Note : Bonjour tout le monde ! je tenais à m'excuser pour le retard, normalement, vous auriez du avoir ce chapitre la semaine dernière, mais je n'ai pas pu accéder au net, avant aujourd'hui. Donc, mes plus plates excuses ! Je suis vraiment ravie que cette fic vous plaise, je dois dire que j'avais un peu peur de faire du déjà-vu ou un truc pas cohérent, mais vous semblez apprècier, donc, je ne dis que je ne suis pas si mauvaise (là, je cherche les compliments lol) enfin, ne nous réjouissons pas trop vite, le plus dure reste à faire lol Juste une question : comment vont-ils se mettre ensemble, selon vous ?

Mille Bisous et bonne lecture !


Lundi.

Quand j'ouvre les yeux, je suis allongé sur le carrelage froid d'un appartement aux teintes blanches. Je me lève, jette un coup œil autour de moi. Ben dis donc, le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils n'ont pas vraiment fait d'effort décoratif !

Voyez plutôt…

Un évier dans le coin que je suppose être la cuisine, avec un placard et une mallette noire près de la porte d'entrée. C'est tout. Y a même pas de chaises où s'asseoir. Super, on va devoir tout acheter !

- C'est une blague ?!

Je sursaute et me tourne d'un coup pour fusiller Malefoy du regard. C'est lui qui vient de parler derrière mon dos, manquant me tuer d'une crise cardiaque au passage. Saleté !

Ma mauvaise humeur s'évanouit bien vite devant son expression ahurie. Héhé, choqué, le Malefoy ! C'est sûr qu'il ne doit pas être habitué à un tel dépouillement ornemental. Ne parlons même pas de l'absence totale de luxe. Pauvre gosse de riche !

- Bah ! Il ne reste plus qu'à aller faire du shopping, je soupire.

Je déteste faire les magasins, que ce soit pour les fringues, la bouffe ou autre chose.

C'est autour de Malefoy de sursauter à l'entente de ma voix. Il me balance un coup d'œil assassin qui ne m'impressionne pas du tout. Nyark, chacun son tour !

- Mais avant de sortir, regardons de combien on dispose, dis-je en me saisissant de la mallette que j'ai repérée plus tôt.

Je l'ouvre assez facilement, pas de code ou autre protection. Elle contient des papiers, un trousseau de clé, deux outils électroniques ressemblant à des calculatrices et plusieurs liasses de billet. Je m'empare des documents, les lis. C'est l'acte de location de l'appart, au nom de Malefoy et du mien. Il y a aussi un reçu pour la caution et les trois mois de loyer qu'on a payé.

Je compte le reste de l'argent pour vérifier s'il n'en manque pas, on ne sait jamais. 10 000 winzflouz, la monnaie des winz. Mouais, c'est bien ça. Avec cette argent, on va devoir meubler l'appart et subvenir à nos besoins jusqu'au mois prochain, où on aura nos salaires… si salaire il y a, parce qu'il faut tout de même trouver un travail avec de recevoir la paye… Ben, c'est pas gagné !

Je sens qu'on va devoir se serrer la ceinture quelques temps. Quoique si j'arrive à diminuer les achats pour la maison… je pourrais acheter des planches de bois et construire la table, les chaises, ainsi que les étagères… hum, mouais, c'est pas grande chose mais on fera des économies.

Ce que j'ai pris pour des calculatrices sont en fait les journaux de bord donc Sinistra nous a parlé. Il y en a un que je ne peux pas ouvrir, sûrement celui de Malefoy. Apparemment, une protection est mise pour empêcher les autres de l'ouvrir. Dommage !

Je prend celui qui m'est destiné et le trifouille. Je ne mets pas longtemps à savoir comment il marche et découvre les informations qu'il contient. Ici, je m'appelle aussi Harry Potter et mon anniversaire tombe bien le 31 juillet, mais j'ai 20 ans au lieu de 17.

Pendant que je fais quelque chose d'utile, Malefoy, lui, se plaint.

- Salazard ! Mais qu'est-ce que je porte ? C'est quoi ces horreurs ! Mais il n'y a même pas de miroir dans ce taudis ! Mes cheveux ! Mes cheveux ! Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

Etc, etc.

J'aime ce type à la folie, mais s'il n'arrête pas de geindre, je le castre !

- Malefoy, si tu la boucles pas, je t'enferme dans le placard, je menace d'un ton glacial tout en continuant mes manipulations.

Silence durant un moment où je sens le regard du blond sur moi, puis c'est reparti pour un tour. Apparemment, ma menace n'est pas assez convaincante. Avec un soupir, je délaisse la mallette. Je rampe souplement jusqu'à Malefoy qui ne me voit pas puisqu'il a le dos tourné, et lui fait un croche-patte qui l'étale de tout son long par terre.

Oups ! J'espère que je ne lui ai pas cassé le nez. C'est qu'il est mimi son petit nez.

- Bordel, Potter, je vais te tuer ! crie le Serpentard en se redressant d'un coup.

Ouf, son nez n'a rien ! Cela m'aurait quand même embêté si je l'avais abîmé.

Un soudain manque d'air provoqué par l'empoignade de Malefoy sur mon col de chemise, me soustrait de cette ravissante contemplation.

- T'essayais de faire quoi là, exactement, le Balafré ? crache-t-il, furieux.

Je suis plus fort que lui, physiquement, j'arrive donc à me dégager assez facilement et à renverser la situation. Comme je suis quelqu'un de civilisé, je ne l'étrangle pas en retour, mais l'étale par terre et le maintiens au sol de tout mon poids. Il se débat un instant, mais comprend vite que ça ne sert à rien. Il finit par abandonner – ça vaut mieux parce que s'il continue à se frotter comme ça contre moi, je ne réponds plus de rien ! –, le regard brillant de haine et d'humiliation.

- Ca y est, t'es calmé ? je demande froidement.

Il ne me répond pas, mais je lis dans ses yeux qu'il ne fera plus de crise d'hystérie pour éviter une nouvelle offense. Tout comme je vois la lueur de vengeance qui y scintille. Vraiment, entre lui et moi, seule la haine est acceptable.

Avec un soupir désabusé, je le libère et m'assoies sur le côté. Il se redresse d'un coup de rein, me lance un regard vénéneux. Ca me serre le cœur.

- Bien maintenant, on va pouvoir avancé, je dis en mettant la mallette entre nous.

Du coin de l'œil, je surveille Malefoy. Il ne fait même pas mine de vérifier ce que contient la mallette. Il reste là, à me fixer avec colère et haine.

Des coups répétés à la porte nous font sursauter. On jure dans une belle synchronisation. Cela nous fait sourire, on se jette un coup d'œil complice. Quand on s'en rend compte, on est aussi choqué l'un que l'autre. On rougit de concret, mal à l'aise.

Il est adorable avec ses petites joues rosies ! Kyaaaah !!! Hum, hum… non, non, je ne suis pas en mode midinette, non mais oh ! En tout cas, je suis bien content de ne pas être le seul troublé.

D'autres coups sont frappés, plus énergiquement. Je soupire et vais ouvrir la porte avec la ferme intention de la faire bouffer à ce chieur, et sans magie en plus... de toute façon, je ne peux pas en faire…

Mes envies de meurtre disparaissent avec l'apparition de Nev, tout sourire, Zabini derrière lui.

- Salut, Harry !

- Nev ! je m'exclame avec une accolade virile. Entre, je m'efface pour le laisser passer. Toi aussi, Zabini. Ne restes pas sur le pas de la porte comme ça.

Le Serpentard ne me prête aucune attention, il jette un coup d'œil à Malefoy qui hoche la tête. Alors seulement, il entre. Non mais qu'est-ce que c'est que ces manières ? Je suis vexé à mort, là ! Pff, idiot de Serpentard !

Je ne demande même pas à Nev comment ils connaissent le numéro de notre appart. Il a toujours eu le don de me retrouver quelque soit l'endroit où je suis. Ce qui explique que je perdais souvent au jeu de cache-cache.

- On venait voir si vous étiez d'accord pour aller faire du shopping avec nous, propose Nev.

Je grimace au mot « shopping », ce qui fait rire Nev.

- Harry déteste faire les magasins. Il trouve que c'est une perte de temps, explique-t-il aux Serpentards. Mais là, t'as pas trop le choix, mon vieux !

- C'est bon, je le sais, ça, je marmonne en prenant la mallette. Avant d'aller faire du shopping, on devrait aller à la banque, non ? On ne peut pas se balader avec autant d'argent sur nous.

- En voilà une bonne idée ! s'exclama Nev, surpris, comme s'il doute qu'elle vienne bien de moi.

L'enfoiré !

- Vous en pensez quoi, les Serpentard ? enchaîne-t-il sans me laisser le temps de lui dire ma façon de penser.

Malefoy et Zabini, très occupés jusqu'alors à faire des messes basses, se tournent vers nous, interrogateurs et méfiants.

- On pensait aller ouvrir un compte avant d'aller faire les magasins. Vous êtes d'accord ?

Les deux verts et argents haussent les épaules.

- Je prend ça pour un oui, décrète Nev. Allez en route !

On sort et je ferme la porte à clé. Je constate avec soulagement qu'il y a un ascenseur. En plus, il peut contenir jusqu'à 8 personnes et supporter une charge de 900 kg. Youpi ! Je vais pas me péter le dos à transporter des meubles hyper lourds dans des escaliers super étroits. Parce que bon, sans la magie, c'est légèrement galère, tout de même !

Dans l'ascenseur, Malefoy et Zabini se tiennent dans le coin le plus éloigné de nous, comme s'ils craignent qu'on les contamine. Mais pour qui ils se prennent ?

- Un Zabini et un Malefoy morts de trouille par un ascenseur. C'est vraiment quelque chose à voir au moins une fois dans sa vie, me chuchote Nev à l'oreille.

Je le fixe avec perplexité. Il me fait un clin d'œil amusé. Je détaille plus avant les deux Serpentard à la dérobée et je remarque en effet qu'ils n'ont pas vraiment l'air à l'aise, sous leur dehors dédaigneux. Je comprends alors que s'ils se recroquevillent dans un coin, c'est plus par peur que par dégoût. Et puis, je ne sais pas si c'est la lueur des néons, mais ils me semblent un peu vert aussi.

C'est vrai que c'est une situation assez cocasse. Malgré tous mes efforts et ma conscience qui me répète que ce n'est pas bien de se moquer de la phobie des autres, je ne peux empêcher un petit sourire amusé de fleurir sur mes lèvres. Bien sûr, les Serpentard ne le ratent pas et se renfrognent, furieux d'avoir été découverts. Je me détourne d'eux pour ne pas franchement rire, ce qui n'aurait pas été dès plus diplomatique.

