Bonjour tout le monde !

En ce jour symbolique qu'est Halloween, voici venir le chapitre quatre ! Navrée de vous avoir fait attendre (une fois de plus).

J'en profite pour vous rappeler que la DT Team a également publié un dossier sur l'excellent City of Bones de C.Clare (il ne manque plus que la traduction du second extrait, je devrais m'y mettre dans les jours qui viennent).

Sur ce, bonne lecture !

Merci beaucoup à Mélowyne, Saralune, Neyarchess, Jizz et Caella pour leur review !

Chapitre traduit par Meish Kaos, Muriel et Kya, et corrigé par Fred.

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Chapitre Quatre : La fille dans la cage

Toutefois, aime-moi et hais-moi,

Afin que ces extrêmes ne soient jamais rois ;

Aime-moi, afin que je puisse mourir de la manière la plus douce qui soit ;

Hais-moi, car ton amour est trop grand pour moi.


John Donne

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Harry et Hermione se trouvaient déjà devant l'infirmerie quand Ginny arriva. Elle avait dû attendre plusieurs douloureuses minutes dans la Grande Salle avant de pouvoir s'éclipser discrètement en profitant du chaos ambiant. Au lieu d'aller dehors, elle avait foncé tout droit ici, Ron sur les talons. Peu importe l'état dans lequel était Drago, ils seraient obligés de l'amener chez madame Pomfresh. Même s'il était… bref, elle ne voulait surtout pas y penser.

La porte de l'infirmerie était fermée, et dans le couloir se trouvaient Harry et Hermione. Ils étaient en pleine conversation. Ce ne fut qu'en se rapprochant que Ginny comprit que les tâches sombres sur les vêtements de Harry n'étaient pas de la neige fondue, mais du sang. Beaucoup de sang !

"Qu'est-ce qui se passe ?" demanda Ron, en les regardant tour à tour. "Est-ce que Malefoy va bien ?"

Hermione haussa les épaules avec désespoir. "On ne sait pas vraiment..."

"Ils ne nous disent rien du tout !" s'exclama Harry, et (en ce que Ginny devina comme étant un exemple typique d'agressivité inutile d'adolescent), il frappa le mur et s'assit par terre, les genoux contre la poitrine et la tête sur les bras. Il ne semblait pas vouloir que quiconque s'approche de lui, et Ginny était assez effrayée à l'idée de le faire. Au lieu de ça, elle regarda Hermione. "Est-ce que tu l'as vu ?" demanda-t-elle doucement. "Est-ce que c'est grave ?"

Hermione secoua la tête et répondit : "Très grave !" Sa voix était basse, comme si elle ne voulait pas que Harry l'entende. Elle prit Ginny par le coude et l'entraîna vers Ron. "Nous l'avons vu." ajouta-t-elle sur le même ton. Ginny pouvait entendre la tension dans sa voix. "Il était allongé dans la neige et il y avait du sang tout autour de lui. Beaucoup de sang. Je pense que ça venait de son épaule : sa chemise était déchirée à cet endroit, et c'est là qu'il y avait le plus de sang. Harry a essayé d'arrêter l'hémorragie et..." Hermione se mordit la lèvre. "Et Lupin et Charlie et le reste des professeurs sont arrivés, et ils ont écartés Harry. On ne voyait pas ce qu'ils faisaient. Harry s'est débattu pour rester avec Drago, mais le Professeur Lupin l'a retenu ; il est très fort. Et Charlie a installé Drago sur la civière, et Madame Pomfresh l'a fait passer à travers une ouverture dans le château, et tout le monde l'a suivi. Nous aussi, mais ils nous ont fermé la porte au nez. Ils ont dit qu'on ne pourrait que gêner."

Ron tendit la main et lui toucha gentiment l'épaule. "Qu'est-ce qu'ils sont en train de faire ?"

Hermione secoua la tête. "Je ne sais pas."

Ron sembla sur le point de dire quelque chose, mais la porte de l'infirmerie s'ouvrit et Charlie sortit en la refermant derrière lui. Il semblait épuisé. Le devant de sa chemise et ses manches étaient couverts de sang à l'endroit où il avait dû porter Drago et il avait ôté sa robe. Il les regarda tous les trois, puis Harry par terre, et dit : "Ça va aller."

Ginny expira, comme si elle avait retenu sa respiration des heures durant. "Tu en es sûr ?"

"Oui, j'en suis sûr. Il ira bien. Il a perdu beaucoup de sang ; je sais que ce n'était pas joli à voir, mais c'est tout. La blessure se trouvait sur son épaule, donc aucune fonction vitale n'a été endommagée."

Hermione s'avança. "Est-ce qu'on peut le voir ?"

Charlie secoua la tête. "Non, pas encore. Il est inconscient de toute façon. Il a failli mourir de froid et de l'hémorragie. C'est comme s'il avait passé plusieurs heures dehors." Il essaya de sourire, mais ne parvint qu'à grimacer. "Désolé. Ecoutez, vous devriez aller en cours. Il n'y a rien que vous puissiez faire ici."

"Juste une chose." intervint une voix douce. Ginny se retourna. C'était Harry. Il s'était relevé sans que personne ne le remarque. Ses yeux étaient sombres dans la lueur des torches. "Qu'est-ce qui lui est arrivé exactement ?"

Charlie secoua la tête. "Nous n'en avons aucune idée, Harry."

"Bon, alors à quoi est-ce que ça ressemblait ? A un accident ?"

"Non." répondit lentement Charlie. "Pas à un accident."

Harry serra les dents. "Alors qu'est-ce que tu ne nous dis pas ? C'était une attaque magique ? Un sort ? Une sorte de... créature ?"

"Harry," répondit Charlie d'une voix sans timbre, "va en cours."

"Non !"

"Harry…" commença Charlie en gardant son calme.

"Charlie !" le coupa sèchement Harry. "Je veux savoir quoi ou qui est responsable, et je veux le savoir maintenant."

"Qu'est-ce qui se passe ici ?" C'était le professeur Lupin, qui avait ouvert la porte de l'infirmerie derrière Charlie. Il regarda alternativement le visage exaspéré de Charlie, et celui, pâle, de Harry. "Est-ce que tu leur as dit que Drago allait bien ?"

"Non." grogna Charlie d'un air irrité. "Je pensais le garder pour moi pour leur faire la surprise."

Lupin ferma la porte derrière lui et se tourna vers Harry. "Alors, quel est le problème ?"

"Je veux savoir ce qui s'est passé." expliqua Harry. "Je veux savoir qui est responsable de… de ça." et il désigna la porte de l'infirmerie d'un geste vague. "Je suis de sa famille. J'ai le droit de savoir."

"Oui, tu en as le droit." convint Lupin. "Et dès que nous le saurons, nous te le dirons."

"Laissez-moi le voir. Il me dira ce qui s'est passé."

"Il est inconscient, Harry. Il ne te dira rien du tout."

Harry regarda Hermione. Elle le fixait avec de grands yeux inquiets. A côté d'elle, Ron semblait perplexe devant la colère de Harry. "Harry." dit gentiment Hermione. "Nous allons aller en classe et nous reviendrons après… peut-être qu'ils en sauront un peu plus."

"Non." refusa Lupin. "Quand nous saurons quoi que ce soit, nous viendrons vous voir, Harry. Ça ne servirait à rien de traîner ici. Allez en cours."

Ron prit Harry par le bras, mais celui-ci se dégagea. Il regardait Lupin. "Vous me cachez quelque chose." accusa-t-il d'un ton concentré. "Vous tous… et qu'est-ce que ça fait ? Quoi que ce soit, c'est moi qui devrait faire avec à la fin. Tout seul. Comme toujours."

"Nous ne te cachons rien du tout." répondit sèchement Lupin. "Tu en sais autant que nous." Harry ouvrit la bouche pour parler, mais Lupin le coupa : "Drago va aller mieux, mais il est toujours très faible. Et il souffre. Et nous devons nous occuper de lui, mais au lieu de ça, tu nous fais perdre notre temps. Penses-y !"

Hermione prit Harry par le bras. "Nous partons." décida-t-elle, et elle fit signe à Ron et Ginny de les suivre. Harry la suivit mollement en regardant Lupin et Charlie par-dessus son épaule jusqu'à ce qu'ils disparaissent. Une fois seuls, Hermione se tourna vers Harry, la main toujours sur son bras. "Tu n'avais pas besoin de parler à Charlie comme ça…" commença-t-elle.

Harry arracha son bras de sa prise aussitôt qu'ils furent arrêtés, et la dévisagea. "Et tu n'as pas besoin de me traîner comme si j'étais un enfant déficient !" s'exclama-t-il.

Hermione leva les mains, l'air d'en avoir assez. "Alors arrête de te conduire comme tel !" cracha-t-elle en retour.

Harry sembla sinistrement satisfait, comme si son but avait été de provoquer une réponse de la part d'Hermione. "A condition que tu cesses de te comporter comme Madame Je-Sais-Tout !"

Elle sembla choquée, puis posa ses mains sur ses hanches. "Harry Potter," cria-t-elle d'une voix bouillonnante de rage, "espèce d'égocentrique, d'inconsidéré, d'obstiné…"

Ginny sentit une main se poser sur son épaule. C'était Ron. "Nous allons y aller." lança-t-il d'une voix forte, bien qu'aucun de ses deux amis ne l'entende. "Nous devons... il y a une chose que… qu'on doit faire... très bientôt. Maintenant, d'ailleurs."

"Exact." approuva faiblement Ginny. "Cette chose qu'on doit faire…" et elle s'enfuit avec Ron. Non sans un dernier coup d'œil à Harry et Hermione qui se toisaient mutuellement. Les mains de Harry étaient serrées en poings dans ses poches, et Hermione, les lèvres serrées, était pâle. Elle était contente de ne pas rester pour les regarder se battre ; tandis que Ron et Hermione se disputaient presque quotidiennement, Harry et Hermione ne se disputaient que très rarement… mais quand ils le faisaient, c'était avec une force volcanique.

Elle rattrapa son frère alors qu'il tournait à l'angle pour arriver dans le couloir menant au cours d'Histoire de la Magie. Ron secoua la tête. "Incroyable !" s'exclama-t-il.

"Qu'est-ce qui est incroyable ?"

Ron eut un petit rire. "Eux. Et leur relation. Autrement connu sous le nom de Cirque de la Douleur."

"Oh, allez. Ça ne va pas si mal."

"Dernièrement, être avec eux était comme se frapper la tête avec un marteau géant. Le bon côté de la chose, c'est qu'on se sent bien une fois que c'est fini."

"Ron !" protesta Ginny. "Ils ont simplement une mauvaise passe."

Ron haussa les épaules. "Peut-être."

Ginny lui jeta un regard noir. Il semblait distrait, et son visage était coloré, comme s'il était ennuyé. "Bon, peut-être que tu devrais avoir une petite amie avant de prononcer tes vœux." persiffla-t-elle sévèrement.

Ron haussa les épaules à nouveau. "Qu'est-ce qui te fait croire que je n'en ai pas une ?"

Ginny s'arrêta brusquement. "Ron ! Tu n'en as pas, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?"

Ron s'arrêta, et la regarda avec surprise. Puis il eut un petit rire gêné. "Non. Bien sûr que non."

Elle continua à le fixer jusqu'à ce qu'il commence à rougir.

"C'est pas comme si quelqu'un s'y intéresserait si j'en avais une." ajouta-t-il brièvement.

"Ce n'est pas vrai ! Ron, qu'est-ce qui t'arrive ?"

Ron ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma d'un coup sec. Il regardait quelque chose par-dessus son épaule. Elle se retourna en suivant son regard et vit quelqu'un dans le hall, près de la salle d'Histoire de la Magie. Il lui fallut un moment pour réaliser que c'était Seamus. Il avait dû attendre devant la classe du professeur Binn ; l'attendre elle.

"Salut, Ginny." appela-t-il en se redressant.

"Seamus... tu ne devrais pas être en cours ?" demanda Ron, surpris.

Seamus acquiesça, mais quand il parla, ce fut à Ginny : "S'il te plaît, est-ce que je peux te parler une seconde ?" Son regard passa de elle à Ron. "Seule !" ajouta-t-il.

Ron haussa les épaules. "D'accord. Je dois aller en Potions de toute manière." et il traversa le hall. Avec ses longues jambes, il fut bientôt hors de vue, et Ginny se tourna avec hésitation vers Seamus.

"Très bien. Qu'est-ce qui est si important pour que tu sèches les cours ?"

Il était adossé au mur, le regard fixé sur elle, tranquillement. Ses yeux bleus étaient presque indigo dans la faible lumière. "C'est à propos de Malefoy."

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Hermione entendit sa propre voix augmenter en volume, bouillonnante de rage, comme si elle avait perdu le contrôle. "Harry Potter, espèce d'égocentrique, d'inconsidéré, d'obstiné, d'égoïste… troll !"

Harry sembla agacé. "Tu as fini ?"

"Non !" cracha-t-elle, la colère la rendant irrationnelle. Quelque part dans son esprit, elle savait que Ron et Ginny étaient partis, et elle en était contente. Elle pouvait désormais être aussi en colère qu'elle voulait. "Pas encore !"

Harry la regarda sans bouger. Ses yeux verts étaient presque noirs, mais d'un autre côté son visage était dépourvu de toute expression. "Bien. Préviens-moi quand tu auras fini cette diatribe inutile alors." Et il se détourna et partit.

Avant de comprendre ce qu'elle faisait, Hermione tenait sa baguette à bout de bras. "Petrificus partialitus !" incanta-t-elle, et Harry se figea sur place, à un mètre d'elle, les pieds comme cloués au sol.

Il se contorsionna pour regarder en arrière. "Oh, très mature, Hermione."

Hermione remit sa baguette dans sa poche et le dévisagea sombrement. "Je suis immature ? C'est amusant, venant de toi."

"Ne parle pas de choses que tu ne peux pas comprendre." dit Harry d'un ton cinglant.

"Oh, je comprends. Je comprends bien plus que tu ne penses."

Harry croisa les bras. "Alors, éclaire-moi." Son ton était plus que sarcastique.

Hermione pointa un doigt dans sa direction et lui parla d'une voix tremblante. "Je ne sais peut-être pas ce qui t'ennuie. Mais je sais qu'il y a quelque chose. Et quoi que ce soit, ça te détruit de l'intérieur. Tu deviens quelqu'un que je ne connais pas, Harry. Peut-être même quelqu'un que je n'apprécie pas."

Elle leva les yeux vers lui en parlant, et sursauta. Il semblait affligé. Elle ne s'était pas attendu à ça. Elle resta immobile un moment, perplexe. Elle n'avait jamais réalisé à quel point son opinion était importante pour Harry, à quel point sa propre image était influencée par la manière dont elle le voyait. Il baissa aussitôt la tête, la mâchoire crispée, pour dissimuler la peine dans ses yeux… mais elle l'avait vu. Quand elle parla à nouveau, c'était avec moins de rancœur. "Je t'ai toujours admiré, Harry. Je t'aime autant que je t'admire. Pas seulement parce que tu es brave, mais parce que tu es gentil, et parce que tu es quelqu'un de droit. De bien plus droit que n'importe qui pourrait l'être. Et tu ne t'apitoies jamais sur toi-même, même quand tu devrais. Alors, quand je te vois essayer de culpabiliser quelqu'un, ou pire, de le faire compatir, comme tu as fait avec Lupin… ce n'est pas toi, Harry. Ce n'est pas qui tu es."

Harry ne bougea pas. Il regardait le sol, les épaules tendues. La colère qu'Hermione avait ressenti fondit comme neige au soleil. Elle commença à prendre sa baguette pour lever le sortilège, mais avant qu'elle y soit parvenu, il dit : "Je n'aurais pas dû dire ça à Lupin. Mais tu ne comprends pas."

"Alors, explique-moi."

Harry ferma les yeux. "J'ai toujours su qu'un jour Voldemort frapperait ceux qui sont proches de moi. J'ai toujours essayé de m'y préparer. Mais dans ce cas, tu as à faire un choix. Soit tu décides de ne jamais aimer qui que ce soit… soit tu jures de protéger les gens que tu aimes, peu importe ce qui se passera. J'ai choisi la deuxième option… en partie à cause de toi." Il ouvrit les yeux et la regarda, le regard calme. "Tu m'as donné un choix, celui de t'aimer ou de te perdre… et je ne pouvais supporter de te perdre."

"Et tu m'en veux ?" demanda doucement Hermione.

"Je pense que oui." convint lentement Harry. Ses mains étaient serrées ensemble, comme s'il était nerveux. Elle voulut s'avancer vers lui, mais se retint. C'était la première fois qu'il était aussi sincère depuis des mois. "Peut-être que je t'en veux pour m'avoir appris à être vulnérable. Tu l'as fait, tu sais. Il y a des années. Il y a des tas de façons dont Voldemort pourrait m'atteindre, à part toi… Ron. Sirius. Drago. Mais si ça n'avait pas été pour toi..."

"Qu'est-ce qui te fait croire que ce qui est arrivé à Drago a quelque chose à voir avec toi ?"

Harry cligna des yeux. "Et bien, qu'est-ce que ce serait d'autre ?"

"Je te garantis qu'il y a des gens en dehors de ses murs qui voudraient tuer Drago pour un tas de raisons qui n'ont rien à voir avec toi." affirma Hermione d'un ton sincère. "Crois-moi."

Harry ne semblait pas de cet avis. "Mais..."

"Egocentrique, pas vrai ?" demanda gentiment Hermione. "Tout ne tourne pas autour de toi, Harry."

Harry ne sourit pas. Il baissa les yeux. "Regarde !" ordonna-t-il en tendant son bras droit, la manche relevée. "Regarde tout ce sang. Il est sur mes mains, ce sang."

Hermione regarda attentivement son bras puis plissa les nez. "Ce n'est pas du sang." corrigea-t-elle avec autorité. "C'est du jus de citrouille."

"Non, c'est du sang."

"C'est du jus de citrouille. Celui que je t'ai jeté à la figure ce matin. Franchement, Harry. C'est orange."

Harry sembla offensé. "C'est du sang."

Hermione attrapa la main de Harry, la leva pour inspecter la tâche, puis, à sa plus grande surprise, tendit la langue et lui lécha la peau. "Jus de citrouille."

Harry la regarda, les lèvres pincées. "Je ne peux pas croire que tu aies fait ça."

"Pleurnicher parce qu'on a du sang sur les mains semble un peu prétentieux, non ?"

"Mmm.'" Harry semblait pensif. "Tu sais, en y pensant bien, je me rappelle que tu m'as aussi jeté du jus de citrouille ici." ajouta-t-il en pointant son cou.

"Vraiment ?" Hermione sourit. "Et bien, dans ce cas…" Elle se rapprocha de lui et posa ses lèvres sur son cou. Il sentait le savon et le sel. "Définitivement du jus de citrouille !"

"Et ici !" dit-il en indiquant son visage. Elle posa ses lèvres sur sa joue. La peau était aussi douce que la première fois qu'elle l'avait embrassé, quand il avait quatorze ans. "Et ici." ajouta-t-il en touchant ses lèvres, et elle se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser.

Il l'entoura de ses bras et la serra contre lui pendant qu'ils s'embrassaient, si étroitement qu'elle put à peine respirer. "Oh, Harry," soupira-t-elle quand ils s'écartèrent. "Je suis désolée pour tout."

"Non." Il se recula un peu pour pouvoir la regarder. "Ne t'excuse pas, tu n'as rien fait qui nécessite des excuses."

Sa respiration resta bloquée dans sa gorge. Ses yeux étaient sur elle, plein d'inquiétude, mais plus que tout, ils étaient animés et vivants et il était présent. Présent comme il ne l'avait plus été depuis longtemps. Il était vraiment là. Dernièrement, le toucher avait été comme toucher une coquille vide, quelque chose d'instinctivement animé, mais pas familier. Mais maintenant, elle tenait son Harry à nouveau, solide, souple et un peu maladroit. Il était froid, sa cape était toujours humide à cause de la neige, sa peau était fraîche contre la sienne, mais c'était le sien, son Harry qu'elle adorait.

Il la lâcha. Elle conserva sa prise sur ses poignets en reculant. Elle pouvait sentir le sang palpiter sous sa peau. Elle lui sourit, et il lui rendit son sourire en retour. "On devrait aller en cours." rappela-t-elle d'une voix très douce.

"Oh, très bien. Passe devant."

Elle cligna des yeux. "Tu ne viens pas ?"

"Bah, j'aimerais bien." répondit-il patiemment, "mais quelqu'un a cloué mes pieds au sol."

"Oh !" Hermione se sentit rougir. "Oh… oh… j'avais oublié. Oh, mon dieu !" mais il riait, et tandis qu'elle sortait sa baguette pour le délivrer du sortilège, elle réalisa qu'elle riait aussi.

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Ils firent quelques pas dans le hall, Seamus marchant devant elle. Ginny regardait fixement l'arrière de sa tête, se sentant irrémédiablement coupable. Et pourquoi ? pensa-t-elle. Je n'ai rien fait ! Au moment où Seamus ralentit et se tourna vers elle, elle commençait à se sentir révoltée.

"Je voulais te parler de Malefoy." commença-t-il en écartant des mèches de devant ses yeux avec sa main gauche. Elle n'avait jamais remarqué que Seamus était gaucher. Une fois encore, il y avait un tas de choses qu'elle n'avait jamais remarqué chez lui.

"Et quoi à propos de Malefoy ?" demanda Ginny d'une voix plate et rébarbative.

"Est-ce que tu sais s'il a une pelle ?"

Elle cligna des yeux, décontenancée. "Quoi ?"

"Ou une bêche ? Une gâche, même."

"Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que ça n'a rien à voir avec de la Botanique ?"

Seamus lui sourit, mais ses yeux étaient sérieux. "Je ne voulais rien dire, principalement parce que Malefoy a menacé de m'arracher le foie, mais il ne semble pas avoir quoi que ce soit pour ce faire, donc..."

"Donc quoi ?"

"Qu'est-ce qu'il y a entre vous ?"

"Il n'y a rien entre nous." répondit Ginny. Dans un sens, c'était vrai. Des sentiments divergents ne méritaient pas de "entre".

"Bon, alors qu'est-ce qui se passe ?"

C'était une question sournoise. Ginny décida de l'éviter en étant cavalière. "Pourquoi ? Tu es soudainement attiré par lui ?"

Seamus haussa un sourcil. "Je ne pense pas que Malefoy m'aime de cette façon, ou du moins si c'est le cas, il le cache bien."

Ginny rit malgré elle. "Désolée. Je te charriais. C'est juste que, et bien, tu ne le connais pas, Seamus."

"Si. On jouait dans des équipes opposées au Quidditch Junior à l'école primaire. Il était un peu tricheur, un de ces gosses qui sont prêts à tout pour gagner. Peu importe le prix. Chaque fois qu'il était Batteur, quelqu'un quittait le terrain avec le nez en sang ou un coude cassé."

"Et bien," dit faiblement Ginny, "les choses sont différentes maintenant."

"Ecoute, je sais que sa mère va épouser Sirius, et peut-être que Harry a l'impression qu'ils vont devoir vivre ensemble maintenant, mais je te le dis, il n'est pas digne de confiance et il n'est pas gentil. Il est de ces gens qui te souriront pour ensuite te poignarder dans le dos. Ginny..."

Il tendit une main vers elle, mais elle recula d'un pas. "Je ne comprends toujours pas pourquoi est-ce que tu me dis ça. Est-ce que Drago… Malefoy t'a dit qu'il y avait quelque chose entre nous ?"

"Non. Il a juste menacé de me frapper à mort avec une pelle si je te faisais du mal."

Ginny resta bouche bée, puis se reprit. "Oh. C'est... très bizarre."

Seamus secoua la tête. "Tu dois penser que je suis stupide."

"Non ! Non. Ecoute, Seamus..." Ginny serra les mains. "Si tu pense que je ne suis pas honnête avec toi… je suis désolée, je n'aurais peut-être pas dû accepter d'aller au Bal avec toi."

Seamus la regarda un moment avec surprise, puis sourit. Ses yeux n'étaient pas exactement bleus : ils avaient une touche de vert, comme de l'eau bleue derrière une vitre verte. "Relax. Je n'ai fait que t'inviter au Bal de Noël, on ne va pas se marier. Je ne t'en veux pas. Je voulais juste..."

"M'avertir ?"

Seamus haussa les épaules. "D'accord, peut-être un peu. Drago Malefoy n'est pas quelqu'un de gentil. C'était un gosse plutôt révolté, et il ne semble pas avoir changé."

"Ce n'est pas vrai. Il a beaucoup changé l'année dernière. Il est différent."

"Différent de ce qu'il était ? C'est une maigre consolation. Ecoute..." ajouta-t-il rapidement en voyant à son expression qu'elle n'était pas d'accord. "Tout va bien. Je veux juste aller au Bal de Noël avec toi. Je n'ai pas besoin d'en entendre plus sur toi et Malefoy, s'il y a eu un 'toi et Malefoy'."

