Bonjour à tous et à toutes !
Je suis sincèrement désolée pour le retard, malheureusement, j'ai une assez mauvaise nouvelle à vous annoncer. Compte tenu que ma santé ne fait que se dégrader ces temps-ci, je vais me faire hospitaliser, donc je ne pourrais plus écrire pendant un certain temps, voilà pourquoi je vous mets tous les chapitres finis que j'ai en stock. J'espère que jevous retrouverais bientôt et en meilleure forme que maintenant. Pour ceux qui voudraient savoir ce que j'ai, voilà le résumé : kist au genou, problèmes au bassin et au dos (un lombaire qui se fait la malle et une petite déviation de la colonne vertébrale), tout nouveau tout chaux qui vient s'ajouter aux autres depuis peu, problèmes digestifs très mais alors très douloureux avec inflammation de l'estomac, si avec tout ça les medecins n'ont pas de quoi s'occuper pendant un temps, je ne sais pas ce qui leur faut !
Bonne lecture à tous et toutes
Semaine 1, Mardi.
Quand je me réveille le lendemain matin, je sais tout de suite que je me suis encore saoulé à mort car un troll particulièrement hargneux tape de toutes ses forces dans ma caboche pour en sortir. Faut que je me trouve une potion anti-gueule de bois.
Je me lève donc difficilement, car le moindre mouvement donne un regain de force au troll, et me mets en quête de la potion salvatrice. Je trébuche sur une chaussure traînant par là et dans mon extrême lucidité je lui fais un sévère « chuuuuut ! ».
- … … …
Je crois que je suis toujours bourré, moi !
Je secoue la tête au risque d'exploser les derniers neurones toujours fidèles au poste, mais il faut vraiment que je me remette les idées en place.
Ouch ! Très, mais alors très mauvaise idée !
La pièce tourne autour de moi. Je me vois contraint de m'adosser au mur pour ne pas tomber. Je me demande ce que j'ai bu la veille pour me mettre dans cet état.
Quand je reprends enfin un semblant de lucidité, deux choses me frappent de plein fouet, aggravant mon cas :
Un, je ne suis pas dans le dortoir des Gryffondor, mais dans un monde virtuel.
Donc deux, il n'y a pas de potion anti-gueule de bois dans ce putain de monde.
Au secoooooooooouuuurrsss !!!!!!
J'en pleurerais presque si cela ne risquait pas d'aggraver mon mal de tête. Accablé, je me résigne alors à utiliser la bonne vieille méthode moldue : café serré et aspirine. Merlin remercie Nev n'avoir insisté pour qu'on fasse un détour par la pharmacie, hier.
Titubant, je vais dans la salle de bain prendre deux aspirines, vais dans le coin cuisine, prend un verre dans un placard, le replis d'eau et y jette les deux cachets. Tout ça avec une telle lenteur que j'ai l'impression qu'on s'est amusé à me mettre sur ralenti.
En attendant que les comprimés se dissolvent, je mets l'eau à chauffer pour le café et part à la recherche du dit café dans les placards. Comme ce n'est pas moi qui l'ai rangé, je mets un peu de temps à le trouver et peste contre Malefoy tout au long de l'opération. Quand je le déniche enfin, la bouillard siffle agressivement, me donnant envie de la balancer par la fenêtre.
Je me restreins à arrêter le feu. Je bois mon verre de remède, ne pouvant réprimer une grimace au goût amère du liquide. Puis je me fais un café bien noir. Je vais m'installer à la table tel un zombie, ma précieuse tasse de salue bien en main. Je me laisse tomber sur le banc qui couine un peu sous mon poids et prend une gorgée de café.
Le breuvage est brûlant et je me crame la langue, mais je suis encore suffisamment en mode « cuvage » pour ne rien sentir. Je reste longtemps comme ça, à me cloquer la langue, avant que les autres ne débarquent.
Dean et Seamus ont une tête de déterrés et s'affalent à table avec des gémissements douloureux. Une fois de plus, je constate que Nev, lui, est parfaitement frais et dispo. Mais comment il fait ? Il ne boit pas moins que nous, je vous jure ! Alors pourquoi il est pas en mode zombie, lui ?
- Dean, Seamus, du café ? propose-t-il.
- Grumph, est la réponse édifiante des deux ogres.
Dans le jargon ogrinois – si, si, ce mot existe, il vient de « ogre »… mais puisque je vous dis qu'il ex… bon stop ! Qui est l'expert en monde magique, ici ? Et oui, c'est moi ! Alors vos gueules !
Donc, dans le jargon ogrinois, ça veut dire : oui. En tout cas, Nev le prend comme tel puisqu'il sort trois tasses. Surtout fait comme chez toi ! Putain, le sans-gêne des Gryffondor me tuera un jour !
Je ne sais pas vraiment combien de temps on reste comme ça, affalés à la table à nous brûler la langue sans rien dire, mais au bout d'un moment, la méthode moldue fait son effet. C'est là que je m'étonne de la table et des bancs nous accueillant. Quand est-ce que je les ai fait ? Trou noir. Merde, J'ai vraiment trop bu, hier !
- Cette nuit, dit Nev en me regardant.
Il a visiblement deviné ce qui me turlupine.
- Après t'être torché comme pas permis, il t'a pris la lubie de faire de la menuiserie. Au début, je dois dire que j'étais plutôt inquiet, vu que tu ne tenais pas vraiment débout. Mais après une heure à te surveiller, j'en ai conclue que tu maîtrisais la situation d'une manière étonnante. Je suis donc aller me coucher.
- Ah, c'est tout ce que je trouve à dire tellement je suis bluffé par ma propre virtuosité.
- Ben dit donc, t'as l'alcool productif, toi ! siffle Seamus, admiratif. Moi, je suis incapable de pisser dans le trou quand je suis bourré.
- Même quand t'es sobre, tu sais, l'informe Dean avec une petite moue dégoûtée.
- N'importe quoi ! proteste vivement Seamus.
- Alors je suppose que des couches-culottes serait un merveilleux cadeau d'anniversaire pour toi, se moque Nev.
- Si tu oses… ! éructe Seamus, en se levant d'un bond.
C'est une très mauvaise idée car non seulement son mal de tête revient en force mais en plus, il renverse la tasse de café sur son tee-shirt.
- On rajoutera des bavoirs avec, je jette sans pitié.
Dean et Nev semblent beaucoup apprécier ma remarque car ils sont pliés de rire. Seamus fait mine de vouloir m'étrangler mais je m'échappe lestement. On se fout joyeusement de sa pomme, renchérissant à qui mieux-mieux sur sa future garde-robe version razmoquette.
Mais mon sourire disparaît vite fait quand je constate clairement que mes parasites d'amis ne se sont pas contentés que du café. Divers gâteaux jalonnent la table et ils se goinfrent scrupuleusement.
- Bon, si vous avez fini de vider mes placards, cassez-vous ! je jette en me levant.
- Roh l'autre, comme il parle ! râle Seamus.
- Tu vas quand même pas oser nous foutre dehors alors qu'on ne peut même pas marcher ? se scandalise Dean. C'est de la non-assistance à personne en danger, ça, vieux !
- C'est comme ça que tu nous remercies de t'avoir soutenu ? s'indigne Nev. Ingrat !
- Vos gueules ! Les mecs du téléphone et de l'eau ne vont pas tarder. Alors bougez-vous !
- Putain, mais j'y crois pas ! T'es un enfoiré, Harry, scande Seamus, avant de se prendre la tête entre les mains en grimaçant un aïe piteux.
- Bande d'abrutis, c'est pour vous que je dis ça ! Si je ne me trompe pas, vous avez aussi rendez-vous avec les techniciens, non ? A moins que vous voulez laisser vos colocs s'en charger ?
Ils me jettent des regards horrifiés, n'ayant apparemment pas vu les choses sous cet angle. Puis, ils détallent vite fait vers leur appartement respectif, l'idée de laisser les Serpentard s'occuper de leurs visiteurs ne les enchantant pas plus que ça, visiblement.
- Et qui c'est qui se tape la vaisselle ? je grommelle, agacé.
- Tu parles tout seul, Potty ? Exhibitionnisme et aliénation. Décidément, tu accumules les tares.