Quand les portes s'ouvrent enfin, ils s'enfuient presque et prennent de profondes respirations comme des claustros. Nev et moi, on a vraiment du mal à ne pas rire.

- Bonjour, nous salue une petite bonne femme ronde, en train d'arroser un gros pot de fleur.

- Bonjour, madame.

- Vous êtes les nouveaux locataires, je suppose ?

On hoche la tête.

- Je suis Andy Troh, la concierge.

- Harry Potter, je me présente.

Les autres en font autant, bien qu'avec une certaine réticence pour les verts et argents.

- J'espère que vous vous plairez dans notre petite ville.

- Merci, madame.

- Oh, appelez-moi Andy, voyons ! dit-elle avec un petit sourire coquet.

- Seulement si vous m'appelez Harry, je propose, aimablement.

- Avec plaisir ! glousse-t-elle. Si je peux faire quoique ce soit pour vous, surtout n'hésitez pas.

Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours fait cet effet aux femmes. C'est peut-être pour ça que je préfère les hommes. Eux au moins, ne me postillonnent pas dessus à chaque pouffement.

- Eh bien, justement, j'aurais besoin d'un petit renseignement. Est-ce que vous sauriez où l'on peut trouver une banque et un magasin de meuble ?

- Bien sûr ! s'exclama Andy, manifestement enchanté de pouvoir m'aider. Tout est sur la Grande Rue. La banque se trouve à côté de la poste et le magasin de meuble est en face du fleuriste, au bout de la Grande Rue. Vous ne pouvez pas le rater, il y a marqué « Conforabitat » en gros et clignotant. De tout façon, si jamais vous ne trouvez pas, longez la Grande Rue, tous les commerces sont là-bas. Pour vous y rendre, le plus simple est de prendre le bus n° 4, l'arrêt est juste de l'autre côté de la rue. Une fois dans le bus, descendez à l'arrêt de la poste.

- Je vous remercie pour ces précieux renseignements, Andy. Vraiment, vous êtes une perle, je la remercie.

La concierge rougit et glousse en battant des cils. Je file avec les autres, avant qu'il ne lui vienne à l'esprit de me sauter dessus. A peine la porte de l'immeuble se ferme derrière nous que Nev explose de rire.

- Le charme Potter a encore frappé ! se moque-t-il, plié en deux.

- Ferme-la, Nev, j'ordonne, furieux.

- Fait attention à tes fesses, mon vieux, ou tu risques bien de te retrouver gigolo avant même d'avoir dit « quidditch » ! ricane-t-il comme un orc.

- Va te faire voir, Londubat ! je crache.

Les Serpentard hésitent entre faire comme s'ils ne nous connaissaient pas ou se joindre à Nev pour se foutre de ma gueule. Apparemment, je suis très aimé car c'est la seconde option qu'ils choisissent. Ils me regardent de haut, de larges sourires narquois aux lèvres. Putain de bâtards !

- Hey ! Nev, Harry !

On lève la tête pour apercevoir Seamus penché à une fenêtre du premier étage.

- Vous allez où comme ça ? demande-t-il.

- Acheter des meubles, je réponds car Nev se tord toujours de rire.

- Bougez pas, j'arrive ! s'exclama Seamsu en disparaissant.

Il se penche de nouveau par la fenêtre, quelques secondes plus tard.

- Qu'est-ce qui lui prend ? s'enquit-il en désignant Nev.

- Laisse tomber ! C'est sa connerie qui s'exprime dans toute sa splendeur, je rétorque.

- Hey ! proteste vivement Nev, soudain moins amusé.

Je lui fais un grand sourire, avant de lever la tête vers Seamus, toujours à sa fenêtre.

- Grouilles-toi ! On va pas t'attendre jusqu'à Noël !

Seamus file aussitôt.

- Il me semblait bien avoir entendu ta voix, Harry !

Je salue Dean de la main. Il vient d'apparaître à une fenêtre du 4ème étage.

- Vous aller faire des courses, si j'ai bien compris. On peut vous accompagner ?

- Au point où on en est, je soupire en haussant des épaules.

- Caches ton joie, surtout ! grimace Dean. On arrive !

Je suppose que le « on » désigne son colocataire et lui. C'est qui déjà, son coloc ?

- Nev, franchement, t'es lourd, là, je marmonne alors que mon soi-disant ami rigole toujours.

- Est-on obligé d'aller faire du shopping en meute ? demande soudain Malefoy avec un moue désobligeante.

- Si tu voulais pas, fallait le dire avant. Maintenant, c'est trop tard, je rétorque sèchement.

Argh ! Mais non, imbécile ! Pourquoi tu l'agresses ? Tout ça c'est de la faute de ce crétin de Nev. Il m'énerve à se foutre de moi !

- Et puis, vu qu'on a pas mal de meubles à acheter, on pourra louer ensemble un camion pour tout transporter. Ce qui nous fera économiser pas mal d'argent, tempère Nev, qui a enfin réussi à se reprendre.

- Pas bête, approuve sobrement Zabini.

- Nous voilà ! s'écrie Seamus en déboulant devant nous.

Dean, Nott et Goyle le suivent plus calmement. Les Serpentard se saluent sobrement. Il y a un instant de flottement, tous gênés par la situation. Faut nous comprendre aussi. Si on nous avait dit il y a une heure qu'on se retrouverait dans une telle situation, on aurait ri à la gueule de l'imbécile suggérant une telle ignominie.

Finalement, Seamus désamorce la situation pressant Nev de lui raconter la raison de son fou rire. Bien entendu, ce traître divulgue tout. Les remarques narquoises ne tardent pas à fuser. Les Serpentard ne sont pas en reste et pour une fois, mes amis ne me soutiennent absolument pas. Argh, je les hais ! Certes cela détend l'atmosphère, mais j'aurais aimé que ça ne se fasse pas à mes dépends.

On traverse la rue et on se poste près de l'arrêt du bus n° 4, comme l'a dit la concierge. Le temps que l'autocar arrive, plusieurs de nos camarades nous rejoignent. On n'est pas les seuls à avoir eu l'idée d'aller faire du shopping, apparemment.

Le bus arrive enfin et on y monte tous dans un joyeux bordel. Heureusement, il n'est pas trop plein, ce qui fait qu'on trouve facilement des places pour s'asseoir.

- Hey ! Qu'est-ce que vous allez acheter, les gars ? demande Seamus en se tournant vers Nev et moi, assis côte à côte.

- Le strict nécessaire. Gazinière, frigo, lave-linge, lit, canapé, ustensiles de cuisine, produits de toilette, nourritures, quelques fringues et des planches en bois, j'énumère. On verra pour le reste après.

- C'est pourquoi faire les planches en bois ? me demande Nev.

- Faire des meubles, je réponds. Vu la somme dont on dispose pour tout acheter, je me suis dit que ce serait une bonne idée d'économiser sur tout ce qui est possible. En plus, on a pas encore trouvé de travail, vaut mieux être prévoyant et pas tout dépenser à tord et à travers.

- Wow, Harry ! Ce que tu peux être mature, parfois ! s'émerveille Seamus.

- Comment ça, parfois ? Je suis toujours mature ! je proteste, faussement vexé.

- Mouais, ça reste encore à prouver, rétorque Dean en rigolant.

- Espèce de scélérat ! Niveau maturité, je vous surpasse tous !

- Tu ne confonds pas avec la vantardise, là ? intervint Nev.

Seamus rit tellement qu'il se tape la tête contre le siège devant lui. Bien fait !

- Ah ouais ? Ben quand on se met à trois contre un, y a vraiment pas de quoi se vanter d'être courageux, je réplique, boudeur.

- Mais Ryry d'amour, ne te vexes pas pour si peu, enfin ! s'exclama Dean avec un grand sourire. Tu sais bien que si on te taquine autant c'est parce qu'on t'aime.

- Aimez-moi un peu moins, ça me fera des vacances, je ronchonne.

Et ça continue comme ça, jusqu'à ce que le bus s'arrête devant la poste. Alors qu'on se dirige vers la banque, je remarque un truc assez étrange : tous les Septième Année qui nous ont accompagné, nous suivent, comme un troupeau de mouton.

- Ce qu'ils sont chiants, je soupire, exaspéré.

Nev jette un coup d'œil derrière nous.

- Faut les comprendre. Ils sont dans une ville où ils connaissent rien et on a l'air de savoir où on va.

- Oh, Nev, arrête de justifier leur incapacité à réfléchir ! je m'irrite. Si je me jetais sous les roues d'une voiture, je suis sûr qu'ils feraient pareil !

- Toujours aussi modeste, Potty, dit sarcastiquement Malefoy. Qui te dis que c'est toi qu'ils suivent ?

Je lui jette un coup d'œil puis, sans prévenir, je traverse la rue d'un pas énervé. Aussitôt, le plus gros de notre groupe bifurque arrière moi, pressant le pas pour ne pas me perdre. J'atteins le trottoir, me tourne vers Malefoy, les bras croisés sur mon torse et lui lance un regard signifiant : « Tu vois ? ». Il a l'air dégoûté par l'attitude de mes poursuivants.

Je rejoins mes amis, mon troupeau de brebis fidèlement à mes basques. Je pousse un soupir las. Nev me passe un bras autour des épaules.

- Salazar ! C'est tellement dur d'être une star, se moque Zabini.

Je lui lance un coup d'œil noir.

- L'écoute pas, Harry, me réconforte Nev. Il faisait un peu moins le malin dans l'ascenseur, tout à l'heure.

Le Serpentard se renfrogne aussitôt. Le sourire me revint, j'ai hâte de voir ça.

On entre dans la banque qui est déserte. A part les employés, il n'y personne. Je prends un ticket, Nev en fait de même, suivit de Dean et Seamus. Malefoy va pour en prendre un mais je l'arrête.

- T'en a pas besoin, puisque j'en est un. On doit ouvrir un compte commun, j'explique.

- Quand avons-nous décidé de ça ? s'enquit le Serpentard, légèrement agacé.

- Maintenant, je réponds du tac au tac. De tout façon, c'est ce qu'il y a de plus simple. Un compte commun pour les dépenses de l'appart et deux comptes séparés pour nos frais personnels.

Malefoy va protester mais l'appelle de notre numéro attire mon attention et je vais au guichet sans me soucier de lui. Le Serpentard me suit, maussade.

- Bonjour, que puis-je pour vous ? demande aimablement l'hôtesse.

- Ce serait pour ouvrir trois comptes, je réponds avec assurance.

- Attendez un instant, je vais appeler la personne s'occupant de ça. Pouvez-vous me donner vos noms.

- Harry Potter et Draco Malefoy. Ces personnes-là sont venues pour la même chose, j'ajoute en désignant mes amis.

- Je vais leur appeler des conseillers, alors.

- Merci.

