notes à la main.

"Quelle chance que je n'ai que des frères !" souligna sèchement Jana. "De larges frères baraqués. George chéri… il y a un hibou pour toi, et il ne partira pas à moins que je le paye. As-tu des Mornilles ?"

George fit un signe de tête à Harry. "Je reviens." indiqua-t-il en se précipitant dans le hall, Jana sur les talons.

Harry les regarda partir et s'adossa au mur, heureux d'être à nouveau seul. Il ne voulait pas qu'on le questionne à propos d'Hermione ou de "problème de fille." Il savait qu'il n'avait pas été très gentil avec Fred, George, ou même Ron ; pas dernièrement. Et quelque part en lui, il savait que sa façon d'agir envers Hermione, si elle n'était pas odieuse, n'était certainement pas beaucoup plus admirable. Il aurait voulu pouvoir y faire quelque chose, mais d'une certaine façon, il ne pouvait pas. Plus il se trouvait focalisé sur une chose, et plus les distractions de la vie courante s'effaçaient.

S'il devait faire ce qu'il avait besoin de faire, il ne pouvait se permettre d'être distrait par des intérêts égoïstes. Il ne pouvait se soucier des autres personnes, il ne pouvait craindre leurs réactions à ce qu'il voulait, ce qu'il était devenu. Il ne pouvait y avoir que de la haine et le désespoir et toutes les autres émotions désagréables qui existaient dans l'interstice entre lumière et obscurité.

Il se retourna pour regarder par la fenêtre de l'usine et resta silencieux, le regard fixé sur le ciel bleu d'un autre pays. Dans sa tête, résonnaient des mots prononcés des mois auparavant, dans les profondeurs d'un cachot de pierre, quand il avait embrassé Hermione pour la première fois.

Est-ce que tu l'aimes ? lui avait-il demandé. En voulant dire Drago, bien sûr.

Je pourrais l'aimer, avait-elle répondu.

Il ne voulait pas être jaloux, ce n'était pas dans sa nature. Mais parfois, le souvenir remontait d'un recoin de son esprit et le frappait ; non pas qu'elle ait dit qu'elle pourrait aimer spécifiquement Drago, mais qu'elle pourrait aimer n'importe qui d'autre. Il était quasiment sûr que lui ne pourrait pas. Pour lui, il n'y avait jamais eu et il n'y aurait jamais quelqu'un d'autre. C'est pourquoi il n'avait pas voulu l'aimer. Il était trop blessé, son amour trop fier ; un tel amour, une fois donné, ne peut être brisé et réparé.

Il entendit la voix d'Hermione dans sa tête, une fois de plus. Pendant six ans, je me suis demandé si tu étais le seul pour moi, avait-elle dit. Et je sais désormais que ce n'est pas le cas.

Elle ne le pensait pas, se dit-il. Elle était en colère et ne le pensait pas. Mais que se passerait-il si elle venait à le penser un jour ? Si elle savait ce qu'il était réellement, ce qui se jouait en lui désormais, elle le penserait. Et que se passerait-il alors ? Quand il était enfant, ceux qu'il avait le plus aimé étaient morts et l'avait abandonné. S'il était abandonné à nouveau, il craignait que ça ne le tue.

A moins qu'il ne l'abandonne le premier.

¤¤¤

Seamus Finnegan était assis à une longue table en chêne au fond de la bibliothèque, occupé à lire un exemplaire du Quidditch Illustré et à penser que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ginny avait accepté de sortir avec lui, et le match d'hier allait être rejoué, ce qui signifiait que Gryffondor était toujours en lice pour la coupe. En clair, la vie était belle. Il était en train de tourner une page quand une ombre s'abattit sur la table ; il leva les yeux et vit Drago Malefoy penché au-dessus de lui.

Il retint une exclamation de surprise et fixa l'intrus avec prudence. La dernière fois qu'il avait vu Malefoy était sur le terrain de Quidditch, et Drago, pâle et furieux, était indescriptible. Désormais, il était calme et même souriant, les bras croisés sur son (apparemment très cher) pull de cachemire. "Finnegan, j'aurais voulu te parler."

Seamus recula sa chaise en essayant de prendre un air décontracté. Pas évident. Il y avait quelque chose d'effrayant dans l'attitude de Malefoy, dans le pli de sa bouche. Non pas qu'il puisse faire quoique ce soit ici, mais que ferait Seamus si Malefoy le provoquait en duel ? Il ne pouvait le frapper, pas avec la magie, bien qu'il soit sûr qu'à mains nues, il pourrait endommager les traits parfaits du jeune homme, du moins temporairement. "Ouais ? Qu'est-ce qu'il y a ?"

"J'ai entendu dire que tu allais au Bal de Noël avec Ginny Weasley." commença calmement Malefoy.

Seamus se retrouva sans voix. "Et si c'était le cas ?"dit-il finalement. "En quoi est-ce que ça te regarde ?"

"Parce que si tu la blesses, je te frapperai avec une pelle jusqu'à ce que mort s'ensuive." menaça Malefoy, en approchant son visage à quelques centimètres de celui de Seamus. "Compris ?"

Seamus le dévisagea.