Je me fige, reconnaissant cette voix entre mille. Lentement, je me tourne vers lui, mon cœur battant à cent à l'heure. Il est sur le seuil de la porte d'entrée, laissée grande ouverte par Nev. Il est impeccablement vêtu, coiffé, rasé.
Ce qui me décontenance le plus, c'est que rien dans son expression ne montre le trouble dont m'a parlé Nev. Je dois dire aussi que je ne m'attendais pas à ce qu'il aborde d'entrée de jeu la scène de la vieille. Nev m'a dit qu'il était bouleversé, alors je m'imaginais naïvement qu'il serait trop gêné pour en parler. J'ai simplement oublié qu'on parle de Draco Malefoy.
Le visage impassible, il me détaille nonchalamment. J'ai alors affreusement conscience de porter pour tout vêtement un bas de pyjama tous froissés, d'avoir les pieds nus. Mes cheveux atteignent des sommets qui défient la gravité. Je ne suis ni lavé, ni rasé. Bref tout le contraire de lui.
Le regard dédaigneux qu'il pose sur moi me fait me sentir encore plus minable. En même temps, une colère sourde, teintée d'abattement, gronde en moi. Pourquoi n'est-il pas chamboulé ?
Son stoïcisme m'enrage. Son petit air supérieur me donne déjà envie de le frapper. Ses yeux bleu-glace me blessent. Ses paroles froides me transpercent.
Nev s'est trompé…
J'étouffe scrupuleusement un gémissement de désespoir et me cache derrière la seule cuirasse me protégeant du monde extérieur. En un battement cils, mon masque du Survivant se met en place.
- Exhibitionnisme ? C'est pas plutôt toi qui est atteint de voyeurisme, je rétorque dédaigneusement.
- Quoi ? siffle Malefoy. C'est toi qui paradais tout nu dans l'appartement.
- D'un, je ne paradais pas tout nu, mais en serviette.
- C'est vrai que ça fait une grosse différente, ironise Malefoy.
- Plus que tu ne le crois ! De deux, j'étais dans ma chambre, je m'énerve. Je te ferais remarquer que la chose qui a failli te casser le nez s'appelle une porte, à laquelle il faut frapper avant d'entrer dans une pièce.
- J'ai frappé !
- Tu l'as défoncé, nuance !
- Un Malefoy ne défonce pas les portes.
- T'es pas un Malefoy alors parce que c'est exactement ce que tu as fait.
- Non !
- Si !
- Non !
- Si !
- Tu m'exaspères, Potter !
- Et toi, tu me gonfles, Malefoy !
- Parfait !
- Nickel !
Sur cette discussion très adulte, on part chacun de notre côté, vers nos chambres respectives. Comble de malchance, on se trompe de direction. Résultat, je suis dans la chambre de Malefoy, donc je suppose logiquement qu'il est dans la mienne. Je fais précipitamment le chemin inverse, croise le blond qui fait de même.
- Si t'as touché à mes affaires avec tes sales pattes, je te castre ! me promet-il.
- Les pattes, c'est pas plutôt du domaine des fouines ? Fouine voyeuse, en plus !
- Cette fois, je te fais la peau, pauvre dégénéré !
On va allègrement s'entretuer quand la sonnerie de la porte d'entrée nous persuade de remettre notre projet à plus tard. On se précipite pour ouvrir, se battant pour avoir le dessus sur l'autre. Au finale, on ouvre la porte ensemble, avec une brusquerie qui fait sursauté les deux techniciens. On se chamaille sous leurs yeux ébahis. Mais on est trop occupé à se fusiller du regard pour percevoir leur désarroi.
- Hum, hum… Messieurs Potter-Malefoy ? tente timidement l'un d'eux.
Bien mal lui en prit car il se prend aussitôt deux coups d'œil incendiaires.
- N'associez pas mon nom avec celui de ce cinglé(Malefoy)/pervers(moi) ! on s'écrie en même temps avant de se regarder comme vampire et lycan.
L'homme sursaute, tremblant d'effroi.
- Dites, on n'est pas venu ici pour servir de défouloir. Alors soit vous nous laissez entrer pour qu'on fasse notre boulot, soit on s'en va, s'énerve l'autre homme, visiblement moins patient et impressionnable que son congénère.
Cette petite mise au point a au moins le mérite de m'éclaircir les idées. Je retiens un gémissement devant le pathétisme de ma conduite. Non mais j'ai plus onze ans moi !
- Excusez notre désagréable accueil, messieurs. Si vous voulez bien vous donnez la peine d'entrer, dit poliment Malefoy en s'effaçant pour les laisser passer.
Hey, c'est à moi de dire ça ! Ce petit con m'a coupé l'herbe sous le pied. Du coup, c'est lui qui passe pour responsable et moi pour le puéril. Grrr…
- C'est bon, Malefoy, je me charge du reste, je décrète en m'avançant vers les deux hommes.
- Pourquoi toi ? proteste le blond.
- Peut-être parce que je suis plus dans mon élément que toi. J'ai pas envie qu'ils mettent trois heures à tout installer, simplement parce qu'ils doivent tout t'expliquer.
Il se rembrunit sous cet argument et me fusille du regard. Vexé, il part bouder dans sa chambre.
- Eh ben ! Vous ne devez pas vous ennuyer, ricane l'un des techniciens, celui qui nous a rembarré.
Je lui lance un regard qui dit clairement qu'il ferait mieux de se mettre au travail avant que je ne le trucide.
- Uhuh ! On se calme, mon petit, tempère-t-il en levant les mains. Vraiment, les jeunes d'aujourd'hui, plus aucun sens de l'humour, marmonne-t-il.
Le technicien de l'eau part dix minutes plus tard. Franchement, pour ce qu'il a fait celui-là, j'aurais aussi bien pu le faire moi-même. Ils abusent tout de même de faire payer les gens pour ça !
Enfin, au moins maintenant, j'ai de l'eau chaude. Je vais en profiter tout de suite, en prenant une bonne douche bien brûlante. Quand je sors de la salle de bain, le technicien du téléphone est toujours là. Il faut dire qu'il doit aussi m'installer le Net alors forcément, ça prend plus de temps que de mettre en marche un compteur.
Comme l'ordi est dans ma chambre et que je n'ai pas pensé à prendre des vêtements de rechange, je me vois dans l'obligation de parader tout nu, comme dirait l'autre.
- Ah ! J'allais vous chercher, justement, me dit le technicien quand j'entre dans la chambre.
- Je peux m'habiller, d'abord ?
- Ah, euh, oui bien sûr, bafouille-t-il en rougissant.
J'hausse des sourcils. Il a jamais vu un mec nu de sa vie ou quoi ? Mouais bof, on s'en fout. Avec un hochement d'épaule, je vais à mon armoire et y prend quelques vêtements. Je retourne dans la salle de bain, m'habille et refait le chemin inverse.
Il m'explique comment marche le Net et tout ça. Mais vu que je m'y connais sans aucun doute mieux que lui, j'écoute d'une oreille distraite. Dès qu'il s'en va, j'allume illico mon PC et me connecte. Avec une habileté qui dénote une grande pratique, je surfe, à la recherche d'un site proposant des emplois. Plus vite j'en aurais un, plus j'aurais d'argent le mois prochain.
Mine de rien, notre installation nous a coûté bonbon. Sur un budget de 5 000 winzflouz pour l'appart, il n'en reste que 250. Vu le coût de la vie, ici, ça servira juste pour les courses ce mois-ci, et encore, faudra se restreindre et ne prendre que l'essentiel. Heureusement qu'on a donné trois mois de loyer d'avance. C'est toujours un souci de moins, mais il reste tout de même la bouffe et les diverses factures. Donc, boulot, boulot !
En plus, il ne me reste que 300 winzflouz après mes achats personnels, c'est-à-dire, les fringues et l'ordi. Ah, c'est vrai que Malefoy m'en doit 850. Et tout ça rien qu'en fringues ! Faudrait que je les lui demande, d'ailleurs. Comme je le connais, il est du genre à ne jamais rembourser ses dettes.
Penser au blond me ramène immanquablement à notre dispute et à son absence de bons sentiments à mon égard. Nev s'est trompé. J'aurais dû m'en douter. Je m'en veux de m'être fait tant d'illusion. Comme si Malefoy, l'hétéro par excellence, aller tomber subitement amoureux de moi par la réalisation du St Esprit. Vraiment Harry, arrêtes-toi là dans le délire !