Je retourne vers mes amis, Malefoy sur les talons, et leur explique la situation. Les autres n'ont qu'à se démerder tous seuls ! On ne tarde pas à venir nous chercher et à nous introduire dans des bureaux, chaque couple de colocataire séparément.

- Potter, laisse-moi mener les négociations, le chuchote Malefoy à l'oreille.

Je frissonne en sentant son souffle dans mon cou. Seule la langueur qui me prend explique mon manque de réaction. Nom de Dieu, je vais fondre… et je suis pathétique, j'en conviens…

Malefoy prend mon silence pour un oui et s'assoit d'office devant la banquière. Je me repris bien vite, car je ne veux pas me faire entuber pas le blond. Vicieux comme il est, il pourrait mettre une close sur le contrat stipulant que je n'ai pas le droit de retirer de l'argent.

Cependant, je le laisse « mener les négociations » comme il dit. Non mais, il ne croit où là, le Malefoy ? A un meeting de cesser le feu ? Mais je ne regrette pas de l'avoir laisser faire. Il est vraiment doué pour imposer les conditions qui l'avantagent le plus.

Toutes ces formalités nous prennent une bonne heure. Quand on sort enfin de la banque, je suis l'heureux propriétaire d'une carte de crédit pour mon compte perso et d'un chéquier correspondant au compte-joint.

Compte-joint…

Ca me fait bizarre de penser ça quand je sais qu'à l'autre bout du « joint » en question se trouve Draco Malefoy. Je me prends à rêver d'une telle félicité dans une réalité qui n'est pas factice… C'est bon, je sais, je suis ridicule, snif…

Seamus et Nott nous attendent devant la banque. Les autres ne sont pas encore sortis. On attend un bon quart d'heure avant qu'ils ne sortent enfin. Dean a l'air un peu sonné, comme s'il vient de découvrir quelque chose d'incroyable.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? demande Seamus, légèrement inquiet.

- C-ce… ce mec ! s'étrangle Dean, les yeux exorbitants.

Il désigne Goyle qui le fixe avec un petit sourire au coin que je qualifierais de malefoyen. Non mais on rêve là ! Depuis quand Goyle fait des sourires mafoyens ? J'ai raté un épisode, moi ! Et je crois que je ne suis pas le seul.

- C'est un putain de comédien ! finit par dire Dean, presque rageusement. Son air con n'est qu'un leurre pour mieux piéger les autres !

- Hey, fait attention à ce que tu dis, Thomas, prévient Goyle plus amusé qu'en colère, en fait. Je pourrais mal le prendre

Les Serpentard ont l'air très satisfait de nos impressions ahuries. Je me fais donc un devoir de me reprendre.

- Allons-y. On va voir si nos amis Serpentard sont aussi dégourdis dans un magasin moldu que dans une banque.

Les verts et argent perdent aussitôt leur superbe et mes amis retrouvent le sourire. Malefoy me jette un coup d'œil noir, la mâchoire crispée. Et voilà comment retourner la situation !

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée de nous monter les uns contre les autres, intervient Nev, les sourcils froncés.

Il me fait les gros yeux comme si tout est de ma faute. Mais j'ai rien fait, moi, c'est une conspiration !

- On va devoir cohabiter durant un an alors au lieu de nous disputer le souafle, on ferait mieux de coopérer, non ? conseille-t-il avec sagesse.

- Londubat a raison, dit Nott.

Il se prend aussitôt des regards givrants de ses amis.

- Ne me regarder pas comme ainsi. Ça ne m'intimide absolument pas et vous savez parfaitement que j'ai raison. On ne connaît strictement rien du monde moldu. Si on veut s'en sortir, on a besoin des Gryffondor.

- T'es pas sérieux ? s'indigne Goyle.

Eh ouais, mec, il y a des vérités qui font mal ! Nyark !

- Bien sûr que oui. Il se trouve que l'idée de me ridiculiser en public ne me tente guère, même dans un monde fictif. Franchement, vous vous voyez face à un vendeur moldu. Comment vous feriez pour lui expliquer ce que vous voulez sans paraître totalement fou ?

- A moins que vous ayez envie d'être enfermé dans un hôpital psychiatrique, renchérit Nev.

Bien que Nott et Nev parlent de la voix de la sagesse, les trois autres Serpentard ont l'air vraiment très réticents. Ah, Orgueil quand tu nous tiens !

- Vous savez, c'est pour vous, souligne Seamus. Nous, on s'en fiche que vous finissiez avec une camisole de force.

- Une camisole de force ? tique Malefoy.

- Une sorte de robe courte avec des sangles qui entravent tous les mouvements, explique Nott.

On a vraiment du mal à ne pas rire face à l'expression horrifiée des trois Serpentard.

- Les moldus ont aussi leurs armes de tortures, en rajoute Nev, innocemment.

Les trois Serpentard se regardent et hochent la tête d'un commun accord.

- Pas la peine d'en dire plus, coupe Malefoy, glacial. On accepte votre aide… seulement jusqu'à ce qu'on sache se débrouiller seul, entendons-nous bien.

- Evidemment ! On va pas jouer les baby-sitter indéfiniment, je m'irrite.

Oui, j'aime ce type mais ses airs supérieurs ont le don de faire ressortir ce que j'ai de plus mauvais en moi. Merde, on lui propose notre aide et on a l'impression que c'est nous qui devrions lui être reconnaissant d'avoir accepté. Mais pour qui il se prend ?

- Harry ! me gronde Nev.

- Laisse, Londubat. Potter a parfaitement raison de réagir ainsi, intervint Nott en fixant Malefoy avec mécontentement. C'est nous qui sommes vos obligés, c'est à nous de vous remercier.

Les trois autres Serpentard le dévisagent comme s'il a perdu l'esprit et nous aussi par la même occasion. Nott, lui, se contente de fixer ses compères avec insistance. Il attend visiblement qu'ils nous remercient. A notre plus grande stupeur, ils se tournent vers nous et marmonnent un « merci » grinçant. On est si sidéré qu'on ne se formalise même pas du ton désagréable.

Du coup de l'œil, j'avise quelques uns de mes fans qui sortent de la banque.

- Bon, c'est pas le moment, filons en vitesse, je les presse avant que les sangsues nous repèrent.

Aucun de nous ayant envie de les subir, on dégage vite fait. Pendant le trajet, on fait la liste de ce qu'il nous faut, tout en expliquant aux Serpentard à quoi correspondent certains termes. Pas une fois, ils n'ont fait de commentaires désobligeants. Ils ont même été d'une attention exemplaire. On reconnaît bien là l'esprit Serpentard. Tant qu'on peut leur être utile, ils sont aimables… ou du moins, pas chiants.

Suivant les instructions de la concierge, on arrive assez vite à Conforabitat, la Grande Rue n'étant pas très si grande que ça. On se demande même pourquoi ils l'appellent ainsi, d'ailleurs !

Le magasin est immense – il fait un pâté de maison à lui tout seul – et expose de tout, de la cuisine au salon en passant par la décoration d'extérieur. Si on ne trouve pas notre bonheur là dedans, on ne le trouvera nul part ailleurs.

- Hey, Théo, qu'est-ce que tu penses de ce canapé ? demande Seamus en désignant un sofa de velours rouge criard en forme de lèvres.

Si les Serpentard sont horrifiés devant le mauvais goût prononcé de l'irlandais, ce qui m'estomaque, moi, c'est qu'il appelle déjà son colocataire par son prénom. Depuis quand existe-t-il une telle familiarité entre eux ?

- Nott, je te conseille de surveiller de très près les caprices de Sea-chou, si tu ne veux pas te retrouver avec des trucs complètement zarbis dans ton appart, suggéra Dean, en secouant la tête devant le regard brillant de convoitise que Seamus promène sur le canapé kitch.

- Je pense que je vais suivre ton conseil, dit Nott avec une grimace significative, alors que Seamus s'extasie sur d'autres objets tout aussi baroques, en hurlant des « je veux ça, ça et ça ! ».

Nott s'en va à la poursuite de son colocataire avant qu'il n'achète le magasin entier.

- Le pauvre…, commence Nev, désolé.

- Je compatis…, je continue, tout aussi navré.

- De tout mon cœur, acheve Dean en secouant la tête.

- Bon c'est pas tout ça mais j'aimerais bien qu'on sorte d'ici au plus vite. Allez Malefoy, let's go !

- Le pauvre…, se désole Nev en fixant le blond.

- Je compatis…, renchérit Dean.

- Hey ! je coupe, vexé.

Ils détallent vite fait, mort de rire.

- Enfoirés ! je marmonne.

- Par où commence-t-on, Potter ? me demande patiemment Malefoy alors que je lève un poing vengeur vers mes traîtres d'amis.

- Hein ? Ah, euh, ouais…

Malefoy me lance un regard blasé qui veut tout dire.

- Ben, commençons par le salon puisqu'on est devant les canapés, je marmonne, irrité.

Cependant, on déchante vite. Si les meubles exposés sont sublimes et raffinés, leurs prix ont de quoi donner une poussé d'urticaire. Merde, si on doit les acheter, je ne garantis même pas qu'on ait assez de bouffe pour finir le mois !

Malefoy ne dit mot, mais sa mâchoire crispée en dit long. Lui aussi a compris le problème.

Dépités, on part à la recherche des autres et les trouvent tous devant la porte d'entrée, la mine aussi consternée que nous. On se regarde tous.

- C'est trop cher ! gémit Seamus, une main sur le front.

Voilà qui résume bien la situation.

- Il doit y avoir un autre magasin de meuble, je dis d'un ton d'espoir.

- Non, on a déjà demandé, soupire dramatiquement Nev.

- Vraiment génialissime ! siffle Malefoy, renfrogné. Je vous jure que dès qu'on sort d'ici, je fais renvoyer ce vieux fou.

Je lui jette un coup d'œil agacé. C'est vraiment pas le moment de faire une crise !

- Bon, qu'est-ce qu'on fait ? On ne va pas rester ici toute la journée, dit Dean.

- Ce n'est pas possible, il doit y avoir une solution, j'insiste, les sourcils froncés.

- Tu vois bien que non, Potter, s'agace Zabini.

Je repère un vendeur passant près de nous. Je le hèle aussitôt.

- Excusez-moi… bonjour.

- Bonjour, monsieur.

- Dites-moi, est-ce que tous vos meubles sont exposés ici ?

- Non. Ici, il n'y a que les meubles neufs. Au 1er étage, vous trouvez les meubles d'occasion et au 2ème étage, la brocante, le rayon bricolage et jardinage.

- Merci beaucoup.

- A votre service, monsieur. Bonne journée !

- Vous de même.

Une fois le vendeur parti, je me tourne vers mes compagnons, un sourire victorieux aux lèvres.

- Je suis le meilleur, j'exulte, très fier de moi.

- Ouais, ça va. Pas la peine de prendre la grosse tête, râle Seamus.