"Et si tu dis à qui que ce soit ce que je viens de te dire, je te frapperai aussi avec une pelle jusqu'à ce que mort s'ensuive. Je veux être très clair avec toi, Finnegan. Est-ce que tu comprends ?"

Seamus retrouva sa voix, bien que plus faible que d'ordinaire. "Une pelle ?"

"Exact. Et ce n'est pas qu'une menace. Garde ça à l'esprit." termina brièvement Malefoy. Il se redressa et partit sans un regard en arrière.

¤¤¤

Hermione décida de sauter le dîner pour travailler, et s'installa confortablement dans un coin de la salle commune, entourée de coussins et de livres. Harry lui fit signe d'un air absent en descendant vers la Grande Salle, ce qui lui donna très envie de lui jeter son exemplaire de Rêves : Fantaisie ou Souvenir ? Guide de l'Oniromancie à la figure. Ce fut Ron qui s'arrêta et vint voir ce qu'elle faisait. "Tu travailles ? Maintenant ? Tu n'as pas faim ?"

Elle secoua la tête. "Non. Donne-moi ce livre vert, tu veux ?"

Ron lui tendit son exemplaire de L'alphabet Runique qu'elle avait spécialement commandé à Fleurit et Bott. "Tu ne pense pas qu'il est temps de parler à Harry ?"

"Je parle à Harry tout le temps."

"Tu sais ce que je veux dire. A propos… de vous deux."

Hermione soupira. "Je sais. J'ai promis que je le ferais… je suis désolée, tout cela doit te sembler stupide. Comment était ton excursion à Pré-au-Lard ?"

"Harry ne t'a pas dit ?"

Hermione laissa une note d'amertume transparaître dans sa voix. "Nous ne nous sommes pas parlé aujourd'hui. Je pense qu'il pense que je lui en veux parce qu'il a manqué le cours de Soins aux Créatures Magiques."

Ron sembla un peu déconcerté. "Et c'est le cas ?"

"Non !" Hermione leva vivement les mains, et son Alphabet Runique glissa sur ses cuisses. "Je veux dire, il m'a manqué, vous m'avez manqué tous les deux, Charlie a un bébé dragon et je n'arrêtais pas de penser à Norbert et je voulais que vous soyez là. Mais ça ne veut pas dire que je suis en colère."

Ron secoua la tête. "Tu dois résoudre tout ça. Je ne pourrais pas supporter davantage Monsieur Misère. Ce serait mieux de…"

"Je ne pense pas qu'il se sente misérable à cause de moi." l'interrompit doucement Hermione. "C'est quelque chose d'autre. C'est ce qui m'inquiète. C'est pour ça que je n'ai rien dit."

"Bon, et quoi, alors ?" Ron se pencha et prit le livre d'Etude des Runes et le lui tendit, non sans avoir au préalable jeter un coup d'œil au parchemin qu'elle avait glissé à l'intérieur. Il était couvert d'étranges symboles et de gribouillis. "A quoi est-ce que tu joues ?"

"J'essaie juste de traduire des runes." répondit Hermione d'un ton désespéré. "Je n'y arrive pas, d'ailleurs. Ce n'est pas de l'Etrusque, ni de l'Egyptien…"

"Je pense que c'est du Norvégien."

Hermione se redressa. "Vraiment ?"

"Oui." dit sombrement Ron. "En fait, je suis presque sûr de pouvoir le traduire comme "Es-tu heureux de me voir, ou as-tu une chaloupe dans la poche ?""

Hermione le frappa au bras, ce qui le fit glousser. "Je te déteste… rends-moi mon devoir…"

"Oublie-le !" Ron leva le parchemin au-dessus de sa tête, et une lapidation fut de justesse écartée par l'entrée de Ginny dans le salle commune. Celle-ci les dévisagea et éclata de rire.

"Est-ce que la Préfète-en-Chef et le Préfet-en-Chef pourraient arrêter de se frapper mutuellement assez longtemps pour aller dîner ?" demanda-t-elle finalement quand elle se fut calmée.

Hermione reprit son parchemin et tira la langue à Ron. "Va t'en !" ordonna-t-elle, et il obéit sagement et alla rejoindre sa sœur. Elle les regarda partir un peu rêveusement, mais l'idée d'un repas au cours duquel Harry ne lui adresserait pas la parole la fit vite changer d'avis. Elle se rassit tristement au milieu des coussins et reprit ses livres. Elle venait tout juste d'ouvrir son Alphabet Runique quand un son l'arrêta. Un son étouffé… le son de quelqu'un qui pleure ?

Elle se leva en resserrant son plaid autour d'elle, et commença à chercher. Le son provenait du dortoir des garçons, à sa surprise, et elle s'arrêta avant d'entrer. Mais elle était Préfète-en-Chef, et le bien-être des élèves était sa priorité. Elle n'était pas curieuse… bon, d'accord, un peu, mais personne n'avait besoin de le savoir.

La porte s'ouvrit et elle entra. Elle cligna des yeux un moment avant que sa vue ne se fasse à la demi-obscurité et elle vit Neville, assis par terre, une Chocogrenouille ouverte sur ses cuisses. "Neville ?" interrogea-t-elle, inquiète. "Est-ce que ça va ?"

Neville passa une main sur son visage et leva les yeux vers elle. "Oh. Hermione." Sa voix était calme. "Pourquoi est-ce que tu n'es pas au dîner ?"