Sentant la morosité m'accabler, je me secoue. Bon, mettons-nous au travail ! Comme ça, je ne penserais plus à Malefoy et son caractère d'hippogriffe.
J'en profite aussi pour me documenter sur les auto-écoles. Après tout s'il y a des voitures, c'est bien qu'il doit y avoir des organismes enseignant la conduite. Une voiture n'est pas négligeable lorsqu'on veut une certaine autonomie, pour sortir, aller au travail, etc.
Je me renseigne aussi sur ce monde virtuel, trouvant de grandes similitudes avec le jeu original, mais aussi pas mal de nouveautés assez intéressantes, comme le fait d'avoir beaucoup plus de choix de carrière, ou encore celui de pouvoir voyager dans des contrées lointaines aux noms exotiques.
Toute à ma découverte, je ne vois pas l'heure défiler. Quand j'en sors enfin, midi est passé depuis longtemps. Je m'étire et éteins l'ordi. Je sors de la chambre en baillant pour découvrir Malefoy devant les fourneaux, fixant une poêle avec perplexité.
Mais qu'est-ce qu'il fait ? Il ne compte pas cuisiner, tout de même ?
- Malefoy, pose ça tout de suite ! j'ordonne comme s'il tient une bombe nucléaire entre les mains.
Il sursaute violemment, lâche la poêle qui lui tombe sur le pied.
Oups ! Ça doit faire mal, ça !
Il pousse un cri de douloureux et se met à sauter sur un pied, se tenant celui blessé. Je suis si incrédule que je ne rigole même pas.
- Mais tu le fais exprès ! hurle-t-il une fois remis, tenant la poêle, qu'il a ramassé entre temps, comme une arme.
Je ne l'écoute pas. Je regarde ce qu'il s'apprête à cuir. Deux œufs, du sel, du jambon… jusque-là rien de répréhensible. Par contre, je me demande fortement à quoi peut bien servir le dissolvant et les billes de lessive. J'ai peur d'avoir la réponse.
- Tu comptes faire quoi exactement avec ça ? je demande malgré moi en désignant les deux ingrédients incongrus.
- Mais cuisiner, crétin ! Que crois-tu que j'allais faire ? Jouer au Quidditch ? s'excède le blond en posant brusquement la poêle sur la table de travail, écrasant les œufs. Regarde ce que tu m'as fait faire ! Tu m'ennuis, Potty ! Va donc voir dans ta chambre si je n'y suis pas !
Je balaie la remarque d'un mouvement de main agacé. Surtout que l'image de Malefoy dans ma chambre soulève des visions franchement pas au goût du jour.
- Tu allais cuisiner ?
- Oui !!
- Avec du produit pour nettoyer le sol et celui pour laver le linge ?
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? C'est de l'huile et des oignions, crétin !
Il passe un long moment où j'ai parfaitement conscience de fixer Malefoy avec sidération. Il a l'air tellement sûr de son fait qu'il est évident qu'il croit ce qu'il dit, en plus.
- Rassure-moi, Malefoy, t'as déjà vu un oignon de ta vie ? j'inquiète tout de même, ébahi.
- Potty, j'ai franchement pas le temps d'écouter tes gamineries, là !
- J'y crois pas ! Mais tu viens de quelle planète, sans dec ? Ca, c'est un oignon et ça c'est une bille de lessive à mettre dans le lave linge, compris ? Maintenant, tu vas me faire le plaisir de mettre une distance de sécurité raisonnable entre cette cuisine et toi. Je ne veux plus te voir devant les fourneaux !
- Si tu veux jouer les donneurs d'ordre, commence déjà par avoir une conduite alimentaire saine, rétorque-t-il froidement. Ce n'est pas parce que tu manges à n'importe quelle heure que je dois en souffrir. Alors la prochaine fois, tu serviras le repas à midi.
- Si j'étais toi, Malefoy, je le prendrais sur un autre ton. Parce que vu ce que tu comptais faire, tu as définitivement intérêt à ce que je cuisine, je contre, glacial.
Je lui cloue le bec, bien sûr.
- Mets la table, le temps que je prépare quelque chose, j'ordonne en sortant des ingrédients du frigo.
J'avise le regard scandalisé qu'il me lance.
- Quoi ? Ne me dits pas que tu ne sais même pas mettre la table ? C'est pas un colocataire que j'ai, mais un boulet, je me désespère avec dédain.
Furieux, le blond fait un visible effort pour ne pas répliquer, voir pire. Dans son désir de me prouver que j'ai tort, il vole presque jusqu'au placard, à la recherche de la vaisselle. Je réprime un sourire amusé. Il ne marche pas, il court, lui !
Alors que je suis en train de battre vigoureusement les œufs, la sonnette tinte.
- Malefoy, va ouvrir, je lance.
- Je ne suis pas ton larbin, Potter, cingle le blond en s'exécutant tout de même.
Vu sa démarche rageuse, je plains le visiteur. M'est d'avis qu'il va servir de défouloir au Serpentard.
- Quoi ? aboie Malefoy justement en ouvrant brusquement la porte.
- Salut ! Je vois que tu es autant de bonne humeur le matin que l'après-midi, ironise Nev en entrant sans façon.
Dean, Seamus, Nott, Goyle et Zabini sont à sa suite. Je devine que seule sa perplexité à la présence de ses amis, empêche Malefoy de répliquer sèchement.
Je lance un regard interrogateur vers Nev qui a les bras chargés de sacs. Seamus et Dean en ont aussi, ainsi que les Serpentard.
- Que nous vaut ce débarquement massif ? demande Malefoy à Zabini.
- Une idée des Gryffondor, répondit celui-ci d'un ton morne prouvant tout le bien qu'il pense de l'idée en question.
- Je vois, soupire le blond, résigné.
- Nev ? j'interroge.
- Ben, en fait, je voulais m'incruster à déjeuner. Je ne sais pas pourquoi, mais mon cher colocataire a éprouvé une envie subite de faire de même dès que j'ai révélé mon intention, dit sarcastiquement Neville.
Au ton de sa voix, je devine qu'il a encore eu une altercation avec ce connard de Zabruti. Mais franchement, qu'est-ce qui lui a pris de tomber amoureux d'un enfoiré pareil ? Ouais bon, d'accord, je suis peut-être mal placé pour parler, mais tout de même…
- Dans l'ascenseur, on a rencontré Dean et Seamus qui ont voulu venir et leurs colocs ont suivit.
- N'nous fous pas dehors, Ry ! Regarde, on a même apporté de quoi faire un délicieux repas, implore Seamus en désignant les sacs.
- Arrête ton cirque, je soupire, exaspéré. Ca ne me dérange pas que vous mangiez ici. Au contraire même, j'en suis ravie. Mais ne comptez pas à ce que je me tape tout le boulot !
- Hey ! On n'a jamais rechigné à mettre la main à la patte, me rappelle Dean en sortant de la laitue de son sac. Je m'occupe de l'entrée.
- Moi, du désert, propose Nev.
- Et moi, de l'apéro ! s'exclame Seamus avec un large sourire.
- J'en étais sûr, disons-nous, Nev, Dean et moi-même, d'un air blasé.
- Yo, Théo ! Mets la zic, please, lance l'irlandais en sortant les bouteilles d'alcool. Goyle, tu peux apporter des verres ?
Je suis un peu inquiet en voyant Nott s'approcher de mon poste CD. Mais à mon grand étonnement, il s'en sort très bien, malgré quelques hésitations. Seamus lui fait un signe de victoire et un clin d'œil, auquel son colocataire répond par un sourire sincère que je ne lui ai jamais vu. Stupéfiant !
Nev et moi, on fixe Seamus un instant, se demandant quel pouvoir il peut bien avoir pour se lier aussi rapidement avec les gens.
- Wouh ! Let's go, boys ! Move ! Move ! hurle Seamus en se trémoussant sur une chanson en vogue.
Les Serpentard le fixent comme s'il a perdu l'esprit, sauf Nott, qui a un sourire indulgent. Ces deux-là se sont vraiment rapproché en si peu de temps… à moins qu'ils n'entretenaient déjà une relation amicale avant notre venue dans ce monde ? Je suis sceptique, quand même. Seamus n'est pas du genre à cacher ce type d'information, même si ça doit lui coûter notre amitié.
