Semaine 1, Jeudi.
Je me réveille avec un mal de tête épouvantable et la mine froissée. J'ai cauchemardé toute la nuit, rêvant de choses horribles dont je ne souviens même pas mais qui ont toutes un rapport avec Malefoy.
Avec une grimace, je sors de ma chambre, avec l'intention d'aller dévaliser l'armoire à pharmacie, mais je m'arrête net devant l'immobilisme suspect de Malefoy devant le coin cuisine.
- Il a vraiment du talent, murmure-t-il pour lui-même en caressant doucement la petite table en travail en bois que j'ai mis à côté de l'évier. Mais il aurait pu tout de même me consulter avant.
Le plaisir que m'a procuré son compliment disparaît sous le reproche.
- Pour ça, il aurait encore fallu que tu arrêtes de bouder dans ton coin, je rétorque sèchement.
Il sursaute et se tourne brusquement vers moi. Il rougit, puis pâlit, pour finir par me fusiller du regard. Il ouvre la bouche, clairement décidé à me remettre à ma place, mais étant visiblement à court de mots, il serre des dents et part vers sa chambre.
Ah non alors ! Il ne va pas me refaire le coup !
- Malefoy ! je l'appelle, exaspéré, en m'élançant pour lui barrer la route.
- Quoi encore ?! aboie-t-il en se retournant vivement vers moi.
- Tu ne peux pas fuir à chaque fois qu'on a une dispute ! Faut qu'on parle pour désamorcer la situation !
- Fuir ? s'étrangle-t-il en faisant un pas menaçant vers moi.
J'ai peut-être choisi le mauvais mot.
- Tu plaisantes j'espère ? Je ne fuis pas, Potty ! J'adopte seulement l'attitude la plus sensée dans notre situation. Parce que tu vois, si je reste encore une minute de plus dans la même pièce que toi, je vais te sauter dessus !
Je me déconnecte instantanément de la réalité, subjugué par les images perverses me venant à l'esprit. Draco Malefoy me sautant dessus… huuuum, putain, ne te retiens pas !
Pendant que je fantasme à mort, lui, continue son speech jusqu'à ce qu'il se rende compte de ma défection.
- POTTER, TU M'ÉCOUTES ?!
C'est mon tour de sursauter. Sous le regard accusateur de Malefoy, je ne peux que rougir pathétiquement, ce qui semble le déconcerter un instant.
- À quoi tu pensais exactement ? demande-t-il d'un air soupçonneux.
- À rien, j'assure un peu trop vivement.
Il me lance un regard sceptique qui en dit long.
- Passons, décrète-t-il avec un geste d'impatience. Je vais aller dans ma chambre et j'espère que cette fois-ci, tu auras le bon sens de ne pas me retenir, surtout si c'est pour m'ignorer après, ajoute-t-il glacial.
- J'aimerais juste comprendre une chose, je dis précipitamment le retenant par le bras.
Il se raidit et me lance un regard noir.
- Pourquoi tu t'es mis en colère, hier soir ? je demande sans lui laisser le temps de déverser son fiel. Dis-moi que ce n'était pas à cause du potiron, parce que ce serait vraiment con. Je veux dire, si j'étais étonné par ton choix, ce n'était pas une critique ou un truc dans le genre. En fait, il se trouve que moi aussi j'aime beaucoup le potiron, alors ça m'a étonné qu'on apprécie la même chose, c'est tout.
- Tu aimes le potiron ? s'étonne-t-il.
- Oui, je souris, la tête légèrement penchée sur le côté. Tu vois, ça fait bizarre de se découvrir un même penchant.
- Mum, acquiesce-il en me fixant.
Je me sens vite mal à l'aise sous ce regard scrutateur. Regard que je vois de plus en plus fréquemment sur moi et qui me donne des idées pas très avouables. Merlin qu'il arrête ! je gémis en mon fond intérieur alors que mon sexe commence à bander.
- Ce n'était pas ça la raison de ta colère, n'est-ce pas ? je m'enquis pour ne pas penser à ma libido.
- Non, répondit-t-il distraitement.
J'attends un instant qu'il développe mais rien ne vient. Il reste juste planter là, à me scruter.
- Alors ? j'insiste. You-hou ! Maalefooy ? j'ajoute en agitant une main devant ses yeux.