"J'étudiais. Neville, qu'est-ce qui ne va pas ?"

Il ne répondit pas. Elle traversa la pièce et s'assit à ses côtés. Il baissa à nouveau les yeux vers la boîte sur ses genoux, et quand elle suivit son regard, elle eut un vertige. "Oh...Neville."

Trevor le crapaud était couché dans de la sciure au fond de la boîte. Il n'essayait pas de s'échapper. Il ne bougeait même pas. Ses yeux étaient ouverts. Hermione sut immédiatement qu'il était mort.

"Oh, Neville, je suis désolée. Quand est-il mort ? Est-ce que tu vas l'enterrer ?"

"L'enterrer ?" Neville rit brièvement. "Cette boîte était au pied de mon lit quand je suis revenu du cours de Soins aux Créatures Magiques. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé." Il regarda Hermione. "Tu pense que quelqu'un pourrait l'avoir tué ?"

"Oh, mais pourquoi quelqu'un aurait-il fait ça ? Ce serait affreux. Peut-être que quelqu'un l'a trouvé et était trop timide pour te dire quelque chose. Depuis combien de temps avait-il disparu ?"

"Presque deux semaines." La voix de Neville était calme. "Trevor était à mon père quand il était à l'école. Mon grand-père l'a élevé quand il était encore têtard. Il était censé vivre cent ans."

Hermione posa sa main sur celle de Neville. Elle était plus fine que dans ses souvenirs, mais Neville n'était plus le garçon au visage rond qu'il était à onze ans. Il était devenu grand et mince. Mais la tristesse dans ses yeux lui rappelait l'enfant qu'il avait été. "Viens, Neville. Allons l'enterrer dans la neige près de la cabane de Hagrid. Et si Charlie revient, peut-être qu'il te donnera du Whisky Pur Feu. Je pense que tu en as besoin."

"Tu dois me trouver stupide, à pleurer sur un crapaud mort." s'inquiéta Neville à voix basse. "Tu n'en parleras à personne, hein ?"

"Non. Je ne pense pas que tu es stupide. Et je n'en parlerai à personne."

¤¤¤

Drago mit longtemps avant de s'endormir cette nuit-là. Sa conversation avec Hermione tournait en boucle dans sa tête, et il revit l'expression blessée de Blaise durant le cours de Charlie, et Ginny s'asseoir avec Seamus dans la Grande Salle. Il aurait voulu parler à Harry, mais celui-ci semblait ailleurs, et il n'y avait personne d'autre à qui il aurait eu envie de parler. La vie était tordue. Même se rappeler le visage terrifié de Finnigan à la bibliothèque ne lui remonta pas le moral.

Il venait à peine de sombrer dans un sommeil trouble quand il entendit un bruit étouffé à la porte de sa chambre. Il se releva difficilement en écartant ses cheveux de devant ses yeux. Il tendit un bras et alluma la bougie sur sa table de chevet. Il sortit ses jambes des draps et grimaça en touchant le sol de pierre froid.

Le martèlement recommença, plus fort cette fois. "D'accord, d'accord." grogna-t-il, et il ouvrit la porte.

Il n'y avait personne. Drago cligna des yeux dans le vide pendant un moment avant de piger. "Harry ?"

Il y eut un bruit d'étoffe et la tête de Harry apparut dans l'air, couronnée de cheveux encore plus en bataille que d'habitude. Drago se souvint de la première fois qu'il avait vu Harry faire ça avec sa Cape d'Invisibilité, près de la Cabane Hurlante ; il avait eu une sacrée trouille. Désormais, ça ne lui faisait plus rien. "Désolé." s'excusa Harry d'un air contrit. "Je ne voulais pas que quelqu'un me voie ici."

"Oui, même pas moi, apparemment." sourit Drago en s'appuyant contre le montant de la porte. "Comment as-tu fait pour entrer dans la salle commune ? Comment sais-tu le mot de passe ?"

"C'est 'Fierté de Serpentard', n'est-ce pas ? Simplement le genre de mot de passe auquel tu penserais."

"Oui, pas bête."

"Bon, tu vas me laisser entrer ou te contenter de me regarder dans ton pyjama de soie comme une grosse bourge prétentieuse ? Parce que dans ce cas, je m'en vais."

Drago sembla vexé. "Tu me trouve gros ?"

"Laisse-moi entrer, Malefoy."

Drago abaissa son bras et Harry passa derrière lui en jetant la Cape d'Invisibilité sur la malle au pied du lit de Drago. Il portait en dessous un pyjama de coton bleu troué à la manche droite. Le genre de pyjama que Drago aurait pu porter quand il avait sept ans. Harry parcourut la pièce du regard avec curiosité. "Ce n'est pas si petit. Drôle de plafond, par contre."

Drago leva les yeux. Son plafond était étrangement incliné, descendant selon une droite si raide qu'il était obligé de se baisser pour s'installer sur le rebord de la fenêtre. De petites fenêtres étaient découpées dans le mur au-dessus de son lit, mais elles avaient été murées. Il avait, cependant, une cheminée qui fonctionnait, ce qui lui avait toujours plu.