Après avoir servi un apéritif à tout le monde, Seamus continue à se déhancher sur la musique, son verre à la main. Il réussit même l'exploit d'entraîner Nott avec lui.
- Elle est vraiment belle, cette table. Magnifiquement ouvragé, admire Zabini en caressant amoureusement les sculptures des pieds de la table. Elle a du vous coûter une fortune.
Malefoy fronce des sourcils, fixant la table d'un air perplexe.
- A vrai dire, je ne me souviens pas qu'on l'ait acheté, dit-il, songeur.
- Quoi ? Vous l'avez volé ? ricane Goyle.
- Bien sûr que non, répond sèchement le blond.
Il détaille toujours intensément la table comme si elle va lui dire le mystère de sa présence dans son salon.
Moi, je ricane intérieurement. J'imagine déjà leurs têtes quand ils sauront que c'est moi qui l'ais fait.
- Vous ne torturez pas plus, les gars, lance Nev. C'est Harry qui l'a fait, cette nuit.
Les regards incrédules que me lancent ces trois crétins me vexent légèrement.
- Tu plaisantes, Londubat ? renifle Zabini.
Mais oui, c'est ça, rajoutes-en une couche, toi ! Abruti de Serpentard !
- J'ai des preuves si vous voulez, dit Nev avec un haussement d'épaule.
Il va prendre un appareil photo dans la poche de son blouson.
A force de photographier des plantes dans la Foret Interdite, Nev est devenu un vrai passionné de photos. Ca ne m'étonne même pas qu'ici aussi, il se balade avec un appareil toujours sur lui.
- Hep, hep, hep ! Viens par ici, Nev, je l'arrête tout de même.
Parce que bon, si c'est des photos de la nuit dernière, je ne dois pas être très beau à voir. J'ai pas envie que Malefoy me voit bourré, moi.
- T'inquiète, Ry, y a rien de scabreux, m'assure mon meilleur ami, en cherchant les clichés –apparemment, c'est un numérique. Wow ! Sont vraiment à la pointe de la technologie, les jumeaux ! –.
Pourquoi je ne le crois absolument pas ? Pour m'assurer de ses dires, je lui cours après, voulant absolument prendre l'appareil. Mais Nev m'esquive et montre les clichés aux Serpentard.
Furieux, je me penche pour voir les photos, moi aussi, près à étrangler Nev au moindre cliché douteux. En faite de photos, ce sont plusieurs petits films retraçant les divers étapes de la fabrication. Rien de bien sensationnel, en somme. Par contre, je me serais bien passé de la petite remarque de Nev à la fin du film sur mon amour immodéré pour la menuiserie, quand il me prévient qu'il va se coucher et que je ne lui prête même pas attention.
- Tu es vraiment doué, Potter, me complimente Nott.
- Merci, je dis simplement.
Je suis déçu que Malefoy ne dise rien. Il a même à peine daigné jeter un coup d'œil aux films. De tout façon, à quoi je m'attendais ? A ce qu'il m'encense ? Youhou ! Harryyy, réveilles-toi ! Tu parles de Malefoy, là !
Mais il aurait au moins pu reconnaître mon talent… Crétin de Serpentard !
- Harry est doué pour plein de trucs, s'exclame Seamus en nous tombant dessus. Par exemple, avec sa bouche, il…
Pressentant qu'il va encore sortir une connerie, je lui fourre mon torchon dans la bouche avant qu'il ne puisse finir, l'étouffant presque. Puis, je pars tranquillement finir le déjeuner avec Dean et Nev, morts de rire. Seamus recrache le torchon et fait mine de venir se venger mais le couteau de boucher que je manipule avec dextérité semble le dissuader.
A trois, cuisiner va nettement plus vite. En un rien de temps, la salade repose dans le frigo attendant d'être servis, la tarte aux fruits rouge cuite, la viande grillée et les pâtes égouttées et assaisonnées.
- Ry ! Come on ! m'interpelle Seamus.
L'enthousiasme de l'irlandais est communicatif, ce qui explique que je suis suffisamment détendu pour ne pas refuser de le rejoindre dans son délire. Je laisse Nev mettre les plats à table, aidés de Nott et Goyle. Je prend une spatule en bois au passage, rejoins Dean et Seamus.
Je suis sans la moindre difficulté les mouvements de Dean, réputé excellent danseur, et chante sans fausses notes. Faut dire aussi que je connais la chanson par cœur. Le rythme est très changeant et dense. Dean s'en donne à cœur joie pour faire des pas techniques très classes. Seamus, lui, me donne la réplique, suivant la cadence effrénée imposée par le noir, sans difficulté. On forme un trio sensas. Normal, on a des années d'expérience au karaoké !
Happé par l'euphorie du moment, j'en viens même à oublier devant qui je me trémousse et m'égosille de la sorte. On finit par une derrière formation, avant de prendre la pose finale sur la dernière note de la chanson.
- Woooow !! s'écrie Nev en applaudissant avec ferveur. Super, les gars !
Il est assis juste devant Zabini et ne peut donc pas voir le regard étrange que ce dernier pose sur son dos… En fait, au niveau où descendent ses yeux, je suis prêt à mettre ma main au feu que c'est ses fesses qu'il fixe. Hum, hum, voilà qui est intéressant !
- Fufuuu ! siffle Nott, admiratif, agréablement surpris par notre démonstration.
Goyle aussi applaudit, mais avec un peu moins d'ardeur que Nev. Malefoy me regarde bizarrement. En fait, si je ne savais pas de qui il s'agit, je dirais qu'il me… mate ?!
Je balance vite fait cette idée saugrenue hors de ma tête, le fiasco de ce matin encore à l'esprit. Faut vraiment que j'arrête de prendre mes rêves pour des réalités.
- Vous êtes vraiment doués, nous complimente Nott, songeur.
- Si doués qu'ils devraient faire un Boys Band, rajoute malicieusement Nev.
- Ca va pas la tête ! on s'écrie, Dean et moi, le foudroyant du regard.
Ca n'impression pas Nev qui ricane bêtement.
- C'est pas une mauvaise idée, ça, approuve Seamus, d'un air songeur. On ferait un tabac !
- La ferme ! lui ordonne Dean alors que je lui donne un coup de spatule sur le crâne pour lui remettre les idées en place.
- Aïe ! Bande de brutes ! Nev, au secours ! Protège-moi ! Je suis attaqué par des ogres ! pleurniche l'irlandais, en se réfugiant dans les bras protecteurs de Nev.
- C'est ça ! Va pleurer dans les jupes de maman, se moque Dean.
- C'est qui la maman, Thomas ? siffle dangereusement Nev en se levant si brusquement que Seamus finit le cul par terre avec un « aïeuh » pittoresque.
Moi, je suis mort de rire.
- Bon allez, à table, tout le monde, coupe Nott en s'interposant entre nous.
Un silence étonné s'en suit. Aucun de nous n'ayant anticipé cette assistance inattendue. Les Serpentard sont aussi stupéfaits que nous.
Nott, lui, semble un peu perdu. On dirait qu'il a agit plus par réflexe que volontairement, comme s'il a l'habitude de jouer les conciliateurs. Peut-être est-ce son rôle dans leur bande.
Seamus désamorce la situation, comme d'habitude.
- Tu as parfaitement raison, mon pote ! s'exclame-t-il en sautant joyeusement sur le dos de Nott. A table ! scande-t-il comme d'autres annonceraient la guerre.
Je vais chercher une carafe d'eau que Seamus a étonnamment oublié de mettre. Revenant, je me félicite d'avoir privilégié les bancs au lieu des chaises, en voyant tout ce petit monde. Je déchante vite fait, bien fait. Il ne reste plus qu'une place. A côté de Malefoy.
On ne s'y attendait pas du tout à celle-là ! L'auteur devrait peut-être tenter de miser sur l'originalité de temps en temps, non ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
Avec un stoïcisme qui me sidère moi-même, je m'assoie à côté de lui sans rien dire. Je me rends alors vite compte du défaut majeur des bancs : le manque d'espace. Ma cuisse frotte celle de Malefoy d'une manière parfaitement évidente. Un frisson me parcourt le dos à ce contact et mon cœur bat si fort que je suis sûr que tout le monde l'entend.