Il cligne des yeux. Puis il rougit, mortifié, comme s'il vient de prendre conscience qu'il me dévisage avec insistance depuis plusieurs minutes. Il s'éclaircit la gorge, évitant mon regard.
- Alors quoi ? demande-t-il en libérant son bras que je retiens toujours.
Je suis si dérouté par son étrange comportement qu'il peut facilement se dégager de ma poigne. Je reste un instant silencieux, cette fois-ci, c'est moi qui le dévisage.
- Bon, si tu n'as rien à me dire, je vais aller prendre ma douche, annonce -t-il, agacé.
Je me reprend, non sans lui avoir jeter un regard noir. Lui, bien entendu, peut jouer les piquets sans que personne n'ait rien à redire !
- Pour quelle raison étais-tu en colère, hier ?
- Tu n'as toujours pas compris ? s'agace-t-il avec une petite moue supérieure qui me donne envie de le taper. Suis mon conseille, Potter : achète-toi un cerveau. Si j'étais en colère, c'est juste parce qu'un abruti a cru bon de jouer à la Bonne Fée-Marraine et a poussé le vice jusqu'à m'embrasser.
- Je ne t'ai pas embrassé ! je proteste vivement, embarrassé.
- Oh ? Alors je suppose que j'ai rêvé ta bouche sur ma tempe et mes paupières ? dit-il sarcastiquement.
- Mais c'était pour te rassurer, je mens effrontément priant Merlin pour qu'il croie cet énorme bobard. Remus fait toujours ça pour me calmer quand je suis angoissé. J'aurais fait ça pour n'importe qui, j'ajoute avec conviction.
A ces mots, il me lance un tel regard que si des yeux pouvaient tuer, je serais déjà mort et enterré. Sa mâchoire se contracte tant que je suis certain qu'il s'est pété une dent. Il se retourne brusquement. Un instant, j'ai peur qu'il se réfugie dans sa chambre, mais il n'en est rien.
A la place, il prend une profonde inspiration pour se calmer, levant le visage au plafond comme pour qu'un quelconque dieu constate de ce qu'il doit endurer. Quand il se sent enfin prêt à me faire face sans me trucider, il se retourne vers moi et dit de son ton froid habituel :
- Oublions ce tragique incident ou notre traité de paix volera en éclat.
« Ah bon ? Je croyais qu'il s'était déjà consumé sous les feux de notre dispute d'hier soir, le traité de paix. » j'ai envie de rétorquer mais son regard glacial m'avertit clairement que toutes remarques inappropriées déclancheraient de nouvelles hostilités. Donc, pour une fois, je ferme ma gueule et lui concède cette victoire.
Le sujet clos, on reste planté là, ne sachant pas quoi dire sans envenimer les choses.
- Je vais regarder la boite à lettre, dis-je en m'élançant vers la porte.
Je sais, j'ai l'air de fuir, mais franchement, je ne peux pas rester une minute de plus dans ce silence pesant.
- Oh, bonjour, Harry ! me salue la concierge.
- Bonjour, Andy. Comment allez-vous ? je demande aimablement.
- Bien, bien, je vais très bien… hrum, hrum… et vous ?
- Ca va, merci, je réponds en prenant mon courrier.
- hum… vous savez, Harry, vous devriez vous couvrir un peu plus, bredouille la concierge rougissante. On est hiver, tout de même.
Un peu dérouté, je constate que je ne suis qu'en bas de pyjama. Ah ben, bravo ! Encore heureux que j'ai pensé à mettre mes pantoufles. Manque plus que j'attrape la crève, tiens !
- Mais, je vois que vous au moins vous entretenez votre corps, admire Andy.
Je rêve ou cette vieille chouette me mate !
- Ce n'est pas comme mon bon à rien de fils qui passe son temps à entretenir le bidon qui lui sert de ventre, devant la télé, bougonne-t-elle.
Elle est bien parti pour me déballer tout son ressentiment contre son rejeton quand un éternuement la coupe directe.
- Grand Dieu ! Jeune fou, rentrez donc chez vous vous couvrir avant d'attraper la mort ! m'ordonne la concierge, affolée.
- J'y vais de ce pas, je lui assure en joignant le geste à la parole. Bonne journée, Andy.