Drago ferma la porte derrière lui, et la verrouilla. "Ouais. J'appelle ce style architectural 'maniaque précoce.' C'était un cachot autrefois, tu sais." Drago fit un geste vers la cheminée, et un feu léger s'alluma. "Bref, Potter… qu'est-ce que tu fais ici ? Il y a quelque chose qui ne va pas ?"

"J'avais besoin de te parler de notre devoir."

Drago le dévisagea. "Tu quoi ?"

"Le devoir de Défense contre les Forces du Mal." expliqua Harry. "Le projet de fin d'année."

"Ça ne pouvait pas attendre demain ?"

Harry sembla perplexe un instant, puis honteux. "Je sais qu'il est un peu tard." reconnut-il, les yeux rivés sur ses pieds nus couverts de poussière. "J'ai parlé à Sirius la nuit dernière, et j'ai eu une idée..."

Drago commença à comprendre que ça cachait quelque chose. Il prit une chaise et s'assit, les bras sur le dossier. "Tu as parlé à Sirius ? Tu lui as demandé pour tes parents ?"

Harry acquiesça. "Ouais. Il m'a dit qu'ils étaient enterrés dans un endroit appelé la Colline de Doon. Tu ne cries pas de joie ?"

Drago secoua la tête. "Non, pas vraiment."

Harry plongea la main dans la poche de son pyjama et en sortit un parchemin. Drago reconnut leur devoir. En le dépliant vivement, Harry lut : "'Choisir l'un des sites de cette liste : la Forêt Interdite, le Ravin Cael, l'Allée des Embrumes, la Colline de Doon, le Maillet Shepton, la Crevasse Ensevelie.' Tu vois ?"

Drago le fixa et se leva. Harry le regardait dans l'expectative, les yeux brillants, la lèvre inférieure serrée entre ses dents. Drago sentit quelque chose faire son apparition en lui. Quoi que ça signifie pour Harry, ce n'était pas quelque chose de significatif, mais quelque chose de significatif qu'il attendait que Drago relève immédiatement. Drago était très tenté de dire quelque chose de méprisant, mais le fait de voir Harry si animé, si intéressé, plus vivant qu'il ne l'avait été ce dernier mois l'arrêta aussitôt. "Très bien." dit-il prudemment. "Donc, c'est dans notre devoir..."

"Je veux y aller. On peut avoir la permission pour un Portoloin pour la Colline de Doon si nous choisissons ce projet, et quand nous serons là-bas, nous pourrons aller au cimetière."

"Hmmm. Sirius ne t'y emmènerais pas ?"

"Je ne veux pas y aller avec Sirius, je veux y aller avec toi."

Drago sentit ses sourcils s'envoler. "Pourquoi ?"

"Parce que..." Harry agita une main en l'air. "Pour une chose. Sirius a le mariage et ensuite sa lune de miel, donc je devrais attendre plusieurs mois. Il a dit pas avant que je n'ai mon diplôme, et je veux y aller aussi vite que possible. De toute façon, il passe son temps à me regarder pour s'assurer que je ne devienne pas fou ou que je ne manque de rien et je n'ai pas besoin de ça… pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ?"

"Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu ne me dis pas tout ?"

Harry soupira. "Peut-être parce qu'il y a quelque chose que je ne te dis pas."

"Quoi ?"

"Je ne peux pas te le dire." répondit fermement Harry. "Tu dois me faire confiance."

Il y eut un court silence. Harry ne bougea pas, les yeux fixés sur ses mains. Ses cheveux sombres tombaient devant lui, dissimulant ses traits. Ses épaules étaient raides, anguleuses sous son pyjama. Quand il releva la tête, ses yeux étaient sombres et indéchiffrables. Drago se souvint du garçon qui avait passé une main entre les barreaux de la prison qui le retenait et avait mélangé son sang au sien, les changeant irrévocablement. Il n'avait jamais connu quelqu'un comme Harry ; il n'en connaîtrait jamais d'autres.

"Très bien." Drago haussa les épaules. "Je te fais confiance."

Harry souffla de soulagement. "Okay, alors." Il se leva en remettant le parchemin dans sa poche. "Désolé de t'avoir réveillé."

"C'est rien. Le sommeil est surfait." Drago se leva, et resta debout maladroitement pendant une seconde. Il se demanda si Harry et Ron étaient comme ça quand ils étaient seuls. Il en doutait. Il eut une vague image d'eux assis, parlant Quidditch et filles en se donnant de grandes tapes viriles dans le dos. Harry et lui n'avaient jamais discuté Quidditch et filles, à moins d'avoir trop bu. Généralement, leurs conversations tournaient autour de danger imminent et d'escrime. Drago hésita un moment, se demandant s'il devrait demander à Harry quelque chose de plus amical, comme ce qu'il avait prévu de faire après ses ASPIC, ou ce qu'il offrirait à Sirius et Narcissa en cadeau de mariage, ou...

"Ça va, Malefoy ? Tes yeux se croisent." Harry était à la porte désormais, la tête tournée vers Drago d'un air inquiet. "Tu dors debout ?"

"Quelque chose comme ça." Drago se pencha, ramassa la cape de Harry et la lui tendit. "N'oublie pas ta cape. Si des gens te voient sortir de ma chambre à deux heures du matin, ils pourraient se faire des idées."

"Merci !" dit Harry en prenant la cape.