- Bon appétit ! souhaite Seamus avant de se servir de la salade.
On lui répond en cœur et entamons le repas. Ce dernier se relève être un véritable calvaire. Non que les plats soient mauvais, mais je dois lutter contre mon émoi à chaque fois que ma cuisse frotte celle du blond. Ce qui arrive très souvent, vu que Malefoy n'arrête pas de gesticuler en tout sens. A croire qu'il le fait exprès, ce crétin !
En tout cas, s'il n'arrête pas, je peux vous dire que c'est autre chose qu'il va déguster le blondinet.
Argh ! Ne pas penser à ça ! Surtout ne pas penser à ça !
Je me focalise de mon mieux sur la conversation pour ne pas céder à mon envie de lui faire goûter ma bosse.
- Harry, tu veux venir avec nous en ville ? me demande Seamus.
- Pourquoi pas. Je dois y aller de tout façon.
- Ah ? Tu comptes faire quoi ?
- Aller à l'agence pour l'emploi y déposer mon CV et m'inscrire à une auto-école.
- Fuuh ! Tu perds pas de temps, toi, siffle Dean, surpris.
- Ben, tu sais, plus on tardera à trouver un boulot et moins grosse sera la paie le mois prochain, donc…
- C'est quoi une otocol ? demande Nott avec intérêt.
- Auto-école, corrige machinalement Nev. C'est une école qui apprend aux gens à utiliser une voiture. Quand tu as enfin le niveau, tu passes des examens. La théorie d'abord avec le code de la route, qui est un ensemble de règles pour éviter que tout le monde fasse tout et surtout n'importe quoi. Puis, la pratique qui détermine si tu es apte à conduire seul. Si tu réussis les deux, l'examinateur te donne ton permis de conduire. Alors seulement tu peux acheter une voiture et t'en servir.
- Alors, il faut impérativement le permis de conduire pour avoir une voiture ? s'enquit Goyle.
- Non. Mais si la police te choppe à conduire sans permis, c'est en tôle directe, avertit Seamus, avec un mouvement menaçant de sa fourchette.
- En tôle ? répète Nott, perplexe.
- En prison, si tu préfères, répondit Dean.
- Quel intérêt de conduire sans permis alors ? dit dédaigneusement Zabini.
- Bah tu sais, la voiture est un outil important chez les moldus, explique Dean. Comme le transplanage, pour nous. Le problème, c'est que ça coûte cher le permis. Tout le monde n'a pas les moyens de se le payer, donc certaines personnes violent carrément la loi.
- Sans oublier les jeunes qui n'ont pas l'âge de conduire, mais qui veulent absolument impressionner leurs potes, j'ajoute.
- A quel âge peut-on passer le permis ? dit Nott que le sujet semble vivement passionner.
- La majorité, chez les moldu : 18 ans, je réponds.
- Alors, tu ne peux pas le passer, Potter, souligne Goyle.
- Dans la réalité, non. Mais ici, oui, puisque je suis sensé avoir 20 ans.
- Hein ? font les autres.
- C'est quoi ce délire ?! D'où t'as 20 ans, toi ? s'insurge Seamus.
- C'est marqué dans le journal de bord, je réponds, placidement.
- Tu veux parler de ça ? demande Nott en sortant le dit journal électronique.
J'hoche la tête.
- Tu peux me montrer comment il marche, s'il te plait ? Je n'arrive à rien, avoue Nott avec une grimace agacée.
- Ouais. Mais, tu vas devoir l'ouvrir toi-même en suivant mes instructions, parce qu'il y a une protection qui empêche ceux qui ne sont leurs propriétaires de les utiliser, je dis en me levant.
- Comment as-tu découvert cette caractéristique, Potter ? demande Malefoy, soupçonneux.
Oups !
- Le tien n'a pas voulu marcher quand j'ai tenté de l'ouvrir, j'explique, l'air de rien.
- Tu quoi ? s'étrangle le Serpentard.
- Calme ta joie, Malefoy ! C'est pas comme si j'ai fait exprès.
- Oh, c'est vrai ! J'oublie que Saint Potter ne fait jamais exprès, cingle le blond.
Putain, il me saoule, mais il me saoooooouuuuule !! Zen, Harry zen !
- Quand nous sommes arrivé dans ce monde, pendant que tu nous faisais ta crise d'hystérie, je cherchais des renseignements utiles et je suis tombe sur les journaux. Le hasard a voulu que je prenne le tien avant le mien, c'est tout.
Malefoy va répliquer quelque chose mais Nott le coupe d'un ton d'avertissement.
- Draco.
Ils échangent un regard semblant en dire long sur un sujet qui m'échappe totalement. Mais à la fin, le blond se rassoye, boudeur.
Fuuuh ! Alors là, respect Nott !
- Potter, tu m'expliques ?
Je jette un discret coup d'œil vers Malefoy, toujours en colère, avant de lui donner les instructions. Nott n'est pas le seul à les suivre. Les autres le font aussi, sauf Nev et Dean, qui semblent avoir déjà fait le nécessaire.
- Hey ! Pourquoi j'ai que 5 en charme ?! se scandalise Seamus, visiblement pas satisfait de ce niveau.
- Ne te plains pas, moi je ne t'aurais pas donner plus que 2, dit narquoisement Zabini.
- La ferme !
Tous comparent leurs niveaux de compétences dans chaque caractéristique, même Malefoy qui a cessé de bouder.
- Harry, t'as quoi toi comme niveau ? me demande soudain Seamus en m'arrachant mon journal des mains.
- Hey ! je proteste en tentant de récupérer mon bien, mais Dean m'en empêche, l'enfoiré ! Rends moi ça immédiatement, j'ordonne, furieux.
- Relax, Harry ! C'est pas comme s'il y avait des choses cochonnes dedans… n'est-ce pas ? me nargue ce crétin en appuyant sur le bouton.
A peine a-t-il fait ça qu'il est projeté à travers la pièce pour s'écraser lourdement par terre. Le journal vole jusqu'à moi.
- Voilà ce qui arrive quand on est trop curieux. J'ai pourtant dit qu'il y a des protections sur ces journaux, non ? je dit nullement compatissant.
- Comment sais-tu ça, toi ? s'enquit aussitôt Malefoy.
- Faut pas être un centaure pour deviner ça ! On parle de Dumby, là. Tu crois vraiment qu'il aurait facilité la tâche aux piratages ? je rétorque dédaigneusement.
- Rappelez-moi de mettre du poison dans le gobelet de ce vieux fou dès qu'on sera sorti d'ici, gémit Seamus en asseyant à table, aidé de Dean.
- Bien fait ! Ca t'apprendra, je dit, sans pitié.
- Méchant, Harry, méchant ! renifle l'irlandais en se blottissant dans les bras de Dean.
- Tiens ça, ça me rappelle quelque chose, je dis innocemment. Un certain lendemain de karaoké trop arrosé, plus précisément, j'ajoute avec un sourire mauvais.
Seamus et Dean s'écartent aussitôt l'un de l'autre comme piqués par un scroutt, alors que Nev s'écroule de rire.
- Harry ! gronde Dean.
- Arrête de rire, Nev ! ordonne un Seamus écarlate.
- C'est quoi, cette histoire de karaoké ? s'enquit Nott.
- Oh, c'est…, je commence.
- Rien du tout ! me coupent Dean et Seamus, paniqués.
Hého, on leur a jamais appris qu'il ne faut pas couper la parole aux gens, à ces deux-là ?
- Nev, je crois qu'on tient de quoi les faire chanter jusqu'à la fin de leurs vies, j'exulte.
- Toooooiiiii !!! éructe Seamus, très en colère.
- C'est bon, tu t'es vengé, Harry ! On peut passer à autre chose, maintenant ? intervient Dean, larmoyant.
- Ah ben, oui ! Quand c'est vous qui êtes au centre du scandale, c'est tout de suite moins amusant, je rétorque sarcastiquement.
- Neeeeeeeeevvvv ! supplient à la rescousse mes deux victimes.
- Je vous avais bien dit qu'un jour vous irez trop loin, non ? Alors, débrouillez-vous.
Finalement, c'est Nott qui les sauve.
- Non que je veuille interrompre vos démonstrations de camaraderie, mais, j'aimerais bien que Potter finisse ses explications.