- Vous aussi, mon petit Harry, susurre-t-elle d'un ton coquet.
Doux Merlin ! Me faire draguer par une vieille… je crois que j'ai touché le fond, là. Je n'ai franchement pas mérité ça. Abruti de Malefoy, tout ça c'est de sa faute !
Quand je rentre dans l'appart, le blond n'est plus dans la pièce principale. C'est tout aussi bien parce que vu ce que je viens de subir, notre traité de paix aurait été flingué en moins de deux.
Je dépose les lettres dans le vide-poche que j'ai fabriqué et me rends dans ma chambre pour prendre mes habits. En passant devant le cagibi, je remarque que la porte est entrebâillée. Tiens, bizarre. Je suis pourtant sûr de l'avoir fermé, hier soir.
Intrigué, je vais voir si rien d'anormale ne s'y passe. Par exemple, une colonie d'extraterrestres baba-cool venus en pèlerinage. Avec les jumeaux, on ne sait jamais ce qui peut nous tomber sur la tête. Mais la pièce est vide. Je fronce des sourcils, songeur.
Je suis sûr d'avoir fermé la porte en sortant, hier soir. Comme je n'y suis pas encore allé ce matin, cela signifie que quelqu'un autre y est allé. Et je ne vois qu'une personne. Mais qu'est que Malefoy viendrait faire dans mon atelier ? Non que ça me dérange, après tout, il est aussi chez lui, mais ça m'intrigue. Le plus simple est de le lui demander. Sûrement qu'il m'enverra paître, mais bon qui ne tente rien n'a rien.
Je vais me laver, songeur. Cependant un spectacle effroyable m'attend dans la salle de bain. Lentement, mais sûrement, mon corps se convulse en commençant par ma main droite qui ressent cruellement le manque de ma baguette.
- MALEFOY !!!!
Tel une furie, je défonce la porte de sa chambre, ivre de rage. Je le trouve poster devant les étagères contenant ses habiles, les mains sur les hanches, une serviette pour tout vêtement. Mais je suis si en colère que je remarque à peine sa quasi nudité.
- Je peux savoir la raison de cette atteinte à mon intimité ? demande-t-il, glacial.
Ah, il veut savoir ? Qu'à cela ne tienne !
En trois enjambées, je suis face à lui. Je ne lui laisse pas le temps de comprendre quoique ce soit, je le tire part l'oreille jusqu'à la salle de bain et le jette littéralement à l'intérieur.
- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? je crie.
- Quoi ? ronchonne le blond en se frottant l'oreille douloureusement rougie.
- Quoi ? QUOI ?! je hurle, ulcéré. Mais t'as de la bouse de dragon dans les yeux ou quoi ?! On DIRAIT qu'un tsunami est passé dans cette salLe de bain !
En effet, le sol est inondé d'eau où serviettes et vêtements pataugent allègrement. Il y a de la mousse de savon partout, rendant le sol très glissant. Le miroir est couvert de gouttes opaque, clairement résidu d'un produit de beauté quelconque. Le tube de dentifrice n'est pas bouché et les toilettes dégoûtantes. Et partout, des cheveux blonds.
- Bordel, mais tu ne sais même pas pisser dans le trou !
J'ai le plaisir de voir Malefoy rougir jusqu'à la racine des cheveux.
- Tu vas me faire le plaisir de rendre un aspect normal à cette salle de bain avant que je ne m'énerve pour de bon, j'assène sèchement en lui fourrant les produits de nettoyage dans les mains.
- Quoi ? Mais…, veut-il protester.
- Tu as peut-être quelque chose à y redire ? j'interroge, mon meilleur air de mage noir sur le visage.
- Euh… non, non, tremble presque le blond, très pâle.
Comme je l'ai déjà dit, je peux être particulièrement effrayant lorsque je m'en donne la peine. Et dans ces moments-là, même Dumbledore se pisserait dessus de peur, alors imaginez une petite fouine couarde.
Sur un dernier regard réfrigérant, je le plante là. Je me mets au fourneau pour préparer le petit déjeuner, tout en pestant contre les habitudes négligés des gosses de riche. Pour donner le temps à Malefoy de réparer ses débordements, je fais des crêpes. Je sais, je suis trop gentil. Je devrais le laisser crever de faim, cet abruti !