- N'importe qui y aurait pensé, renchérit Dean.

- N'importe qui sauf vous, apparemment, je rétorque, acide.

Non mais oh ! Je leur sors une grosse épine du pied. Est-ce que vous croyez qu'ils m'en remercieraient, ces ingrats ? Snif, dure est la vie d'un héro !

Les Serpentard ne nous prêtent aucune attention. Ils se sont mis un peu à l'écart et semble en grand conciliabule.

Remarquant qu'on les attend, Nott lance une dernière phrase avant de venir vers nous. Les autres ne le suivent pas. On dirait qu'ils sont figés sur place. Puis, finalement, Goyle nous rejoint avec réticence, suivit de Zabini et enfin Malefoy qui mit plus longtemps que les autres à se décider.

Pour monter, on privilégie l'ascenseur aux escaliers au grand daim des Serpentard qui sont en phase de devenir aussi vert que leur blason. Arrivé au 1er étage, ils nous bousculent sans façon pour sortir les premiers. Et c'est ça les représentants de la haute société sorcière ? Dites donc, y a eu du rabais sur l'éducation, je vous dis, moi !

A notre grand soulagement, les meubles sont beaucoup plus abordables, ici. On trouve de tout, de toute qualité. Mais je suis bien décidé à faire un saut dans la partie brocante, bricolage et jardinage.

On se sépare dans l'allée principale, chaque couple de colocataire voguant vers les rives de l'île Discorde. C'est maintenant que les choses se compliquent. Connaissant le goût immodéré de Malefoy pour le luxe, je me doute que je vais avoir du mal à imposer certaines restrictions budgétaires, surtout maintenant qu'on a trouvé des meubles à notre protée. Ahlala, je sens déjà une migraine pointer le bout de son nez ! Youpi !

On commence par le salon. Après quelques essayages, on se décide pour un sofa en velours brun trois places. On continue nos achats dans une étonnante simplicité. Contrairement à ce que je redoutais, Malefoy ne fait pas d'histoires. Il se range à mes choix quand il ne sait pas à quoi sert ce qu'on achète. Par contre, dès qu'il est en terrain connu, il ne se prive pas pour me donner son avis. Je cède souvent car il a vraiment bon goût. Bref, tout se passe bien mieux que je ne l'escomptais. Comme quoi, je peux vraiment être mauvaise langue, parfois !

On termine par l'allée des lits où Nev et Zabini sont en train de regarder les matelas. Ils ont l'air de ne pas être d'accord. Je les laisse volontiers à leur dispute, car je sens que ça va pas être de la tarte avec Malefoy, cette fois-ci. Mes craintes se confirment quand je le vois se diriger directe vers un grand lit baldaquin qui doit coûter une petite fortune.

- Je prends celui-ci, dit-il d'un ton impérieux.

Je regarde le prix discrètement. Je faillis m'étrangler.

- Trop cher, je décrète sèchement.

- Je ne vais certainement pas dormir sur ces choses, s'indigne le blond en désignant les autres lits.

- Ben, tu dormiras par terre, alors.

Il commence à me chauffer les oreilles, là.

- Potter, ne te crois pas tout permis parce que je suis ton obligé ! cingle Malefoy, la mâchoire crispée.

Ahmmmm, Ahmmmm… zen, Harry, zeeeeen… pas taper, pas tapeeeeeeeeeeeeeeer…

- Malefoy, est-ce que tu te rends seulement compte que si on prend ce lit, on n'aura pas suffisamment d'argent pour achète mon lit, je rétorque sur le même ton. A moins, bien sûr que ce soit une proposition déguisée pour m'inviter dans le tien.

Il s'étrange à ces mots et me fusille du regard. Il n'a pas besoin d'être aussi dégoûté… J'ai mal au cœur…

- Et il n'y a pas que ça ! On a encore la bouffe, l'installation téléphonique, l'électricité et l'eau chaude à prendre en compte. On ne peut pas se permettre d'acheter n'importe quoi !

Il n'est pas content d'être grondé comme une gosse, le Malefoy. Mais merde, c'est ça faute aussi. Qu'il arrêt de se comporter comme un gamin pourri gâté.

Boudeur, il finit par choisir un autre lit, qui certes présente moins bien qu'un baldaquin, mais qui a l'avantage d'être confortable et pas trop cher.

Ca fait, je me rends au 2ème étage, suivit d'un Malefoy rembruni, le fait de devoir une fois de plus utiliser l'ascenseur n'arrangeant rien. Dès que les portes métalliques s'ouvrent, une odeur de vieux me monte aux narines. Je la respire avec bonheur, adorant les vieilles choses.

Comme un petit garçon dans la maison du Père Noël, je me lance à la découverte de ce monde de bibelots, les yeux brillants. Je remarque de véritables petits bijoux qui une fois rénovés, seront d'une grande beauté. Je trouve aussi des planches en bois, de différentes couleurs, tailles, épaisseurs et longueurs. J'en prends une 50ème au moins.

- Qu'est-ce que tu comptes faire de tout ça ? s'enquit Malefoy, perplexe.

Au regard qu'il me lance, je suis sûr qu'il est définitivement convaincu de ma folie.

- C'est pour faire la table à manger avec des bancs, des étagères, des armoires, une table basse et quelques autres trucs.

- Et ça va suffire ? demande-t-il, sceptique.

- Ben, ça devra bien, je soupire. On a pas vraiment les moyens d'en acheter plus. Du moins pas encore.

- Je vois… C'est toi qui vas les faire ?

- Ouais. Pourquoi ?

Il ne répond pas mais ce n'est pas nécessaire. Le regard qu'il me lance est éloquent en lui-même. Monsieur s'inquiète du résultat final, vous comprenez. Mais Monsieur ne sait pas que j'ai fait la plupart des meubles de notre maison, avec Sirius et Remus.

Ces deux-là sont de véritables passionnés de menuiserie, bricolage, cuisine, mécanique et jardinage. Ils m'ont appris tout ce qu'ils savent, et sans vouloir me vanter, je suis plutôt doué. Alors, qu'il se le garde pour lui son scepticisme, le Malefoy !

Oui, je suis vexé, parce que s'il y a une chose que je ne supporte pas, c'est qu'on doute de mes capacités. Il y a des domaines dans lesquels je suis une véritable calamité, je suis le premier à le reconnaître. Mais quand je suis bon dans quelque chose, je n'aime pas qu'on me dise le contraire. C'est de la pure mauvaise foi dénotant une certaine jalousie. Et la jalousie mène aux sentiments les plus méprisables et faciles. Mais que Malefoy ne s'inquiète pas. Je me rattraperais lorsqu'il verra le résultat de mes dons.

Bien entendu, j'occulte totalement le fait que Malefoy n'a aucun moyen de savoir mes talents, puisqu'il n'en a jamais eu la preuve. Qui est de mauvaise foi alors ?

Bon passons…

Nos achats faits, on part à la recherche des autres.

On trouve Zabini et Nev dans le rayon des électroménagers. Ils sont aussi crispés l'un que l'autre et l'ambiance est tendue. Je prends mon pote un peu à part pour comprendre ce qu'il se passe.

- Ca ne va pas marcher ! siffle Nev en passant une main brusque dans ses cheveux. Je vais tuer ce con avant la fin de la journée !

- Ce con, c'est bien l'amour de ta vie ?

Nev me lance un regard à geler un volcan. Oups, sujet sensible !

- Bon, qu'est-ce qui se passe ? je soupire.

- Aucun de mes choix ne trouve grâce à ses yeux ! Il critique tout, n'est d'accord sur rien et ne sait même pas à quoi sert la moitié de ce qu'il dénigre, crise Nev. Et on n'a même pas encore tout acheté. Harry, aide-moi ou je ne réponds plus de rien !

Fuuuuh ! Finalement, je m'en suis assez bien tiré avec Malefoy.

- Hey, Zabini ! je hèle.

- Mais qu'est-ce que tu fais ? s'inquiète aussitôt Nev.

- Tu viens bien de me demander de l'aide, non ?

Nev écarquille les yeux, horrifié.

- Merlin, j'ai fais ça ? se catastrophe-t-il. Oublie ça, tout de suite !

Hého, comment je dois prendre ça ?

- Crétin !

- Harry, je rigole pas !

Pendant que Nev tente de me dissuader de l'aider, Zabini s'est approché.

- Qu'est-ce que tu veux ? dit-il dédaigneusement.

Je plisse des yeux.

- Déjà, tu me parles sur un autre ton. Ensuite, t'arrêtes de faire ta diva. On ne va pas passer la nuit ici, non plus.

- Mêles-toi de tes affaires, Potter. Londubat est assez grand pour se défendre tout seul, non ?

J'émets un petit ricanement.

- Il vaut mieux pour toi que tu ne saches pas à quel point Nev peut se défendre seul. Pour l'instant, il prend sur lui, mais si ça pète, tu ne diras pas que je ne t'ai pas prévenu. Quand à toi, Nev, affirme-toi un peu, bordel ! Ca te ressemble pas de te laisser marcher sur les pieds !

Nev me lance un regard significatif.

- Oui, oui, je sais… Mais est-ce que moi je me laisse faire ? Non ! Et pourtant, tu sais…

Je lui renvoie un regard tout aussi éloquent.

- Je te ferais tout de même remarquer que le pauvre con qui restera vraiment bête devant les œufs qu'il aura tenté de cuire dans son lave linge, c'est pas toi. Alors remets les choses à leur place, merde !

- Tu as parfaitement raison, approuve Nev, après un instant de silence.

Il fait face à Zabini avec détermination.

- Toi, tu me suis et tu la fermes !

Le Serpentard se raidit aussitôt.

- Je ne te permets pas, Londubat, s'offusque Zabini.

- Je me permets très bien tout seul. Maintenant si tu ne veux pas savourer une absence de dîner ce soir, tu ferais mieux d'obtempérer.

- Et bien voilà ! je me réjouie.

- Tu es content de toi, Potter ? me crache Malefoy, glacial. Quel plaisir malsain tu as de voir Blaise se faire rabaisser ainsi ?

Oh, il va pas s'y mettre, lui aussi !

- Franchement, vous me cassez les couilles ! Je te ferais tout de même remarquer que si Zabini se trouve dans cette situation, c'est parce qu'il a négligé les cours d'Etude des moldus, comme toi d'ailleurs. Alors prenez un peu vos responsabilités plutôt que d'emmerder ceux qui veulent bien vous aider. Je ne vois vraiment pas pourquoi on doit subir votre mauvaise humeur. Tu l'accepterais, toi, si les rôles étaient inversés ?

A sa mâchoire contractée, je vois qu'il ne peut rien répondre à ça. Il vaut mieux pour lui, parce que je commence sérieusement à perdre patience, là.