- Théo a raison ! approuve aussitôt Seamus.
Je lève les yeux au ciel en secouant la tête. Puis, je reprends mes explications après avoir fait un sourire mauvais à Dean et Seamus qui signifie clairement qu'ils ne sont pas sortis de Gringotts.
Le déjeuner terminé, les Serpetnard se mettent à la vaisselle sous les directives de Seamus qui risque à tout moment de se prendre une assiette à la gueule s'il continue comme ça. J'en profite pour accrocher le planning des tâches ménagères que j'ai fait sur l'ordi ce matin.
- Qu'est-ce que c'est ? me demande Nev.
- Un petit quelque chose pour que Malefoy n'oublie pas qu'il n'y a pas d'elfe de maison, ici, prêts à combler tous ses caprices, je réponds.
- Ouille, Récurman est de retour ! gémit comiquement Dean.
- Pauvre Malefoy, compatit Nev, sincèrement navré pour le Serpentard.
- Vos gueules ! J'ai pas envie de vivre dans une porcherie, moi, je rouspète.
- Moi qui croyais que tu avais définitivement filé tes collants jaunes et perdu ta cape rouge, a l'outrecuidance d'ajouter Nev alors que Dean se fend la poire.
Je leur lance un regard noir qui stoppe net le rire de Dean mais ne tue pas le sourire narquois de Nev.
- Qu'est-ce qui se passe ? demande Nott en s'approchant de notre petit groupe.
- Juges-en par toi-même, lance Dean en s'écartant.
- Ce n'est pas bête, finit par approuver le Serpentard, après le temps de découverte.
- Ah ! je fais triomphalement alors que Nev secoue la tête de dépit.
- Nott, ne l'encourages pas, pitié ! implore Dean, accablé.
- Houla ! Malefoy, vient voir ce que ta petite femme t'a concocté, hèle Seamus, surgissant de nulle part.
Il s'éloigne vite fait de moi, avant que je ne lui fracasse la tête contre le mur.
C'est qui la petite femme de Malefoy ?! Je veux bien être l'amant-torride-de-tous-ses-fantasmes et/ou son compagnon-pour-la-vie-sans-qui-il-ne-retrouverait-même-pas-sa-baguette, mais certainement pas sa petite femme !
Déjà, je ne suis pas petit, et mon service trois-pièces prouve bien que je n'ai rien d'une gonzesse !
- Potter, c'est une blague ? Pourquoi je devrais faire une chose aussi dégradante que sortir les poubelles ? Tous les jours, en plus ! s'insurge Malefoy.
- Pour la bonne et simple raison que je me tape la cuisine matin, midi et soir, 7 jours sur 7. Tu ne crois pas, en plus, que je vais faire le reste ? je rétorque. Personnellement, je trouve que j'ai été assez équitable. Après tout, les seules tâches qui te sont propres sont juste la vaisselle et les poubelles. Mais si tu as des protestations, je me ferais une joie de changer le planning. Je suis sûr que récurer les toilettes tous les jours te sera profitable.
Malefoy me lance un tel regard que je remercie Merlin qu'il n'ait pas sa baguette.
- Potter, ton idée est très bonne. Cependant, je pense que tu devrais d'abord en référer à Draco avant de prendre ce genre de décision. Après tout, vous partagez cet appartement. Ce serait bien si tu lui demandais son avis, non ?
- Lui demander son avis ? Pourquoi ferais-je une chose pareille ?
- Peut-être parce qu'ou sinon vous ne pourrez jamais vivre ensemble, avança Dean, l'air de rien.
Je me tourne vers lui, le regarde un instant, incrédule. Même lui s'y met, alors ? J'en ai assez…
Pourquoi c'est à moi qu'on vient faire la morale alors que Malefoy, lui, ne fait aucun effort ? Jusqu'à présent, c'est toujours moi qui ai réglé les problèmes, lui se contente de râler. Alors, je ne vois vraiment pas pourquoi je suis sur le banc des accusés.
- Bon, admettons que je lui ai demandé son avis pour les tâches ménagères. Selon vous, qu'est-ce qui se serait passé ? Pensez-vous vraiment que Malefoy aurait accepté sans faire de scène ? Il m'a déjà fait une maladie juste pour porter des sacs de courses alors imaginez un peu pour récurer les chiottes ! Je suis vraiment désolé d'avoir penser à ma santé mentale en évitant ce moment de félicité, je réplique acerbe.
- Il marque un point, là, approuve Nev.
La grimace édifiante de Nott prouve qu'il ne peut me contredire.
- Bon, c'est vrai que Draco peut être déraisonnable quelques fois…, commence Nott.
- Quelque fois ? C'est un euphémisme, j'espère ? je coupe sèchement.
- D'accord, la plupart du temps… bon ok, tout le temps ! T'es content ?... Mais il faut que tu comprennes que sous ses airs supérieurs, il doute. Je suis sûr qu'il aimerait…
- STOP ! hurle Malefoy, furieux.
Tout le monde se tourne vers lui, un peu hébété. C'est qu'on l'a légèrement oublié, la Sexy Fouine Teigneuse. Visiblement, il s'en est rendu compte et ça ne lui fait pas vraiment plaisir.
- Ce que Draco aimerait, c'est qu'on arrête de parler de lui comme s'il n'était pas là ! assène-t-il, cinglant. Théo, c'est aimable à toi de prendre ma défense, mais j'ai une bouche ! Aussi étonnant cela puisse paraître, je sais m'en servir ! Quant à toi, Potter, tu me reproches mon arrogance, mais tu n'es pas mieux ! Sous couvert de m'aider à me repérer dans ce monde, tu ne manques pas une occasion pour m'humilier…
- C'est pas vrai ! je me défens hargneusement.
- Si, c'est vrai ! Dans l'assoteur, Londubat et toi vous voyez bien que Blaise et moi n'étions pas à l'aise. Pourtant au lieu de nous rassurer, vous n'avez fait que vous moquer de nous !
- Assoteur ? C'est quoi ça ? s'interroge Seamus, fonçant des sourcils.
- L'ascenseur, traduit Nev, légèrement amusé.
- Quand les teconiçans du téfénole et de lestruquité sont venus, tu m'as vite fait savoir que c'était toi l'exprès ! Que vue que je n'y connais rien, j'avais pas à traîner dans vos pattes !
- Teconiçans ? répète Dean cette fois, perplexe.
- Téfénole ? rajoute l'irlandais avec une moue d'incompréhension totale.
- Lestruquité ? terminent-ils en même temps.
- Technicien, téléphone et électricité, je crois, translate malicieusement Nev.
- Vos gueules ! assène Malefoy avec en prime un regard polaire qui convainc mes amis de se taire. C'est pas un colocataire que j'ai, mais un boulet ! cite Malefoy d'un ton amère. Mais tu te prends pour qui, Potty ?!
- Ca Harry, c'est vraiment pas sympa, me réprimande Seamus en gigotant un doigt menaçant vers moi.
Il se prend un regard noir et de Malefoy et de moi, ce qui le persuade d'aller se cacher derrière Dean.
- Tu n'as de cesse de te moquer de moi ! Dans ces conditions, comment suis-je sensé me comporter ? Si c'est pour me faire railler, je préfère laisser l'exprès se débrouiller tout seul ! Par contre, dès qu'il s'agit des basses besognes, alors là, je suis tout de suite requis ! Malefoy fait-ci, Malefoy fait-ça ! Et là encore, tu ne prends même pas la peine de me montrer ! Tu croire que quoi ? Que je passe mon temps à faire le ménage au manoir ?
Je vais faire une remarque vraiment acide, mais Nev, sentant le coup, m'en empêche d'une pression de la main sur l'épaule.
- Je ne suis pas ton chien ! Oh excuse-moi, c'est vrai que tu traites mieux les cabots que tes congénères ! J'en ai assez de toi, de ce fichu monde, de cet abruti de directeur et ses idées farfelues ! Vous me pourrissez la vie !
Le silence qui suit est vraiment très tendu. Malefoy a le souffle saccadé d'avoir trop déblatéré, et moi, je le fixe, la mâchoire contractée. Si je me tais, ce n'est pas parce que je me sens coupable ou d'autres conneries de ce genre. C'est juste que je suis si furieux que si j'ouvre la bouche, je vais dire des mots qui vont définitivement dégrader les choses entre nous. Et alors, ce sera la fin.