"D'un autre côté, ça pourrait améliorer ma réputation d'étalon." ajouta joyeusement Drago.

Harry haussa un sourcil.

"C'était ma voix sarcastique."

"Ça ressemblait à ta voix ordinaire." remarqua sèchement Harry.

"Ouais. Il paraît."

"Je te verrais en cours demain." indiqua Harry en se détournant pour partir. Il s'arrêta et se baissa pour ramasser quelque chose par terre. Quand il se redressa, Drago vit qu'il tenait un parchemin scellé, fermé par un sceau argenté. "On dirait que quelqu'un a déposé une note devant ta porte, Malefoy."

"C'est vrai. Merci." Drago prit la note. "Salut." ajouta-t-il fermement, et il ferma la porte devant Harry qui le regardait toujours avec curiosité.

Il baissa les yeux vers la note dans sa main, la déroula avec hésitation, et vit que c'était ce qu'il s'attendait à trouver, à savoir une carte. L'écriture familière de Rhysenn formait les mots retrouve-moi là au-dessus d'une série compliquée de couloirs et chemins qu'il devait emprunter pour la rejoindre à l'extérieur.

Il laissa ses épaules s'affaisser, un sentiment inhabituel de fatigue et de douleur s'abattant sur lui. Ça ne finira jamais… jamais, jamais. Combien de secrets une personne peut-elle garder sans devenir complètement folle ? Il en avait désormais un autre à garder : le secret de Harry à propos de ses parents. D'un autre côté, ça voulait dire que Harry lui faisait confiance, d'une manière qu'il ne partageait avec personne d'autre. Il se souvint du démon qui avait dit que pour tout profit, il fallait le payer d'une manière équitable. Peut-être que suivant ce principe, pour tout payement, il y avait une compensation. S'il y avait une chose que les huit derniers mois lui avaient apportés à part de la douleur et de la confusion, c'était des amis. Il n'avait jamais eu d'amis auparavant, pas comme Harry et Hermione, Ginny et Sirius. Ça en valait la peine… ça valait plus que tout !

En redressant les épaules, il alla s'habiller.

¤¤¤

Elle était allongée à ses côtés dans la lumière écarlate et or projetée par les hautes fenêtres colorées. Ils étaient face à face, sur le flanc, sa main droite descendant de sa joue jusque sur son haut de pyjama, traçant la ligne de boutons avant de les défaire un à un.

"Ron…" dit-elle doucement.

Il plongea ses yeux dans les siens ; même dans le noir, ils étaient très bleus. "Oui ?"

"Est-ce que tu penses à moi quand nous ne somme pas… ici ?"

Il avait déjà ôté la moitié des boutons. "Je pense à toi tout le temps."

Elle soupira. "Tu mens si bien."

Il avait terminé avec les boutons ; ses mains glissèrent sur sa peau nue, avec douceur et prudence. Elle se souvint à quel point il avait été maladroit la première fois, mais tout était différent désormais. "Comme toi." répliqua-t-il, et il l'embrassa. Ses lèvres caressèrent les siennes, tendrement, puis glissèrent sur le coin de sa bouche, sa gorge, sa joue. Elle rejeta la tête en arrière, la porte de la pièce s'ouvrit et elle entendit quelqu'un s'étouffer de surprise.

Elle s'écarta de Ron et tenta de se couvrir de ses mains. Malcolm Baddock, le Poursuiveur de Serpentard se tenait sur le seuil de la porte, une main sur la poignée, les yeux écarquillés de surprise.

En essayant de remettre son haut de pyjama, elle se cacha derrière Ron, qui portait au moins son boxer, mais c'était inutile : Malcolm les avaient vu clairement. Il y eut un long silence, puis il parla, avec étonnement et admiration : "Merde, Weasley. Quand tu t'y mets, tu t'y mets vraiment."

Ça cassa le tableau. Ron se rua sur ses vêtements, et Malcolm, comme s'il venait de comprendre le sérieux de la situation, commença à reculer.

"Malcolm…" commença Ron d'un air menaçant.

"Je ne le dirai à personne !" l'interrompit vivement Malcolm, les yeux fixés sur la baguette près de la main de Ron. "Vraiment, je le garderai pour moi !"

Il se détourna et partit, et Ron, en se mettant debout et en fermant la braguette de son jean, jura. "Reste là !" lança-t-il, et il courut vers la porte en boutonnant sa chemise sans même mettre ses chaussures ou penser à prendre sa baguette.

Elle hésita un moment, figée, avant de se lever. Elle prit la baguette de Ron ainsi que ses chaussures et courut après lui. Elle s'élança dans le couloir, vit un mouvement sur sa gauche, le suivit, tourna à plusieurs croisements, d'instinct. Des escaliers s'élevèrent devant elle ; elle les monta, tourna à gauche, et s'écrasa presque sur Ron, qui se tenait au milieu du couloir, les bras pendants.

"Ron," haleta-t-elle, au bord des larmes, "où est-il ? Où est Malcolm ?"

"Juste là !" indiqua Ron d'une voix vide en le désignant du doigt

Elle regarda dans la direction indiquée, et la baguette et les chaussures tombèrent de ses mains. "Que… que s'est-il passé ? Que lui est-il arrivé ?"