Un silence pesant s'étire entre nous, chacun faisant de son mieux pour ignorer l'autre.

Seamus, Dean, Nott et Goyle nous rejoignent bientôt. Je me déride vite grâce à la spontanéité de Seamus. Il sort connerie sur connerie jusqu'à ce que j'éclate de rire. Nev et Zabini nous rejoignent enfin une bonne heure plus tard, dans une ambiance lourde qui donne envie de les fuir. Nott pousse un soupir agacé et moi j'ai envie de casser la gueule à Zabini parce que Nev a un regard vraiment triste.

- N'en fais rien, Harry. J'ai déjà réglé le problème, m'assure Nev avec un petit sourire chagriné.

J'incendie le Serpentard du regard et me jure de lui faire payer une fois de retour dans la réalité. Personne ne fait de la peine à Neville sans goûter à un ou deux sorts de mon cru.

- Bon, si on allait payer, maintenant ? lance Dean.

Comme prévu, on loue un camion de déménagement du magasin. Les frais de transport divisés par quatre, cela nous revient beaucoup moins cher et on n'a pas à se casser la tête pour porter les meubles.

Il ne faut pas un quart heure pour arriver devant notre immeuble. En chemin, on prend des sandwiches à la boulangerie, histoire de se sustenter un peu, avant d'attaquer le programme de l'après-midi.

Aider du chauffeur, on décharge le camion et porte nos lourds achats jusque dans nos apparts respectifs. A neuf, c'est vite expédié. En milieu d'après-midi, nos apparts sont meublés. Bon, il reste encore pas mal de choses à acheter, mais l'essentiel est là. Demain, je me mettrais à la menuiserie.

Satisfait, je contemple mon intérieur, ravie des couleurs chaudes donnant une atmosphère accueillant à l'ensemble, malgré les nombreux espaces vides. Malefoy ne dit mot, mais à ses yeux brillants, je vois qu'il est aussi content que moi.

Cependant, on ne peut pas se reposer sur nos lauriers. Il y a encore les courses à faire, la ligne téléphonique à installer, l'eau chaude à rétablir. Le gaz et l'eau froide étant compris dans le loyer, on n'a pas besoin de s'en soucier. L'électricité est déjà installée comme j'ai pu le constater en mettant une ampoule – j'ai failli m'électrocuter !

On a à peine le temps de manger nos sandwiches – que Malefoy a longtemps examiné sous toutes les coutures, de peur d'être empoisonné par « ce truc moldu » – avant de ressortir vers 16 h.

Grâce aux indications de ma nouvelle fan, la concierge, nous nous rendons aux compagnies concernées. Une fois de plus, on y va en groupe, aucun de nous ne se sentant vraiment d'attaque pour affronter seul son colocataire.

Avant d'y aller, Nev veut aller à la pharmacie s'acheter des comprimés pour le mal de tête. J'en profite pour acheter deux-trois bricoles, moi aussi, parce que la cohabitation avec Malefoy n'est pas de tout repos.

On ne reste pas très longtemps à la compagnie de téléphone et d'eau. On en ressort avec un rendez-vous pour le lendemain matin avec des techniciens. Par contre, j'aurai mieux fait de ne jamais mettre les pieds chez Abby, prête à porter pour winz, la seule boutique de fringues de la ville.

Abby est un grand magasin de trois niveaux proposant une grande diversité de vêtement de qualité aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Tout le monde y trouve son bonheur à coup sûr. Alors pourquoi les Serpentard en général, Malefoy en particulier, mettent autant de temps pour se décider, hein ? Je crois que je vais finir par commettre un meurtre !

Ca fait maintenant une heure qu'on est là et les Serpentard sont toujours en train d'essayer leurs fringues. Mes potes et moi, on a déjà fini depuis belle lurette, même Seamus. Et pourtant, Merlin sait que l'irlandais prend son temps lorsqu'il s'agit de vêtements. Je croyais que jamais je ne pourrais trouver pire que lui, et bien c'est chose faite !

On est là, assis sur les longs bancs de la salle d'essayage, à attendre comme des cons que ces messieurs se décident enfin. Grr, je vous jure, y a des Avada qui se perdent !

Le seul vert et argent sagement assis avec nous – quand les trois autres imbéciles ne lui demandent pas d'aller rapporter et/ou amener tel ou tel vêtement – n'est autre que Goyle, dont la tranquille sérénité commence sérieusement à me taper sur les nerfs.

Je ne peux même pas mater Malefoy vu qu'il ne sort même pas de sa cabine pour se faire admirer. Et encore moins le voir en sous-vêtement, étant donné que les rares fois où une partie de son anatomie apparaître, ce n'est que son bras tendant les vêtements recalés à Goyle.

- Bon, vous avez fini, oui ? s'impatiente Seamus avec un soupir agacé.

- Tu vois ce qu'on endure avec toi ? souligne narquoisement Dean.

- Oh, ça va, hein ! Je mets pas autant de temps, boude l'irlandais, les bras croisées sur sa poitrine et la bouche pincée.

Très mature, vraiment !

- Encore heureux ! grimace Dean.

Une demi heure plus tard, je craque.

- Là, ç'en est trop ! j'explose en me levant d'un bon.

Il faut me comprendre aussi ! C'est soit la couleur, la taille, le tissu, la fermeture éclair, la doublure qui ne va pas. Mais rien n'est jamais au goût de ces satanés Serpentard et le temps passe, mais paaasse…

- Malefoy si tu ne sors pas dans les dix secondes qui suivent, je te plante là, je menace d'une voix passablement agacée.

- Tu aimes peut-être te vêtir de guenilles, Potter, mais ce n'est pas le cas de tout le monde, me rétorque le blond. La garde-robe est quelque chose de très important, je ne vais sûrement pas bâcler mes choix pour toi. J'ai accepté le maigre budget que tu as mis à ma disposition, alors respecte mon désir de choisir mes vêtements sans précipitation. Je n'ai pas envie d'être aussi mal fagoté que toi.

- Mais ça n'a rien avoir, bordel !

- Bien sûr que si, Potter. Ca porte même un nom : compromis, réplique sarcastiquement Malefoy de sa cabine.

Que répondre à ça ? Avec un soupir résigné, je m'avachis sur le banc, la tête reposant sur l'épaule de Nev.

- Tu vois ce qui t'attend si tu lui mets le grappin dessus ? me chuchote dramatiquement Nev.

- Je peux te garantir que si je lui mets le grappin dessus, il n'aura pas l'occasion de s'habiller, je marmonne, amusé.

- Vantard !

- Non, juste réaliste.

- Goyle, prend-moi ça en noir, ordonne Malefoy en jetant le vêtement à la tête du Serpentard.

Je pousse un autre soupir. Je sens que ça va être encore très long.

- Attend, une minute, Goyle, intervient soudain Seamsu en bondissant sur le Serpentard, si bien qu'il le fait sursauter.

D'autorité, il lui arrache le vêtement des mains et le regarde.

- Non mais, j'hallucine ! s'étrangle-t-il.

Curieux, Nev, Dean et moi suivons son regard. J'ouvre grand les yeux en contemplant la longue robe noire que tient Seamus.

- Attends, attends, attends… Malefoy était en train d'essayer ça ? fait Dean, incrédule.

- J'en ai bien peur, se désole Seamus.

Avec un soupir agacé, il rabat les rideaux protégeant les cabines des trois Serpentard, pour vérifier l'étendu des dégâts. Les verts et argent protestent vivement, promettant moult atrocités si l'irlandais ne vire pas tout de suite, mais Seamus n'en a cure. Il est en mode relookeur, alors ils peuvent s'égosiller autant qu'ils veulent. Pour en être déjà passé par là, je sais que c'est inutile de protester.

- Avant de geindre, sortez donc de là et aller vous faire admirer, ordonne sèchement Seamus d'un ton qui n'admet pas de répliques.

Il doit avoir cette lueur démente dans les yeux parfaitement terrifiante, car les Serpentard s'exécutent sans broncher.

- Par Gryffondor ! hoquette Dean.

Apparemment, Malefoy et Zabini ont absolument voulu conserver le style sorcier ce qui donne un résultat dès plus flippant. Vêtu de robes larges et à froufrous qu'ils ont sûrement trouvé dans le rayon des femmes de forte taille, ils sont d'un ridicule achevé. Nott s'est un peu mieux débrouillé, lui au moins porte des vêtements pour homme. Mais c'est si mal assorti que même moi, je le vois.

Pour information, je suis une véritable calamité dans le domaine de la mode. C'est Sirius qui choisit tous mes fringues, Remus n'étant pas plus doué que moi. Quand ce n'est pas mon parrain, c'est Nev ou Seamus.

Nev, justement, est le premier à se remettre du choc et à éclater de rire. Dean et moi, le suivons bien vite. Les autres clients observent la scène avec des yeux exorbitants, se demandant si c'est une blague ou si nous sommes vraiment timbrés.

Les Serpentard, eux, sont furieux d'être raillés. Ils serrent des poings et nous lancent des regardent assassin qui disent clairement qu'ils se vengeront dès que l'occasion se présentera. Mais d'ici qu'elle arrive, cette occasion, on aura encore pas mal de franche rigolade, je le sens.

- Les gars, c'est franchement pas marrant, nous sermonne sévèrement Seamus, à l'étonnement des verts et argent. Toi, Harry, moins que quiconque, devrais te moquer. Eux, au moins, ont l'excuse de ne pas connaître le monde moldu. Je ne crois pas que tu peux en dire autant.

Bien entendu, cette sortie me calme directe. Je fusille Seamus du regard. Pourquoi il s'en prend à moi ? Je ne suis pas le seul à rire que je sache ! Grr

Face à ma déconvenue, les Serpentard se ragaillardissent.

- Bon maintenant, si vous ne voulez pas une humiliation a plus grande échelle, je vous conseille de suivre attentivement mes suggestions. Mais avant, allez vous changer parce que même si le ridicule ne tue pas, il a ses limites, dit Seamus. Goyle fait voir tes fringues, toi aussi… non mais vraiment, vous voulez nous faire mourir de honte ou quoi ? Allez ! Va poser ça, toi !

- Hein ? Je ne suis pas ton chien ! proteste le Serpentard.

- Ca c'est sûr, mon chien est mieux zappé, rétorque froidement Seamus. Maintenant obéis !

Fuuuh, quelle autorité ! Seamus est définitivement à prendre avec les pincettes dès qu'il s'agit de mode. Je ne l'ai jamais vu aussi résolu.

- Bon, maintenant assis et ouvrez grandes vos oreilles, dit-il pour les verts et argent quand ceux-ci ont fini de se changer. Vous, dans les cabines, nous ordonne-t-il d'un ton limite qui me fait tiquer.

Mais comme Seamus en mode reloockeur est aussi chiant que Nev en mode botaniste, on obéit, non sans grincer des dents tout de même.