"Et bien, il n'y en a certainement pas maintenant." affirma Ginny.

"Bien" Seamus remit son sac sur ses épaules. "Je sors d'Histoire de la Magie. Tu veux faire un tour avec moi ?"

"Bien sûr."

Il tendit le bras pour lui prendre la main et cette fois, elle le laissa faire.

¤¤¤

"Es-tu sûr qu'il ira bien ? "

"J'en suis certain." Lupin tenta de parler le plus calmement possible. Sirius semblait extrêmement anxieux. Lupin était certain qu'une partie des vagues de chaleur provenant du feu près duquel ils conversaient était en fait l'anxiété de Sirius, et non les flammes. "Il va déjà bien. Parfaitement bien. Seulement secoué, et son épaule doit guérir."

"Et tu es certain que nous ne devrions pas nous rendre à l'école ?" De larges cernes noirs soulignaient les yeux de Sirius. Il semblait fatigué, et mal à l'aise. Il portait des vêtements de Moldus, du moins au niveau des épaules (qui seules étaient visibles près de la cheminée du bureau) : une chemise blanche et une cravate foncée dénouée. Lupin lui avait demandé ce qu'il faisait mais ses questions avaient été balayées d'un geste. "Boulot d'Auror. Des trucs ennuyeux."

"J'en suis certain, Sirius. Ce n'est pas nécessaire. Drago va bien et si tu y vas, ça ne fera que l'effrayer, lui et ses amis, et leur fera croire que quelque chose de grave est arrivé…"

"Quelque chose de grave ? Il aurait pu mourir !"

"Je sais, c'est vrai. Tout comme nous, des douzaines de fois. Combien de fois t'es-tu retrouvé à l'infirmerie ?"

"C'est parce que nous étions idiots. Si ça avait été Harry… mais Drago n'agit pas de façon insouciante. Il est trop prudent pour ça. Peu importe ce qui est arrivé, il ne s'y attendait pas."

Lupin soupira et s'adossa aux bras du fauteuil qu'il repositionna face à la cheminée. "C'était une blessure régulière, aux contours nets, probablement faite par un couteau ou une flèche. Peu importe ce que c'était, ça a été retiré. Il y a des centaines de sorts qui auraient pu avoir cet effet. Ça aurait pu être un duel qui aurait mal tourné… ou même un sort que Drago essayait de jeter lui-même qui serait revenu contre lui. Nous ne pouvons savoir."

"Essaies-tu de me rendre les choses plus faciles ?"

"Si ça peut te rassurer, Drago lui-même ne semble pas très inquiet."

"Non. Ça ne me rassure pas." Sirius passa sa main dans ses cheveux ; aucune trace de gris, même si Lupin avait l'impression que si Harry et Drago continuaient à jouer avec la mort, ça changerait. "Es-tu vraiment certain que nous ne devrions pas y aller ?"

"Dumbledore lui-même l'a spécifiquement interdit !" Lupin hésita. "Comment va Narcissa ?"

Les yeux de Sirius s'assombrirent. "Pas très bien. Elle est couchée. Elle a dû avaler la moitié d'un flacon de Philtre de Paix."

Lupin soupira. "Je suis désolé. Ça doit être difficile pour elle, n'est-ce pas ? Je veux dire, tu dois te souvenir de cette fois où tu t'es battu en duel avec Rogue ?"

Sirius rit sous cape.

"Il t'avait jeté ce sort qui t'avait pratiquement arraché le bras."

Sirius semblait outragé. "J'étais sur le point de gagner ce duel lorsque tu es intervenu."

"Sirius ! Ta main est tombée !"

"Madame Pomfresh l'a remise en place." rappela joyeusement Sirius. "James a toujours été un meilleur second que toi. Il n'intervenait jamais." Ses sourcils s'élevèrent. "Ce qui me fait penser… peut-être devrions-nous demander à Rogue si ça ressemble à une blessure de mauvais sort ?"

"C'est déjà fait. Il est en train de vérifier."

Sirius laissa échapper un soupir. "Et Drago ne semble pas… effrayé du tout ?"

"Non." Lupin hocha la tête. "Harry s'occupe de cet état de fait pour lui."

Au lieu de s'élever en un sourire, les lèvres de Sirius s'étrécirent. "Harry. Il ne prend pas bien la situation ?"

Lupin secoua la tête. "Non. Il a piqué une crise. Il m'a accusé de lui cacher des choses, de ne pas lui révéler ce qui se passait… bref, de mentir."

Sirius jura entre ses dents.

"Tu n'en es pas surpris ?"

"Non" Sirius était attristé. "J'ai tenté d'avoir une conversation avec lui l'autre jour, parce que j'étais inquiet. Il a l'air si maigre et pâle ces jours-ci. J'ai pensé… peut-être avait-il des problèmes avec Hermione ? Peut-être était-il inquiet à propos du mariage, peut-être croyait-il que je ne m'occuperais pas autant de lui ensuite ? Mais il m'a proprement envoyé promener. En m'accusant de mentir, par la même occasion."

"Sirius… est-ce que quelque chose pourrait être arrivé récemment, quelque chose qui aurait pu affaiblir sa confiance en toi ? Parce que c'est ce qu'il me semble. Comme s'il voulait te faire confiance mais qu'il avait peur, et ça le rend irritable. En plus de ça, il doit se sentir…" Lupin était sur le point d'ajouter "abandonné", quand quelqu'un frappa à la porte du bureau.

Il se leva pour ouvrir, se maintenant entre la porte et la cheminée, cachant Sirius à la vue de quiconque se trouvait à la porte. À sa grande surprise, c'était Harry.

"Bonjour, professeur Lupin. Pourrais-je vous parler quelques secondes ?"

Lupin regarda le garçon qui se tenait sur le pas de la porte. Sirius avait raison. Harry paraissait plus maigre, plus pâle et plus fatigué qu'avant. Les ombres sous ses yeux ressemblaient à des contusions. C'était étrange, mais plus Harry vieillissait, plus, surtout lorsqu'il était fatigué, sa ressemblance avec son père s'estompait et dans les traits de son visage, Lupin pouvait distinguer ceux de Lily. Elle n'avait pas été belle dans le sens conventionnel du terme, mais elle avait toujours possédé ce courage et cette grâce qui valaient le coup d'œil. Harry possédait ces mêmes qualités, en plus de ses yeux d'un vert émeraude qui avaient un jour inspiré un journaliste de la Gazette des Sorciers mal intentionné à écrire que « ces yeux, cachés derrière les fameuses lunettes démodées, sont le seul trait de beauté d'un visage par ailleurs très ordinaire. »

"Professeur, " répéta Harry poliment, "puis-je entrer ?"

"Tu dois savoir que je ne suis pas seul." répondit Lupin, mais Harry l'avait déjà contourné et aperçu Sirius dans la cheminée. Ses poings se serrèrent, mais ce fut le seul signe de nervosité qu'il se permit.

"Sirius…" salua Harry calmement. "Comment vas-tu ?"

Sirius hocha la tête. "Bien, Harry." Ses yeux croisèrent ceux de Lupin. "Pourrais-tu nous laisser un moment ?"

Sans même y penser, Lupin acquiesça et sortit de la pièce, refermant la porte derrière lui. Ce fut seulement à ce moment qu'il réalisa qu'il était sorti de son bureau en y enfermant un élève. Ce qui n'était pas réglementaire. Au moins Sirius était-il là pour garder un œil sur Harry.

Il s'appuya contre le mur et soupira. L'expression de Sirius lorsqu'il avait aperçu Harry… Lupin avait reconnu ce mélange explosif d'espoir, d'amour, de fierté, d'inquiétude et de crainte. Probablement le regard que son propre père avait eu en le regardant, le jour où il avait reçu sa lettre d'acceptation à Poudlard. Il se souvint de la conversation que ses parents avaient eu cette nuit-là… Il ne peut pas y aller, il est si petit pour son âge, et que feront les autres élèves, comment sera-t-il traité ? Et s'il était blessé, et s'il blessait quelqu'un ? Mais comment pourrions-nous l'en empêcher. Ne pourra-t-il jamais avoir une vie normale ?

S'il y avait une chose que Lupin avait appris depuis, c'était que pour certaines personnes, il ne pouvait y avoir de vie normale. Du moins, pas pour lui. Ni pour Harry. Il avait été marqué par la morsure d'un loup ; mais Harry avait été marqué par quelque chose de bien plus grave, de bien plus sombre. C'était visible dans ses yeux, à présent, dans la profondeur de son regard aussi bien que par la cicatrice sur son front.

La porte du bureau s'ouvrit, et Harry laissa passer sa tête. "Vous pouvez revenir, professeur." dit-il. Il ne souriait pas vraiment, mais il semblait soulagé, comme si ses épaules avaient été libérées d'un fardeau. Lupin présuma que Sirius et lui avaient mis les choses au clair. "Pardon de vous avoir obligé à sortir de votre bureau."

Lupin suivit Harry à l'intérieur et salua Sirius, qui semblait lui aussi un peu plus heureux. "Eh bien, Sirius… envoie-moi un hibou demain."

"Bien sûr." répondit Sirius avant de disparaître dans un éclat d'étincelles bleues et vertes.

Lupin se retourna vers Harry. "Que voulais-tu me dire, à propos ?"

"Oh." Harry réfléchit quelques instants. "C'était à propos du devoir de Défense, en fait."

Lupin fut un peu surpris. Habituellement, quand Harry se présentait au bureau de l'un de ses professeurs, c'était plus souvent une question de vie ou de mort qu'une question de travaux scolaires. "De quoi s'agit-il, Harry ?"

"Eh bien, je sais que nous devions avoir déterminé une idée de sujet pour le cours d'aujourd'hui…"

"Évidemment, je comprendrais si Drago et toi aviez besoin d'un peu plus de temps pour me remettre ce travail. Une semaine supplémentaire devrait…"

"Non, en fait, nous avons déjà décidé." Harry sortit une feuille de parchemin et la tendit à Lupin, qui la prit avec surprise. "Nous voulons faire notre projet de recherche sur les lieux de magie noire. Nous voudrions nous rendre au Maillet Shepton."

Lupin dévisagea Harry avec une certaine stupéfaction. Harry lui rendit son regard, ses prunelles vertes limpides derrière ses verres. Une fois de plus, Lupin se remémora Lily. Lorsqu'elle tentait de camoufler quelque chose, ou lorsqu'elle préparait un mauvais coup. Peut-être était-il simplement trop soupçonneux, cependant. Sûrement, Harry et Drago ne feraient rien qui mettrait la santé de Drago en danger. "Dans ce cas, c'est d'accord, Harry."

"Je voulais simplement vous en informer afin que vous puissiez nous obtenir un Portoloin." ajouta Harry, avec une sincérité désarmante. "Je sais que ça peut prendre un moment avant qu'ils vous le donnent."

"D'accord." Lupin dévisagea Harry une fois de plus, stupéfié. Que se passait-il avec ce garçon ? Malheureusement, rien qu'il put découvrir en le fixant. "Je l'obtiendrai pour vous, Harry. En attendant, pendant que Drago est à l'infirmerie, je te suggère de lui dire de ne pas s'en faire avec le travail scolaire. Il a besoin de repos."

Harry acquiesça. "Bien sûr. Je lui dirai que nous pourrons travailler là-dessus juste avant Noël, si le Portoloin est prêt à ce moment. Nous y travaillerons quand nous serons en vacances, mais vous savez, pas le droit d'utiliser la magie pendant les vacances, et le mariage…"

Lupin acquiesça. "Bien sûr. As-tu hâte d'être au mariage ?"

Harry sembla brièvement pris de court, puis haussa les épaules. "Je n'y ai pas vraiment pensé, en fait. J'ai été tellement occupé par les cours et les préparations aux ASPICs, et… je n'ai même pas encore acheté de cadeau pour Sirius et Narcissa."

"Eh bien, les magasins de Pré-au-Lard seront ouvert demain soir, n'est-ce pas ?"

Harry cligna des yeux. "Demain ?"

"La Tournée des Pubs, Harry."

"Oh ! C'est vrai." Harry hocha la tête. "Bien sûr. J'achèterai quelque chose à ce moment-là." Il jeta un coup d'œil à la montre dorée qui miroitait à son poignet. Comme toujours, lorsque Lupin apercevait cette montre, sa gorge se serra. Debout dans la semi-pénombre, ses cheveux emmêlés penchés au-dessus de la montre familière, Harry aurait pu être James. Lui aussi se tordait les mains quand il était nerveux, lui aussi avait été fier de la montre que lui avait donné celle qu'il aimait, lui aussi avait attendu avec impatience leur première Tournée des Pubs… "Je dois y aller, professeur. J'ai cours."

"Bien sûr." Lupin effleura la porte de sa baguette et celle-ci s'ouvrit. Harry sortit, mais s'arrêta un moment sur le seuil.

"Serez-vous à la Tournée des Pubs, professeur ?"

"Peut-être y ferai-je un tour. Écoute, Harry, je…"

Harry lui jeta un regard curieux. "Oui ?"

"Je ne voulais pas que tu crois que j'étais fâché contre toi. J'ai été dur avec toi ce matin, et j'en suis désolé. Tu étais inquiet à propos de ton ami et c'est une attitude louable. Tu as toujours été comme ton père à ce sujet."

Les yeux d'Harry s'illuminèrent et il rougit. "Merci, professeur."

"Ce n'est que la vérité." Lupin haussa les épaules. "J'ai beaucoup pensé à ton père, ces derniers temps. J'aurais voulu qu'il puisse assister à ce mariage."

"Ça va aller. Vous serez là avec moi." Il remonta son sac sur son épaule et s'éloigna dans le couloir. "Merci de m'avoir permis d'utiliser votre bureau pour parler à Sirius, professeur."

Lupin hocha la tête. Sa gorge était toujours serrée et il ne voulait pas parler. Il observa Harry s'éloigner, tourner au coin et disparaître. Puis, il retourna dans son bureau, referma la porte et s'assit derrière la table, laissant son regard dériver vers le feu. Pour la première fois depuis très longtemps, il se sentit soudainement très vieux.

¤¤¤

Drago s'éveilla, la tête prête à éclater et avec la pénible impression que quelqu'un s'était assis sur son torse. Les paupières lourdes, il ouvrit lentement les yeux et vit un plafond de pierre en voûte au-dessus de lui, ainsi que des draps blancs qui pendaient de chaque côté de son lit. L'infirmerie.

Il s'assit péniblement et baissa les yeux. Quelqu'un l'avait vêtu d'un pyjama rayé bleu et blanc, et il y avait un tas de couvertures sur son lit. Il se demanda comment il était arrivé là. Il se demanda surtout qui l'avait amené là, et qui lui avait passé ce pyjama. Visiblement, ce n'était pas quelqu'un qui avait compris que les Malefoy ne portaient pas de flanelle.

Il ferma les yeux et réfléchit, tentant de retrouver ses derniers souvenirs. Il se remémorait Rhysenn qui criait, lui-même la poussant hors du chemin, le monde qui virait à l'envers, l'argent s'intervertissant avec le noir…

Que s'était-il passé ? Qu'est-ce qui l'avait blessé ? Il déboutonna son haut de pyjama et le retira péniblement, mais son épaule était étroitement bandée et n'offrait aucune réponse. Sa blessure était toujours légèrement endolorie et il grimaça lorsqu'il effleura le bandage. Lentement, il se reposa contre ses oreillers, l'esprit perdu dans ses souvenirs. Il se souvenait d'un bruit étrange, et de la douleur à son épaule. Un son comme... un arc et une flèche ? Mais qui irait attaquer des élèves à l'aide d'arcs et de flèches ? Et surtout, pourquoi, alors qu'un sort impardonnable était tellement plus rapide ? Il savait pourquoi son père utilisait l'arc et les flèches : pour le sport. Mais ce souvenir le faisait frissonner.

Il enfonça son visage dans ses mains et resta là quelques instants, dans l'obscurité muette. Son esprit le bombardait de questions, à commencer par combien de temps il était resté évanoui à l'infirmerie. Qui l'avait découvert, et qu'était-il arrivé à Rhysenn ? Il laissa retomber ses mains et ferma les yeux, laissant ses pensées s'éclipser à l'extérieur, lentement, tentant quelque chose qu'il n'avait que très peu essayé auparavant : fouiller le château avec son esprit, chercher cette autre présence, liée à lui-même pendant son sommeil par un fil indestructible de télépathie et de magie.

Il le trouva, faisceau lumineux dans les ténèbres. Harry. Il ne pouvait pas, évidemment, dire ce qu'Harry pensait à ce moment précis, mais la forme de ses pensées lui était aussi familière que la forme de son visage. Harry, murmura-t-il dans le noir. Harry, es-tu réveillé ?

Il y eut un moment de silence surpris, puis Harry répondit. Je le suis. Est-ce que tu vas bien ? Où es-tu ? Toujours à l'infirmerie ?

Oui.

Très bien. Reste où tu es, je viens te rejoindre tout de suite.

Crois-moi, je ne vais nulle part.

Il n'y eut aucune réponse. Harry était probablement distrait par quelque chose. Drago s'occupa de remettre son haut de pyjama et de le reboutonner, ce qui réveilla la douleur plus sûrement qu'il ne l'aurait voulu. Il ne pouvait chasser une petite pointe d'effroi... il se souvenait très bien des histoires que lui racontait Lucius à propos de poisons magiques... mais non, il serait probablement déjà mort s'il avait été empoisonné.

Il y eut un léger grattement, et le rideau autour de son lit fut repoussé. Il s'assit très droit lorsque Harry apparut, sa Cape d'Invisibilité tombant à ses pieds alors qu'il s'avançait vers lui. Il s'était visiblement habillé à la va-vite ; son pull vert avait été mis à l'envers et ses cheveux étaient dans un état encore plus déplorable que d'habitude. "Malefoy..." dit Harry, ses yeux agrandis derrière ses lunettes. "Tu as vraiment l'air pâle."

Drago leva un sourcil. "Merci pour ce bulletin en provenance du Département de l'Évidence, Potter. La conséquence d'une perte massive de sang est souvent la pâleur, tu sais. Maintenant, vas-tu t'asseoir ou as-tu l'intention de rester là à me fixer la bouche ouverte comme une truite hors de l'eau ?"

Harry s'écrasa sur la chaise près du lit, fixant toujours Drago. "Mais ça va aller ? Tu vas vraiment... bien ?"

Drago tenta de repousser l'idée du poison mortel hors de son esprit. "Je vais bien... croyais-tu que ça n'irait pas ?"

Harry sortit la chaîne qui pendait à son cou, et y jeta un coup d'œil. Dans la semi-obscurité, le Charme Epicyclique miroita faiblement. "Je savais que tu n'étais pas encore mort." annonça-t-il calmement. "Mais je ne savais pas si tu allais mourir." Il remit la chaîne sous son chandail. "Drago, qu'est-il arrivé ? Que faisais-tu, de toute façon, à te promener dans la neige à six heures du matin ?"

Drago remarqua l'utilisation de son prénom et en fut heureux malgré lui. "Je te le dirai dans une minute. Regarde dans cette table de chevet et donne-moi mes vêtements, veux-tu ?"

Harry lui jeta un regard suspicieux. "Pourquoi ?"

"Parce que je veux quelque chose qui se trouve dans ma poche, Potter. À vrai dire, je n'ai besoin que de la chemise... merci !" Il prit le vêtement que lui tendait Harry, lequel avait été soigneusement plié. Drago le déplia, et cligna des yeux. Il était ruiné, ce qui n'était pas surprenant, l'épaule droite n'étant plus qu'un amas de sang et de tissus déchiré. La chemise avait été fendue sur la devanture également, probablement lorsqu'ils avaient coupé le vêtement pour l'en extraire.

Harry avait l'air vaguement nauséeux. "Il y a beaucoup de sang."

"Oui." Drago fixait toujours le vêtement. "Il valait très cher aussi, la collection d'automne de Donna Charon..."

"Malefoy." Harry s'impatientait. "Qu'est-ce qui est arrivé ?"

"Je suis allé dehors pour rencontrer quelqu'un." commença Drago lentement. "Et je n'étais pas dans la neige... j'étais au sommet d'une tour."

"La Tour d'Astronomie ?"Harry avait maintenant l'air intéressé. "Tu m'as dit que les gens ne s'y rendaient que pour coucher ensemble." Ses yeux s'agrandirent. "Étais-tu en train de coucher avec quelqu'un ?"

"J'ai une chambre, Potter. Pourquoi irais-je sur la Tour d'Astronomie pour coucher avec quelqu'un ?"

"Eh bien, qui allais-tu rencontrer ?"

"Rhysenn, ma cousine."

Harry fixa Drago, l'air de ne rien comprendre.

"La fille aux cheveux noirs qui a descendu les marches avec Charlie à ton anniversaire."

"Alors tu as couché avec elle !" Harry jeta un regard en coin au chandail ruiné de Drago. "Elle doit être plutôt sauvage."

"Potter, si tu ne la fermes pas au sujet du sexe, je vais t'arracher la tête et m'en servir comme d'un Souaffle."

"C'est bon, c'est bon." laissa tomber Harry, ses yeux brillant de malice. Drago était absolument certain que Harry l'avait délibérément asticoté sur le sujet. "Alors dis-moi ce que tu faisais vraiment."

Drago soupira, et lui expliqua tout : à propos de Rhysenn, à propos des lettres de son père, les cartes qui menaient à des endroits secrets, les messages sibyllins, et finalement, l'attaque sur eux deux. "Je n'ai aucune idée de sa réelle identité. Ou de ce qu'elle veut, ou si la personne qui a tiré sur nous essayait de me tuer ou de la tuer, elle. Et je ne sais pas non plus comment j'ai pu atterrir au pied de la tour. J'ai dû tomber. Je suis surpris que la chute ne m'ait pas tué."

Harry le regardait avec des yeux comme des soucoupes. "Ton père est en vie ?"

Drago acquiesça.

"Ton père est en vie et tu ne me l'as pas dit ?"

Drago fixa ses mains. "Dumbledore m'a fait jurer de ne rien te dire. Je suis... désolé. Je voulais te le dire." Il se raidit. Harry n'était qu'une ombre à peine visible derrière la frange de lumière argentée que formaient ses propres cheveux devant ses yeux. "À qui d'autre aurais-je pu en parler ?"

"Mais tu ne m'as rien dit."

" J'avais juré de ne rien dire." Drago se tut. "Ce n'est pas comme si tu ne me cachais rien non plus."

Drago entendit Harry soupirer. "C'est vrai." Il hésita. "Mais tu m'en parles maintenant ? Tu brises ta promesse ?"

"J'aurais pu mourir. Et si j'étais mort, tu aurais eu le droit de savoir pourquoi et comment."

Il releva la tête et vit qu'Harry le fixait, une expression tendue sur le visage.

"J'ai une dette envers Dumbledore." ajouta Drago. "Mais je te dois bien davantage."

Harry hésita, puis ses traits se détendirent et il se permit un sourire. "Merci !" dit-il, et Drago se sentit satisfait malgré lui. C'était le truc énervant avec Harry : il possédait cette qualité très rare, donnée à très peu de gens, qui lestait même le plus petit de ses gestes d'une grande importance. Peu importe ce que c'était, c'est ce qui faisait de lui un meneur-né, c'était ce qui poussait les gens à le protéger, à se mettre en ligne afin de s'interposer entre lui et n'importe quelle créature issue des ténèbres qu'il devrait un jour affronter et vaincre. C'était ce qui faisait de lui un héros.

Tout ça, bien sûr, quand il ne faisait pas l'imbécile.

"Malefoy, que disaient les lettres ?"

"Les lettres que Rhysenn m'amenait ? Rien de très utile. Tiens, la dernière est dans la poche de ma chemise, c'est pour ça que je la voulais." Drago tira le parchemin, remarquablement indemne, de la poche frontale où il l'avait glissée, et le déroula. "Drago," lut-il à voix haute. "Ah, nous avons attendu toutes ces nombreuses années, toi et moi, que se lève l'aube de ton véritable anniversaire. Souviens-toi de ceci : certains devront être sacrifiés, alors que d'autres pourraient être sauvés. L'obéissance véritable ne peut souffrir d'aucune illusion. Bientôt, tu sauras tout." Drago haussa les épaules. "C'est tout."

Harry resta assis un moment, mordillant sa lèvre inférieure. Puis, il tendit la main. "Laisse-moi voir cette lettre."

"Je t'ai lu ce qu'elle disait."

"Je veux la voir quand même. Il y a peut-être des indices."

"Bien sûr, les méchants adorent laisser des indices un peu partout. En fait, c'est un appel à l'aide désespéré."

"Donne-moi ça, Malefoy !"

Drago tendit la lettre en haussant les épaules. "Si tu insistes pour jouer les Aurors Junior, j'imagine que je ne peux pas t'en empêcher."