Je vous rappelle tout de même que le but de cette fic est de nous coller ensemble, Malefoy et moi, jusqu'à la fin de notre vie avec des tas d'enfants de préférence pour surpeupler le monde. Il vaut donc définitivement mieux que je ne sabote pas les plans de l'auteur si je ne veux pas me retrouver en couple avec Rusard.
Et puis, j'aime Malefoy, malgré ses multiples défauts – oui, je suis au courrant, je suis suicidaire. Ce qui est une raison de plus pour ne pas lui jeter mon couteau de boucher à la gueule… ben oui, j'ai pas ma baguette, alors je peux pas l'avadakedavrer, obligé d'en passer par les techniques moldues. C'est con, hein ?
Donc, je me tais.
- Quoi l'exprès a perdu sa langue ? me provoque Malefoy devant mon silence bouillonnant.
Mais s'il le demande si gentiment, alors je pourrais bien oublier toutes mes bonnes résolutions…
- Bon, temps mort, les mecs, s'interpose Seamus voyant que je vais exploser. Ecoutez, je sais que cette situation est dure pour vous, mais vous devez trouver un terrain d'entente parce qu'ou sinon, vous allez finir comme Granger et Parkinson.
- Qu'est-ce qui leur est arrivé ? s'enquit Nev, fronçant des sourcils.
- Elles se sont battus au magasin de meuble, hier, et ont fini à la morgue, répondit placidement Dean.
Un silence abasourdit tombe sur nous. Je regarde Dean comme si des cornes lui sont poussées sur la tête.
- Attends ! Comment ça, elles ont fini à la morgue ? s'ahurit Goyle.
- Ben, d'après ce que nous a raconté Terry…, commence Seamus.
- Terry Boot de Serdaigle ? coupe Zabini.
- Ouais, confirme l'irlandais. On l'a rencontré ce matin en allant acheter les boisons. Donc, d'après ce qu'il nous a dit, Granger et Parkinson ont eu une violente dispute qui a fini en baston. Dans la bagarre, elles sont tombées dans l'escalier et sont mortes sur le coup toutes les deux, la nuque brisée.
Cette histoire a au moins le mérite de plomber l'ambiance survoltée entre Malefoy et moi.
- Mais, elles ne sont pas véritablement mortes. Sinistra a dit qu'on retournait dans la réalité s'il y a décès dans le jeu, fait remarquer Zabini, posément.
- C'est vrai, confirme Goyle avec un air soulagé.
- Peut-être mais ça n'enlève pas le traumatisme, souligne Nev.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'enquit Nott.
- Eh bien, comme l'a dit Sinistra, l'esprit n'oublie pas. Elles vont donc forcément se souvenir de leur mort artificielle. Et même si ce n'est qu'une illusion, c'est traumatisant, non ? Surtout qu'elles ont dû ressentir toutes les douleurs de la chute, sans parler de la nuque brisée…
Des mines horrifiées accueillent cette théorie.
- C'est pas possible, Nev ! Dumby ne pousserait pas le sadisme jusqu'à là, rigole Seamus pas vraiment rassuré.
- Alors là, rien n'est moins sûr, je marmonne, amer. Il nous a bien foutu ici.
- Bon ben, raison de plus pour ne pas s'entretuer bêtement, conclue Dean, après un silence pesant.
Cette remarque nous est clairement destinée, à Malefoy et moi.
- Ca, c'est plus facile à dire qu'à faire, je grommelle.
- Je n'ai jamais dit que ce serait facile, Harry, fait remarquer Dean. Mais on ne vous demande pas la lune, tout de même. Vous pouvez faire une trêve jusqu'à notre retour à la réalité, non ?
Aucun de nous de lui répond, chacun campant sur ses positions.
- Argh ! J'en ai marre ! Ça m'a saoulé ! râle Seamus, agacé. Franchement, si c'est pour plomber l'ambiance à chaque fois, je viendrais plus chez vous ! On s'amusait bien pourtant !
- Seamus a raison, dit Nott. C'est très égoïste de votre part de nous gâchez l'après-midi. Si c'est pour vous entendre hurler à chaque fois, alors je pense que moi aussi je ne vais plus venir chez vous.
- Et moi non plus, ajoute Dean.
- De même pour moi, affirme Goyle.
Il y a un silence encore plus tendu. Je connais Dean et Seamus. Lorsqu'ils ont cette expression sérieuse, c'est qu'ils pensent réellement ce qu'ils disent.
- C'est une blague ? je demande tout de même, inquiet.
- Comme tu me vois là, Harry, je suis vraiment en pétard ! Je ne suis donc pas d'humeur à plaisanter, s'excède Seamus. J'ai déjà suffisamment donner dans les conflits d'intérêt, merci bien. Je n'ai pas envie de me retrouver de nouveau entre deux sorts.
C'est vrai. Lorsque Seamus a reçu sa lettre de Hogwarts et que sa mère a du avouer à son mari qu'elle était une sorcier, les choses se sont vraiment mal passées. Ils ont failli divorcer et Seamus s'est retrouvé ballotté entre les deux. C'est d'ailleurs pour ça que l'irlandais fait toujours tout pour éviter les disputes.
Je comprends maintenant pourquoi Seamus fait tant d'effort pour s'entendre avec Nott. Ici, il n'y a pas d'innombrables couloirs, escaliers, portes, pièces pouvant séparer deux idéologies radicalement contradictoires et hostiles. Ils vont devoir passer un an dans le même appart, et se prendre la tête avec son coloc durant 12 mois n'est visiblement pas dans les progrès de Seamus.
Mais voilà que mes problèmes d'adaptation au caractère pourri de mon prince charmant entre dans l'équation. En tant qu'amis proches de chaque partie, Nott et lui seront obligatoirement entraînés dans nos brouilles… à moins de couper les ponts avec les deux têtes d'hippogriffe mal dégrossies.
Donc, c'est soit je prends sur moi pour supporter ma fouine vénéneuse pourrie gâtée, soit je perds mes amis. Sympa le choix ! On appelle ça du chantage, non ?
Bien que mon côté typiquement « Serpentard, d'où vous croyez me manipuler comme ça, enfoirés ! » m'enjoint d'envoyer leur fichu ultimatum au Diable, mon côté « Gryffondor, ami envers et contre tout », Serdaigle « au moins on aura la paix. » et « Poufsouffle, peut-être qu'en enterrant la hache de guerre, Malefoy verra combien je lui suis indispensable » prennent le dessus et me dictent de faire la paix avec le blond.
Du moins, d'essayer suffisamment fort pour que mes amis ne puissent pas me reprocher ma mauvaise volonté et pour que Sexy Fouine Teigneuse tombe éperdument amoureux de moi.
Malgré ma détermination, je ne me fais aucune illusion sur la suite. Il est bien plus facile de parler que d'agir. Ce ne sera certainement pas une sinécure. Je devrai faire d'énormes efforts de self-control et mettre en veilleuse ma grande gueule. Que voulez-vous, les vieilles rancunes ont la vie dure. Je sais de quoi je parle ! Le fait d'être amoureux transis de Malefoy ne m'empêche pas de le rabrouer à la moindre provocation. Je n'ai jamais été du genre à la fermer quand on me cherche et je ne pense pas que ce trait de caractère va disparaître d'un coup de baguette magique.
J'espère donc que je vais pas craquer et trucider ma fouine charmante moins d'une journée après le traité de paix. Non parce que Malefoy peut vraiment être chiant quand il s'en donne la peine… Je crois que vous l'allez déjà remarquer, d'ailleurs !
Mais bon, avant d'envisager tout ça, il faudrait déjà que le traité de paix soit scellé. Comme Malefoy ne semble pas décidé à faire le premier pas – il est trop occupé à fixer Nott et Goyle avec une sorte d'incrédulité statique, n'arrivant visiblement pas à croire qu'ils puissent remettre leur loyauté en cause pour des Gryffondor –, je suis donc bon pour le faire.
Je respire un bon coup et me tourne vers le blond. J'attends un peu pour lui permettre de se remettre. Mais au bout de cinq minutes, quand il est clair qu'il ne va pas surmonter le choc de la trahison si tôt, je décide de prendre les choses en mains.