- Les garçons ne portent pas de robe ou de jupe dans le monde moldu, ce sont des vêtements pour fille, ça. Certes très jolie, mais définitivement pour fille. Donc, je ne veux plus vous voir vous en approcher, sauf si c'est pour l'offrir à votre copine. Compris ? Bon, les gars vous avez fini ?

- Oh ! Laisse-nous le temps de nous changer, tyran ! rouspète Dean.

- Grouillez-vous ! s'agace Seamus.

Sérieusement, il commence à me gonfler, l'irlandais ! Tout ça à cause de ces crétins de Serpentard ! Grrr !

- C'est bon, dit Dean.

- Parfait ! Alors regardez attentivement Dean. Voilà le look rappeur. Survêtement, basket, casquette sont les bases de ce style. Vous pouvez agrémenter cette panoplie à votre goût, mais ça doit toujours être tendance. Dean, par exemple, a un pan de son jogging remonté à la mi-mollet, retenu par sa chaussette, alors que l'autre tombe artistiquement sur sa basket. Pour le haut, il a opté pour un simple tee-shirt blanc, certes classique, mais qui va parfaitement avec les bandes blanches se trouvant sur le côté de son survêt. Vous remarquerez que sa casquette n'est pas droite. Il y a, en effet, plusieurs manières de la mettre. Sur le côté, à l'envers, légèrement en biais. Le tout, c'est que ce soit style ( à prononcer à l'anglaise, s'il vous plait)… Neville lui a un style surfeur, avec son pantacourt ample lui tombant sur les hanches, laissant voir le haut de son slip, son tee-shirt noir hawaïen et ses tongs. Les accessoires sont multiples, mais nous n'avons pas vraiment le temps, ni l'argent de vous les faire découvrit maintenant. Mais sachez que ce style est très tendance. N'ayez jamais peur de faire descendre votre pantalon trop bas, ils se portent comme ça. Les chaussures doivent être grosses et délassés, très important. Donc apprenez à marcher sans vous casser la gueule… Harry, t'as toujours pas fini ? C'est pas vrai ça ! Magnes-toi un peu le cul !

- Me saoule pas, Seamus ! je rétorque froidement.

Je suis déjà habillé mais je n'ai franchement pas envie d'aller parader devant Malefoy. Je sais bien que je suis beau, classe et tout, mais j'ai bêtement peur de son regard. Et ça m'énerve ! Je déteste avoir peur pour ce genre de chose. Alors je prends mon courage à deux mains et je sors brusquement de la cabine.

- Et voilà le style fashion victim…

- Je ne suis pas une fashion victim, je coupe sèchement.

- Oui, oui, je sais. C'est même écœurant quand on sait que tu est super tendance sans même le vouloir, siffle Seamus. Bon, donc, Harry… S'il y a une manière donc vous devez vous vêtir si vous voulez être classe, cool, beau, en un mot à la page, c'est comme lui. Regardez plutôt…

Oh non, surtout pas ! Je gémit en mon fort intérieur sous le regard scrutateur de Malefoy. Je sens déjà mon sang couler plus vite dans mes veines, mon cœur battre plus fort, mes mains devenir moite. Merde !

- Basket, jean's, tee-shirt et cheveux en bataille.

- Attends, Finnigan ! Tu veux insinuer que le buisson qui sert de coupe à Potter est à la mode chez les moldus ? s'incrédule Zabini.

Buisson ? Non mais oh ! Je vais le tondre, celui-là !

- Zabini, il y en a qui tuerait pour avoir ce buisson sans avoir à mettre trois tonnes de gèle dans les cheveux, rétorque froidement Seamus. Le style décoiffé est à la mode depuis pas mal de temps chez les moldus. Bien sûr, il y a d'autre coupes comme la crête, mais le décoiffé domine tout de même. Harry est la parfaite représentation de la mode jeune. Son jean's par exemple, est délavé, judicieusement râpé aux bonnes endroit, avec des poches sur les côtés. Il met divinement en valeur la combure de ses reins et la musculature de ses cuisses. Son tee-shirt est près du corps sans être trop moulant, avec un col en v sur le côté gauche et est assortis à ses chaussures, il est juste à la bonne longueur, c'est-à-dire qu'il ne cache pas la ceinture qui est bien mise en valeur. La ceinture en elle-même n'est qu'un des nombreux accessoires de ce style. Vous en trouverez plusieurs qui pencheront plus ou moins dans les autres looks tout en gardant le style propre des fashion victims. Voilà ! Bien maintenant, suivez-moi. On va vous choisir des vêtements qui ne vous feront pas passer pour des travestis de mauvais goût, conclue-t-il.

Je gémis de désespoir.

- Avec Seamus en plus qui se la joue habilleur, on n'est pas près de sortir d'ici, déchante Dean en s'affalant lourdement sur le banc.

Voilà qui exprime parfaitement le fond de ma pensée.

Ils reviennent une bonne heure plus tard, les bras chargés de vêtements. Et le tourbillon des essayages recommence. Le seul avantage, c'est que maintenant, je peux contempler Malefoy tout mon saoul, Seamus tenant absolument à voir chaque tenue.

Je ne sais pas si c'est vraiment une bonne chose, parce que plus je le regarde et plus je l'aime. Il est vraiment trop beau. Déjà en vêtement sorcier, il est salivant mais avec des fringues moldues qui l'épousent divinement, il est absolument bandant. Je me demande si je vais pouvoir tenir jusqu'à la fin des essayages, s'il continue à me montrer ses petites fesses bien rondes moulées dans ce pantalon.

Putain, Malefoy qui porte un jean, ça devrait tout simplement être interdit ! C'est carrément une atteinte à la pudeur !

J'entends Nev gémir à côté de moi. Je lui jette un coup et constate qu'il fixe Zabini, la langue presque pendante. C'est vrai que le style mafioso convient parfaitement à Zabini.

- Ne regardes pas, Nev, je lui conseille en évitant moi-même de trop fixer Malefoy.

- C'est plus facile à dire qu'à faire, marmonne mon ami en fermant les yeux.

Quand on sort enfin du magasin, la nuit est tombée. Faut dire aussi qu'outre le long essayage, le passage à la caisse n'a pas été de tout repos, non plus. Allez faire comprendre à Malefoy qu'il lui faut le code de sa carte de crédit pour qu'elle puisse marcher. Et comme ce con a complètement oublié son code, ben c'est pour ma pomme, bien entendu !

Il a intérêt à me rembourser. Radin, moi ? Hého, vous avez pas vu le montant de la facture, alors bouclez-là ! Je m'appelle Harry pas Crésus ! On a même du empiété sur le budget de l'appart avec ses conneries !

Voir Malefoy traîner lourdement ses achats avec lui me réconforte un peu. C'est qu'il n'a pas l'habitude de porter ses paquets. Il doit se rendre compte que ses elfes de maison ont bien du travail avec lui. Comme en plus, il ne peut n'y les réduire, ni les alléger grâce à la magie, il apprécie tout le poids de ses sacs. Nyark !

Et ce n'est pas fini. Il y a encore les courses qui nous attendent. Heureusement, le supermarché ferme tard et n'est pas trop loin, on peut s'y rendre à pieds, ce qui nous fait économiser le ticket de bus.

Les Serpentard tentant de comprendre comment enlever un caddie de sa rangée est un moment mémorable. Quand Seamus introduisit une pièce dans la petite fente prévue à cet effet et que le chariot se détache docilement, ils restent vraiment cons.

Les courses sont une autre séance de stresse. Je dois toujours passer derrière Malefoy pour reposer les aliments hors de prix qu'il jette nonchalamment dans le caddie. Bien sûr, ça se finit par une dispute que je remporte le plus souvent, l'argument « C'est trop cher ! » marchant à merveille. Non mais vraiment, on lui a jamais appris la valeur de l'argent, à ce type ?

En tout cas, être pauvre semble l'agacer souverainement. Je ne compatis pas du tout. Lui qui se moque tout le temps de Weasley parce que sa famille ne peut pas tout s'acheter, je trouve que c'est un juste retour des choses. Certes, moi aussi, j'aime pas beaucoup Weasley, mais ce n'est pas une raison pour se moquer de la situation financière de sa famille. Surtout quand on sait le mal que se donnent Arthur et Molly Weasley pour que leurs enfants ne manquent de rien.

Les sacs de courses sont un autre bras de fer entre nous. Malefoy refuse catégoriquement de les porter. Les autres Serpentard ne font pas tant d'histoires pourtant, même s'ils sont visiblement réticents. Mais pourquoi c'est sur moi que ça tombe ?

- C'est un travail d'elfe de maison ! Et je suis déjà surchargé ! argue-t-il.

- Tu crois que je vais tout porter tout seul ? Mais t'as vu Merlin, mon pauvre ! Maintenant tu te dépêches de prendre ces sacs avant que je perde patience ! je crie, à bout.

- Non, refuse catégoriquement le blond.

Me voyant sur le point de faire bouffer les sacs en question à cette sale fouine, Nev intervient.

- Malefoy, est-ce que tu sais cuisiner ?

- Qu'est-ce que mes compétences culinaires viennent faire dans cette conversation, Londubat ?

- Il est aussi doué que Blaise, croit bon de préciser Nott.

Il se prend deux œillades assassines pour la peine.

- C'est bien ce que je pensais. Alors je te conseille de ne pas trop contrarier la main qui te nourrit. Je ne pense pas que ton estomac appréciera tes expériences culinaires, donc sois sage et portes ces sacs.

Malefoy le fusille du regard, la mâchoire crispée. Après un lourd silence où il est le point de mire de tous, il finit par prendre les sacs de courses, le visage fermé.

- Tu vois, c'était pas si difficile, je ne peux m'empêcher de dire.

Nev me fait les gros yeux, mais je ne le vois pas, toute mon attention dédiée à Malefoy. Ce dernier ne me capte même pas, il trace son chemin, tout simplement. Oh l'autre ! D'où il m'ignore comme ça ? Crétin de Serpentard !

- Faut qu'on fasse une fête pour célébrer notre installation, déclare Seamus, sur le chemin du retour.

On rentre à pieds parce que passer 19 h, il n'y a plus de bus. Et le taxi est trop cher, même en partageant les frais. Il ne faut pas oublier que notre budget s'est considérablement réduit.

- Bonne idée ! On pourrait demander à ceux de l'AD de nous rejoindre, approuve Dean.

- Sûrement pas, je proteste. Si on les invite, faudra inviter leurs colocataires aussi. Je ne viens pas de faire les courses pour recommencer demain, merci !

- Rabat joie ! boude Seamus.

- Egoïste ! accuse Dean.

- Je vous emmerde, je leur tire la langue.