"Je ne sais pas." répondit Ron de cette même voix vide en regardant Malcolm par terre, les bras en croix. Il était sur le dos, les yeux ouverts, le corps raide. "J'ai simplement tourné à l'angle et… il était là, comme ça."

"Est-ce que tu… est-ce que tu lui as fait quelque chose ?"

"Non !" s'écria Ron en se tournant vers elle. "Je n'avais même pas ma baguette ! Comment aurais-je pu ?"

"Je sais… je suis désolée. Qu'est-ce qu'on devrait faire ? Aller chercher un professeur ?"

"Et se faire prendre ensemble ? Mais on ne peut pas le laisser… va t'en ! Fais vite demi-tour, fais attention que personne ne te vois."

"Qu'est-ce que tu diras ?"

"Je dirais que je suis tombé sur lui alors que je… je sais pas… je trouverai, d'accord ? Je dirai que j'allais à la salle de bain des préfets et que je l'ai trouvé comme ça. Peu importe. Je trouverai." Elle le regarda, un peu paniquée, incapable de bouger, et il lui caressa gentiment le visage, avec une telle sollicitude qu'elle en pleura presque.

"Vas-y !" dit-il encore, et elle obéit.

¤¤¤

La carte amena Drago à un balcon en haut d'un escalier, le long d'un sentier de pierre le long du château qu'il n'avait jamais remarqué. La longue marche le long des remparts s'achevait au sommet d'une tour circulaire, bordée de créneaux de pierre. Rhysenn était là, comme il s'y attendait, sa silhouette noire se dessinant contre le ciel clair.

"Tu es en retard !" lui reprocha-t-elle alors qu'il approchait. "J'ai failli ne pas t'attendre."

"Tu ne t'es jamais inquiété de mourir gelée ?" demanda-t-il en guise de réponse. "Pourquoi ne pas me donner rendez-vous à l'intérieur ?"

Rhysenn sourit. "L'air frais est bon pour toi."

"Ecoute…"

Elle agita une main couverte de bijoux. "Je ne suis pas la bienvenue en ces murs."

"Pourquoi pas ?"

"C'est une longue histoire. Dont une partie concerne des choses que je préfèrerais oublier." Elle ferma les yeux ; il savait qu'il ne devait pas aborder ce sujet. Et ça l'embêtait déjà. Tout en rapport avec elle l'embêtait. Pourquoi lui donnait-elle le courrier personnel de son père ? Pour de l'argent ? Pour s'amuser ? On ne lui donnait pas plus de vingt ans, mais elle se comportait comme si elle en avait beaucoup plus. "J'ai une lettre pour toi, Drago."

"Quel choc. Moi qui pensais que tu venais me donner mon cadeau de Noël."

"Noël n'est pas avant douze jours." remarqua sévèrement Rhysenn. Puis, à sa plus grande surprise, elle sortit un parchemin scellé de sa cape et lui tendit. Il le prit, surprit. Jamais auparavant elle ne lui avait donné de message sans qu'il n'ait à le "chercher" au préalable. "Lis-là cette nuit."

"Dis 's'il-te-plaît.'"

"Tu sais, tu aurais sûrement eu une personnalité plus agréable si tu étais né moche."

"Mais quelle vie horrible aurait eu mon entourage." Drago lui prit le parchemin. "Rien d'agréable à regarder durant les longs cours d'Histoire de la Magie."

Rhysenn sourit à nouveau. "Tu devrais être attentif à tes cours d'histoire, Drago."

"Merci, Maman !" Le parchemin était froid contre sa peau. Il voulait l'ouvrir et le lire, mais pas devant elle. Sa curiosité l'agaçait.

"Ceux qui oublient le passé," cita-t-elle en se tournant de manière à voir les étendues gelées, "sont condamnés à le revivre."

Drago inspira profondément. L'air glacé s'engouffra dans ses poumons. "Que sais-tu, Rhysenn ?"

Elle ne se retourna pas. "Je ne sais pas de quoi tu parles."

"Tu sais quelque chose que tu ne me dis pas."

Elle se retourna finalement, et joua avec une boucle de cheveux échappée de sa coiffure. "Je sais beaucoup de choses."

"J'en suis sûr. Mais seulement quelques une sont importantes pour moi. Qui t'envoie ? Mon père, ou lui ? Est-ce qu'ils te disent quoi dire, quoi faire ? Tout ce flirt et ces jeux, c'est pour me faire baisser ma garde ; je ne suis pas stupide, je le sais. Mais pourquoi ?"

"Qui es-tu pour penser que je devrais te répondre ?" interrogea-t-elle, d'un ton différent.

"A qui réponds-tu alors ?" demanda-t-il, mais elle se détourna avec un geste de refus. Il lui agrippa le poignet et la fit se retourner violemment. "Es-tu ce qu'ils ont de mieux ?" grogna-t-il. "On dirait que les forces des ténèbres n'essaient même pas."

"Laisse-moi partir !" exigea-t-elle froidement.

"Réponds-moi d'abord !"

"Laisse-moi partir ou tu le regretteras." menaça-t-elle d'une voix dure en le regardant droit dans les yeux. Il sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque, comme si quelqu'un avait marché sur sa tombe. "Et mon Maître te le fera regretter, lui qui gouverne le monde."