- On fait la paix, Malefoy ? je propose en lui tendant la main.
Il ne réagit pas, fixant toujours Nott et Goyle comme s'ils leur sont poussés des balais sur la tête. Au moment où je vais répéter ma question, il se tourne lentement vers moi. Il ne me regarde pas, il fixe intensément ma main. Je me demande alors s'il nous revoit, six ans plus tôt, dans le Hogwarts Express. Mais à cette époque, c'est lui qui me tendait la main et non l'inverse.
Quand il plonge un regard dont je n'ai jamais vu la couleur dans le mien, je suffoque presque. Gris-bleu. C'est la teinte de ses prunelles pour l'heure. C'est la première fois que je vois ces yeux-là. D'habitude, ils sont soit bleus, soit gris, mais jamais les deux mélangés. Cette fusion me donne l'impression de m'asphyxier. Comme si je m'y noie. Comme s'il étouffe mon souffle d'un baiser passionné.
J'en suis tout retourné et une certaine partie de mon corps se manifeste d'une manière totalement embarrassante. Surtout qu'avec mon jean certes très fashion mais aussi trop serrer pour accueillir toute protubérance inattendue et mon tee-shirt près du corps trop court pour cacher quoique se soit, je peux difficilement dissimuler mon état. Merde !
Faites qu'il ne baisse pas les yeux ! Faites que personne ne baisse pas les yeux ! Je me suis déjà suffisamment humilié la veille, pas besoin de récidiver.
Je suis tellement attentif à contrôler la langueur qui s'est emparée de moi que je sursaute quand il glisse sa main dans la mienne. Ce simple contact détruit toutes mes défenses. Mes reins s'embrassent et j'ai vraiment beaucoup de mal à ne pas lui sauter dessus.
Je ne sais pas ce que Malefoy vois dans mes yeux mais ses lèvres s'étirent en un petit sourire que je ne peux qualifier que de séducteur, qui me chavire le cœur et ne me dit strictement rien qui vaille. Ce sourire-là, je l'ai déjà vu, mais il ne m'a jamais été adressé. Je me sens littéralement liquéfier. Je crois que si je n'étais pas désespérément amoureux de lui, je le serais instantanément, juste à cause de ce sourire.
- Faisons la paix, Potter, susurre-t-il d'une voix qui m'arrache un long frisson.
Je cligne des yeux, pas sûr de vraiment comprendre ce qu'il se passe. Il… il est… en train de flirter ?!
- Excellent ! Sabrons le champagne ! s'exclama joyeusement Seamus en nous tombant dessus dans une étreinte sauvage.
Il rompt le charme. Je ne sais pas si je dois l'occire ou le remercier de son intervention brutale.
- Attends, Seamus, modère Nott. Moi, je ne suis pas totalement satisfait. Je pense qu'utiliser nos prénoms serait un moyen bien plus parlant pour sceller cette trêve. En plus, cela nous permet de constater leur bonne volonté.
Je fixe Nott comme s'il est devenu cinglé. Appeler Malefoy par son prénom ?! Mais… mais…
- Brillant ! Vraiment très brillant, mon cher ! approuve Seamus avec un hochement de tête satisfait. A partir de maintenant, on utilise tous nos prénoms !
- On est en dictature, ici ? demande sèchement Nev. Pourquoi décidez-vous tous seuls ?
- Je croyais pourtant que tu étais pour la conciliation, dit Nott en se tournant vers lui. C'est bien toi qui disais hier que se disputer le souaffle ne mènerait à rien.
- Ce n'est pas vos intentions que je remets en cause, mais votre manière de faire, rétorque Nev. Le chantage affectif et la tyrannie ne me semblent pas de bonnes bases pour une cohabitation sans histoire. Comme tu l'as dit toi-même : c'est bien de demander l'avis des autres avant de prendre des décisions les concernant.
- Oh, Nev ! Tu n'vas pas t'y mettre toi aussi ? soupire Seamus. Juste au moment où les deux têtes d'hippogriffe font enfin la paix ! Qu'est-ce que t'as contre l'idée d'utiliser nos prénoms ?
- Rien. Au contraire, je trouve que c'est une bonne idée, accorde-t-il. C'est juste que l'usage des prénoms amène une intimité que tout le monde n'est peut-être pas prêt à accepter. Et demander l'avis de chacun ne me semble pas superflue.
- Je suis d'accord avec Nev, dit Dean. Faut pas trop leur en demander, non plus.
- Mais comment vous voulez être sûr qu'ils ne vont pas s'entretuer dès qu'on aura le dos tourné ?
- Tu es bien naïf si tu penses qu'utiliser leurs prénoms va les empêcher de se taper dessus, ironise Nev.
Je suis soudain très las de toute cette histoire. Je vais m'asseoir sur le banc en soupirant, Malefoy me suit à mon grand étonnement. Lui aussi semble à bout. Les autres sont si imbriqués dans leur débat qu'ils ne nous remarquent même pas.
- J'ai envie de les foutre dehors, je marmonne en lançant un coup d'œil noir à mes amis.
- Qu'est-ce qui nous empêche de le faire, exactement ? demande Malefoy les fixant d'un œil torve.
On se fixe un moment, on hoche la tête comme pour confirmer un accord tacite, puis on se lève en même temps. Il se charge des Serpentard et moi des Gryffondor. Sans écouter leurs protestations véhémentes, on les fout tous dehors. Ca fait, on finit avachi sur le canapé, mort de rire au souvenir de leurs têtes stupéfaites.
On finit par se calmer et on reste là, côte à côte, sans rien dire. Nos cuisses, nos épaules et nos têtes se touchent, mais aucun de nous ne fait mine de bouger. Il est évident que si je n'étais pas si fatigué mentalement, notre soudaine proximité et complicité feraient battre mon cœur plus vite de bonheur et de panique. Pour l'heure, je me contente de refouler le mal de tête qui pointe de bout de son nez.
On a du s'endormir car quand je me réveille, je suis dans une position plus que compromettante. Ma tête repose sur le torse de Malefoy, l'odeur de son corps me chatouillant les narines. Il a un bras autour de ma taille, me maintenant fermement contre lui, et une main perdu dans mes cheveux, calant mon visage dans le creux de son cou. Moi-même j'ai les doigts enfoncés dans sa chevelure blonde qui est d'une douceur hallucinante, alors que l'autre repose nonchalamment sur sa hanche.
Que l'on m'explique comment j'ai fini étalé de tout mon long sur Malefoy en travers du canapé ?
Une manigance de l'auteur ?!
Pourquoi n'y ai-je pas pensé tout de suite ?
Ma première idée est de me dégager, tant que Malefoy dort suffisamment profondément pour ne pas se réveiller en sursaut et me balancer son poing dans la gueule. Mais j'avoue céder honteusement à la faiblesse de savourer la chaleur de son corps contre le mien. Je ferme tout de même les yeux, au cas où il s'éveillerait, pour lui donner l'impression que je dors. Certes, il m'enverra sur les roses, mais au moins j'éviterais le coup de poing... enfin, j'espère…
Finalement, je finis par me rendormir. Quand je me réveille à nouveau, je suis seul sur le canapé. L'appartement est plongé dans le noir – par la fenêtre, je peux voir qu'il fait nuit dehors – et tout est silencieux.
Je me sens triste en constatant que Malefoy n'a visiblement pas eu le même besoin que moi. Lui n'a eu aucun scrupule à se dégager de notre étreinte fortuite. Je me sermonne aussitôt pour cette pensée. Pourquoi aurait-il eu envie de rester collé contre moi ? Je suis vraiment trop stupide. Au lieu de déplorer son départ, je devrais plutôt remercier Merlin qu'il ne m'ait pas signalé sa désapprobation d'une manière plus violente.
Mais en y réfléchissant bien, cette façon d'agir n'est-elle pas plus démoralisante qu'une réaction plus brutale ? Ne me montre-t-il pas tout son mépris ? Dans le style : tu ne mérites même pas que je me salisse les mains à te frapper. Pire encore, ne s'en fiche-t-il pas, tout simplement ?
Avec un soupir triste, je me lève et me dirige dans ma chambre, le cœur lourd et la tête douleur de trop disséquer les actes d'une certaine fouine vénéneuse.