- Harry a raison, dit Nev. Et puis, les autres n'ont peut-être pas fini de s'installer. Ils seront crevés, ce soir. Il vaut mieux attendre quand tout le monde aura emménagé et organiser une grande fiesta où chacun amènera un truc.

- On pourrait demander à la concierge de nous ouvrir la salle des fêtes, je suggère.

- La salle des fêtes ?

- Ouais. En tout cas, c'est ce qui est marqué sur la porte près des boîtes à lettre.

- Ce serait trop génial ! approuve Seamus.

- Ca ne nous empêche pas de trinquer, ce soir, dit Dean.

- Merci de nous inviter, Dean ! saute de joie l'irlandais.

- Euh ? Hey attend ! J'ai jamais…, proteste le noir.

- A quelle heure tu veux qu'on passe ? je le coupe.

- Tu veux qu'on amène quelque chose ? termine Nev avec un large sourire.

- C'est bon, j'ai compris, soupire Dean, avec une moue résignée. Passez vers 20 h, avec de la bouffe et les boissons.

- Ben dis donc, t'es un super hôte, toi ! siffle Seamus. Tu nous invites et c'est nous qui apportons tout. T'es pas gêné !

- T'auras un endroit où te saouler alors te plains pas ou tu restes chez toi, crétin ! Et n'amènes pas que des cacahouètes et des chips. Il y en a qui aime manger équilibré, rétorque Dean. Au fait, Goyle, ça te déranges pas si ces trois alcooliques viennent ce soir ? Tes amis sont invités, bien sûr.

- Que s'ils apportent de la bouffe comestibles et des boissons non-empoisonnés, ricane Seamus en s'avachissant sur Dean.

A ma grande stupeur, les Serpentard sourient à cette répartie vaseuse. Je suis sûr que si c'était moi qui l'avais sorti, ils me seraient tous tombés dessus pour me tuer. Je suis vraiment admiratif et jaloux de la facilité qu'ont Seamus et Dean à communiquer avec eux. Pourquoi Nev et moi on n'y arrive pas ? Ca a l'air si simple pourtant.

- Dégage, Finnigan, si tu veux pas embrasser le sol, grinça Dean.

- T'es pas drôle ! dit Seamus en lui tirant la langue.

- C'est aimable à toi, mais on a prévu une soirée entre Serpentard, décline poliment Goyle.

Vraiment, j'ai beaucoup de mal à rester de marbre lorsque j'entends Goyle parler si correctement. Je veux dire, ça fait tout de même six ans que je connais ce type – vu qu'il traîne toujours derrière Malefoy, on s'est souvent affronté – et je ne l'ai jamais entendu parler, à part les quelques grognements directement sortis d'un dictionnaire trollien.

J'ai fini par le considérer comme une grosse brute épaisse au QI aussi développé que celui d'un veracrasse. C'est dur de se rendre compte que ce petit con m'a complètement entubé. Faut dire aussi qu'il joue tellement bien les arriérés que j'ai des circonstances atténuantes. Il a quand même réussi à avoir Rogue. C'est pas rien ! Il mériterait un oscar, vraiment !

- Tant pis ! On se passera de vous, dit joyeusement Seamus.

- N'ais surtout pas l'air de nous regretter, Finnigan, ironise Malefoy.

Seamus hoche des épaules, pas plus atteint de ça. On arrive à notre immeuble, sur ces entrefaites.

- Grouillez-vous, je chuchote, déjà devant l'ascenseur.

- Qu'est-ce qu'il lui prend ? s'étonne Dean.

- Il veut échapper à sa nouvelle fan, ricane Nev.

- Moins fort, crétin ! Elle va t'entendre, je rouspète à voix basse.

Heureusement pour moi, les portes de l'ascenseur s'ouvrent juste au moment où la concierge sort de chez elle.

- Ca doit être vraiment dur pour toi d'être harcelé tout le temps comme ça, compatit Nott.

Je le fixe un peu bête, je dois le reconnaître, pas sûr de savoir s'il se fout de ma gueule ou s'il est sincère. Son visage impassible ne m'aide pas du tout.

- C'est clair que ce pauvre Ry en a vu des vertes et des pas mûres, ricane Seamus.

Je me tourne aussitôt vers lui, lui lançant un regard d'avertissement qui aurait congelé une boule feu. Seamus se tait prestement. Dean et Nev, eux, sont tremblants de rire derrière mon dos. Ils se croient discrets mais j'entends leurs stupides pouffements étouffés.

- Je te jure, Harry, j'allais rien dire de compromettant, m'assure Seamus, les mains levées devant lui en signe d'innocence.

- C'est bizarre, j'ai vraiment beaucoup de mal à te croire, je rétorque sèchement.

- Tu ne me fais pas confiance ? Mais c'est scandaleux ! pleurniche comiquement l'irlandais avec des yeux de chien battu.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent au premier étage.

- Ouais, c'est ça ! Allez dégage ! je lui donne un coup de pieds au cul qui le projette hors du monte-charge.

- Hey ! Fait attention à mon royal popotin ! rouspète Seamus en se frottant le derrière.

- Tu veux vraiment que Harry fasse attention à tes fesses, Sea-chou ? se moque Dean.

- Avec sa réputation, tu vas finir dans une chaise roulante pendant une bonne semaine, mon vieux ! renchérit Nev, mort de rire.

- Mais ça va pas ? Comme si j'avais aussi mauvais goût, je m'offusque en leur donnant une tape sur l'arrière du crâne à chacun.

- Hey ! C'est moi que tu traites de mauvais goût ? piaffe Seamus, un poing en l'air.

Alors que je réprimande vertement ces deux crétins sans faire cas de l'irlandais qui trépigne de rage, Nott descend de l'ascenseur et rejoint un Seamus simulant l'étranglement. Le temps d'arriver à mon étage, j'ai déjà eu trente-six occasions de tuer Dean et Nev. Heureusement, je sais me contrôler et vanner du tac au tac.

Malefoy et moi descendons au 3ème.

- N'oublie pas, Harry : à 20 h, me rappelle Dean alors que les portes se referment.

Je grimace. Franchement, je me sens trop crevé pour faire la fête.

Nous traversons le couloir menant à notre appart. A peine j'ouvre la porte que le blond jette les sacs par terre et s'affale sur le canapé. Il a l'air épuisé, pauvre petit ! Tout de même, il nous a fait perdre un temps précieux avec ses fringues, il pourrait en prendre un peu plus soin.

- Hey, Malefoy ! C'est pas le moment de roupiller. Ils ne vont pas se ranger tous seuls, les courses.

Il me lance un regard torve, pousse un soupir agacé et se lève pour m'aider à ranger. Ca fait, je vais déposer mes affaires perso dans ma chambre, puis, je me décide à prendre une bonne douche. Même si l'eau chaude n'est pas encore rétablie, j'en ai besoin.

Je souffle la priorité à Malefoy pour la salle de bain. Je lui claque la porte au nez et sourit narquoisement en entendant un juron étouffé. Mon sourire disparaît bien vite…

Et si je lui ai cassé le nez ?

Cette question existentielle me perturbe vraiment. A tel point que je reste bien cinq minutes sans bouger, tendant l'oreille à l'affût du moindre signe de douleur de l'autre côté de la porte. Mais rien. Pas un bruit. A croire qu'il n'y a personne.

Je vais sortir de la salle de bain pour vérifier de visu, mais je me reprends vite, la main sur la poignée. Non mais qu'est-ce que je fais ? Je suis complètement cinglé ! Si j'avais cassé le nez de Malefoy, on l'entendrait brayer jusqu'à l'autre bout de la ville. Faut vraiment que je me ressaisisse !

Avec un soupir désabusé, j'entre dans la cabine. Je prends vite fait ma douche, mets mes affaires sales dans le panier à linge et sort de la salle de bain, une serviette pour tout vêtement. Comme ce crétin de Malefoy a ouvert la fenêtre pour Merlin sait quelle raison, je me précipite vite fait dans ma chambre pour ne pas attraper la grève.

- Potter, attends ! s'écrie Malefoy qui vient de sortir de sa chambre, se lançant à ma poursuite.

Un éternuement me persuade de continuer mon chemin. Je ferme la porte de ma chambre. J'entends un « Ouche ! » et me rends compte que je viens encore de lui claquer la porte au nez…

Merlin, faites que je ne le lui ai pas cassé !

- Putain, Potter, je vais te tuer ! hurle Malefoy en défonçant la porte, sans façon.

Mais merde ! Qu'est-ce qui lui prend de débarque comme ça dans ma chambre, à ce crétin ?

- Te gênes pas surtout, je m'écrie, scandalisé qu'il viole mon intimité.

Mais mon indignation fond comme neige au soleil, quand je vois la porte refaire le sens inverse sous la violence du blond et se refermer sur lui en un claquement sec. Un cri de douleur se fait entendre de l'autre côté du battant. La situation est si cocasse que je m'effondre de rire. Mais il se tarie vite.

Et si ce petit con s'est vraiment cassé le nez, cette fois-ci ?

Oui, oui, je sais, je fais une vraie fixation sur son nez, mais il est si beau, j'y peux rien moi…

La porte se rouvre brusquement. Mais cette fois-ci, Malefoy prend bien garde à ne pas se trouver dans son périmètre d'éjection. Il me fusille du regard, me mettant au défie de faire un commentaire. Mais je suis bien trop ravi que son nez soit intact pour songer à me moquer de lui.

Cependant, les doux reproches de mon cher et tendre me ramènent sur terre.

- Abruti ! T'as failli me casser le nez !

- Eh, sur un autre ton, Malefoy ! J'ai pas fait exprès !

- Tu crois peut-être que je vais te croire ? J'aurais pu si tu n'avais pas récidivé tant de fois ! Quatre fois que tu tentes de me bousiller le nez ! Quatre fois ! Et rien qu'en une journée !

- Hého, trois fois, s'te plait ! La quatrième, c'est toi qui t'en es chargée !

- La ferme ! Qu'est-ce que tu as contre mon nez ?

Ce que je voudrais dire, si je n'avais pas tellement la frousse, c'est : « Mais rien du tout ! Au contraire même, je suis en extase devant sa magnificence. ». Mais bien sûr, je n'en fais rien. A l'inverse, j'envenime les choses.

- Je m'en branle, moi, de ton pif !

- Mon PIF ?!

Fuuuuhh ! Je n'aurais jamais cru qu'il puisse monter si haut en aigue, le Malefoy !

- Pour ta gouverne, Potty, je n'ai pas de pif, mais un nez ! Un nez magnifique, qui plus est ! Alors si tu t'en prends encore à lui, je te massacre !

Il est vraiment magnifique quand il est en colère... ses yeux ont cette couleur orage qui m'électrise, ses joues légèrement rosies et sa bouche adorablement pincée… huuum, vraiment craquant…

- Ca veut dire que je peux m'en prends au reste de ton corps sans représailles ? je demande d'une voix rendue rauque par le désir.