Harry l'ignora. "Cette lettre a été écrite avec de l'Encre Vert Viridian." constata-t-il d'un ton concentré. "Seuls les Ministres officiels, les Véritables, peuvent l'utiliser, tu sais."

Drago était impressionné. "Vraiment ?"

"Non, en réalité, j'ai tout inventé. Tiens, reprends ta stupide lettre." Harry lui lança la lettre, l'air dégoûté. "Qui commence ses lettres par "Ah", de toute façon ?"

"Et qui dit "les Véritables" ?" Avant que Harry ne puisse répondre, la lettre dans la main de Drago prit feu. Drago la laissa tomber en poussant un juron, et elle était devenue cendres avant même de toucher le sol. "Elles font toujours ça." expliqua Drago d'un ton boudeur en mettant son pouce brûlé dans sa bouche. "J'imagine que c'est pour que je ne puisse pas les garder comme preuve."

"Qu'est-ce que ça signifie, ton "véritable anniversaire" ?"

"Aucune idée."

"Est-ce qu'il ne t'est jamais venu à l'idée de tenter de trouver ce qu'un véritable anniversaire était ?"

"Comment ?"

"Eh bien, " dit Harry sur un ton d'évidence, "demande à Hermione. Si elle ne le sait pas déjà, elle pourrait le découvrir pour toi."

"J'aime mieux ne pas mêler quelqu'un d'autre à cette histoire."

"Hermione n'est pas quelqu'un d'autre. Elle est... Hermione. Tu peux lui dire n'importe quoi."

"Et c'est pour ça que tu lui as parlé de notre petite excursion au cimetière ?"

Harry ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis la referma sans rien dire. "C'est différent."

"Pourquoi, parce que c'est ton grand secret ?"

"Parce que personne n'essaie de me tuer."

"Ha !"

Harry le fixa d'un oeil acéré. "Viens-tu juste de dire "Ha !" ?"

Drago reconsidéra les choses. "C'est très embarrassant, mais oui."

"Et ça signifie...?"

Drago bailla bruyamment. Il était de plus en plus fatigué. "Il y a toujours quelqu'un qui essaie de te tuer, Potter. Tu ne serais pas toi si ce n'était pas le cas. Et, parlant de ça, qui sait si quelqu'un était en train d'essayer de me tuer ou s'ils visaient en fait Rhysenn et qu'ils avaient raté leur coup ?"

Harry resta silencieux un moment. Sa main droite triturait la boucle de sa ceinture, en fait, l'étrange bracelet écarlate qui ne le quittait jamais. "Je ne crois pas que tu devrais lui faire confiance."

"Merci bien, ce n'est pas le cas." Drago bailla à nouveau. "Potter, j'étais en train de penser..."

"Quoi ?"

"Eh bien, si tu demandes à Lupin de te donner un Portoloin qui t'amènera à la Colline de Doon, est-ce qu'il ne se doutera pas de ce que tu veux y faire ? Je suis surpris qu'il ait marché avec l'histoire du devoir, en fait. "

"Exact. C'est pourquoi je lui ai dit que nous allions au Maillet Shepton à la place."

"Mais ce n'est pas là que nous voulons aller... oh."

"Allez, Malefoy. Les plans rusés, tu te souviens ? Le but est de quitter l'enceinte de l'école, considérant le fait que nous ne pouvons Transplaner ou voler et que nous n'avons pas exactement le temps de marcher."

"Et comment sommes-nous supposés aller de ce Maillet Machin à la Colline de Doon ?"

"Laisse-moi faire." Harry sourit, puis se mordilla la lèvre. "Mais es-tu certain... que tu veux toujours y aller ?"

"Je vais attendre d'être un peu plus solide. Je suis toujours prêt. J'irai bien dans un jour ou deux, j'en suis certain."

"Nous pouvons attendre autant que tu veux."

"Non, ça va." Drago se recoucha contre ses oreillers et ferma les yeux. "Tu réalises, n'est-ce pas," remarqua-t-il d'un ton endormi, "que ça signifie... que nous devrons faire... un rapport complet sur le Maillet Shepton... pour absolument rien." Il bailla une dernière fois. "Et tout ça, c'est de ta faute."

Il n'entendit jamais ce qu'Harry répondit ; il s'était déjà endormi.

¤¤¤

Il était de nouveau en train de rêver. De nouveau, dans la tour, son père était là, ainsi que le Seigneur des Ténèbres. Il se tenait à un angle différent maintenant, et il pouvait voir les fenêtres hautes et larges. Elles ouvraient sur un paysage peu familier : une vallée profonde se fondant au loin dans une forêt. Le ciel nocturne était haut et noir, les étoiles étincelaient comme des lames de poignards. Sur le mur près de la fenêtre était suspendu le miroir qu'il avait vu dans son rêve précédent. Cette fois, sa surface était vide.

Lucius et le Seigneur des Ténèbres discutaient tous deux près de la porte, même s'il ne pouvait entendre ce qu'ils disaient. Comme un fantôme, il dériva vers eux au moment où ils passaient de la salle de la Tour à une autre pièce. C'était une pièce en pierre dont les murs étaient couverts de tapisseries d'or et d'argent. C'était une vaste enceinte, les murs montaient en flèche jusqu'à un toit perdu au-delà des flammes agitées des torches qui brûlaient là. Le plancher était incrusté d'or, ici et là étaient collés des gemmes sombres et rayonnantes. C'était la pièce du plus mauvais goût que Drago ait jamais vu, rendue encore plus laide par sa décoration centrale : une immense cage en or circulaire, du genre de celles qui pourrait contenir un lion ou un tigre. A la place, elle contenait une femme. Une femme grande, mince, vêtue seulement de ses longs cheveux noirs, qui l'entouraient comme de la fumée, cachant son corps. Ce fut au moment où elle leva son visage qu'il la reconnut.

Rhysenn.

"Mon seigneur, pourquoi avez-vous demandé mon retour ?" demanda-t-elle comme le Seigneur des Ténèbres et Lucius approchaient.

Lucius resta en arrière et le Seigneur des Ténèbres seul fit face à la fille qui se tenait à l'intérieur des barres d'emprisonnement. "Parce que je t'ai lié et que je le peux." répliqua-t-il. "Reconnais-tu être liée ?"

"Je reconnais être liée."

"Et que je suis ton Maître ?"

Ses yeux étincelèrent. "De la chair qui me contient, vous êtes le Maître. Mais de ce que je suis, vous ne l'êtes sûrement pas."

"Des mots ! Tu dois m'obéir. Ou je torturerais la cage de sang, de peau et d'os que, jusqu'à la mort, tu dois maintenant habiter, et je te délivrerais peut-être. Est-ce ce que tu veux ?"

Elle lui montra les dents, mais ne répondit pas.

"Où est l'Héritier de Serpentard, et pourquoi l'as-tu quitté ?" demanda le Seigneur des Ténèbres.

"Il est avec Harry Potter. Vous savez que je ne peux m'approcher de lui tant qu'il est avec le garçon Potter. Ni entrer au château."

"Mais tu lui as parlé ? Et remis les deux messages ?"

"Oui."

"Et a-t-il fait une réponse ?"

La fille baissa les yeux. "Nous avons été interrompus. Il ne pouvait me donner aucune réponse. J'y retournerai, pas cette nuit mais la suivante, et je rapporterai sa réponse."

"Interrompus ? Interrompus comment ?" Cette fois c'était Lucius qui parlait, sortant de sa contemplation de la fenêtre pour regarder enfin la fille dans la cage.

"Quelqu'un a essayé de nous attaquer. Deux flèches ont été tirées sur nous, dans l'obscurité. Votre fils a été blessé à l'épaule, mais il est en vie. J'y ai veillé."

Voldemort sourit de son sourire cruel. "Un improbable ange de pitié. As-tu été touchée par sa détresse ?"

"La pitié n'a rien à voir avec ça. Je protège ce qui a de la valeur pour vous. Rien de plus." répondit Rhysenn, avec une lueur féline dans les yeux

"Comme c'est admirable. Tu es effectivement un parfait modèle d'insensibilité. Bien qu'il me semble que tu puisses toujours ressentir de l'amusement."

"Comme vous le pouvez, Mon Seigneur."

"Je n'ai jamais prétendu être sans sentiments. Ce sont uniquement les émotions les plus douces, que je méprise."

"Vous avez haï. Vous devez avoir aimé."

"J'aime le pouvoir. Comme le musicien aime son violon, je l'aime. Faire vibrer ses sons, ses cordes et ses accords. C'est cela le bonheur."

La fille dans la cage releva soudainement la tête, comme si elle avait senti quelque chose apporté par le vent. "Le soleil se lève mon Seigneur. Laissez-moi partir. Vous savez que je déteste le jour."

Le Seigneur des Ténèbres sourit. "Je sais. Va, alors. Et reviens quand je t'appelle."

"Oui." La fille disparut, et, au même moment, un rayon de soleil traversa la fenêtre, perçant l'obscurité de la pièce d'un rayon doré, illuminant le visage du Seigneur des Ténèbres, et de Lucius, qui se tenait près de lui. Ce fut Lucius qui se retourna ensuite, et regarda à travers la pièce. Il sembla à Drago que son père le regardait directement. Lucius sourit, et parla.

"J'aurais dû savoir que je te trouverais ici !"

¤¤¤

"J'aurais dû savoir que je te trouverais ici !"

Les paupières de Drago s'ouvrirent rapidement, le cœur battant. Pendant un instant, l'obscurité de la tour surnagea devant ses yeux ouverts et il lutta pour s'asseoir, un vertige le saisissant comme si des mains le noyait.

C'était le matin, et l'infirmerie était pleine de lumière. Il lui fallut un moment pour voir qui avait parlé, et qu'il n'était pas en train de rêver. C'était Charlie Weasley, se tenant au pied de son lit. Ses mains étaient sur ses lèvres et il avait l'air médusé. Drago suspecta qu'il était venu directement après avoir nourri son bébé dragon, puisque son visage et son habit de travail bleu foncé étaient couverts de suie.

Drago s'assit précautionneusement contre les oreillers empilés, et découvrit qu'il pouvait bouger sans trop de peine. Il y avait une douleur sourde dans son épaule, mais rien d'autre. "Et bien," dit-il raisonnablement, "où est-ce que je pourrais être sinon ?"

"Pas toi." Charlie poussa quelque chose du pied. Drago se leva sur ses genoux et regarda fixement par-dessus le bord de son lit. Harry était là, couché en boule sur le sol, endormi sur sa Cape d'Invisibilité pliée. Sa joue était posée sur sa main.

"Allez-vous en !" grogna Harry et il se recroquevilla encore plus sur lui même.

"Lève-toi, Harry." ordonna Charlie. "Dumbledore sera là d'une minute à l'autre."

"Nerheu." grommela Harry, le visage serré dans ses bras. "Spurgh. Argh."

"Qu'est-ce que c'était ?" Charlie paraissait lutter contre un fou rire.

"Il a dit qu'on le laisse tranquille." traduisit Drago. "Il est en train de rêver du Professeur Sinistra."

"Il quoi ?" demandaCharlie, clairement fasciné. "Eh bien, elle est affreusement…"

"Ce n'est pas vrai !" protesta Harry, en s'asseyant. Ses cheveux tenaient droits sur sa tête, comme s'il avait été électrocuté, et son visage était couvert de plis aux endroits où il avait appuyé sur sa cape. "Malefoy, sale menteur !"

"Je t'ai réveillé." souligna Drago, imperturbable. "Maintenant sors d'ici, avant que Dumbledore arrive et tu aies des problèmes… ou pas." ajouta-t-il hâtivement, alors que les rideaux s'ouvraient et que le Professeur Dumbledore entrait, suivi de Madame Pomfresh et du Directeur de Maison de Drago, le Professeur Rogue. Drago s'assit sur ses talons et frotta son épaule d'un air piteux. "Je veux juste que tout le monde se souvienne que j'ai perdu beaucoup de sang. Je peux être en train de délirer."

"Tout va bien Drago." le rassura Dumbledore, ses yeux gentils et sérieux se posant d'abord sur Drago, puis sur Harry. "Même si nous pourrions être mécontent que des étudiants fassent irruption dans les infirmeries fermées au milieu de la nuit, l'urgence d'être avec un ami dans les moments difficiles est à la fois admirable et compréhensible. Ni toi, ni Harry n'aurez des points retirés à vos Maisons. Maintenant lève-toi Harry. J'ai mal aux os rien qu'en te regardant."

Harry se leva à la hâte, et se frotta les yeux dans un effort pour paraître plus éveillé. "Merci, Professeur !"

Dumbledore fit un geste de la main, et quatre chaises à hauts dossiers apparurent autour du lit. Le Directeur de Poudlard s'assit, et Madame Pomfresh, Rogue, et Charlie l'imitèrent. Harry s'installa au pied du lit, étouffant un bâillement ; à la surprise de Drago, personne ne bougea pour l'en empêcher.

"Avant que vous nous disiez ce que vous savez, Mr. Malefoy," commença Dumbledore, "pourquoi ne vous dirions-nous pas ce que nous savons ? Bon. Nous avons été avertis de votre situation critique quand une étudiante de première année de Poufsouffle est entrée en courant dans la Grande Salle hier matin, annonçant qu'elle avait trouvé Drago Malefoy étendu sur un talus de neige, paraissant mort. Vous pouvez imaginer quelle agitation ça a causé."

"Suicides en masse parmi les filles de 5ème année, j'imagine." supposa gaiement Drago.

"Peut-être le deuil n'a-t-il pas été si extrême," sourit Dumbledore, "quoique il y ait eu un vrai souci à la table des Serpentard, et que plusieurs Gryffondors firent des scènes remarquables." A partir de là, Harry devint très intéressé par le lacet de sa chaussure. "Comme vous pouvez le penser, beaucoup de hâte a été mise à vous rejoindre. Vous étiez, comme on nous l'avait dit, étendu sur un talus de neige, inerte et baignant dans votre sang. Il est très étonnant, en fait, que le sang perdu ne vous ai pas tué. En plus, il est encore plus surprenant que le froid ne vous ait pas achevé. Vous étiez presque gelé quand la fille de Poufsouffle vous a trouvé en chemin vers la serre. Elle s'est pressée contre votre corps, avant de courir chercher de l'aide."

"Qui peut l'en blâmer ?" murmura Drago.

"Elle s'est serrée contre toi pour te réchauffer, Drago." précisa Charlie. "Elle avait une formation de premier secours Moldu. Heureusement pour toi."

"Bien sûr !" acquiesça Drago, en se penchant en arrière contre un oreiller. "C'est sa version de l'histoire."

"Nous t'avons porté ici, quand nous avons découvert que la source de la blessure était une piqûre dans ton épaule droite. Nous avons déterminé que la blessure était de nature non-magique, et ton hypothermie et ta perte de sang furent soignées rapidement. Tu peux remercier le Professeur Rogue pour nous avoir fourni une potion qui sert d'ordinaire à traiter une attaque de vampire, qui t'a rendu le sang que tu as perdu..."

"Attaque de vampire ?" répéta Drago, pensant de nouveau à Rhysenn, sa peau blanche, ses lèvres rouges. Elle avait dit qu'elle n'était pas un vampire, mais...

"Tu n'as pas été mordu par un vampire, Drago." intervint Madame Pomfresh "Tu n'avais pas de trace de morsure sur toi. Mais nous aimerions beaucoup savoir comment tu as été blessé. Sais-tu qui t'a attaqué ?"

Il y eut un long silence. Drago regarda en direction de Harry, qui paraissait pâle et sérieux. Il paraissait, néanmoins, aller mieux qu'avant. Ses yeux n'étaient plus cernés de bleu.

"J'étais dehors." commença Drago doucement. "Je me dirigeais vers le terrain de Quidditch pour, euh, rencontrer quelqu'un…"

"Qui ?" La question de Rogue s'élança vers lui comme l'attaque d'un cobra.

"Moi !" s'interposa promptement Harry. "Parce que nous allions euh…"

Drago pataugea, puis trouva un appui : "...Travailler pour notre projet de Défense contre les Forces du Mal et..."

"On voulait le faire de nuit parce que..."

"Construire un Charme de Localisation demande des cartes de étoiles." finit faiblement Drago.

"Et tu ne pouvais pas faire ça du haut de la Tour d'Astronomie ?" demanda Charlie.

"Trop de gens autour !" le contra fermement Drago. "Très mauvaises conditions de travail."

"Mais j'étais en retard," continua Harry, "parce que j'ai euh, trop dormi et..."

"Et j'étais en train de pratiquer un peu la magie dans mon coin." reprit Drago, s'échauffant sur ce thème. "Pour, euh, être prêt pour notre projet et..."

"Et il a jeté un sort qui a rebondi et l'a frappé au bras." conclut Harry avec délectation.

"Non, je n'ai pas fait ça." le contredit Drago.

"Oh, si, tu l'as fait !"

"Je crois que tu te souviens mal de ce que je t'ai dit, Potter."

"Alors pourquoi ne nous dis-tu pas comment tu as fait pour avoir ce trou à l'épaule, Malefoy ?"

Drago grinça des dents. "J'ai jeté un sort qui a rebondi et m'a frappé au bras." marmonna-t-il.

"Quelle négligence de ta part !" constata Harry avec un plaisir évident.

"Peut être qu'un Priori Incantatum pourrait être à l'œuvre ici." supposa Rogue d'un ton mielleux.

"Drago n'a pas utilisé sa baguette." ajouta rapidement Harry. "Je... Je pense."

Drago leva sa main gauche. "Pas de baguette."

"Enchantements Magid." dit sombrement Rogue. "Tous deux hors de vos lits, furetant à la nuit tombée. Utilisant des sorts. Rusard vous pendrait haut et court dans le donjon par les pouces pour cela."

Harry parut vaguement horrifié.

"Puis-je vous rappeler que la retenue est une forme de punition consacrée." observa Drago.

"Et en retenue vous serez !" intervint Dumbledore. "Tous les deux, en commençant quand vous rentrerez des vacances de Noël. Et 20 points seront retirés à vos maisons respectives. Je considèrerais les dommages fait physiquement à toi Drago et mentalement à toi Harry, et résultants de cette escapade comme étant le reste de votre punition."

Les deux garçons regardèrent le sol. Drago fut le premier à parler. "Monsieur le Directeur..." commença-t-il doucement. "Est-ce que les... Qu'est-ce que les autres étudiants... Est-ce qu'ils ne vont pas se poser des questions sur..."

"Moi ?" clarifia Harry.

Les yeux de Dumbledore scintillèrent brièvement. "Je vous fais confiance pour inventer une histoire qu'ils croiront. J'ai la plus grande confiance en vous deux pour cela."

"Merci, Professeur !" dit Drago, pas très sûr de ce pourquoi il le remerciait, mais reconnaissant néanmoins. Pour le vote de confiance peut-être. "Et... nous sommes désolés."

Rogue et Charlie regardèrent Dumbledore, qui haussa les épaules, et se mit debout en grinçant. "Très bien. Je voudrais vous voir dans mon bureau plus tard, Mr. Malefoy, quand vous serez pleinement remis." Son regard se porta sur Harry, puis de nouveau sur Drago. "Seul !" clarifia-t-il.

Drago se sentit rougir. "Bien sûr, Professeur."

Rogue et Charlie s'étaient aussi levés, et Charlie regardait, plein d'expectation Harry, qui jeta un coup d'œil à Dumbledore. "Je voudrais rester. Si c'est possible."

"Normalement, en dehors des heures de visite, seule la famille..." commença Rogue.

"Je suis de la famille."

Dumbledore acquiesça. "Oui, tu l'es. Et tu peux rester."

¤¤¤

Quand Ginny quitta le cours de Botanique cet après midi, elle trouva Ron et Hermione sur le chemin enneigé qui menait à la serre de l'école, l'attendant. Ils étaient en grande conversation, la tête rouge sombre de Ron repliée sur la tête marron de Hermione, et elle eut à s'éclaircir la gorge fortement pour obtenir leur attention. Ils regardèrent autour d'eux, surpris.

"Salut, Ginny." dit Hermione. Ses joues étaient colorées et elle saisit un morceau de parchemin blanc dans une mitaine rouge. "Je saute le déjeuner et je vais voir Drago à l'infirmerie. J'ai pensé que tu pourrais vouloir venir."

Ginny était surprise. "Il peut recevoir de la visite ? Il est réveillé ?"

"Il est réveillé. Et Harry est avec lui." Elle enroula son parchemin. "Il a envoyé un hibou pour dire que nous devrions venir."

"Comment Harry est-il arrivé si tôt ?" demanda Ginny, commençant à remonter le chemin.

"Il a passé la nuit par terre." expliqua Hermione, paraissant amusée. "Tu sais comment il est quand il est inquiet. Tu te souviens quand ce Cognard avait cassé le bras de Ron l'année dernière et que Harry a campé devant l'infirmerie et lui apportait tout son travail à la maison ?"

"Vrai." confirma Ron. Il tendit la main pour aider Hermione à monter sur les marches couvertes de glace, et elle la prit. "Mais je ne pense pas qu'il ait jamais passé la nuit sur le sol."

"Eh bien, avec Drago c'est un peu différent." souligna Ginny, et elle allait ajouter que Drago c'était différent parce qu'il semblait que quelqu'un ait vraiment essayé de le tuer, par opposition à lui ayant eu un accident, mais Ron l'interrompit.

"Oui, parce que si Harry ne restait pas constamment avec lui, tu sais, Malefoy pourrait cesser de respirer."

"Ron, ne dis pas ça !" l'admonesta gentiment Hermione. "Harry se comporte juste en ami ; il le ferait pour toi." Arrivant en haut des marches, elle lâcha la main de Ron. "En fait, nous devrions tous aller lui rendre visite. Toi aussi, Ron."

"Nooon…" marmonna Ron, mutin. "Est-ce que je ne peux pas simplement nettoyer la salle de bains des préfets à la place ? Quelque chose de marrant ?"

"Il t'a sauvé la vie une fois." lui rappela sévèrement Hermione.

"J'ai sauvé deux fois la sienne. J'en ai toujours une d'avance sur lui."

"Est-ce que tu ne peux pas faire semblant de l'apprécier ? Pour moi, en faveur ?" demanda Hermione.

La résistance de Ron sembla dégonfler comme un ballon crevé. "Oh, d'accord."

Hermione eut un sourire étincelant. "Allons-y ! Venez !" Elle ouvrit les portes du château, appelant d'un geste les autres à la suivre. "Toi aussi, Ginny."

Ginny hésita. "Oh, je ne sais pas..."

"Si je dois y aller, tu dois y aller aussi !" décida Ron, en attrapant son poignet. Elle le suivit, le cœur battant de nervosité anticipée. Sa grande joie que Drago aille bien était tempérée par sa nervosité à l'idée de le revoir. Spécialement maintenant qu'elle était à peu près sûre qu'il avait été celui qui l'avait embrassée quand elle dormait. A moins bien sûr que c'eut été Rogue. Mais c'était trop… beurk !

Madame Pomfresh les laissa dans l'infirmerie, seulement après avoir roulé des yeux pour la forme. L'infirmerie était chaude et lumineuse. Tout au bout de l'immense pièce, Ginny pouvait voir un petit visage immobile étendu dans un lit près du mur : Malcolm Baddock. Ginny regarda rapidement au loin, et fixa ses yeux sur le lit aux rideaux blancs au devant. Les rideaux tenaient au plafond sans moyens de suspension visibles, et étaient à moitié transparents. Elle pouvait voir des ombres sous eux : quelqu'un assis tout droit dans un lit, quelqu'un dans une chaise à côté. Elle reconnut le contour des cheveux ébouriffés d'Harry, et sourit. Comme ils se rapprochaient, elle commença à entendre la voix de Harry, puis celle de Drago en réponse. "La Feinte de Wronski n'est pas une meilleure tactique que la Glisse Parallèle de Luhzkin ! Qu'est-ce que tu as fumé Potter ?"

Hermione s'arrêta au pied du lit, et écarta les rideaux. "Vous parlez de Quidditch ?" demanda-t-elle amusée. "Je n'arrive pas à croire que vous deux parliez effectivement de Quidditch."

Ginny et Ron la rejoignirent au pied du lit à temps pour voir Harry lever les yeux avec surprise, et éclater de rire. "D'où sortez-vous tous ?"

Ginny le regarda avec surprise comme il se levait. Il avait les yeux brillants et éveillés, presque… vifs. C'était comme si quelque chose l'avait jeté hors de son exil auto-imposé loin du reste du monde. Il serra Hermione fort dans ses bras, et la laissa partir à contrecœur. "Je ne pense pas que vous ayez apporté quelque chose à manger..."