Il la lâcha, et elle s'écarta de lui. "Mon père…"

"Ton père" dit-elle avec dégoût, "est le chien-chien de Voldemort. Un Malefoy ne doit pas servir, mais gouverner !"

"Je n'avais pas réalisé que tu étais de notre côté." rétorqua Drago d'un ton méprisant.

"De ton côté ?" Sa voix était glaciale. "Tu ne peux même pas comprendre qui je suis, ou qui je sers. Tu ne peux pas m'aider, pas plus qu'une fourmi ou un escargot ne pourrait m'aider. Et tu n'es pas plus que ça pour moi. Toi, avec tes misérables pouvoirs et ta vie aussi courte qu'un battement de cœur."

"Et les tiens ne...Oh…" se reprit Drago en se sentant stupide. "Tu n'es pas… qu'es-tu ? Un vampire ?"

"Rien d'aussi vulgaire." répondit Rhysenn, l'air supérieur. "Alors, tu peux ôter ta main de ton cou. Je n'ai pas envie de te mordre. Enfin… pas de te mordre ici, de toute façon."

Drago enleva sa main avec dégoût. "Alors tu es immortelle, ou tu vis simplement longtemps ?"

"Vivre pour toujours est la meilleure revanche." dit Rhysenn en examinant ses longs ongles rouges.

"On m'a déjà offert la vie éternelle." avoua platement Drago. "J'ai poliment refusé."

"Alors tu es un imbécile. Tout autant que tu es buté. Et arrogant."

"Rien d'autre ?" demanda Drago avec curiosité. "Ai-je aussi mauvais goût pour mes fringues ou une sale coiffure ?"

Elle regarda au loin, les cheveux balayant son visage. Il se demanda quel âge elle pouvait avoir. "Je pourrais te montrer..." commença-t-elle doucement en reculant d'un pas, et alors qu'elle se déplaçait, sa cape s'envola et il put voir les gravures dans les remparts derrière elle. C'était une répétition de symboles. Un miroir, une coupe, un poignard, une épée. Ils étaient familiers, comme s'il les avait déjà vu auparavant. Ce qui était le cas. La vision qu'il avait eu la veille, pendant la réunion des préfets. Il s'était vu, debout contre les remparts, et derrière lui un mur de pierre couvert de gravures argentées dans la lueur de la lune...

Il regarda autour de lui, et la sensation d'être observé, à ce moment-là, devint oppressante. Son regard passa par-dessus les remparts et il vit quelque chose de sombre et de courbé grandir le long de la tour. La terreur qu'il avait ressenti dans sa vision s'accrut, et quelque chose de brillant et d'argenté brilla dans l'ombre de la silhouette recroquevillée. Affolé, Drago se détourna et poussa fortement Rhysenn hors du chemin.

Elle cria et tomba, et il entendit alors un sifflement aigu à ses oreilles qu'il reconnut sans mal, un son qu'il connaissait de la chasse, bien qu'il n'aurait jamais cru possible de le trouver ici, à Poudlard. Il était trop tard pour lui pour bouger ; quelque chose frappa son épaule avec force, une fois, puis encore. Une douleur lancinante, comme une feu, l'engloutit ; il vit la lune au loin. Quelque part, très loin, il entendait toujours Rhysenn hurler. Et les ténèbres l'enveloppèrent, et il n'y eut plus de douleur du tout.

¤¤¤

Ayant mal dormi, Ginny fut en retard au petit-déjeuner. C'est ainsi qu'en arrivant, elle trouva tout le monde en pleine conversation sur le fait que le cinquième année Malcolm Baddock avait été découvert dans un état de stase magique par nul autre que Ron, sur le chemin de la salle de bain des préfets. La rumeur courait qu'ils s'étaient battus en duel ; les Serpentards semblaient renfrognés, tous sauf Drago, qui n'était pas encore là. Quelques premières années semblaient nerveux, et même quelques élèves se souvenant des attaques du basilic il y a quelques années. "J'étais en état de stase magique." annonçait joyeusement Colin Crevey à qui voulait l'entendre. "Ce n'était pas si mal !"

Neville semblait apeuré. "Tu pense que c'est un autre basilic ?" demanda-t-il.

"Non." dit Ron, qui semblait fatigué et irrité. Il y avait des ombres dans ses yeux et la bonne humeur qui l'entourait habituellement avait disparu. "Il n'y avait pas d'eau autour de lui, ou de surface réfléchissantes. Si ça avait été un basilic il serait mort. Comme Mimi Geignarde."

"Je suis sûr que Mimi m'espionne dans mon bain." se plaignit John Walton, un préfet de sixième année.

"Ridicule !" le contredit platement Ron. "Bien sûr que non !"

Ginny était heureuse du changement de sujet. Sa première année à Poudlard n'était pas un sujet sur lequel elle voulait s'attarder. Elle essaya de concentrer son attention sur Harry et Hermione qui discutaient plus loin, mais ça ne sembla pas être une bonne idée non plus.

"Harry," disait Hermione, la voix basse mais ferme, "il faut que je te parle."

"Pas maintenant." refusa Harry en prenant la cruche pour se verser du jus de citrouille. "On ne pourrait pas parler plus tard ?"

Hermione rougit. "Quand, alors ? C'est important. Il y a quelque chose dont je dois te parler."