Un ange passe. Le blond cligne des yeux, comme s'il n'est pas certain d'avoir bien compris.

- Q-quoi ? s'étrangle Malefoy en faisant un pas en arrière.

Mais je ne peux répondre. Je suis moi-même paralysé par mon audace. On reste un instant qui me paraît une éternité à se dévisager. Puis, Malefoy rougit violemment, d'une manière fort adorable, je doit dire, qui me remue les tripes. Il a les yeux braqués sur mon ventre… non en fait, il regarde plus bas…

Interloqué et légèrement inquiet, je suis son regard. Si je n'étais pas déjà paralysé d'émoi, je crois bien que je me figerais sur place. Parce que, Mesdemoiselles, mesdames et messieurs, la serviette qui me couvrait est à mes pieds en un petit tas chiffonné et Malefoy peut donc contempler la splendide érection que j'expose à l'heure où je vous parle.

Je suis totalement incapable de réfléchir, ni de faire un geste, ma tête s'étant vidé de toutes pensées. Je crois que jamais situation ne m'a paru aussi mortifiante.

- Couvre-toi ! hurle soudain Malefoy.

Je sursaute, relève la tête pour le voir détaler comme un lapin. Il est si pressé qu'il se prend la porte de plein fouet. Je suis dans un tel état de choc que je ne m'inquiète même pas pour son magnifique nez.

Malefoy, lui, est si perturbé qu'il ne se retourne même pas vers moi pour me mettre au défie de me moquer. Il sort vite fait, se tenant le nez et claquant la porte derrière lui à en faire trembler les murs.

Je reste un long moment sans bouger, ayant encore du mal à comprendre ce qui vient de se passer.

Puis, je me prends le poids de la situation de plein fouet. Si là, il ne comprend pas que je suis raide dingue de lui, c'est qu'il est vraiment obtus. Je tremble violemment et m'empresse de m'asseoir sur le lit, mes jambes ne me portant plus.

Maintenant, il ne peut pas ignorer qu'il me fait de l'effet… et ce constat l'a fait fuir… je dois le dégoûter… je ne vais plus jamais oser le regarder en face… je veux mourir…

En plus, connaissant Malefoy, je suis sûr qu'une fois remis de son écoeurement, il va s'empresser de tout raconter à tout le monde. Je vais devenir la risée de Hogwarts. Cette idée m'est insupportable. Non que je prête attention à ce que pensent les autres, mais je ne pourrais pas tolérer de l'entendre se moquer de moi, exprimant toute sa répulsion à mon égard. Je vois la scène d'ici…

Je me jette sur le lit, enfonçant mon visage dans l'oreiller pour étouffer un cri de rage. Pourquoi ça se passe toujours de travers entre nous ? J'ai misérablement envie de pleurer. A ma plus grande consternation, c'est ce que je fais, le visage enfoui dans mon oreille, comme si je voulais m'étouffer.

Je ne sais combien de temps je reste ainsi, à verser toutes les larmes de mon corps. Longtemps assurément, puisque c'est la main consolatrice de Nev qui me sort de ma tourmente. Le visage baigné de larme je lui fais face, avant de m'effondrer dans ses bras.

Nev ne me demande pas d'explication pour l'instant, il se contente de me serrer contre lui, en me caressant tendrement le dos. Je lui en suis grès car ma gorge est si douloureusement nouée que je ne pourrais lui fournir aucune explication cohérente. Quand j'arrive enfin à me reprendre, je remarque qu'il m'a couvert de son blouson. C'est que je suis encore tout nu, moi.

- Pas facile de vivre avec un Serpentard, hein ? soupire-t-il avec un pauvre sourire.

- Et c'est que le premier jour…, je murmure en reniflant. Comment font Dean et Seamus ?

- C'est parce qu'ils ne sont pas amoureux de leurs colocataires. Ils sont donc plus libres que nous. Mais ne crois pas que ce soit facile pour eux, non plus. Ils font beaucoup d'efforts pour vivre en harmonie avec Nott et Goyle. Mais, c'est vrai qu'ils ont la chance d'avoir des colocataires plus conciliants… Allez, raconte-moi ce qui s'est passé.

Je prends une profonde inspiration et lui révèle tout. Quand je finis, il me fixe intensément.

- C'est donc pour ça… Par Merlin, Harry ! Sa fuite n'est peut-être pas un mauvais signe du tout !

Je regarde Nev sans comprendre. Il a l'air surexcité, comme s'il vient de saisir quelque chose d'essentielle.

- Eclaire ma lanterne, là, parce que je ne te suis pas du tout.

Il m'attrape par les épaules et me révèle avec empressement :

- Malefoy a débarqué chez nous, en appuyant sur la sonnette comme un malade. J'ai à peine ouvert la porte qu'il m'est tombé dans les bras me confondant avec Zabini, c'est te dire à quelque point il était bouleversé…

- Il t'est tombé dans les bras ! je m'étrangle, ne sachant si je veux la mort de mon ami tout de suite ou qu'il agonise avant.

- Harry, laisses ta jalousie maladive de côté pour l'instant. Il n'y a vraiment pas de quoi, je t'assure. Moi, je préfère les grands black, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Enfin, pour en revenir à Malefoy, il était aussi rouge que notre blason et bégayait qu'il allait craquer, qu'il n'en pouvait plus, qu'il voulait te toucher, te goûter…

- Malefoy bégayait ? je m'exclame, totalement sidéré. Attends… Il a dit quoi ?!

- Il a dit, je cite : « J'en peux plus… Je vais craquer, Blaise… Je veux tellement le toucher, le goûter… ». Il allait continuer mais ce crétin de Zabruti a débarqué. Dès qu'il nous a vu, il nous a séparé et a entraîné Malefoy dans sa chambre. J'ai pas vraiment cherché à comprendre plus, je suis directe venu te voir.

Il y a un silence abasourdi de mon côté. Je crois que je suis en état de choc, là.

- Est-ce que… est-ce que ça veut dire… qu'il ressent quelque chose pour… moi ? je demande sans trop y croire, d'une voix horriblement tremblante.

- J'en sais rien… mais ça y ressemble vachement, en tout cas… tu l'aurais vu…

- Oh Merlin ! Nev, ne me donne pas de faux espoirs, s'il te plait… Si jamais on a tout faux, je ne le supporterais pas, je lâche en un sanglot en cachant mon visage au creux de son épaule.

- Tu as raison, il vaut mieux attendre de voir ce qui se passe, au lieu de porter des conclusions hâtives… D'un autre côté, ça ne t'a pas vraiment réussi de ne rien tenter jusqu'à présent. Tu devrais peut-être…, songe Nev.

- N'y pense même pas ! je le coupe, paniqué.

Ce qu'il suggère est vraiment terrifiant. Faire le premier pas, séduire Malefoy, le charmer… J'en suis tout simplement incapable ! Ce petit con m'exaspère en moins d'une minute chrono, je n'arrive déjà pas à rester de marbre assez longtemps pour lui parler aimablement, alors le draguer, c'est mission impossible !

Puis la scène de ce matin, où durant quelques secondes une complicité étonnante s'était crée entre nous, me revient en mémoire… Ce n'est peut-être pas infaisable, finalement… De tout façon, impossible n'est pas Potter !

- Harry, il est clair que si tu ne tentes pas quelque chose, tu resteras toujours prisonnier de lui… malgré son sale caractère.

- Ouais, tu peux parler ! Ton prince charmant à toi à toujours l'air constipé, je le coupe, agacé qu'il critique le blond.

- Au moins s'il te rembarre une bonne fois pour toute, tu sauras à quoi t'en tenir, poursuit Nev, sans faire cas de ma remarque.

- Tu as raison, je soupire tristement. Il est temps d'en avoir le cœur net.

Même si je me doute de ce qui va se passer.

- Ca t'en sais rien, dit Nev avec force, qui une fois de plus, semble lire dans mes pensées. Je te jure que si tu avais vu son état, tout à l'heure, tu aurais plus confiance en tes chances, m'assure-t-il.

Devant mon air sceptique, il soupire.

- Bon, on verra ça plus tard. Toi, tu vas dormir pendant que je préviens les autres que la fête est annulée.

J'hoche la tête, me lève pour enfiler mon pyjama.

- Seamus va être déçu. Il ne va pas pourvoir se saouler, je dis avec un petit sourire triste.

- Ils pourront toujours faire la fête entre eux, dit distraitement Nev en mettant son manteau.

- Ca m'étonnerait. Depuis le karaoké, ils sont très mal à l'aise lorsqu'ils sont seuls, je ris doucement.

- Tu m'étonnes ! pouffe Nev. Je reviens vite, me promet-il.

Moi, je me mets au lit avec un soupir. Mais, je n'arrive pas à dormir, bien évidemment. Les suppositions de Nev tournent et retournent dans ma tête à m'en faire mal. Malgré ce que j'ai dit, je ne peux empêcher la partie la plus Poufsouffle de mon être de se faire plein de films sur un couple Potter-Malefoy imminent.

Je ferme les yeux alors que mon esprit revient en arrière… Je suis de nouveau nu… Malefoy est devant moi… Il ne s'enfuit pas… Au contraire, il avance vers moi d'un pas lent, sensuel…

- Réveilles-toi, espèce de pantouflard ! hurle Seamus en me sautant dessus, coupant court à mon fantasme.

Je vais le tuer ! Non mais on n'a pas idée d'interrompre un si magnifique rêve !

- Harry, lâches-le ! intervient précipitamment Dean alors que j'étrangle allègrement l'irlandais.

- Désolé, Ry. Ils voulaient absolument venir te remonter le moral, s'excuse Nev avec une grimace dépitée.

Je lâche Seamus – ou plutôt je le vire de mon lit sans douceur – et je me lève, avec un soupir agacé. J'arrache la bouteille de whisky des mains de l'irlandais et m'enfile une rasade. Finalement, me saouler me paraît une bonne idée. C'est soit ça, soit continuer à m'enliser dans la probable naissance du couple Potter-Malefoy, donc…

- Bois pas tout, espèce d'ivrogne ! proteste Seamus en me prenant la bouteille des mains.

Mais je ne me laisse pas facilement déposséder.

- Bas les pattes ! je crache en amenant la bouteille à moi.

- Alors là, n'y compte pas, vieux !

- C'est à moi !

- Non à moi !

- A moi !

- A moi !

Etc, etc…

- Et ils ne sont même pas encore bourrés ! Je sens que la conversation ne va pas voler très haut, ce soir non plus, soupire un Dean usé par nos chamailleries.

- Est-ce que ça a jamais volé très haut quand le whisky est en cause ? fait remarquer Nev.

Seamus et moi sommes trop occupés à nous disputer la bouteille d'alcool pour relever.