Hermione éclata de rire et lui tendit quelque chose enveloppé dans une serviette. "Piqué dans les cuisines." expliqua-t-elle, et elle se tourna ensuite vers Drago, qui était assis dans son lit, son dos contre un empilement d'oreillers qui devaient avoir été pris à d'autres lits vides. Ginny fit une petite prière intérieure de soulagement. Il paraissait à peu près normal, peut-être un peu fatigué, mais son visage avait la couleur de la santé et son épaule bandée semblait entière. Il portait le pyjama d'infirmerie standard rayé bleu-et-blanc qui le faisait paraître six ans plus jeune. "Est-ce que tu vas bien ?" lui demanda Hermione, sa voix soudainement douce. "Je t'aurais aussi apporté quelque chose, mais je ne savais pas…"

"Ca va." La voix de Drago était assurée. Normale. C'était difficile de croire qu'il avait été si près de la mort peu de temps auparavant. Elle bannit la pensée de la neige maculée de sang. "Je n'ai pas faim." Ses yeux allaient de Ron à Ginny. "Salut, Weasley." Il fit une pause. "Ginny."

Ron lui fit un signe de la tête. "Content que tu sois OK."

"Moi aussi !" ajouta rapidement Ginny.

Hermione s'assit au pied du lit. "Est-ce qu'ils t'ont dit quand tu sortirais ?"

"Demain probablement."

"Seras-tu capable d'aller à la Tournée des Pubs ?"

Drago haussa les épaules. "Je n'y serais pas allé de toute façon. Weasley m'a suspendu pour harcèlement sur les sixième année, n'est-ce pas ?"

Ron, qui semblait toujours regretter de ne pas être ailleurs, paraissait maintenant mal à l'aise. "Eh bien, tu étais volontaire."

"Oh, mais ça ne prendra pas toute la nuit !" s'exclama Hermione, paraissant anxieuse. "N'est-ce pas ? Tu devrais toujours y aller Drago, tu n'auras qu'une seule Tournée des Pubs." Elle se retourna pour regarder Ron. "Il ne doit pas rester à l'école toute la nuit, n'est-ce pas ?"

Ron parût encore plus mal à l'aise. "Eh bien..."

Drago haussa les épaules, piteux. "Je vais voir comment je me sens. Je veux dire, j'avais accepté de le faire... néanmoins peut-être que si je me sens très faible et mal, ce ne serait pas la meilleure chose à faire pour…"

"Malefoy," l'interrompit Ron, d'un ton exaspéré, "si tu vas assez bien pour sortir, tu iras assez bien pour t'asseoir dans la Grande Salle et regarder la porte !"

Drago semblait encore plus pitoyable. Ginny voulut le serrer dans ses bras mais retint son impulsion. "Mais je ne veux pas."

Ron lui sourit vivement. "N'as-tu jamais entendu l'expression : 'Quand la vie te donne des citrons, fais-toi une limonade ?'"

"Non. J'ai entendu l'expression : 'Quand la vie te donne des citrons, fais une limonade, et ensuite jette-la au visage de la personne qui t'a donné les citrons jusqu'au moment où elle te donne les oranges que tu avais demandé au départ.'"

Harry commença à rire, et Ron lui lança un regard noir. Avant qu'il ait pu dire quoi que ce soit, néanmoins, les rideaux s'ouvrirent, et Madame Pomfresh apparut, l'air amusée. "Il y a quelqu'un ici pour te voir, Drago." annonça-t-elle.

C'était Blaise. Ginny recula instinctivement comme la petite amie de Drago pénétrait dans la chambre, ses yeux verts étincelants et ses cheveux ardents dégringolant sur ses épaules. Hermione descendit de sa place sur le lit et recula comme Blaise avançait vers Drago, qui paraissait alarmé. "Blaise...?" commença-t-il.

"Chéri !" Blaise s'élança sur le lit et jeta ses bras autour de Drago, l'enlaçant ardemment. Drago cria de douleur. Harry sauta pour s'éloigner de ces effusions et alla se mettre debout près de Hermione, qui paraissait amusée. "Je suis venue aussi vite que j'ai pu ! J'étais absolument morte de peur !"

Drago lui caressa le dos bizarrement. "Là, là…" dit-il, ou au moins c'était ce que Ginny pensa qu'il avait dit : sa voix étant assourdie contre Blaise. "Je vais bien. Il n'y a pas de mal."

"Pas de mal ? Tu aurais pu être tué. Etais-tu en train de te battre en duel ?" Blaise s'écarta. "Et si oui, pourquoi ne m'as-tu pas prise pour te seconder ? Tu sais parfaitement que je suis meilleure aux Sortilèges Tranchants et aux Supplices de Transfixion que personne à l'école !"

Ron s'éclaircit la gorge. "Je vais juste faire semblant de n'avoir rien entendu."

Blaise se tourna dans le cercle des bras de Drago, et le regarda. Puis elle sourit, d'un sourire amusé et félin, ses yeux glissants sur le badge de Préfet en Chef de Ron. "Je suis désolée Ron. Je n'avais pas vu que tu te tenais là." Ses yeux glissèrent vers Harry, puis vers Hermione, et s'assombrirent. Elle ne regarda pas du tout Ginny. "C'est quoi ça ? Une invasion de Gryffondor ? Vous êtes venus voir si vous pouviez l'achever ?"

"C'est ça." avoua Harry, le ton lourd de sarcasme. "Nous pensions que si nous venions tous là en grand groupe, nous le tuerions au grand jour et que personne ne le remarquerait."

"Ca ressemble à un plan typique des Gryffondor." renifla Blaise. "Qu'est-ce que vous faites tous là de toute façon ?"

"Affaire officielle…" commença Ron, mais il fut interrompu par un énorme clang, comme si quelqu'un avait laissé tomber une pile d'assiettes. Ginny sauta, et se pencha vers l'une des feuilles qui barraient le lit. Madame Pomfresh se tenait à peu de distance de là, remplissant de paquets de Charme la petite armoire à pharmacie sur le mur. Elle s'était également retournée, et regardait fixement vers le lit du fond où Malcolm Baddock était étendu sans vie ; simplement il n'était plus sans vie. Il bougeait, essayant apparemment de s'asseoir. Sur le sol à côté de son lit se trouvait un verre d'eau brisé, tombé de la table de chevet. Avec une exclamation "Mon Dieu !" Madame Pomfresh se tourna et se précipita à travers la pièce.

Ginny tourna la tête en arrière et se retourna. Les autres la regardait curieusement. "Malcolm Baddock… il est réveillé." annonça-t-elle.

La bouche de Blaise s'ouvrit. "Il l'est ? Il est réveillé ?"

Ginny acquiesça. "Apparemment oui."

Drago tapota doucement Blaise sur l'épaule. "Va voir s'il va bien, veux-tu ?"

Blaise n'eut pas besoin de se l'entendre dire deux fois. Avec un regard distrait à Drago, elle descendit du lit, se mit sur ses pieds, et courut hors du petit cercle, frôlant Ron au passage. Ginny sursauta quand son regard tomba sur son frère : Ron était devenu terriblement blanc, et il se tenait à la chaise comme s'il avait peur de tomber. "Ron !" s'exclama-t-elle, choquée. "Est-ce que tu vas bien ?"

Il hocha la tête. "Je… ne me sens pas bien." répondit-il, la voix tendue.

"Eh bien, tu es venu à la bonne place." plaisanta Drago.

"Ta gueule, Malefoy !" cria Ron, et il n'y avait pas d'humour ou de plaisanterie dans sa voix. Drago parut surpris.

Ginny regarda son frère, soucieuse. "Est-ce que je peux t'apporter de l'eau ?" demanda-t-elle, et il acquiesça. Elle fit venir à elle un verre vide et alla le remplir au petit lavabo de l'infirmerie, contre le mur, qui était près du lit de Malcolm. Celui-ci était assis, assez pâle et avec l'air très surpris, avec Blaise et Madame Pomfresh se penchant avec sollicitude sur lui. "Qu'est-ce qui m'est arrivé ?" demanda-t-il. "Comment suis-je arrivé ici ?"

"On ne sait pas ce qui t'est arrivé, Malcolm." expliqua Madame Pomfresh. Elle était en train de Convoquer des paquets de Charme de transfusions des buffets à travers la pièce ; ils volaient autour d'elle comme un petit essaim d'oiseaux. "Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ?"

"Je... J'étais en chemin pour la salle de bain des Préfets, et je me suis souvenu que j'avais laissé mon Histoire des Parchemins Magiques dans la salle de réunion, et donc je m'y suis arrêté, et quand j'ai ouvert la porte, je..." Malcolm fit une pause et fronça les sourcils, une ligne de concentration bosselant son front. "Je..."

"Tu quoi ?" demanda Blaise, et elle fut remerciée par un regard acéré de Madame Pomfresh.

"Je ne me souviens pas." annonça désespérément Malcolm. "Je ne me souviens de rien après ça..." Il regarda Madame Pomfresh d'un air suppliant. "Depuis combien de temps je suis là ? Est-ce que j'ai raté le Bal de Noël ? Et le match retour que nous avions avec Gryffondor ? Dites-moi qu'ils n'ont pas gagné, ces bâtards prétentieux..."

Ginny prit l'eau et retourna vers les autres d'un pas rapide. Quand elle ouvrit le rideau, elle vit Harry et Hermione aux petits soins pour Ron, qui essayait de les éloigner. Drago était assis tranquillement dans son lit, pliant le parchemin que Ron lui avait donné en un dessin vulgaire mais amusant. "C'est vrai, Malcolm s'est réveillé." annonça-t-elle, tendant le verre d'eau à son frère, qui était maintenant très vert. "Quelqu'un doit lui avoir lancé un sorte de Stase Temporaire ou quelque chose comme ça."

"Bon, qui ?" demanda Drago, paraissant intéressé. Malcolm était, après tout, l'un de ses Poursuiveurs. "Est-ce qu'il sait ?"

Ginny secoua la tête. "Il ne se souvient de rien."

Ron vida le verre qu'elle lui avait donné, et le posa sur la table de nuit. "Quel dommage…" déplora-t-il. Un peu de couleur était en train de revenir sur son visage ; l'eau devait l'avoir aidé. "De rien du tout ?"

"C'est ce qu'il a dit." répliqua Ginny, s'asseyant au pied du lit. "Je me demande ce qui lui est arrivé ?"

"Des choses étranges sont à l'œuvre à Poudlard." entonna Harry.

Hermione secoua la tête. "Les choses ont été très étranges récemment. Je suis contente que Noël arrive et que nous puissions tous revenir au Manoir."

"Tu as raison." convint Ron. "Parce que rien de bizarre ne se passe jamais là-bas."

Drago lui fit une grimace, mais Ron ne le remarqua pas. Il regardait Harry. "On doit aller à l'entraînement maintenant. Veux-tu que je te remplace comme Capitaine ?"

"Oh." Harry sembla effrayé. "Euh..."

"En fait, je suis fatigué." intervint Drago. "Harry, vas-y."

Harry parut sur le point de dire quelque chose, mais Drago le regarda, et il se tut. Ginny était sûre qu'ils étaient en train de parler, comme ils le faisaient parfois, de manière à ce que personne ne les entende. Conversation d'esprit à esprit ; elle se demandait comment c'était, si c'était effrayant, intrusif ou confortable et normal. Ça n'avait pas l'air de déranger ni Drago ni Harry, qui se tourna vers Ron et inclina la tête. "D'accord. Tu es prête Ginny ?"

"Bien sûr !" Elle lança un regard à Drago, mais il regardait ses mains. "Je…"

"Chéri !" C'était Blaise, de nouveau, rejetant les rideaux sur le côté. "Malcolm va bien. Est-ce que ce n'est pas formidable ? Bien sûr, il n'a aucune idée de ce qui lui est arrivé, c'était trop effrayant, mais Madame Pomfresh dit qu'il récupérera probablement sa mémoire dans quelques temps. En attendant, elle dit qu'il ne peut pas jouer dans le match retour samedi... et que faites-vous tous toujours ici ?" Elle regarda fixement les Gryffondors. "Quelque part, je suis sûre qu'un tout petit chat est coincé en haut d'un arbre. Pourquoi n'allez-vous pas à son secours ? Prenez tout le temps que vous voulez."

"On allait justement partir, non pas que ce soit tes affaires…" commença Ron d'un air agacé.

"Blaise, mon cœur…" l'interrompit Drago, d'un ton amusé, et Ginny retint silencieusement un gargouillement. Drago appelant quelqu'un mon cœur ? Hermione paraissait pareillement épouvantée. "Peux-tu me rendre un service ?"

Blaise s'assit au pied du lit. "Bien sûr, tout ce que tu veux."

" Pourrais-tu aller demander à Mark Nott si ça l'ennuierait de venir jouer avec nous samedi ? Il vole bien et nous pourrions vraiment l'utiliser. Je le ferais bien moi-même mais..." Drago fit un geste large qui englobait l'infirmerie.

"Bien sûr que je peux !" dit-elle, en se penchant en avant et en l'embrassant. "J'y vais tout de suite !" Elle se mit sur ses pieds, lançant un regard de mort aux Griffondors. "Honnêtement," ajouta-t-elle à voix haute, "je comprends que tu doives surveiller Drago pour sa mère, Harry, mais avais-tu besoin d'amener tes gardes du corps ?"

Harry était sans expression. "Je n'ai pas pu m'en empêcher." ironisa-t-il, lançant des regards vers Hermione, Ginny, et Ron. "Ils sont juste si mignons, bénies soient leurs petites chaussettes en coton."

"Vas-y maintenant, Blaise !" dit Ron. "Ou est-ce que tu voudrais que soient retirés des points à Serpentard ?"

Les yeux de la fille Serpentard se rétrécirent "Tu penses que ce badge de Préfet en Chef te rend important, n'est-ce pas Ron ?" demanda Blaise, d'une sorte de voix ronronnante, étendant son doigt et caressant doucement la face argentée de son badge. Ron, qui ressemblait à un lapin pris dans la lumière des projecteurs, ne bougea pas. "Comme c'est... touchant."

Elle retira sa main, sourit, et s'éloigna rapidement, ses talons cliquetant sur le carrelage. La porte de l'infirmerie claqua derrière elle.

"Super petite amie que tu as là, Malefoy !" observa Ron avec acidité.

"Merci ! Je l'ai faite moi-même."

"A plus tard, Malefoy !" lança Harry d'un ton définitif, faisant un signe de la main à Drago, puis il prit Ron par le bras. "On va s'entraîner."

"Et je vais en cours." annonça Hermione, prenant rapidement son sac à dos sur le côté du lit.

"En fait," la rappela Drago rapidement, "peux-tu rester une seconde ? Il y a quelque chose que je voudrais te demander."

"Oh !" Hermione se redressa "Je..." Elle jeta un coup d'œil à Harry, qui acquiesça avec empathie. "Bien sûr !" accepta-t-elle, et elle s'assit sur une chaise près du lit. "Qu'est-ce que tu voulais me demander ?"

Ginny tendit l'oreille, essayant d'entendre la réponse de Drago, mais Ron et Harry avaient déjà commencé à s'éloigner, et elle n'avait pas de choix à part les suivre. D'un coup d'œil en arrière, tout ce qu'elle pouvait voir d'Hermione et de Drago étaient leurs ombres, projetées contre les rideaux blancs.

¤¤¤

"Bien," commença Drago sans préambule, dès qu'Harry et les autres furent hors de portée de voix, "maintenant qu'ils sont tous partis, pourquoi ne me dis-tu pas ce qui se passe avec Weasley ?"

Hermione blêmit de surprise. "Ron ? Quoi à son sujet ?"

Les lèvres de Drago se relevèrent en un sourire incrédule. "Tu ne peux pas honnêtement dire que tu n'as pas noté quelque chose de bizarre dans son attitude à l'instant ?"

Hermione secoua la tête. Elle essaya de penser. Elle avait été inquiète pour Drago, et s'était concentrée sur lui, et aussi sur Harry, puisqu'elle avait été inquiète pour lui aussi ; il avait tendance à devenir étourdi quand il sautait des repas. Ron...? "Non. Mais je suis sûre que tu va me le dire."

"Que je te dise quoi ? Que ta tête rouge de copain agit bizarrement ? Et tu ne l'a pas remarqué ? Je suppose que tu as eu tellement de plaisir à jouer l'excitant jeu du 'Au nom du ciel que se passe-t-il avec Harry ?' que tu as raté la suite encore plus passionnante, 'Il y a un bug, il se passe quelque chose avec Ron aussi !'"

"Bien, qu'est-ce qui ne va pas avec lui ?" demanda Hermione, exaspérée.

Drago prit un air suffisamment détaché. "Je ne sais pas. C'est ton travail, n'est-ce pas ? Il est ton ami."

"Comment arrives-tu à dire ça comme si c'était une insulte?"

"Ce n'est pas ma faute si tu as choisi de faire copain-copain avec un lourdaud grandi trop vite qui perdrait une bataille d'intelligence avec un iguane bourré."

"Tu penses que je ne te frapperai pas parce que tu es à l'infirmerie, n'est-ce pas ?" demanda Hermione calmement. "Réfléchis à nouveau."

Elle fut satisfaite de voir Drago reculer vivement de plusieurs pouces. "Je n'ai pas la moindre idée de quelle mouche a piqué Weasley. Mais je suis sûr que quelque chose le tracasse. Pas très surprenant qu'il ne te le dise pas, je suppose."

"Ron me dit les choses !"

Les yeux de Drago se rétrécirent légèrement. "T'a-t-il jamais dit qu'il a en voulu à Harry d'être célèbre et d'attirer toute l'attention ?"

"Non, mais je sais que c'est vrai. Je ne crois pas qu'il lui en veuille encore, à propos."

"Est-ce qu'il t'a jamais dit qu'il t'en voulait d'avoir rompu avec lui, et ensuite d'être allée immédiatement avec Harry ?"

Hermione regarda Drago avec stupéfaction. "Non."

"Tu ne penses pas qu'il t'en veuille juste un peu ?"

"Non, je ne le pense pas. Et tu veux vraiment savoir pourquoi ?"

Drago hocha la tête.

"Je n'ai pas rompu avec Ron. Il a rompu avec moi."

Drago se pencha en avant avec une telle soudaineté qu'elle sentit le lit rebondir. "Aucune chance ! Aucune chance que Weasley ait rompu avec toi !"

"Si, il l'a fait." confirma Hermione, en se remémorant cette nuit d'hiver en cinquième année. Ron se tenait debout devant la cheminée dans la salle commune des Gryffondors. Les ombres teignaient ses cheveux roux en noir. Je ne pense pas que nous devrions continuer à faire ça, avait-il dit. Je pense que c'était une erreur. Je pensais qu'on ressentait la même chose l'un pour l'autre, mais j'avais tort.

"Il l'a fait, c'était son idée."

"Qu'as-tu fais ?" demanda Drago. Il paraissait abasourdi et ses cheveux clairs se levaient autour de sa tête en mèches comme des petites flammes d'argent. Il paraissait avoir 10 ans.

"J'ai pleuré. J'ai pensé que nous étions supposés être ensemble. Tout le monde le pensait. Même Harry, j'ai pensé. Il semblait juste que nous étions un couple assorti. Je serais avec Ron, et Harry avec Ginny ; nous nous serions mariés et nous fêterions Noël ensemble tous les ans."

"Comme c'est révoltant !"

"Eh bien, oui, et le gros problème était que Harry n'aimait pas Ginny, et que je m'aimais pas vraiment Ron… et je suppose qu'il ne m'aimait pas non plus. Nous essayions juste de rentrer dans les moules que les gens avaient construits pour nous avec leurs attentes. Alors j'ai pleuré quand Ron a rompu avec moi… mais j'étais soulagée, d'une certaine façon. J'avais toujours été terrifiée que notre flirt ait ruiné notre amitié, quelque part, et quand ça a été fini, et qu'elle n'a pas été détruite, j'ai senti tomber un lourd poids. On a essayé, et ça n'a pas marché, et maintenant, il n'y aura plus de pression. Bien que Mme Weasley n'était pas très contente de moi cette année là. Je ne crois pas qu'elle ait cru que Ron ait rompu avec moi."

"Tu t'inquiétais que flirter avec Ron ne ruine votre amitié ?" demanda Drago, paraissant curieux. Hermione le regarda en biais : il ne ressemblait pas à un journaliste du courrier du cœur, et il n'avait jamais paru un tant soit peu intéressé par son histoire passée avec Ron auparavant. Mais il paraissait suffisamment sincère. "Et tu n'as pas peur de ça avec Harry ?"

"Non." Elle se sentit rougir. "Mais je pense que c'est ce qu'être désespérément amoureux vous fait." En arrière pensée, elle revoyait cette journée ; devant le Miroir à nouveau, Harry se tenant là totalement trempé et lui disant toutes ces choses incroyables qu'elle avait à peine crues même quand il l'avait embrassé et qu'elle avait goûté la pluie sur sa bouche. Cette nuit là, seule dans son lit, elle avait à nouveau pleuré, âprement, terriblement et comme si elle n'allait jamais s'arrêter. La douleur d'aimer Harry comme elle le faisait était toujours quelque chose qu'elle avait sublimé et ignoré, et de voir cet amour subitement partagé était comme d'avoir un couteau retiré de sa chair. Et elle avait pleuré du choc de cette perte. Sa douleur était devenue une partie d'elle, et elle se demandait comment elle pourrait être elle-même sans celle-ci.

Et il y avait d'autres raisons pour elle de pleurer, des raisons plus profondes qu'elle-même ne comprenait pas complètement.

"Si seulement tu avais réalisé avant cette histoire que tu étais amoureuse de Harry, ça t'aurait évité bien des soucis avec Ron." La voix de Drago ne trahissait pas d'émotion.

Et avec moi, dirent ces yeux, bien que sa bouche ne dit rien.

"Je ne pense pas à ça comme à des soucis. C'était quelque chose que j'avais à faire. Mais bien sûr, j'aurais voulu qu'on le découvre avant."

Drago secoua la tête. "Difficile d'imaginer que deux personnes puissent être plus aveugles. J'aurais pensé que cet exercice de futilité vous aurait appris quelque chose, mais apparemment non."

Hermione le regarda avec surprise, piquée. "Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ?"

"Juste que de temps en temps, je ne peux pas dire si vous êtes tous les deux vraiment stupides, ou si vous ne voyez simplement pas ce que vous ne voulez pas voir."

Hermione le regarda fixement. "Eh bien, on s'en est rendu compte maintenant, merci."

"Oui, pour sûr !"

"Et ça vient du type qui a sa propre vie amoureuse parfaitement réglée. Tu crois que Blaise a remarqué que tu avais l'air malade à chaque fois qu'elle te touche ?"

"Non, mais toi apparemment oui."

"C'est un peu difficile à rater !"

"Vrai !" Ses joues étaient rouges d'irritation, ses yeux gris brûlants. "En particulier si tu regardes."

"Je ne regarde pas…"commença Hermione, et elle se maîtrisa alors que Madame Pomfresh passait la tête du coin du paravent, les regardant fixement.

"N'énervez pas le patient !" dit-elle sévèrement, et elle s'éloigna en reniflant.

Drago dit quelque chose d'inintelligible.

"Quoi ?" demanda Hermione durement.

Drago lui lança un regard vexé. "J'ai dit," répéta-t-il entre ses dents, "que ce n'était pas pour ça que je voulais que tu restes et qu'on parle."

"Je n'ai pas amené ça sur le tapis. Et je ne suis pas sûre d'avoir seulement encore envie d'entendre ce qu'est ton problème !" aboya-t-elle, et elle commença à se lever.

"Attend !" Il prit son bras. Le feu avait quitté ses yeux ; maintenant il semblait effrayé, comme s'il avait réalisé qu'il en avait dit plus que ce qu'il voulait. "Harry dit que je devrais demander ton aide." expliqua-t-il rapidement. "Il avait raison. J'aurais dû demander avant. Je ne le demanderais pas maintenant si ce n'était important."

Maintenant, elle était vaguement inquiète. Elle se rassit, et Drago lâcha son bras. "Qu'est ce que c'est ? Est-ce que c'est à propos de Harry ?"

"Pas cette fois, non. C'est à propos de moi." Drago avait trouvé un fil perdu sur la manchette de son pyjama et le triturait. Elle savait qu'il détestait demander de l'aide, il exécrait ça encore plus qu'Harry. "J'ai… fait des rêves."

"Non." Elle perdit presque l'équilibre et faillit tomber sur lui, mais elle se rattrapa à un coussin. "Pas le genre de ceux que tu avais l'habitude d'avoir ?"

"Non." Ses yeux ne quittaient pas la manchette de sa chemise. "Pas à propos d'aucune vie passée, pas ce genre de chose. C'était réel… c'étaient des évènements qui se passaient maintenant, au moment où je les voyais. J'en suis sûr maintenant." Il leva les yeux. "C'est comme si j'avais ouvert une fenêtre vers un lieu où je ne suis jamais allé, mais c'est un endroit réel, Hermione."