"Demain." répondit Harry en remplissant son verre. "Quand je n'aurais pas un rendez-vous avec Rogue."

"Tu as toujours quelque chose…" commença Hermione.

"Pas maintenant." répéta Harry d'un ton sans réplique. Il ne la regardait toujours pas.

Pendant un moment, Hermione resta immobile. Ginny se demanda si elle allait pleurer. Dans ses souvenirs, Harry n'avait jamais parlé à Hermione comme ça. Il ne l'avait jamais regardé comme ça non plus. Quand ils étaient amis, il la regardait avec exaspération ; quand elle était devenue sa petite amie, il l'avait regardé comme si elle était un petit miracle à elle tout seule. Maintenant, il ne la regardait plus du tout.

Hermione leva lentement la tête. Encore plus lentement, elle se mit debout, son verre de jus de citrouille à la main. Puis, sans le moindre avertissement, elle jeta le verre sur la table. Il éclata dans un bruit de bombe, projetant du jus et des éclats de verre dans toutes les directions. Harry recula, étonné, et la table toute entière se tut pour regarder.

"Harry James Potter !" cria Hermione de toute la force de ses poumons. "Tu vas me parler IMMEDIATEMENT !"

Sorti de sa torpeur, Harry la regarda avec surprise. À côté de lui, Ron, dégoulinant de jus de citrouille, restait sagement silencieux. Hermione elle-même ne bougea pas, les mains sur les hanches, les joues rouges et les yeux brillants.

"Hermione…" Harry bougea sur son siège, la main tendue vers elle, l'air surpris et inquiet, toute trace de son air froid disparue. "Hermione, est-ce qu'on peut juste…"

Les portes de la Grande Salle claquèrent.

Tout le monde se tourna alors qu'un élève traversait la salle en courant, une fille, pas plus de quatorze ans, portant les couleurs noire et or de Poufsouffle, ou était-ce le rouge de Gryffondor ? Sa robe était trempée, tout comme ses cheveux, et elle était en larmes. Un murmure curieux parcourut la salle ; Ginny se déplaça pour regarder, un mauvais pressentiment grandissant en elle alors que la fille dépassait les élèves pour s'avancer vers la table des professeurs. Charlie était déjà debout, et il s'approcha de la fille, la prenant par les épaules pour la calmer. Ginny comprit alors que le rouge qu'elle avait remarqué était du sang.

Les autres professeurs se levèrent à leur tour pour s'approcher de la fille. Elle parlait à travers ses larmes avec de grands gestes. Alors que l'école toute entière se taisait pour entendre ce qu'elle disait, sa voix s'amplifia, comme hystérique. "..Dans la neige…" haleta-t-elle en butant sur les mots. "Près de la Tour Nord… il y avait du sang partout. Je pense… peut-être qu'il est mort. Vous devez venir… Madame Pomfresh aussi…"

Même de là où elle était, Ginny put voir l'expression choquée de Charlie. Quand il parla, sa voix était fatiguée.

"Es-tu certaine qu'il s'agit de Drago Malefoy ?"

La fille fit signe que oui, l'air terrifiée. "Oui. Il y avait beaucoup de sang, mais… c'était lui." Elle éclata en sanglots. "Je n'avais jamais vu de mort avant." pleurnicha-t-elle, mais Ginny avait cessé de l'écouter. Le monde était devenu d'un gris écœurant, et elle se rattrapa à la table pour se stabiliser. Elle entendit un claquement près d'elle et leva les yeux ; c'était Harry, qui avait repoussé sa chaise si fort qu'elle était tombée au sol.

Hermione le regarda avec horreur. Il était très pâle, la main serrée autour du Charme Epicyclique. "Il n'est pas mort. Il n'est pas… je le saurais !"

"Harry…" murmura Hermione, mais Harry s'était détourné, et avait couru vers les portes toujours ouvertes. Hermione, qui avait pris une horrible teinte de cendres, parcourut la table silencieuse du regard et imita Harry.

Un murmure de surprise parcourut la table. D'instinct, Ginny se tourna vers son frère ; Ron était déjà là, ayant fait le tour de la table pour s'agenouiller à ses côtés. Il prit sa main et la serra fort, et elle baissa les yeux vers lui. Elle était consciente de l'animation autour d'elle : Charlie courant vers les portes, suivi par Madame Pomfresh, une civière magique à ses côtés. Les directeurs de Maison s'avançaient rapidement vers leurs tables respectives. Quelque part une fille éclata en sanglots hystériques : Blaise Zabini, probablement. Ginny resta immobile, les mains de Ron autour de ses poignets. "Tu ne peux pas." dit-il, si doucement que personne d'autre ne put entendre. "Tu ne peux pas." Elle acquiesça, et sut que c'était vrai, même si les larmes luttaient pour faire surface.

¤¤¤

Références:

(1) "Quoi ?" demanda Lavande d'un ton neutre. Puis elle comprit. "Oh, c'est vrai. Tu as tout ce… truc Harry. Désolée." -Friends

(2) une tortue avec un boulet -Blackadder

(3) "Je pense qu'au vue de la vie qu'on mène, on peut utiliser 'apocalypse' au pluriel." -Buffy

DT Team, le 16 juillet 2007.