Elle frémit quand il prononça son nom. Il y avait une intensité dans sa voix qu'elle n'avait pas entendue depuis longtemps. "As-tu reconnu l'endroit ?"

Il secoua la tête. "Non, mais je peux te le décrire en détail. C'est un lieu de Magie Noire, je le sais. Peut-être pouvons-nous en trouver une référence dans Le Grand Grimoire ou le Lexique des Lieux Déplaisants. Ou…"

Hermione lui sourit. "Je connais la Réserve aussi bien que toi, Drago. Bon, peut-être pas aussi bien. Mais suffisamment bien. Si tu me donnes une description suffisamment bonne de ce que tu as vu, on peut commencer par là. Aussi…" Elle commença à décompter les items sur ces doigts, notant du coin de l'œil qu'il était en train de la regarder avec une expression amusée. "Je veux savoir si tu t'es juste endormi et retrouvé dans cet endroit, ou est-ce que tu as dû porter ton esprit là-bas, et si il y a des gens dans ton rêve, peuvent-ils te voir ou non ? Je veux savoir si tu rêves éveillé ou si tu as de réelles visions."

Il inclina la tête. "D'accord. As-tu besoin d'une plume et d'un parchemin?"

"Je vais les chercher." Hermione se leva. Ses yeux la suivirent quand elle rejeta la feuille sur le côté.

"Il y a une dernière chose." ajouta-t-il. "Ne me laisse pas oublier de te le dire : il y a une fille."

Hermione fit une pause, sa main sur la colonne du lit. "Une fille ?" demanda-t-elle avec neutralité. "Qui est-elle ?"

La lumière déclinante donna une lueur d'argent aux yeux de Drago comme il regardait vers les draps du lit. "C'est ce que je veux que tu découvres. Son nom est Rhysenn. Rhysenn Malefoy, mais je ne pense pas qu'elle soit réellement humaine..."

¤¤¤

"Il nous ment !" affirma Charlie. "N'est-ce pas, Monsieur le Directeur?"

"Qui ment, Charles ?" Dumbledore lança un regard de sa position derrière le bureau au jeune homme en face de lui. Ses yeux, derrière ses lunettes cerclées d'or, n'étaient pas pétillants, mais sombres et pensifs.

"Drago !" Il se leva de l'endroit où il était assis à l'opposé de Dumbledore, se sentant incapable de tenir en place, et il traversa la pièce vers le mur nord, où il y avait une fenêtre qui donnait sur l'extérieur. Enfin, parfois, il y avait une fenêtre. Le bureau de Dumbledore avait tendance, comme les escaliers mouvants, à changer au jour le jour. "Ce n'est pas un duel qui a mal tourné qui lui a provoqué cette blessure." dit-il en posant une main sur la vitre. À l'extérieur, le ciel était lourd et plombé, le gris nacré d'un paysage marin d'hiver. Il pouvait clairement voir le terrain de Quidditch de là, les cercles atteignant le ciel tels des branches d'arbre nues, déshabillées. Il y avait une série de petits personnages amassés en bas près de l'entrée du terrain, bien qu'ils soient trop loin pour qu'il puisse clairement les distinguer.

"Très certainement. En fait, ils mentent tous les deux."

"Harry, aussi ? Je suppose que oui."

"Bien sûr qu'il ment !" Les yeux de Dumbledore s'assombrirent alors qu'il lançait un regard vers Charlie.

"Voilà ce que je voulais te demander, Charles : tu as été le premier professeur à arriver près de Drago, n'est-ce pas ?"

Charlie acquiesça

"As-tu remarqué combien de paires d'empreintes de pas se trouvaient autour de lui ?"

"Hmmm." Charlie inclina la tête, se remémorant. "J'étais juste en train de penser, Professeur, qu'il me paraissait, d'après les marques sur la neige, qu'il n'avait pas marché vers l'endroit où il se trouvait. Il n'y avait que deux paires d'empreintes : celles d'Harry, et celle de la fille de Poufsouffle. Il a dû tomber de quelque part, et non pas marcher là."

"Oui. C'est ce que je crois. Tiens, prends ça." Le Directeur tendit à Charlie une paire de Multiplettes cabossées, qui avaient visiblement beaucoup servi. Son bureau était en fait couvert d'un assortiment d'objets magiques utiles : un Eteignoir en argent, un Macroscope, et ce qui était clairement un prototype de la nouvelle génération d'Intégrateur de Rêve était posé dangereusement près d'un pot de miel ouvert.

Charlie prit les Multiplettes et les dirigea sur la vue à travers la fenêtre, déplaçant son regard au-dessus du point où il avait trouvé Drago ce matin là.

"C'est juste en dessous de la Tour Nord. Qui est interdite, correct ?"

"Tu dis ça comme si ce terme avait un sens pour la plupart des étudiants ici. Harry et Drago en particulier."

"Mais pourquoi se seraient-ils donné la peine de monter là-haut ?"

"Pourquoi, en effet ? Maintenant, si ça avait été la Tour d'Astronomie, j'aurais pu risquer une conjecture éducative."

Charlie étouffa un reniflement. C'était bien, supposait-il, de savoir que certaines choses n'avaient pas changées depuis son époque à l'école, incluant la popularité de la Tour d'Astronomie pour des motifs non reliés à l'Astronomie. "Je vais monter en haut de la Tour Nord, et jeter un coup d'œil, qu'en pensez-vous, Professeur ?"

"Certainement, Charlie. Ce serait utile."

"En même temps..." Charlie dirigea les Multiplettes vers le bas afin de regarder la foule se tenant sur le terrain de Quidditch. Deux têtes rouges brillantes lui sautèrent immédiatement aux yeux : Ron et Ginny. Seamus Finnegan et Elizabeth Thomas étaient là aussi, ainsi que les frères Creevey. L'équipe de Gryffondor devait avoir eu son entraînement. Les joueurs regardaient tous vers la partie la plus éloignée du terrain, où se tenait Harry. Il paraissait pointer les cercles et l'arrière, illustrant certains points de la mécanique de jeu. Tout le monde avait l'air de lui prêter attention, sauf Ron, qui s'amusait à lier les longues tresses de Ginny en un nœud. "Que devrions-nous faire à propos de Drago ? Devons-nous examiner la possibilité de mettre des charmes protecteurs, ou le renvoyer chez lui, ou…"

"Non, nous ne ferons rien."

Charlie baissa les Multiplettes de surprise. "Rien ? Est-ce que ce n'est pas un peu dangereux ?"

"Je ne peux pas m'empêcher de sentir," dit lentement Dumbledore, "que tous et chacun des efforts fait pour protéger que ce soit Harry ou Drago dans ce cas (au-delà de la protection qu'ils avaient déjà par le fait d'être là à Poudlard) sera au final à la fois gratuit et contre-productif. Aucun des garçons n'acceptera volontairement d'être protégé. Tu as vu comment Harry a réagi à la suggestion que tu essayais de le protéger d'un savoir qu'il aurait pu ne pas apprécier, bien que dans ce cas, ce n'était pas ce que tu faisais. Si nous essayions de les contraindre, ils se rebelleraient contre les contraintes, et nous pourrions les perdre complètement."

Charlie resta silencieux un moment. Puis il porta les Multiplettes à ses yeux et regarda de nouveau par la fenêtre, à temps pour voir Harry décoller sur son balai, et s'envoler en l'air au dessus des têtes de ses co-équipiers. Charlie n'était pas sûr qu'Harry était en train d'illustrer un autre point de la stratégie du jeu, ou s'il avait simplement décidé qu'il ne pouvait supporter plus longtemps de rester au sol. Charlie avait toujours adoré regarder Harry voler, parce que Harry lui rappelait lui même au même âge : la même bouleversante joie de voler, la même croyance qui dit que, en quittant le sol, il laisse ses soucis et ses ennuis en arrière. Il vola comme une flèche, droite et vraie, et inébranlable, ses cheveux noirs fouettant son visage. Il ne serait jamais aussi séduisant que l'était Drago mais quand il volait, il était beau.

"Mais s'ils venaient nous demander de l'aide, nous devrions les aider ?" Charlie essayait toujours de mettre du sens dans ce que Dumbledore venait de dire. Il le comprenait... mais d'une certaine façon, il ne le voulait pas. "Je veux dire…"

"Bien sûr. Si Drago venait me demander des charmes de Protection, je les lui donnerais."

"Mais ils ne demanderont pas d'aide. Harry, en particulier, ne le fera jamais."

"Bien sûr que non. Pense aux onze premières années de sa vie. Il a grandi en sachant que s'il se réveillait en pleurs d'un cauchemar, personne ne viendrait lui apporter du réconfort. Que si il avait mal, il ne devait attendre ni aide, ni sympathie. Que s'il était perdu, personne ne se soucierait de le chercher. Que s'il mourrait, il ne serait pas pleuré. Une telle éducation n'élève pas un enfant à aisément chercher de l'aide dans les moments difficiles."

"Directeur, avec tout mon respect..."

"Oui ?"

"Vous avez choisi cette enfance pour lui."

"Oui. Oui, je l'ai choisie."

¤¤¤

Il se passa deux jours avant qu'ils laissent Drago sortir de l'infirmerie, et même alors Madame Pomfresh se tenait debout en se tordant les mains au moment où il sortit, agissant comme si elle était à peu près sûre qu'il y reviendrait plus tard, en petit morceaux.

Elle lui demanda aussi s'il voulait que quelqu'un l'escorte jusqu'à sa chambre, mais il lui dit qu'il préférait y aller seul. Comme il marchait dans les vestibules, sur le chemin du retour vers le donjon des Serpentards, il nota que les décorations du nouveau Bal de Noël avaient été mises en place ce jour, et il réalisa avec une légère douleur que, bien sûr, la Tournée des Pubs était pour cette nuit. Et bien sûr, il ne pouvait pas y aller.

Il avait été quelque peu inquiet que les Serpentards soient froids avec lui à son retour, mais ils ne l'avaient pas été. Des rumeurs basées sur l'histoire qu'il avait raconté à Blaise en confidence (ce qui voulait dire bien sûr que toute l'école maintenant le savait) disaient que Drago avait été blessé en se préparant à un duel avec Harry, et que Harry avait quitté le Grand Hall, plein de culpabilité pour les problèmes familiaux et par peur de Narcissa. Des variations de la rumeur volaient, épaisses et rapides, et alors que Drago ressentait les implications du fait d'avoir dit qu'il ne pouvait jeter un sort correctement sans que cela ne rebondisse et lui enlève presque le bras, cela valait le coup pour un minimum de tranquillité d'esprit.

Cette nuit, avant la Tournée des Pubs, Drago se tenait seul dans sa chambre en se regardant pensivement dans le miroir de son armoire. Il lui montrait son propre reflet, du haut jusqu'à la taille. Il était pâle (pas surprenant, puisque c'était l'hiver) et au niveau de son épaule, la cicatrice où la flèche avait pénétré était guérie, et ressemblait à une petite étoile argentée sur la peau. Pour quelqu'un de si jeune, il lui apparut qu'il avait fait beaucoup de dommage à la chair immaculée qu'il avait à la naissance. Il y avait une ligne blanche sous son œil droit où Harry l'avait accidentellement coupé avec les fragments déchiquetés d'une bouteille d'encre. Il y avait aussi la cicatrice brillante et argentée sur la paume de sa main, et s'il se rapprochait du miroir, il pouvait voir la fine ligne blanche sur sa lèvre inférieure, où il avait été blessée sous la peau quand le Seigneur des Ténèbres le torturait. Il aimait ces cicatrices. Elles étaient comme les traces douloureuses d'une carte qui marquait les évènements les plus importants de sa vie. Il était bien sûr spécialement attaché à la cicatrice sur sa main, la seule qu'il ait acquis volontairement.

Il prit ses habits et s'habilla lentement, bien qu'il fasse froid dans le donjon. Il devait passer la soirée seul, mais ça n'était pas une raison pour ne pas paraître aussi beau que possible. Il choisit un pantalon blanc, coupé dans des tissus lourds et chers, et un sweet vert foncé. Sa robe était noire, avec un excellent entrelacement d'argent et bordée avec un modèle de constellations en éclats de verre. Le lourd fermoir en argent qui lui étreignait la gorge et qui tenait son manteau était aussi taillé en forme de constellation : Drago, le Dragon. Comme il fermait le fermoir, son épaule lui fit mal le temps d'une brève et vive torsion.

Quand il quitta la pièce, les couloirs étaient déjà pleins de monde : des filles entrant et sortant à toute vitesse des salles de bains avec leurs cheveux à moitié coiffées, des garçons bien habillés donnant un dernier coup d'œil dans les miroirs. Drago passa entre eux et entra dans la salle commune, où un feu énorme brûlait dans la cheminée. Malcolm Baddock se tenait devant le feu, en robe bleu marine sur un costume sombre et à côté de lui se trouvait Blaise. Elle se tenait debout parfaitement bien placée pour que la lueur du feu fasse rougeoyer longuement ses cheveux, les transformant en une flamme ardente et le faible contour de son corps se dessinait sous sa robe gris pâle. Elle sourit en le voyant. "Drago." le salua-t elle, et elle lui tendit la main.

Il vint vers elle. Une partie de lui était contente qu'elle ne soit pas en colère, mais comment aurait elle pu l'être : tout le monde savait que Dumbledore lui avait interdit de quitter le domaine avant Noël, et elle pouvait difficilement attendre de lui de désobéir à cet ordre. Alors il n'avait même pas eu à lui dire qu'il avait déjà décide de ne pas aller à la Tournée des Pubs, ce qui était un supplément gratuit agréable (si quelqu'un pouvait considérer les conséquences de presque saigner à mort comme un supplément). Il détestait se battre avec Blaise, probablement parce qu'elle avait un esprit très perspicace quand elle le voulait, et souvent elle lui disait des choses sur lui-même qu'il aurait préféré ne pas entendre. "Regarde-toi." dit-elle. "Tu es superbe."

"Tout comme toi." répondit-il, ce qui était la pure vérité. Blaise était d'une beauté stupéfiante comme toujours, de sa robe de satin cuivreux bien ajusté à son Mundungus Blahniks pointu de six pouces. Ses cheveux étaient relevés, attachés bas sur la nuque avec des feux charmés brillants. Il embrassa sa joue et elle accepta gracieusement ce baiser. Malcolm regardait, souriant de ses yeux étroits qui avaient la couleur de sa robe bleue-noire. Avant qu'il ne puisse saluer Drago, ils furent rejoints par Tess Hammond, ressemblant à un mur de brique dans sa robe écarlate et Pansy Parkinson, dans sa robe ordinaire, un chapeau laineux d'hiver sur la tête et en jean.

"Pansy," demanda Blaise d'une voix traînante, "tu n'y vas pas comme ça, n'est-ce pas ?"

"Je n'y vais pas du tout." répondit Pansy doucement. "Je reste en arrière et distribue des brochures. Je l'ai accepté."

"Je ne peux pas imaginer pourquoi." s'étonna Blaise, dressant son nez dans les airs, et prenant le bras de Drago. "C'est tellement ennuyeux." Et elle se hâta vers la sortie du donjon, suivie par tous les autres. Drago laissa sa tête se vider comme Blaise le dirigeait le long des couloirs menant à la Grande Salle. "Je ne sais pas ce qui se passe avec Pansy." l'informa Blaise à l'oreille comme ils entraient dans le vestibule juste avant les grandes portes ouvertes du château. "Elle prend toujours des heures pour se préparer, et a assez de cosmétique pour approvisionner un des magasins idiots de son père (tu devrais voir toutes ces potions et lotions) et après elle apparaît, ressemblant à quelque chose comme un chat ébouriffé, je te demande un peu."

"Fascinant." admit Drago avec un grand manque de sincérité mais heureusement, Blaise resta silencieuse alors qu'ils faisaient une pause pour regarder les décorations autour d'eux. Poudlard s'était surpassé cette fois. Des glaçons énormes et étincelants étaient lancés en l'air, enveloppés dans des rubans en argent clinquant. Les quatre énormes arbres de Noël dans chaque coin de la pièce étaient tendus de lumières brillantes, de feux rayonnants en forme de fleur et de bonbons enveloppés de couleur vives. Les lourdes tables basses qui décoraient normalement la pièce avaient été transformées en rennes amicaux, bien que malheureusement, ceux-ci ne soient pas plus intelligents que les tables basses et continuaient de se cogner dans les murs. Drago lâcha la main de Blaise et sauta sur le côté comme l'un d'eux le manquait de peu avec ses cornes.

Blaise renifla. "Ces choses idiotes ne devraient pas être permises." s'indigna-t-elle, et elle lança un regard acerbe à ces créatures. "Va-t-en !" commanda-t-elle, et, il s'enfuit dans un bruit de sabot. Drago sourit. Tout le monde avait peur de Blaise, même les meubles.

Blaise lui rendit son sourire avec un regard satisfait, qui se changea en une bouderie préoccupé. "Ca va aller, n'est-ce pas chéri ? Je resterais bien ici avec toi mais..."

"Non, tu ne dois pas manquer ta Tournée des Pubs." lui assura fermement Drago. "Amuse-toi bien." Il regarda vers Malcolm Baddock, qui se tenait avec Tess (Pansy ayant disparu, probablement pour distribuer des brochures), regardant avec hauteur dans la salle. "Prend soin d'elle, Malcolm." ajouta-t-il, et il embrassa légèrement le cou de soie, parfumé de jasmin de Blaise. Il la raccompagna à la porte, et la regarda être conduite en bas des marches par Malcolm et Tess avec des sentiments mélangés de regret et de soulagement. Il aurait probablement pu amener Blaise à passer la soirée avec lui dans les donjons, à faire ce qu'elle appelait "des choses que je ne peux pas dire à mon père parce qu'il croit que je suis une bonne fille", ce qui était d'habitude bon pour tuer les pensées importunes qui pourraient autrement le harceler, mais il ne l'avait pas vraiment voulu. Ça exigeait trop d'énergie pour dissimuler et il était épuisé.

Malefoy. Est-ce que tu tiens le coup ?

Il entendit la voix de Harry dans sa tête, claire et forte, et il savait qu'il devait être tout près. Il se tourna doucement et scanna la pièce. Il vit Ron en premier, parce qu'il était si grand. Sa tête rouge vif était toujours visible au-dessus d'une foule. Il était au milieu d'une bande de Gryffondors qui étaient en train de rire et de parler ensemble. Maintenant que les Weasley avaient un peu plus d'argent, Ron était toujours impeccablement habillé. Drago conjectura que toutes ces années de vêtements usés et trop mis avaient pesé très lourd pour Ron quand il était plus jeune. Il portait des habits bleus foncés bien coupés et un costume de couleur charbon de bois, et son badge de Préfet en Chef scintillait sur sa poitrine. Il parlait à un Neville Longdubas paraissant morose, le visage triste dans des habits oranges. Près de lui, se trouvait Harry, dos à Drago, tenant Hermione par la main.

Je vais bien, Potter. Et toi ?

Bien. Harry se retourna, et Hermione se retourna avec lui. Tu es bien élégant pour quelqu'un qui ne va pas à la Tournée des Pubs, remarqua Harry, et il sourit.

Tu n'as pas l'air horrible non plus, répliquaDrago. C'était vrai. Harry avait cette sorte de look décalé qui pouvait faire ressembler soit à un garçon commun soit à attirer et frapper. A ce moment, il paraissait superbe. Son manteau était noir, avec des lignes bleues foncées, sur une chemise bleue plus légère et un pantalon noir et il s'était débrouillé, d'une façon ou d'une autre, pour apprivoiser temporairement ses cheveux. Comment tu as fait ?

Un peu d'aide de la part d'Hermione, avoua Harry, et Drago le vit (probablement inconsciemment) resserrer son étreinte sur la main de Hermione. Elle leva ses yeux vers Harry et sourit, et Drago regarda rapidement au loin, mais cette image resta dans sa tête. Il ne pouvait pas voir la robe qu'elle portait, elle était enveloppée fermement dans un manteau blanc doux, mais il vit que ses cheveux châtain foncé tombaient lisses devant ses épaules, attachées avec des barrettes en forme des fleurs blanches, et il se souvint de la première fois qu'il l'avait vu habillée comme cela, quand elle avait quatorze ans et lui aussi. Il n'avait jamais pensé à elle comme à une fille avant ça, encore moins à une jolie fille, encore moins à une belle fille. Malefoy... ça va aller ?

J'aimerais que les gens arrêtent de me demander ça, lança Drago, avec plus de force qu'il ne l'avait voulu. C'est juste une foutue Tournée des Pubs, Potter, pas la Coupe du Monde de Quidditch.

Harry leva ses sourcils (Drago s'était toujours senti supérieur de pouvoir n'en relever qu'un seul, et Harry pas) et sembla prêt à répondre mais à ce moment, la foule des Gryffondors parut prendre une décision commune et ils commencèrent à se ruer vers les escaliers en une rafale de garçons en manteaux sombres et de filles en robes colorées comme des confiseries. Hermione se tenait au milieu d'eux dans son manteau blanc, comme une fleur pâle sur un lit de roses brillantes. Elle lui envoya un regard bref, le cherchant, et comme ils passaient, sourit. Il ne lui rendit pas son sourire. S'appuyant contre le montant des énormes portes, Drago les regarda tous descendre les escaliers par groupes de deux ou trois, criant et riant, Harry, Ron et Hermione à l'arrière, se tenant près l'un de l'autre comme ils le faisaient tout le temps. A la dernière marche, néanmoins, ils firent une pause, et Harry et Ron se tournèrent vers Hermione, qui s'agitait avec urgence. Drago vit Harry acquiescer, et après Hermione embrassa sa joue, se retourna, et monta les escaliers, sa capuche blanche tombant en arrière et ses cheveux bruns bougeant dans le vent. Son manteau fut projeté en arrière et il vit que sa robe dessous, comme le manteau lui-même, était toute blanche. Pour un moment, il se tint debout à simplement admirer le tableau qu'elle faisait : ses cheveux bruns et sa peau pâle contre la pâleur plus grande de la robe et du manteau, comme si elle avait drapée sa beauté sombre de brun dans une bourrasque de neige. Ses joues étaient écarlates, ses yeux très brillants. Il lui fallut un moment avant qu'il réalise qu'elle était en train de courir vers lui. Il se raidit de surprise quand elle atteignit le sommet des marches et prit ses mains. Il sentit la douce chaleur de la laine de ses gants contre sa peau. "S'il te plait, viens à Pré-au-Lard. Nous te voulons avec nous. Harry dit que tu peux prendre sa Cape d'Invisibilité si tu veux, comme ça personne ne saura." Elle fit une pause. "C'est notre premier Noël ensemble…s'il-te-plaît viens."

"Nous en avons eu six autres, tu sais."

"Non, pas ensemble."

Drago regarda en bas leurs mains jointes. Les mains de Hermione étaient gantées de laine blanche, les siennes de noir, et leurs doigts enlacés ressemblaient aux touches d'un piano. Il leva les yeux et regarda derrière elle, vers le bas des marches du château, où Harry et Ron attendaient. Harry regardait en haut vers eux, le vent soufflant dans ses cheveux noirs à travers ses yeux. Derrière lui, Ron était une ombre noire-encre sur la neige blanche, même ses cheveux ardents étaient obscurcis par la nuit. Il regardait vers Pré-au-Lard.

"Ca va." dit Drago. "Je vais rester ici."

Elle le regarda, ses yeux noirs se troublèrent. A ses oreilles scintillaient les petites boucles d'oreilles diamants étoilés que Harry lui avait offertes pour son anniversaire en Septembre. "Tu es sûr ? La Cape est au pied du lit de Harry, et le mot de passe est..."

"Je suis sûr."

Elle se mordit la lèvre. "D'accord."

"Joyeux Noël, Hermione !" Drago lâcha sa main. Elle s'écarta de lui avec un sourire teinté de regret, se tourna et descendit les escaliers vers Harry. Il prit sa main dans la sienne, fit un signe d'adieu à Drago, et tous trois partirent, sous la lune brillante, disparaissant dans un étroit sentier entre les arbres.

¤¤¤

"Hélas, mon amour, vous me blessez,

Me rejetant ainsi sans courtoisie

Et je vous ai aimée si longtemps

Me réjouissant en votre compagnie"

"Bon, je les ai fait chanter." déclara Harry en regardant le set de verres à vin chantant posé sur une table de la Maison des Curiosités Enchantées de Kelley et Ping. "Comment je fais pour les arrêter maintenant ?"

Hermione rit à la vue de son air perplexe. "Oh, ils chantent 'Greensleeves' [note de Kya : c'est une chanson anglaise traditionnelle." s'exclama-t-elle en s'approchant. "Harry, ce serait un cadeau adorable pour Narcissa et Sirius."

"Un peu saisonnier, non ?" demanda Harry en passant un bras autour d'elle. Elle se sentait au chaud et satisfaite. La boutique sentait bon la cannelle et les pommes, et elle pouvait voir par la fenêtre le village de conte de fées qu'était Pré-au-Lard. Des élèves vêtus de capes claires arpentaient les rues gelées et se réfugiaient dans la chaleur des magasins éclairés. Elle était avec Harry, et Ron était de l'autre côté de la table, examinant un miroir enchanté qu'il comptait offrir à Ginny pour son anniversaire début février. Tout était parfait… Bon, presque tout.

"Greensleeves n'est pas une chanson de Noël." remarqua joyeusement Hermione. "C'est une chanson d'amour."

Comme s'ils l'avaient entendu, les verres enchantés entamèrent un second couplet.

"Si tu as maintenant l'intention de me montrer du dédain

Ne sais-tu pas que c'est ce qui m'enchante le plus,

Pour toujours, je demeure

Ton amante en captivité."

Hermione tapota le verre le plus proche avec sa baguette, et la musique s'arrêta.

"Juste quand je commençais à apprécier." protesta Harry légèrement.

"C'est un bon cadeau, Harry. Prends-les."

"Oui, achète-les." ajouta Ron en souriant, "J'en ai assez du shopping : je veux aller au vignoble et voir ce que Fred et George ont cuisiné."

Le visage de Harry s'éclaira. "Oh, c'est vrai, moi aussi." Il regarda les verres d'un air pensif, et haussa les épaules. "Je les prends. C'est juste dommage qu'ils ne chantant pas 'Je Suis Un Petit Ramoneur...'"

Après s'être arrangé pour que les verres parviennent au Manoir à temps, le trio se dirigea vers la boutique de Fred et George. Les jumeaux s'étaient surpassés pour la décoration. Des sortilèges d'Illusion avaient transformés la salle principale en un paysage de jungle avec des jobberknolls, un fwooper [note de Kya : ce sont des races d'oiseaux, je n'ai pas trouvé de traduction, désolée et un gnome de la jungle. Il y avait des fontaines de vin, des lacs de chocolat, et des vignes pendants du plafond qui, après inspection, se révélaient être de la réglisse. Les feuilles des arbres étaient en menthe (et, si on les mordillait, on se retrouvait changé en criquet pendant cinq minutes. La salle était pleine de stridulations). Des plats argentés couverts de bonbons flottaient en l'air. Terry Boot et Padma Patil faisaient du saut à l'élastique dans un puit sans fond qui avait été installé pour l'occasion. Ron voulut essayer, mais Harry secoua la tête. "Tomber dans un puit sans fond une fois est suffisant pour moi."

La principale attraction de la soirée, à la surprise de tout le monde, se trouva être Olivier Dubois, Gardien de Puddlemere United. Olivier était devenu l'un des plus jeunes joueurs du pays, ce qui n'avait surpris aucun de ceux qui l'avaient vu jouer. Ce n'était pas tant parce qu'il était talentueux (bien qu'il l'était) mais il était terriblement déterminé.

Ron siffla à la vue de la foule de filles hurlantes et de garçons enthousiastes qui s'amassait autour d'Olivier, qui était assis avec Fred et George sur une chaise dans un pavillon volant. Jana et Angelina étaient également là, et dire qu'elles ne semblaient pas affectées le moins du monde par la présence d'Olivier aurait été exagéré. Elles souriaient et rougissaient toutes deux. George et Fred, qui mangeaient une gigantesque sucette changeant de couleur, semblaient perplexes.

"Qui aurait pensé qu'Olivier deviendrait un tel aimant à fille ?" s'interrogea Ron, qui sourit en prenant une tasse de chocolat chaud sur un plateau flottant. "Fred et George disaient que la seule fille qui aurait jamais une chance avec lui serait la seule à avoir des jambes minces et de grands oreilles ; de cette manière elle pourrait le convaincre qu'elle est la Coupe du Monde de Quidditch."

Harry jeta un regard en biais à Hermione. "Tu vas me quitter pour Olivier Dubois, alors ?"

"Non, mais je pourrais te laisser pour cette table de chocolat là-bas." Elle se mit sur la pointe des pieds et regarda les tables de nourriture et de bonbons installées le long des murs. Il y avait des boules de neiges en chocolat blanc, des flocons en sucre, et des Pingouins à la menthe poivrée. Son estomac gargouilla légèrement. "Tu devrais dire bonjour à Olivier, Harry, il t'as toujours adoré."

"Mais il y a toute une foule autour de lui…" commença timidement Harry.

Hermione grogna. "Il te parlera, à toi." dit-elle fermement, et elle le poussa légèrement en avant. "Vas-y !"

Harry y alla, et Hermione se dirigea vers la table pour attraper la dernière Glace-Qui-Ne-Fond-Jamais avant que Lavande Brown (qui en avait déjà mangé trois) ne s'en empare. Ron, à sa suite, se saisit d'une sardine au sucre. Hermione le regarda et plissa le nez. "Comment peux-tu manger ces choses ?"

"Entraînement…" répondit Ron, et il croqua la moitié de sa sardine avec élégance.

"Beurk !"

"Hmm. Délicieux." Ron lui sourit par-dessus sa sardine. "Je te défie d'en manger une."

"Beuh. Sans façon."

"Allez." Il lui tendit sa sardine, et elle rit en tentant de le repousser.

"Tu n'as jamais mangé cette sucette au sang que je t'ai défié de goûter en troisième année." rappela-t-elle.

"Je l'ai léché." Ron frissonna. "Je suis sûr que le Mal a le même goût."

"Et bien, je ne lècherais pas ta sardine."

"Non ?" intervint Lavende, qui apparemment écoutait leur échange. "Harry n'aimerait pas ça, pas vrai ?"

Ron s'étrangla avec sa sucrerie.

"Lavande !" s'exclama Hermione, mais celle-ci s'était déjà éclipsée avec un sourire diabolique. Hermione soupira et regarda Ron. "Je doute qu'elle te pardonne un jour ton commentaire sur Uranus."

Mais Ron regardait en direction du pavillon flottant sur son lac de sirop à la menthe. "Harry semble différent. Mieux."

Hermione se tourna et regarda dans sa direction et vit Olivier Dubois se lever pour donner l'accolade à Harry. Elle remarqua avec un pincement que Harry était désormais aussi grand qu'Olivier. "Il va un peu mieux ces derniers jours. J'espère juste que ça va durer."

"Tu sais pourquoi ?" Les yeux de Ron étaient attentifs. "Est-ce que tu lui as dit quelque chose ?"

"Et bien, je lui en ai dit un peu, mais je doute que ça soit par rapport à moi. Je pense que ça a un rapport avec le fait que Drago ait failli se faire tuer. Je pense qu'il essayait de se concentrer sur d'autres choses que celles qui l'ennuyaient, et ça lui a donné quelque chose sur lequel rester fixé. Tu sais comment il est. Il aime avoir quelque chose à faire, sentir qu'il est utile. Sans quoi..."

"Il pète les plombs."

"Voilà !"

"Enfin bref, c'est bien que ça lui soit passé. J'espère juste que ça restera comme ça."

"Tu ne sembles pas très joyeux."

"Je le suis." dit Ron lentement, et elle devina qu'il choisissait soigneusement ses mots. "Mais comme il a passé six mois à refuser de me dire ce qui n'allait pas, l'idée que le problème se soit résolu de lui-même me rend pessimiste. Peut-être qu'il a tiré un trait dessus pour le moment, mais il finira par revenir tôt ou tard, peu importe ce que c'est."

Hermione se mordit la lèvre et regarda le pavillon. Harry l'avait déjà quitté et luttait pour revenir vers eux. Elle n'avait aucun mal à reconnaître ses cheveux noirs et sa cape brodée de bleu dans la foule. Elle avait toujours eu l'impression qu'ils seraient capable de se retrouver dans n'importe quelle foule, même à un bal costumé, ne serait-ce que par le son, le toucher ou l'instinct. Elle se tourna vers Ron.

"Ce n'est pas bon." dit-elle d'une voix basse et ferme.

La compassion brilla dans ses yeux bleus. "Je sais. Mais tu ne peux pas laisser ça diriger ta vie, Hermione. Harry ne voudrait pas ça."

Il ne le voudrait pas ? se demanda-t-elle alors que Harry arrivait près d'elle et lui prenait la main.

¤¤¤

Drago se tint à la porte d'entrée du château et regarda les septième années partir jusqu'à ce que les lieux se vident et qu'il puisse à nouveau entendre le souffle du vent. Puis, il se détourna et revint à l'intérieur. Le hall était étrangement lugubre une fois tout le monde parti, malgré les décorations festives. La seule personne encore présente était Pansy Parkinson, un paquet cadeau rouge et vert dans les mains. Elle plissa les yeux quand elle vit Drago, et disparût en direction des escaliers menant à la salle commune des Serpentards.

Drago la regarda faire, haussa les épaules, et se dirigea vers les double portes du mur opposé. Elles s'écartèrent pour le laisser passer, et il entra dans la Grande Salle.

Le Bal de Noël commençait avant la Tournée des Pubs, et il semblait à Drago que le repas était terminé et que les danses avaient commencées. Chaque année, les décorations étaient encore meilleures que celles de l'année précédente : des lumières éblouissantes, des bougies brillantes, des rangées de poiriers dans lesquels des perdrix gazouillaient en agitant leurs ailes pâles. Des pétards brillamment enveloppés flottaient à un mètre quatre-vingt du sol (Drago pensa que Weasley devait s'être cogné dedans) et explosaient de temps en temps dans un bruit étouffé quand un étudiant les touchait, projetant ainsi des pétales de fleurs, des sucreries ou des jouets.

Drago balaya du regard la piste de danse, cherchant, presque inconsciemment, une chevelure flamboyante, et il trouva Charlie, dansant avec le professeur Sinistra qui avait un regard de prédateur. Lupin était à la table des professeurs, en train d'avoir une conversation inconfortable avec Rogue. Dumbledore était profondément absorbé par sa discussion avec Madame Pomfresh. Le regard de Drago survola la foule, surtout composée d'étudiants plus jeunes qu'il ne connaissait pas. Puis les danseurs s'écartèrent comme de l'eau et ils furent là.

Il vit Ginny en premier. Sa robe de satin vert la faisait ressembler à une fine tige couronnée de pétales flamboyants. Ses épaules minces étaient nues, et sa peau très blanche semblait tachetée d'or là où la lumière des chandelles la touchait. Seamus, blond et élégant dans sa robe bleu nuit, la tenait par la main et l'entraînait vers la piste de danse ; Ginny riait et secouait la tête. Elle semblait heureuse : simplement heureuse. Cela le rendit triste d'une manière à laquelle il ne s'était pas attendu.

Ils commencèrent à danser. Drago se rappela avoir dansé avec elle. Sa façon de danser était son image : comme une flamme, lumineuse et brûlante. Il vit Seamus trébucher, la suivre. Il fut légèrement et méchamment amusé. Non pas qu'il soit surpris que Seamus ne parvienne pas à tenir l'allure. Il était difficile de suivre une flamme. Elle s'écarta de Seamus à nouveau, et cette fois, il n'essaya même pas de la suivre ; à la place, hilare, il l'attira à lui et passa ses bras autour d'elle. Ses mains se posèrent dans le bas de son dos, là où sa robe faisait un V. Ginny se tortilla dans son étreinte, de manière à ce que ses mains vinssent se placer autour de son cou.

Drago se détourna. Il se sentait comme un voyeur, et désespérément déplacé. Silencieusement, il tourna le dos à la piste de danse et repartit vers l'entrée. Il se souvint d'Hermione lui prenant la main et l'incitant à venir à Pré-au-Lard. Il ne voulait pas le faire non plus. Ce n'était pas agréable d'être avec Hermione, Harry et Ron tous ensemble. Ils donnaient l'impression d'un cercle fermé dans lequel personne ne pouvait pénétrer. Ou ne serait-ce qu'essayer. Il ouvrit la double porte et sortit, sans savoir que Ginny s'était retourné dans l'étreinte de Seamus pour le regarder partir.

Il descendit les marches à l'entrée du château et se dirigea vers l'est, vers la roseraie. Elle était vide et magnifique sous les étoiles, le sol couvert d'une légère couche de neige. Il s'avança sur un étroit sentier entre deux buissons décorés de guirlandes lumineuses. Il était encore tôt, et aucun couple n'avait encore élu résidence dans les buissons de roses. En fait, il était seul. Seul dans un jardin sentant la rose et le bois, sous un ciel parsemé de poussière d'étoiles. Et il se sentait… seul. Ce qui était inhabituel pour lui. Ayant été un enfant se suffisant à lui-même, il était devenu un jeune homme se suffisant à lui-même. Les autres avaient toujours semblé faux, comme des marionnettes manipulées dans un théâtre obscur. Jusqu'à cette année, il n'avait jamais pensé qu'il pourrait avoir besoin de quelqu'un, ou le vouloir seulement. Le fait qu'il y ait d'autres personnes aussi vraies et vivantes que lui dans le monde le frappait parfois. Harry, Hermione, Ginny : ils semblaient irradier d'une lumière étrangère à la sienne et qu'il ne comprenait pas totalement.

Il vit Ginny contre ses paupières, dansant dans la salle de bal avec Seamus. Elle avait semblé si heureuse. Il ne l'avait jamais rendu heureuse comme ça. Peut-être qu'en fin de compte, il avait fait ce qu'il fallait. Ce ne fut pas avant que sa chaussure ne heurte quelque chose de dur qu'il remarqua qu'il avait quitté le sentier pour heurter une pierre décorative. Il se retourna pour revenir sur le sentier, mais celui-ci n'était plus désert. Il y avait quelqu'un d'autre. Quelqu'un aux épaules nues dans une chatoyante robe de satin vert et au visage encadré de cheveux enflammés. Quelqu'un qui le regardait avec autant d'intensité que lui l'avait regardé plus tôt.

"Ginny…" murmura-t-il.

¤¤¤

Il était plus de minuit et les Trois Balais étaient emplis de rires et de cris. Hermione, délicieusement fatiguée et bien au chaud, s'assit à l'une des longues tables devant la cheminée, une pinte de Bierraubeurre chaude dans les mains. Parvati Patil et sa sœur Padma étaient assises de l'autre côté de la table ; Lavande avait depuis bien longtemps disparu pour rouler des pelles à Mark Nott, son séduisant Serpentard.

Avec un bâillement, Hermione regarda de l'autre côté de la salle où se trouvaient Harry et Ron. Ils riaient avec Neville qui, en compagnie de Justin et Dean, jouait au Bandeau Étincelé et venait tout juste de rentrer dans un mur. Elle vit Harry tendre le bras et retourner Neville de manière à ce qu'il ait le champ libre, et sourit. Neville s'avança et Ron recula pour rire avec Justin et Dean. Harry ne bougea pas, l'air pensif. Elle remarqua la façon qu'avait la salle de se réorganiser autour d'Harry comme s'il était son point de convergence. Mais c'était peut-être parce qu'il était son point de convergence à elle.

Il lui fallut un moment avant de réaliser que quelqu'un d'autre, quelqu'un qui était venu se placer à côté d'elle, le regardait également.

C'était Blaise Zabini. Elle avait un petit sourire, et ses yeux verts (pas d'un vert lumineux comme ceux de Harry, mais foncé comme le vert des arbres) étaient ombrés par ses cils épais. Elle mordillait pensivement une Cerise Explosive au Marasquin, mangeant la sucrerie rouge entourant le centre explosif. "Tu sais," commença-t-elle d'un ton conspirateur, "je dois te féliciter pour la manière dont tu as changé Harry. J'avais toujours pensé qu'il avait une apparence amusante, mais tu l'as vraiment amélioré."

"Merci !" dit Hermione entre ses dents. "Merci, Blaise, pour cette insulte dissimulée."

"Oh, ne le prend pas mal. Il est magnifique maintenant. Il est à croquer." Elle mordit un autre morceau de cerise et sourit.

"Si tu comptes reluquer mon petit ami, vas le faire ailleurs." intima froidement Hermione.

"Oh, je ne pensais pas que tu t'en soucierais." reprit Blaise d'un ton léger. "Après tout, je t'ai bien vu reluquer le mien." Là-dessus, elle partit, se pavanant dans la foule comme si elle lui appartenait. Hermione la regarda s'éloigner avec écœurement, et un léger pincement au niveau de la poitrine. Elle se tourna vers Parvati, qui avait les sourcils levés.

"Je ne savais pas que tu la connaissais."

"Ce n'est pas le cas." contesta brièvement Hermione.

"Et bien, Harry et Ron semblent certainement la connaître." remarqua Parvati, la voix chargée d'ironie.

"Quoi...?" Hermione se retourna et vit avec peur que Blaise se tenait à présent près de Ron et Harry. Elle secouait ses cheveux luisants en riant et Ron et Harry la regardaient avec la même expression étonnée. "Qu'est-ce qu'elle leur dit ?" s'exclama Hermione, à demi levée.

Parvati renifla. "Je n'en sais rien. Je ne parle pas le 'pétasse débile.'" Elle s'arrêta. "Hé, regarde ça !"

Hermione, se levant, vit quelque chose qui semblait être très clairement Blaise qui posait sa main sur l'épaule de Harry, se rapprocher de lui et... elle fut à ses côtés en quelques secondes, se plaçant entre Blaise et les deux garçons. Harry cligna des yeux, l'air surpris. "Hermione ! Tu as décidé de jouer au Bandeau Étincelé ?"

"Non !" répondit Hermione en ignorant Blaise qui la regardait avec amusement. "Je voudrais aller faire un tour."

Harry cligna des yeux. "Pas toute seule ?"

"Non. Pas toute seule." Hermione lui prit la main. "Avec toi." Elle regarda Ron, qui regardait toujours alternativement Blaise et elle-même avec un air curieux. "Tu peux tenir le coup sans lui une minute ?"

Ron lui rendit son regard avec une expression étrange. "Bien sûr, si c'est important."

"C'est important !" confirma Hermione, et elle tira Harry derrière elle si brusquement que son verre lui échappa des mains ; elle vit Ron le rattraper du coin de l'œil. Elle entendit vaguement Blaise leur crier quelque chose à propos de garçons qui jetaient des boules de neige aux couples dehors, mais elle n'y fit pas attention. Elle ouvrit la porte des Trois Balais, Harry sur les talons, et ne s'arrêta qu'une fois qu'ils furent au pied des marches.

"OK !" dit Harry, une fois qu'elle fut arrêtée. Elle se retourna pour le regarder ; il semblait perplexe. "C'était une excellente imitation d'un diable hors de sa boîte. Qu'est-ce qui ne va pas ?"

Hermione le regarda réalisant qu'elle était à bout de souffle. Le vent froid colorait déjà ses joues, et ses yeux étaient très verts dans la faible lumière qui provenait des Trois Balais. "Je voulais juste… être seule avec toi." haleta-t-elle.

"OK !" répéta Harry d'un air très calme. "Pourquoi ?"

Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais s'arrêta tandis qu'un groupe de Serdaigles passaient près d'eux en gloussant. Hermione soupira et balaya la rue du regard à la recherche d'un endroit où ils pourraient aller. L'année dernière, Ron et elle empruntaient toujours l'allée menant derrière les Trois Balais pour parler et être seuls... elle jeta un coup d'œil vers la gauche et vit que la petite porte en acier était toujours là. Elle fit signe à Harry de la suivre et se dirigea vers l'entrée de l'allée. Elle ouvrit la porte avec un rapide Alohomora et la referma une fois qu'ils furent passés. C'était une impasse étroite seulement éclairée par la lumière provenant des fenêtres des Trois Balais. Les pavés étaient couverts d'une fine couche de glace, de bouteilles de Bièraubeurre vides et de boîtes de vodka au sang de Dragon.

Harry regarda autour de lui, confus ; les pierres nues des murs, l'obscurité, l'étroite bande de ciel au-dessus d'eux. "De quoi voulais-tu parler ?" lui demanda-t-il en se tournant vers elle. Le vent lui rabattit les cheveux sur le visage et grâce à la lumière de la lune, elle put voir son reflet dans ses yeux.

Elle resta un instant immobile, incertaine. Elle avait juste voulu quitter la pièce et être seule avec Harry. Mais maintenant qu'ils étaient dehors, dans l'air froid, sous le ciel parsemé d'étoiles, elle n'avait rien à lui dire. Et la nuit était magnifique. Tout semblait saupoudré de diamants, même l'allée et ses boîtes vides contre le mur. La lumière des étoiles tachetait les cheveux d'Harry d'argent et donnait à sa peau une couleur platinée là où son col découvrait sa gorge. Son corps tremblant en le regardant, comme s'il savait des choses qu'elle ignorait.

Il la regardait, mi-curieux mi-amusé, mais par la suite, ce qu'il vit dans ses yeux chassa son amusement. Il retint sa respiration, et elle vit son sang battre à la base de sa gorge.

"Hermione..." commença-t-il, et malgré toute son appréhension, elle l'attira contre elle, et l'embrassa.

¤¤¤

Drago la regarda sans surprise, comme s'il s'attendait à la voir là. "Salut, Ginny. Tu te glisses en douce pour aller à Pré-au-Lard, pas vrai ? Je crains de devoir faire un rapport."

Elle sourit. Elle ne pouvait s'en empêcher. Il était magnifique à la lueur des étoiles, plus que d'ordinaire. Ses cheveux argentés et ses yeux reflétaient la pâle lumière comme des miroirs, et les ombres soulignaient les os fins de son visage. Seamus était beau, mais… réalisant qu'elle ne devrait pas penser à Seamus, elle lui tendit la tasse qu'elle tenait. "Je t'ai apporté du thé chaud. J'ai pensé que tu pourrais avoir froid."

Se rapprochant, Drago lui prit la tasse poliment. "Merci ! C'est gentil de penser à moi, surtout quand tu es occupée avec ton rendez-vous et tout ça."

"Et bien, je.."

"A moins que tu ne t'ennuyais ?" Ses yeux clairs parcoururent son visage avec amusement. "Ce n'est pas trop dingue de danser avec le Capitaine Carton ?"

"Pas du tout. Seamus est un garçon formidable et..."

"Tu sais, je l'ai frappé avec une théière une fois et il a pleuré comme un bébé."

"Drago, c'était un bébé. Il avait quatre ans. Oublie ça."

"J'ai oublié. C'est parti. Ecoute, si tu es heureuse, je suis heureux pour toi. On pourrait... faire des sorties à quatre." Drago regarda sa tasse de thé et la but en une gorgée, comme s'il espérait qu'elle contienne de l'alcool (ce qui n'était pas le cas). Il secoua la tasse vide et la jeta vers un buisson de roses. Elle atterrit au milieu de ronces, et une petite fée apparût par-dessus une branche, jeta un regard désapprobateur à Drago, et disparût avec la tasse.

"Et bien, merci d'être heureux pour moi ! Vraiment."

"Ce n'est rien."

"Maintenant que je suis avec Seamus, nous pouvons être amis à nouveau sans que Blaise n'ait à s'en faire." ajouta-t-elle en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle savait qu'elle le provoquait, mais elle n'arrivait pas à s'en empêcher. "N'est-ce pas merveilleux ?"

"C'est vrai." Ses yeux argentés étaient indéchiffrables. "Amis."

"Je veux dire, c'était ça le problème, n'est-ce pas ? Blaise. Elle ne m'apprécie pas."

"Je ne suis pas sûr qu'elle apprécie qui que ce soit." souligna-t-il, ce qui n'était aucunement une réponse.

"Elle doit t'apprécier."

"Je ne parierais pas là-dessus." Il fit une grimace et s'assit sur le banc en pierre le plus proche. Il étendit ses longues jambes devant lui et regarda lugubrement le bout de ses bottes qui brillait sous la lune. "Je pense qu'elle sort avec moi en partie à cause de ses parents. Ce sont de sales types." Il soupira. "Je ne tiens pas à parler de Blaise, à vrai dire."

"Ça t'ennuie de rater ta Tournée des Pubs ?"

Drago haussa les épaules. "Pas tellement. Je voulais juste être seul." Il se reprit en voyant son expression. "Tout va bien. J'ai déjà passé un peu de temps seul. Assieds-toi."

Ginny se mordit la lèvre. Elle savait qu'elle ferait mieux de retourner à l'intérieur ; elle avait dit à Seamus qu'elle montait chercher une autre cape car elle avait froid, et elle ne savait pas combien de temps cette excuse resterait valable. "D'accord. Juste une minute." Elle s'assit aussi loin que possible, ce qui, étant donné la longueur du banc, ne signifiait pas grand chose. "Je suis contente que tu ailles mieux." ajouta-t-elle sur le ton de la conversation. Elle le vit commencer à sourire, et ajouta rapidement : "Harry était vraiment inquiet, et il allait si mal dernièrement..."

"Uh-huh." grogna Drago d'un ton neutre. "Il a l'air d'aller mieux, non ?"

"Je suppose... et bien, tu peux voir dans son esprit si tu le veux, n'est-ce pas ?"

"Je pourrais probablement. Mais je ne le ferais pas."

"Pourquoi pas ?"

Drago haussa les épaules. "Je respecte son intimité." Il leva la tête pour regarder le ciel, l'air pensif. "Ou peut-être que je ne veux simplement pas savoir ce qu'il pense."

"Tu ne lui fais pas confiance ?"

"Bien sûr que si ! Mais tu ne contrôles pas toujours ce que tu penses. Ce dont tu rêves, ce que tu veux. Si c'était le cas, personne n'aurait besoin de retenue."

Ginny frissonna, et Drago se rapprocha d'elle, comme instinctivement. Elle se demanda s'il réalisait à quel point ils étaient proches. "Harry a beaucoup de retenue." dit-elle d'une voix qui lui semblait étrangère.

Drago la regarda, presque avec surprise. "Non, il n'en a pas."

"Bien sûr que si ! Pense aux choses qu'il a faites. De quelle sorte de self-contrôle il a dû faire preuve pour ramener le corps de Cedric à l'école (quand il a su ce qu'il affrontait) et quand il était dans la Chambre des Secrets, avec moi…"

"Exact !" l'interrompit Drago, un peu irrité. "Merci, je n'ai pas besoin d'une interprétation des plus grands tubes de Harry Potter."

Ginny le dévisagea.

"Je ne minimise pas ce qu'il a fait." ajouta Drago d'une voix distante. "Il n'y a personne de plus courageux ou de plus déterminé ; d'une façon désespérément Gryffondor. Mais ça ne veut pas forcément dire qu'il possède la sorte de self-contrôle dont je parle. Il ne cache pas ce qu'il ressent. Il n'en a jamais été capable. Tu ne peux pas savoir… tu n'as jamais essayé de manipuler cet aspect émotionnel. Moi oui. J'ai passé des années à essayer de le blesser. Je peux te dire qu'avec Harry, tu sais toujours si tu touches un point sensible. Son visage tout entier tombe en morceaux. C'est…"

"Bouleversant !" l'interrompit Ginny.

Drago la regarda en plissant les yeux.

"Non, je ne suis plus amoureuse de Harry." répondit-elle à sa question muette. "Et je ne suis pas sûre de l'avoir jamais été ; mais j'ai passé beaucoup de temps à l'observer. Je vois tout à fait ce que tu veux dire."

Drago shoota dans un caillou avec le bout de sa botte. "Peut-être. Dans tous les cas, c'est ce que je voulais dire. Harry ne peut cacher des choses comme ça. Il est aussi transparent que du verre. Tiens, quand as-tu réalisé qu'il était amoureux d'Hermione?"

Ginny se sentit rougir. "Durant ma quatrième année. Peut-être ma cinquième… je n'étais pas là cette année, mais je les ai vu à Noël au Terrier. Je me souviens qu'Hermione apprenait à Harry comment faire un sapin de Noël sorcier, et je l'ai vu la regarder pendant qu'elle installait une guirlande lumineuse. J'ai vu l'expression de son visage et j'ai simplement… su." Sa gorge se serra à la douleur qu'elle avait ressenti à ce moment-là. Pas seulement la sienne ; mais aussi celle de son frère. Ils en avaient parlé plus tard, et il avait dit l'avoir toujours su, mais elle se demandait souvent si c'était vrai. Le fait qu'il ait bien pris la chose l'avait surprise. Peut-être un peu trop bien. "Et… toi ?"

"Oh, l'année dernière." répliqua Drago avec un haussement d'épaule désinvolte. "Ça aurait pu être plus tôt, mais j'étais un peu aveuglé par le fait qu'elle soit sortie avec Weasley… oh, pardon. Ton frère." Il sourit, tel un éclair dans l'obscurité. "Harry la regardait en cours de Potions en pensant qu'elle ne le remarquerait pas. Il la regardait comme une oasis en plein désert. Ça crevait les yeux, vraiment. Je me souviens l'avoir surpris et avoir pensé : "Aha. Il s'est entiché d'elle et il est trop stupide pour s'en rendre compte. Je me demande comment je pourrais utiliser ça ?""

Ginny secoua la tête. "C'est parfaitement grotesque, tu sais. Et comment as-tu fait ?"

"Comment j'ai fait quoi ?"

"L'utiliser."

"Je ne l'ai pas fait. Le truc du Polynectar s'est passé avant que j'en ai le temps."

"Belle leçon de morale !" remarqua fermement Ginny.

"Quoi ?"

"Tu m'as entendu. Tu allais utiliser le fait que Harry aime Hermione contre lui. Et puis..." Sa voix s'arrêta avant qu'elle ne commence à errer sur le territoire dangereux qu'ils s'étaient promis d'éviter. "Quelle horrible chose ç'aurait été."

"Je suis d'accord." agréa Drago, la voix aussi claire et dure que de la glace. "Et il y a autre chose d'ennuyeux à propos de ça."

"Quoi ?"

"Et bien, je ne peux pas avoir été la seule personne à avoir cette idée."

"Cette idée ?"

"De l'utiliser pour lui faire du mal. Allons, Ginny. Tout le monde a une faiblesse. Il protège d'autres personnes, pas seulement elle."

"Et bien, si laisser quelqu'un t'aimer est une faiblesse…" commença-t-elle sèchement.

"Bien sûr que c'en est une !" s'écria Drago comme si elle avait dit une énormité.

"Je pense que tu parles comme ton père."

"Je pense que je parle trop." répondit Drago en se redressant. "Peu importe."

"Tu sous-estimes Harry. Il ne laisserait jamais quelqu'un qu'il aime être blessé. Si c'est une faiblesse, alors il en a une douzaine. Mon frère. Sirius. Hagrid. Toi." Elle tendit la main et la posa sur son épaule. Une mèche de cheveux argentée placée derrière son oreille vint caresser doucement ses phalanges. "Il est vulnérable quand tu n'es pas bien, qui plus est."

"Oh, non !" la contredit Drago d'une voix distante. "Je pense qu'il me sacrifierait avec le reste."

"Drago…"

"C'est un héros, pas vrai ? C'est ce qu'ils font. Sacrifier les autres pour l'intérêt général."

"Il a besoin de toi !"

Drago la regarda. Ses yeux étaient clairs et argentés, dépourvus de toute trace de bleu, de vert ou de gris. "Harry a besoin d'à peine un huitième de ce que nous avons besoin de lui. C'est ce qu'il est tout autant que qui il est. C'est le héros, nous sommes ses compagnons. Nous sommes des satellites. Nous tournons autour de ce qu'il fait."

"Tu ne penses pas qu'il a besoin de nous ? Tu as dit qu'il avait besoin d'Hermione... n'est-ce pas ?"

"Il l'aime. Et plus que ça. Tu sais qu'il a failli être réparti à Serpentard, n'est-ce pas ? Ça, et d'autres choses ; il a toujours l'impression de frauder. C'est dans un coin de son esprit, chaque jour. C'est pourquoi il veut gagner, faire ses preuves, tout le temps, pourquoi il ne renonce jamais, pourquoi il ne peut jamais être bon mais parfait. Il a peur de ce qu'il pourrait faire s'il ne se retenait pas. Mais Hermione… il m'a dit une fois qu'elle ne le voyait pas tel qu'il était, mais tel qu'elle voulait qu'il soit. Qu'elle voyait un monde meilleur que celui dans lequel nous vivons, un meilleur Harry que celui qui existe. Je pense qu'il la considère comme la gardienne de son meilleur Moi. Elle ne le protège pas juste du monde extérieur, mais aussi de lui-même… est-ce que ce que je dis a du sens ?"

Ginny réalisa qu'elle le dévisageait. "Etrangement, oui."

"Mais c'est une épée à double tranchant." reprit Drago en la regardant droit dans les yeux. "Car plus il sent qu'il n'est pas la personne qu'elle attend, plus il a peur de ne jamais pouvoir être cette personne, plus il a peur qu'elle finisse par réaliser qui il est réellement, et le quitte. En emportant avec elle pas seulement elle-même, ce qui le tuerait presque, mais aussi cette image d'un meilleur Harry qu'il a toujours voulu atteindre. Et c'est quelque chose qui pourrait engendrer ce que Voldemort n'est pas parvenu à faire."

"Qui est ?"

"Le détruire." Il tendit la main et lui remit une boucle de cheveux qui lui tombait devant les yeux derrière l'oreille d'un air absent. "Il pense qu'il doit être parfait, et que s'il ne l'est pas, il n'est rien. Il ne comprend pas que l'on doit tous combattre nos pires aspirations pour devenir ce que l'on veut être, que l'on doit abandonner certaines choses, que l'on déçoit les gens qu'on aime, qu'aussi longtemps que tu aimes quelqu'un, tout ne fonctionne pas toujours comme on voudrait et tu dois comprendre que tu n'es rien sans eux et…"

"Est-ce qu'on parle toujours de Harry ?" demanda Ginny d'une voix douce.

Pendant un moment, Drago resta immobile, à la regarder. L'impression de son regard sur son visage était comme une caresse. Puis, il plissa les yeux comme si une poussière le dérangeait, et il se redressa et s'écarta d'elle. "Désolé. Je divaguais. Je pense que c'est dû à la perte de sang. Ou quelque chose."

"Non !" protesta-t-elle en avançant sa main pour prendre la sienne, mais elle renonça en se disant que ça valait mieux et laissa retomber sa main sur sa cuisse. "Tu ne divaguais pas, tu disais des choses censées et je suis heureuse parce que j'étais si inquiète pour Hermione et Harry et…"

"Tu ne devrais pas t'inquiéter." répondit Drago, toujours aussi distant. "C'est le soir du Bal de Noël. Tu devrais en profiter."

Elle voulut lui dire qu'elle en profitait, que ces quelques moments avec lui au milieu des roses et du froid de la nuit étaient les meilleurs moments qu'elle ait passé depuis des mois ; qu'elle aimait sa façon de lui parler comme personne ne le faisait, comme s'il n'y avait aucune vérité qu'elle ne puisse affronter ; la façon qu'il avait de lui dire le fond de sa pensée sans la ménager ou la prendre de haut. Il ne l'avait jamais fait, même quand il était désobligeant. "Tu veux que j'y retourne ?"

"Non, mais tu devrais." répondit-il en la regardant en face. "Y retourner et être belle pour Seamus. Tu te gaspilles avec moi."

Elle hésita et le dévisagea. Le moment semblait en équilibre instable, comme s'ils marchaient sur une plaque de verre. "Tu penses que je suis belle ?"

Il regarda ses mains, puis releva les yeux vers elle. Quand il parla, ce fut d'une voix monocorde, ce qui la rendait encore plus sincère par le manque d'émotions. "Tu es si belle que c'en est difficile de te regarder longtemps"

Il y eut un long silence. L'instant sembla s'étendre entre eux, tranchant, tendu et étiré. Il la regardait, et elle pouvait voir dans ses yeux le reflet de la lumière de la lune, et elle se souvint du plaisir enivrant de ses lèvres sur les siennes, de telle sorte qu'elle fit ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant : elle l'embrassa.

Il était assis, et non pas debout ; ils étaient presque à la même hauteur. Elle n'avait pas besoin de se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Elle devait juste se baisser pour poser ses lèvres sur les siennes. Elle n'avait jamais pris l'initiative d'un baiser. Les autres faisaient toujours le premier pas. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle faisait. La preuve en était là : sa bouche contre la sienne, tendue et réticente au départ, puis douce alors qu'il se laissait aller au baiser et passait ses bras autour d'elle. Il la serra contre lui si fort que la boucle de sa cape se pressa douloureusement contre sa gorge. Elle pouvait sentir ses mains sur le velours de sa robe, glissant jusqu'à toucher sa peau nue. Ses doigts la brûlaient, tels des charbons ardents, et elle sentait son sang bouillonner dans ses veines.

Et ce fut terminé. Aussi vite qu'elle s'était penché vers lui, il s'était reculé. Ses mains étaient posées sur ses épaules, la repoussant avec autant de fermeté que lorsqu'il l'avait serré contre lui. "Non." dit-il, la voix un peu en colère. Puis, plus fermement : "Non !"

Il la lâcha. Elle resta assise, certaine qu'elle était rouge d'humiliation. Il lui fallut un moment pour réaliser que la brûlure dans le fond de ses yeux était due aux larmes. Quand elle parla, sa voix tremblait. "Merde, Drago !" murmura-t-elle. "A quoi est-ce que tu joues ?"

Il leva la tête. La lumière de la lune déposait des ombres sous ses yeux et ses pommettes. "Tu m'as posé une question. J'ai dit que tu étais belle, c'est tout."

"Tu ne peux pas me dire des choses pareilles. Et ne pas les penser."

"Je pense tout ce que je dis. C'est mon péché mignon."

"Alors pourquoi ?" Les mots semblèrent lui déchirer la gorge. "Si tu m'apprécies, que tu me trouves belle, alors pourquoi ?"

Il savait ce qu'elle voulait dire, bien sûr. Il détourna le regard. "Harry t'apprécie. Il pense probablement que tu es belle. Pourquoi ne pas le lui demander ?"

"Parce que ce n'est pas comme nous ; il aime quelqu'un d'autre." dit-elle, puis elle s'arrêta. "Et… et toi aussi, n'est-ce pas ?"

Il ne répondit pas. Il regardait ses mains avec une intensité désespérée. Il semblait se retenir, comme s'il voulait s'empêcher de la frapper.

"Blaise. Comment peux-tu ? Elle est horrible."

Drago regarda ailleurs.

"Ou ce n'est pas elle… oh, bien sûr que ce n'est pas elle." murmura Ginny. Elle eut l'impression d'être déchirée de l'intérieur. "Tu…"

"Je ne veux pas en parler." Sa voix était aussi coupante qu'un diamant. Ses yeux étaient à nouveau indéchiffrables. Il l'avait désiré. Elle savait qu'il l'avait désiré ; elle n'était pas stupide, ou aveugle. Mais il l'avait repoussé, et avec tant de fermeté. "Ça ne sert à rien."

Ginny le dévisagea. Pour certaines raisons, elle entendit la voix d'Hermione dans sa tête. C'était il y a des mois quand elle lui avait dit qu'elle commençait à avoir des sentiments pour Drago. Et elle s'était plainte que Drago ne lui dirait pas s'il ressentait la même chose. Qu'avait dit Hermione ? "Ça signifie qu'il t'apprécie assez pour qu'il ne veuille pas que tu te fasses de faux espoirs. Tu dois comprendre que… qu'il ne te mentira pas. Pas à propos de ses sentiments. Il es toujours douloureusement honnête."

Finalement, Ginny comprenait pourquoi Hermione avait qualifié cette honnêteté de douloureuse. Elle pensait avoir ressenti toute la douleur possible à propos de Drago, mais il semblait qu'elle se soit trompé. "A rien… bien sûr que si !" affirma-t-elle d'une voix très calme.

"Non ! Ça ne sert à rien." Il détourna le regard par-delà la roseraie baignée dans une lumière aussi brillante que du sang de licorne. "Si tu continues comme ça, tu vas finir par me haïr."

"Je ne pourrais jamais te haïr, Drago."

"Oh, si, tu pourrais." la contredit-il, comme s'il savait de quoi il parlait. "Et tu me haïras. Parce que tu es comme moi. Tu ne pourras jamais être heureuse avec un lot de consolation, ou avec la moitié de ce que tu désires. Et tu te battras contre ça, tout comme moi, mais nous ne parviendrons qu'à nous défier mutuellement. Quand on est comme nous, on n'abandonne pas quand ça ne marche pas. On peut démolir l'autre jusqu'à ce que l'un des deux ne le supporte plus. On ne peut pas simplement… oublier."

Il y eut un long silence. Ginny concentrait toute son énergie à ne pas pleurer, si bien qu'il lui fallut un moment avant de parvenir à reparler. Finalement, elle dit : "Tu as tort."

"J'ai tort ?" L'expression de Drago était indéchiffrable. "Tort à propos de quoi ?"

"Je peux t'oublier. Et je le ferais. A partir de maintenant."

Il la regarda. Il avait résisté à tout ce qu'elle lui avait jeté au visage, mais il semblait que même lui avait un point de rupture. Ses yeux brillèrent un instant de son ancienne méchanceté provocante.

"Essaie !"

Elle ne trouva rien à redire à ça. Elle se détourna et partit, consciente de ses yeux dans son dos.

¤¤¤

Hermione ne savait pas depuis combien de temps ils se tenaient là. Ils s'embrassaient toujours, si on pouvait dire ça comme ça ; elle avait plus l'impression qu'ils essayaient de combler le fossé qui s'était installé entre eux au cours des derniers mois et de fusionner en une seule personne.

Harry s'était glacé au moment où elle l'avait embrassé, et elle avait craint une seconde qu'il ne la repousse, mais ses mains avaient ensuite saisi sa taille, et il l'avait soulevé. Elle avait vaguement eu conscience de l'entendre shooter dans les cartons de Bièraubeurre vide avant de se sentir plaquée contre le mur des Trois Balais, les pierres s'enfonçant dans son dos, et Harry l'embrassant comme si sa vie en dépendait. Cette soudaine passion l'avait d'abord surprise, avant de galvaniser sa propre réponse ; elle sentait des secousses, comme causées par le chaud ou le froid, courir le long de ses nerfs, annihilant toute pensée rationnelle. Elle avait déjà connu des baisers auparavant, de doux et gentils baisers, voire passionnés, mais jamais de ce genre : il y avait quelque chose de brouillon et d'irréfléchi dans la manière dont Harry s'accrochait à elle, les mains serrées sur ses bras (elle aurait sûrement des marques le lendemain), comme s'il s'attendait à ne plus la voir ou ne plus la toucher.

Elle avait l'impression de chuter sans jamais en voir la fin. Elle se souvint de la première fois qu'elle l'avait embrassé et qu'elle avait vécu comme un étrange miracle, d'enfin connaître au toucher ce territoire qu'elle connaissait par cœur de vue : la sensation de sa bouche, la légère rudesse de sa peau, son goût. Mais il n'y avait rien eu de ce genre, avec un tel désespoir : ce combat de dents, de langues et de baisers tels des morsures, le choc furieux de la boucle qui maintenait sa cape, la sienne qui tombait, Harry écartant les décombres par terre et la pressant contre le mur de tout son poids, ses mains parcourant son corps. Ses mains à elle étaient sur le bas de son pull, qu'elle fit remonter jusqu'à sa tête et qu'elle jeta, lunettes comprises, sur un carton vide. Il n'avait qu'une fine chemise en coton en dessous. Harry était musclé malgré sa silhouette fine, et alors qu'il se déplaçait pour se rapprocher d'elle, elle put sentir les muscles de son dos bouger sous ses mains. Il tremblait, les mains tremblotantes aux endroits où il touchait son visage, sa gorge, sa poitrine à travers le tissu de sa robe. "Tu as froid ?" murmura-t-elle contre sa bouche, "Est-ce que ça va ?" mais il ne répondit pas. "Harry…" répéta-t-elle, et cette fois il couvrit sa bouche de la sienne pour la faire taire. Elle ferma les yeux, essayant de se convaincre de ne pas s'inquiéter ; et un froid soudain frappa sa peau, et elle ouvrit les yeux de surprise. D'une manière ou d'une autre, Harry s'était débrouillé pour défaire son corsage qui était désormais ouvert à partir de la taille, l'air froid la touchant telles des éclaboussures de champagne. "Harry…" protesta-t-elle, devenant de plus en plus nerveuse à mesure que ses mains glissaient sous sa robe. L'impression enivrante de chute l'avait quitté, l'allée et ses environs redevenant de plus en plus net : les lumières éclairées, la porte au nord, la rue juste derrière. "Harry, on devrait arrêter… quelqu'un pourrait venir, et nous voir…"

"Et alors ?" Sa bouche était pressée contre sa gorge, et elle frissonna de plaisir, mais également de nervosité ; elle se sentait sur le point de paniquer, et n'était pas sûr de savoir pourquoi… pourquoi aurait-elle peur de Harry ?

"Alors, c'est privé. Harry !" Il était en train de retirer sa robe de ses épaules. Elle réalisa qu'elle allait se retrouver nue d'un moment à l'autre. Alors qu'elle admirait son habilité à défaire son corsage si rapidement (il lui avait presque fallu une heure pour le lacer correctement, et il avait tout défait en moins d'une minute), elle devint plus consciente de sa peur croissante que quelqu'un pourrait venir (Ron, probablement) et les voir. "Harry." murmura-t-elle. "Pas maintenant."

Il sembla ne pas l'entendre. "Tu m'as manqué." murmura-t-il en retour. "Tu m'as tellement manqué." Elle se tendit alors qu'il capturait sa bouche à nouveau. Ses mains étaient posées sur sa jupe, ses doigts faisant remonter le tissu sur le haut de ses cuisses. L'air froid frappa ses chevilles, ses genoux, et bientôt elle ne trembla plus qu'à cause du froid. Il la touchait d'une manière qu'il n'avait jamais fait auparavant, et soudain, une impression d'inconvenance se diffusa dans ses veines, augmentant son appréhension. Embrasser Harry, le toucher, avait toujours été comme entrer dans un endroit familier et aimé ; maintenant, elle avait l'impression que c'était comme ouvrir la porte de sa maison et la trouver habitée par des étrangers. Sans même penser à ce qu'elle faisait, elle posa ses mains sur ses épaules et le repoussa avec force.

Harry sembla choqué. Il la dévisagea un moment, le vertige quittant ses yeux. Elle se souvenait de comment il était après avoir gagné au Quidditch : il lui fallait toujours un moment pour revenir sur terre, même après avoir atterri. Elle supposa que d'une manière, il avait volé ; sauf que cette fois, elle n'avait pas volé avec lui. "Hermione, qu'est-ce qui ne va pas ?"

Il ne le savait pas ? Il ne le savait vraiment pas ? Elle réalisa qu'elle était incapable de lui dire. Au lieu de ça, elle dit la chose la plus censée qui lui venait à l'esprit : "Je t'ai manqué ? Comment aurais-je pu te manquer : j'étais avec toi tout le temps."

"Tu étais là." Harry prit son pull et le remit. Elle se demanda s'il occupait ses mains de manière à ne pas avoir à la regarder. Ses joues étaient rouges et, d'après elle, pas seulement à cause du froid. "Pas moi."

"Et maintenant oui ?" répliqua-t-elle. Elle avait croisé les bras sur sa poitrine pour se couvrir, mais elle avait toujours froid. "Ou es-tu simplement saoul ?"

Harry se baissa et ramassa sa cape blanche, qui était tombé sur la sienne. Il la lui tendit et elle la prit, l'enroulant autour de ses épaules. "Peut-être que je suis un peu saoul." convint-il très calmement. "Mais ce n'est pas comme si je voulais… être avec toi parce que j'étais saoul. Je t'ai toujours aimé. C'est juste que, d'habitude… dernièrement, en fait… je ne pouvais pas le dire."

Elle secoua la tête. Ses mains, occupées à lacer son corsage, tremblaient. "Pourquoi ne peux-tu pas le dire ? Tu as changé d'avis ? Tu ne ressens plus la même chose ? Est-ce que tu as… honte de moi ?"

"Honte de toi ?" Il rit. C'était un son douloureux. "Moi, avoir honte de toi ! C'est amusant. En quelque sorte." Il se baissa et ramassa ses lunettes, qui étaient couvertes de neige. Il commença à les nettoyer avec le bas de son pull. Il semblait différent sans elles. Plus âgé. Ça accentuait la finesse de son visage, le rendant plus beau, moins doux et enfantin. Plus dur. "Pourquoi dis-tu cela ?"

"Tu ne m'embrasses pas, tu ne me touches pas en public, mais ici, au bout de l'allée, tu es complètement sur moi. Qu'est-ce que ça veut dire, Harry ? J'ai toujours dit que je voulais attendre, pour que ce soit vraiment spécial quand nous serons ensemble, mais j'ai l'impression que tu aurais été parfaitement heureux d'être saoul et de le faire contre un mur."

"Hé !" cracha Harry, et il remit ses lunettes. "Tu m'as amené ici. Et tu m'as embrassé, alors qu'étais-je censé penser ? Tu es ma petite amie ! Bien sûr que je veux… tu sais. Et… et je vais bien maintenant."

Son visage s'était empourpré. Hermione fut vaguement amusé. Elle avait le sentiment que les Dursley avait dû lui donner une éducation sexuelle particulière. "Oui, mais ça ne veut pas dire que..." Elle s'arrêta. Elle savait ce qu'elle voulait dire, elle pouvait entendre les mots dans son esprit. Tu vas bien maintenant, parce que tu as bu. Et tu vas bien quand tu voles. Et si nous faisons l'amour, tu iras aussi probablement bien car ce ne serait qu'une autre drogue pour tuer la douleur de ce qui t'ennuie. Mais je ne veux rien de tout ça. Car ça ne durerait pas. Et ensuite, je t'aurais tout donné et ça ne suffira pas.

Mais bien sûr, elle ne pouvait pas dire ça.

"Bon, pourquoi as-tu voulu venir ici alors ?" demanda Harry, l'air clairement confus.

Hermione se couvrit le visage de ses mains, embarrassée. "Et bien, tu flirtais avec Blaise, et je..."

"Flirtais ?" Harry sembla étonné. "Je ne flirtais pas !"

"Oh, bien sûr que si !"

"Avec elle ? C'est une Serpentard ! Et c'est la petite amie de Drago, et de toute manière, elle me déteste."

"Elle ne te déteste pas, elle a dit que tu étais magnifique et qu'elle te croquerait bien et… pourquoi est-ce que je dis ça ? C'était répugnant quand elle l'a dit."

Harry la regardait avec un amusement certain. "Tu inventes !"

"Non."

"Je parie que si."

Hermione soupira. "Harry, idiot… la moitié des filles de l'école sont amoureuses de toi."

Harry commença à rire. "Quoi, seulement la moitié ?"

"Je pense que l'autre moitié revient à Drago. Mais ce sont des Serpentards pour la plupart." Elle secoua la tête. "Je ne peux pas croire que tu ne l'aies jamais remarqué, mais bon, c'est typique. Le fait que tu ne saches pas à quel point tu es mignon est le plus mignon. Les filles adorent ça… et je pense que j'en ai trop dit."

"Ah, alors c'est une information top-secrète-qui-ne-doit-pas-être-partagée-avec-la-gente-masculine ?"

"Oui. Maintenant je vais devoir te tuer avant que tu n'ailles le dire à Ron ou, le ciel nous protège, à Drago."

"Exact, je suppose qu'ils ne savent pas à quel point ils sont mignons non plus."

"Et bien, Ron probablement, mais Drago ? Je ne veux pas te décevoir, mais Drago sait exactement à quel point il est mignon."

Harry sourit. "Oui... un peu révoltant, non ?"

"A vrai dire, révoltant n'est pas le mot exact."

Harry grogna. "Bon, si tu veux dire que … ouille !"

Hermione sursauta. "Harry, quoi ?"

Mais Harry reculait déjà, ôtant de la neige sur son épaule. "Quelqu'un m'a jeté une boule de neige… Ron !" cria-t-il, et il éclata de rire. Hermione suivit son regard et vit Ron à l'entrée de l'allée, les mains en l'air comme pour dire : "Qui, moi ?" Mais il souriait. Elle put voir derrière Ron d'autres formes sombres qui en jetaient en tous sens : les septièmes année dont Blaise parlait.

"Je n'avais pas le choix !" cria Ron en retour. "Neville et Dean l'auraient fait à ma place sinon !"

Mais Harry secouait la tête. "Tu... vas... mourir !" cria-t-il, et il courut vers Ron qui rebroussa chemin en riant. Hermione les regarda partir, pensive. Quel âge ont-ils, douze ans ? Elle remonta l'allée et arriva dans la rue juste à temps pour voir Harry sauter sur Ron, le renverser au sol et commencer à lui remplir la chemise de neige. Ron cria, et commença à farfouiller dans la neige pour en faire une autre boule. En les regardant, une autre image se superposa à ses yeux : elle les vit tous les trois rouler dans la neige quand ils avaient quatorze ans et que le fait qu'elle soit une fille importait peu. Le sentiment de nostalgie se fit soudain ; soudain et douloureux. Ils avaient été si heureux ensemble, tous les trois. A pas de loup, elle se baissa et ramassa une poignée de neige qui lui brûla les mains. Elle se glissa derrière Harry, trop occupé à mettre de la neige dans les oreilles de Ron pour la remarquer, et glissa le tas de neige avec prudence dans le dos de sa chemise.

Le cri qui en résulta fut instantané et délicieusement fort. Harry tomba sur le côté, se tortillant, tandis que Ron, les cheveux plein de neige, riait trop pour parler.

Harry lui jeta un regard noir. "Hermione ! Tricheuse !"

"Ne sois pas mauvais joueur, Harry Potter." répondit-elle, en reprenant une poignée de neige pour la lui lancer. Harry tendit la main et attrapa sa jambe, et elle tomba par-dessus Ron qui commença à remplir son corsage de neige avec une indifférence totale pour ce qui s'y trouvait. Hermione se débattit, agrippant Harry avec ses mains gelées. Hurlant de rire, ils roulèrent jusqu'au bas de la colline, emmêlés, pour finalement rencontrer un gros rocher. Hermione s'assit la première, crachant de la neige et se tenant le ventre, lequel commençait à lui faire mal à force de rire. Sa robe était trempée et ses cheveux humides commençaient à boucler, mais elle s'en fichait. Elle regarda Harry et Ron s'asseoir à leur tour, aussi couverts de neige que s'ils avaient été roulés dans du sucre glace. "Bon." dit Harry en retirant ses lunettes, qui étaient presque méconnaissables. "C'était…"

Il fut coupé par Hermione qui les prit par le cou, les enlaçant étroitement. Tous deux semblèrent surpris par cette soudaine affection ; Ron lui tapota gentiment le dos. Elle les relâcha finalement et les regarda : couverts de neige, trempés, leurs superbes tenues dégoulinantes et leur collant à la peau. Ils auraient presque pu être les deux garçons qui avaient glissé sur le sol humide des toilettes après l'avoir sauvée du troll il y a des années.

"Je voulais juste que vous sachiez," lâcha-t-elle soudainement, se surprenant elle-même, "que je vous aime. Je vous aime tous deux, peu importe ce qui pourrait nous arriver."

Ron regarda Hermione, puis Harry, l'air clairement embarrassée. "Encore forcée sur le gin, n'est-ce pas ?"

Harry acquiesça. "Ça devient problématique."

Hermione leva les mains. "Oh , allez…" dit-elle, et sans savoir ajouté quoi que ce soit, chacun lui prit la main, Ron la gauche, Harry la droite. "Nous serons toujours ensemble." affirma-t-elle d'une voix ferme. "Pas vrai ? pas vrai ?"

Harry et Ron semblaient plus embarrassés que jamais. "Et bien, pas toujours." répondit Ron. "Je pense que je vais prendre un bain chaud en rentrant, et je projette de le faire seul, merci."

Harry lui sourit. "Tu n'as pas besoin de quelqu'un pour te frotter le dos ?"

Ron joua des sourcils. "C'est une offre ?"

"Nan... Je pensais à Mimi."

"Oh taisez-vous, vous deux," les interrompit désespérément Hermione. "Ecoutez, promettez-moi simplement que nous serons toujours amis, d'accord ? Parce que c'est Noël, et que si vous ne le faites pas, j'irai personnellement dire à Mimi que vous êtes amoureux d'elle, et elle ne vous lâchera plus jamais. OK ?"

"OK !" accepta Harry, en riant. "Je promets."

"Moi aussi !" dit Hermione. "Je promets."

Elle regarda Ron ; il semblait étrangement ennuyé, comme si sa promesse le rendait malheureux. "Je promets ! Nous serons toujours amis."

¤¤¤

"Toute résistance est vaine !" ronronna la voluptueusement diabolique Lady Stacia, sa poitrine généreuse montant et descendant sous son corset en cuir comme un soufflé capricieux. "Tu es à moi désormais, Tristan. Oublies Rhiannon. Moi, et moi seule, peux te conduire à l'extase."

Tristan serra les dents. Il aurait bien plié ses bras virils, mais il ne pouvait pas car Lady Stacia l'avait attaché à un pilier. "Rhiannon est mon seul véritable amour, et je ne pourrais jamais l'oublier. Jamais !"

Lady Stacia haussa les épaules, et sortit une longue plume de phœnix de sa botte en cuir, avec laquelle elle commença à taquiner le torse nu du pauvre Tristan. Tristan se mit à penser qu'elle ne le laisserait pas tranquille avant d'avoir goûté à ses charmes virils. Bon, peut-être que Rhiannon ne dirait rien si c'était juste une fois, n'est-ce pas ? De toute manière, elle avait été enlevée par des pirates. Qui sait quand il la reverrait ?

Ginny posa Pantalon Passionné sur ses cuisses et regarda la couverture d'un air inconsolable. Elle était vide pour le moment ; les versions illustrées de Rhiannon et Tristan avaient disparu, sans doute pour avoir un peu d'intimité. Bon, pensa sombrement Ginny, il y a au moins quelqu'un qui s'amuse ce soir. Et bien sûr, le Tristan de l'histoire laissait tomber Rhiannon pour la énième fois, parce que, se raisonna-t-elle en jetant le livre sur le lit, les hommes sont inutiles.

Ou pas. Elle eut un pincement au cœur en se souvenant : elle était revenue dans la Grande Salle après avoir quitté Drago, les nerfs à fleur de peau, et elle avait vu que Seamus discutait agréablement avec Charlie, et elle avait senti son estomac se retourner. Seamus était si doux, si attentionné, alors que faisait-elle à part le traiter de la pire des manières ? Il avait levé les yeux et lui avait souri, et elle avait eu besoin de toute sa volonté pour ne pas quitter la pièce en courant. Au lieu de ça, elle était allé le voir et s'était excusée pour le reste de la soirée, prétextant un mal de tête. Il l'avait raccompagné à la Tour, gentil comme à son habitude, et la dernière chose qu'elle avait vu de lui était sa tête blonde disparaissant dans l'obscurité alors qu'elle montait les marches vers son dortoir vide.

Elle soupira et s'allongea sur le lit, la tête enfouie entre ses bras. Elle se sentait horriblement coupable pour Seamus, privé de sa Tournée des Pubs, et pire, elle ne parvenait pas à se défaire du sentiment de l'avoir trompé. Bien sûr, elle n'avait pas eu l'intention d'embrasser Drago…

Elle roula sur elle-même et regarda le plafond. De qui se moquait-elle ? Comme si elle était sortit pour une autre raison. Elle avait levé les yeux pendant qu'elle dansait avec Seamus et avait vu Drago près de la porte de la Grande Salle, la regardant. A cette distance, elle n'avait pas pu voir l'expression de son visage, juste la pâleur de sa peau et l'argent de ses cheveux contre les ténèbres derrière lui. Mais elle pouvait voir l'angle de ses épaules, sa manière de se tenir, et elle avait su qu'il la regardait. Puis elle l'avait vu partir. Il n'y avait rien sur terre qui aurait pu l'empêcher de le suivre.

D'où, pensa-t-elle, la culpabilité, et le mal de tête pulsatile. Elle s'assit, se demandant si elle ne devrait pas aller chercher un Charme Anti-Douleur, quand elle réalisa que le martèlement qu'elle entendait n'était pas, en fait, la douleur dans sa tête. C'était quelqu'un toquant à la porte du dortoir.

Elle se leva lentement, les bras serrés autour d'elle. Elle portait un jean et un pull marron qui avait autrefois appartenu à Ron ; les manches étaient si longues qu'on ne voyait pas ses mains. Avec un soupir, elle traversa la pièce et ouvrit la porte, se demandant si c'était Elizabeth ou Ashley, trop fatiguées pour se rappeler comment fonctionnait une clenche.

Mais c'était Seamus. Il avait ôté ses habits chics, et portait un jean et un pull jaune avec une ligne noire sur le devant. Il était pieds nus, les cheveux en bataille, l'air d'avoir passé les dernières vingt minutes à faire quelque chose de très déplaisant. "Salut !" dit-il, ses yeux parcourant la pièce pour voir s'il y avait quelqu'un d'autre. Satisfait que le dortoir soit vide, il revint sur Ginny. "J'espérais te parler."

Ginny s'appuya contre le montant de la porte. "Oh, Seamus. Quoi que ce soit, ne le dis pas. Je ne suis pas en état de faire face. Pas maintenant."

Seamus secoua la tête. "C'est ridicule !"

"Je sais. Et je suis désolée. J'ai ruiné ton Bal de Noël, et tu aurais pu aller à la Tournée des Pubs, et je me sens horrible. Je me déteste. Je suis tellement, tellement désolée."

Seamus sembla exaspéré. "Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je parlais de toi… toi te laissant être misérable comme ça. Je me fiche du Bal de Noël ou de la Tournée des Pubs ou de quoi que ce soit d'autre ! Mais je m'intéresse à toi, Ginny."

Elle le regarda avec surprise. "Seamus..."

"C'est vrai !" enchaina-t-il rapidement. "Depuis longtemps. Quand tu es revenue cette année, après être partie, c'était comme… tu étais une toute autre personne et je n'arrivais pas à croire que je ne t'avais pas remarqué avant. Tu es belle, tu es intelligente, tu es une fantastique joueuse de Quidditch, tu es drôle, tes amis semblent clairement t'adorer..."

Ginny le regarda, la bouche grande ouverte. "Je n'en avais aucune idée."

"Et bien, maintenant si !"

Elle secoua la tête. "Ne... ne sois pas si doux et gentil. Je ne le mérite pas." Elle s'appuya contre le montant de la porte, sans espoir. "Je ne peux pas faire ça. Ce serait une erreur et… et je ne peux pas le faire encore une fois."

Seamus sembla surpris. "Encore ? Tu es déjà sortie avec moi ?"

Ginny rit malgré elle. "Non, je veux dire... écoute, Seamus, je t'apprécie, vraiment, tu es charmant et adorable, mais j'ai découvert que c'était une très très mauvaise idée d'aller contre mes instincts. La dernière fois que je l'ai fait… et bien, ça n'a pas marché pour moi."

Seamus acquiesça. Il mit ses mains dans ses poches. "Je viens juste de voir ton frère revenir de la Tournée des Pubs avec Harry et Hermione. Ils n'ont même pas eu l'air surpris de me voir assis seul dans la Salle Commune. Ça m'a fait me demander ce qu'ils savaient et que j'ignorais. Ginny..." Il s'arrêta. "Qu'est-ce que Malefoy t'as fait exactement ? Je ne dirai rien… ne te jugerai pas… je veux juste comprendre."

Ginny se mordit la lèvre. "Tu ne pourrais pas..."

"Je pourrais si tu m'expliquais !" la coupa Seamus d'une voix ferme.

Ginny hésita, le regardant. Il avait un visage agréable et honnête, ce qui accentuait l'air enfantin dû à ses tâches de rousseur. Il semblait fort, loyal, inconditionnel et toutes ces choses qu'elle associait à ses frères, à tous les hommes dans sa vie en fait… excepté pour un. Elle n'arrivait pas à s'imaginer revenir sur toute l'obscurité, la misère, la confusion, la douleur, la victoire et la déception des six derniers mois pour Seamus, et qu'il comprenne.

Mais peut-être le sous-estimait-elle. Peut-être qu'il pourrait comprendre. Si ce n'était pas le cas, il donnerait l'air de vraiment vouloir comprendre.

Et peut-être qu'elle avait simplement besoin de quelqu'un à qui parler.

Elle se recula et fit signe à Seamus d'entrer. Il la regarda avec surprise, l'air hésitant. "Entre. Entre et je te dirai tout ce que tu veux savoir."

¤¤¤

Il avait attendu si longtemps à leur lieu de rendez-vous qu'il était sur le point d'abandonner quand elle apparût enfin.

Elle avait l'air pâle et fatiguée, la tenue en désordre. "Ron." le salua-t-elle, et il vit son parchemin dans sa main. "J'ai eu ton message." Elle ne fit aucun mouvement vers lui, elle s'appuya simplement sur la porte fermée. "Pourquoi voulais-tu me voir ? Tu sais que ce n'est pas le moment."

Il la regarda avec une légère incrédulité. "Ça fait des jours. Je ne peux pas attendre si longtemps…"

"Et bien tu devras !" répliqua-t-elle sèchement. "Il y a des choses plus importantes dans la vie que le sexe, Ron."

"Ce n'est pas pour ça que je voulais te voir !" Il agrippait la table si fort que ses mains le faisaient souffrir. "Tu me manquais."

Ses joues pâles rosirent. "Tu m'as vu aujourd'hui. Et hier. Et le jour avant. Et…"

"Mais pas comme ça ! Pas comme ça…" Il traversa la pièce, la prit dans ses bras et l'embrassa. Ou essaya du moins. Elle tourna la tête, ne voulant pas le regarder. "Pourquoi ?" demanda-t-il. "Pourquoi fais-tu cela ?"

"J'ai peur." répondit-elle calmement.

Il secoua la tête. Une étrange douleur avait commencé à se faire sentir dans sa cage thoracique. Il avait du mal à respirer. "Je ne te laisserai pas me plaquer… je le dirai à tout le monde…"

Elle sursauta dans ses bras comme s'il l'avait coupé avec une lame. "Non ! Non, tu as promis !"

"Et tu as dit que tu m'aimais ! Ou est-ce que tu mentais ?"

Elle rit ; c'était un son cassant. "Je mens à tout le monde. Pourquoi pas à toi aussi ?"

"Il y a une solution simple à ça. Dis-leur la vérité."

Elle sembla se faner dans son étreinte. "Je ne suis pas encore prête."

"Quand le seras-tu ?" Il chercha son visage du regard. Comme toujours, dans la lumière pâle et colorée de la pièce, elle avait un air fantomatique, les traits assombris. Il aurait presque pu penser qu'elle n'était pas réelle, comme une créature moulée d'après ses propres désirs.

"Au Nouvel An !" dit-elle soudain, le surprenant. Il se souvint de la surprise qu'il avait ressentit la première fois qu'elle l'avait invité ici. Il avait cru à une blague. "Le jour du Nouvel An, si c'est ce que tu veux."

"C'est ce que je veux !" Il caressa légèrement sa joue du bout des doigts. Elle avait laissé sa tête reposer sur son épaule, ses cheveux couvrant son visage. Il se souvint qu'elle avait été celle qui l'avait embrassé, en premier, après avoir passé ses bras autour de son cou et l'avait attiré vers elle. Il l'avait laissé faire, à cause de la surprise et de quelque chose d'autre. Elle semblait timide maintenant, les mains serrés en poing sur son torse. "Ecarte tes cheveux." lui disait-il parfois quand ils étaient allongés sur le sol. "Je ne vois pas ton visage."

Et elle riait. "Je peux toujours voir le tien. Tu ne peux te cacher."

"Oui, je sais."

¤¤¤

"Dégage, Potter !" ordonna Drago. "Je suis fatigué. Très, très fatigué. Je n'ai pas besoin de ça maintenant. Il est quatre heures du matin."

Harry, qui sautillait avec excitation dans le couloir s'arrêta, l'air vexé. "Allez, Malefoy ! Tu n'as pas entendu ce que j'ai dit ?"

"J'ai entendu." répondit Drago en s'appuyant contre le cadre de la porte et en regardant Harry d'un air peiné. D'habitude, il était content de voir Harry, mais à cet instant, il voulait surtout être seul. Sa tête le faisait souffrir comme jamais depuis qu'il était revenu de la roseraie. Il continuait de voir le visage de Ginny derrière ses paupières : son air incrédule se transformant en colère et en haine. Elle le haïssait. Bien, s'était-il dit, et c'était ce que tu cherchais. Alors félicitations. "J'ai entendu." répéta-t-il en baissant la voix. Il était tard, mais des étudiants revenant de la Tournée des Pubs continuaient d'arpenter les couloirs. Bien que Harry soit descendu avec sa Cape d'Invisibilité, il l'avait enlevé aussitôt que Drago avait ouvert la porte de sa chambre. L'avait enlevé, et avait tendu une main dans sa direction. Une main tenant une boîte argentée contenant un Portoloin. "Tu as volé le Portoloin dans le bureau de Lupin. Joli travail et tout, mais, tu sais, il comptait nous le donner la semaine prochaine de toute manière. C'est un peu comme entrer par effraction à Gringott et vider ton propre coffre, si tu veux mon avis."

"Mais je veux y aller maintenant." répliqua Harry, avec cette voix passionnée qu'il utilisait habituellement pour parler de Quidditch. Ses yeux brillaient d'excitation. "On peut utiliser ce Portoloin et le remettre dans le bureau de Lupin demain matin. Personne n'en saura rien."

"Et pour Hermione et Ron ? Ils ne vont pas remarquer que tu es parti ?"

"Ils dorment. J'ai laissé Hermione à sa chambre, et ça fait un bail. Si nous revenons vers neuf heures demain, personne ne remarquera qu'on est partis. Ça nous laisse quatre heures. Bien plus de temps qu'il n'en faut."

"Je pensais que tu appréciais le Professeur Lupin."

Harry sembla décontenancé. "Oui, bien sûr que je l'apprécie. Mais c'est important." Il s'arrêta et jeta un coup d'œil sur le côté. "N'oublie pas… Quelqu'un approche."

"Quoi ? Oh… abruti !" Il saisit Harry par le devant de sa chemise et le tira à l'intérieur. Il ferma la porte derrière lui et s'y adossa, le regard fixé sur Harry. Il avait rarement vu Harry comme ça : chaque centimètre de son corps semblait vibrer d'impatience. "Je ne sais pas, Potter. Voler, fureter… ce n'est pas plutôt mon domaine ?"

Harry rit. "Exact ! Parfois j'oublie que tu ne me connais pas depuis longtemps."

"Je te connais depuis six ans."

"Tu sais ce que je veux dire, Malefoy." Harry s'arrêta, ses yeux parcourant la tenue de Drago. Il ne s'était pas encore changé. "Tu ne peux pas porter ça. On va prendre les transports en commun Moldus. Mets un jean ou quelque chose."

Drago regarda Harry avec irritation. Il n'avait pas remarqué ce que portait Harry : son pantalon de Quidditch, un épais pull noir, une veste noire et des bottes. Il semblait habillé pour une mission de reconnaissance. Drago trouva tout ça inexplicablement agaçant. "Je porterai ce que je veux, Potter. Si je décide de mettre un chapeau décoré de fruits, je ne vois pas en quoi ça te regarde."

Harry lui jeta un regard dur. "Dis-moi que je suis devenu fou, Mais j'ai l'impression que toute cette histoire ne te déplaît pas."

Drago haussa les épaules. C'était douloureux. "Et bien oui et non."

"Très drôle." Harry ouvrit de grands yeux. "Est-ce que tu me fais confiance ?"

Drago soupira. "Dernièrement j'ai fait ce rêve. Dans lequel tu venais dans ma chambre en me disant que tu venais de tuer quelqu'un et que tu voulais que je t'aide à cacher le corps. Ce que j'ai fait. Mais je me suis réveillé très agacé."

"Quel est le rapport ?"

"Le rapport n'est pas que tu continues de me demander de faire des choses sans me dire pourquoi, mais que la dernière fois que je l'ai fait quelqu'un a essayé de me tuer."

"Oh, je vois. Et je comprends parfaitement."

"C'est génial, parce que je ne tiens pas à ce que mon intérêt pour mon horrible mort prématurée soit ambigu."

"Je ne laisserai rien t'arriver !" affirma Harry avec exaspération.

"C'est touchant, d'une manière stupide, arrogante et typiquement Gryffondoresque."

Harry souffla bruyamment, ce qui fit s'envoler les mèches tombant devant ses yeux. "Malefoy..."

"Très bien ! Je viendrai, et je ne dirai rien à propos de ça. A une condition."

"Laquelle ?"

"Demain, quand on reviendra, tu diras exactement à Hermione où nous étions. Je ne lui mentirai pas, pas même sur ta demande."

Harry leva vivement les yeux, cherchant le visage de Drago. Pour quelqu'un qui avait semblé distrait et distant si souvent dernièrement, ses yeux pouvaient être comme des poignards quand il le désirait. Drago lutta pour ne pas détourner le regard, et y parvint. "Bien !" accepta finalement Harry, après un court silence. "Je lui dirai demain."

"OK !" Drago alla à sa garde-robe et choisit un pardessus anthracite bordé de daim. Il le passa par-dessus sa tenue et se tourna vers Harry, qui contrôlait difficilement son impatience. "Prêt !"

Harry lui tendit sa main gauche contenant la boîte du Portoloin. Elle brilla dans la faible lumière provenant des fenêtres, et les yeux de Harry s'illuminèrent, comme s'ils avaient fondu dans du métal couleur émeraude. Sa mâchoire était serrée par la détermination, et pour la première fois depuis longtemps, Drago se souvint pourquoi la pensée de Harry Potter l'avait effrayé une fois.

Il s'avança vers Harry et se tint près de lui. "Accroche-toi à moi !" conseilla Harry, et Drago s'agrippa avec force à la manche de sa veste. Il vit Harry prendre le Portoloin dans la boîte avec sa main droite et la secousse familière se fit ressentir. Il bascula dans le néant grisâtre, Harry à ses côtés.

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Note de l'auteur :

Avertissement pour les prochains chapitres : cette série va devenir bien plus sombre que les deux premières car on touche à la fin de l'histoire. Des gens vont mourir et ne pas revenir, et il y aura du -tousse violemment- sexe. Et pas seulement du sexe hors écran comme Ron a eu. Je vais changer le rating pour les prochains chapitres en "R".