Quand j'ai fini, j'appelle Malefoy. Ce dernier se présente lentement, presque timidement. Il s'arrête sur le seuil de la salle bain, voulant visiblement tâter le terrain avant de pénétrer en territoire ennemi. Devant sa petite moue timorée, je me sens fondre à mon plus grand désespoir. Qu'a donc ce mec pour me transformer en véritable poufsouffle ?
- T'as fini ?
- Oui… si on veut, grimace le blond.
Je me demande ce que cache cette réponse évasive.
- Viens. Je ne vais pas te manger, je soupire.
- Mouais, ça reste à voir, marmonne-t-il tout bas pour lui-même.
Mais grâce à mes capacités d'animagus, je l'entends parfaitement. Cela me fait sourire et chasse ma mauvaise humeur. J'ai le plaisir de le voir stupéfait devant la table joliment mise et les crêpes fumant délicieusement.
- On fête quelque chose ? s'enquit le blond en s'asseyant.
- Non. Pourquoi ?
Pour tout réponse Malefoy hausse un sourcil. Puis avec un hochement d'épaule, il se met à manger. Quelque peu irrité par son mutisme, je le fixe à la dérobée un instant, la bouche pincée, avant de soupirer légèrement et de manger.
- C'est bon, murmure soudain Malefoy.
- Pardon ? je demande pas sûr d'avoir bien entendu.
Il semble captivé par les motifs de la set de table.
- C'est très bon, marmonne-t-il, comme de mauvaise grâce.
Je reste un instant silencieux, me remettant mal de ce compliment inattendu.
- Merci, je finis par bredouiller, un rien gêné, mais si content.
Le reste du repas se fait en silence, chacun de nous absorber dans ses rêveries. Quand on finit, je laisse à Malefoy le soin de débarrasser la table et de faire la vaisselle, pour consulter le courrier. Je fais d'abord un tri entre les lettres et les prospectus, puis j'ouvre les enveloppes.
Pas de facture, juste la confirmation d'abonnement à la ligne téléphonique, une lettre de bienvenue du propriétaire de l'immeuble avec ses coordonnées et les convocations de l'agence pour l'emploi. Je suis ravi de voir que Malefoy et moi y avons rendez-vous pour le lendemain matin. Plus vite on trouvera du travail, mieux ça vaudra.
Je range soigneusement le courrier dans le tiroir de la table basse. Ca me fait penser qu'il faut que je fasse un meuble pour ranger les papiers importants. Mais avant ça, je voudrais aménager la salle de bain. Faire quelques étagères, etc. La pièce est petite – je me demande même comment ils ont fait pour y caser la baignoire, les toilettes et le lavabo –, ce qui veut dire que j'ai pas intérêt à me tromper dans les mesures.
Mais avant toute chose, voyons voir ce que cache le « si on veut. » de Malefoy. Je reste un instant médusé sur le seuil de la salle de bain, pas sûr de comprendre où je me trouve.
Mais… mais… mais qu'est-ce que… ?
Je ferme les yeux de consternation, alors que la commissure de mes lèvres tremble dangereusement. Je vais le tuer !
- MAIS QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ?!
Malefoy sursaute violemment, lâchant la pile de vaisselles sales qu'il a dans les mains. Le tout se fracasse à ses pieds, s'éparpillant sur le sol brillant de propreté.
- Mais c'est pas vrai ! je gémis en enfouissant le visage dans mes mains.
- Potter, si tu as fini ta crise d'hystérie, tu pourrais me prendre un pansement ? demande froidement Malefoy.
Je redresse aussitôt la tête pour voir le blond tenir une main ensanglantée sous l'eau de l'évier de la cuisine.
- Tu t'es coupé ? je m'affole en le rejoignant en deux enjambées.
- Brillante déduction, dit sarcastiquement Malefoy.
Je lui lance un regard noir et lui prend la main blessée d'un geste brusque.
- Hey, attention ! gémit le blond, avec une moue de douleur.
J'examine la coupure avec soin, nettoyant le sang d'un torchon propre.
- Hum, ce n'est pas profond mais il y a des petits morceaux de verre. Il faut les enlever. Tiens ça comme ça, j'ajoute en enrobant sa main dans le torchon. Je vais chercher la trousse à pharmacie.
Je fais attention de ne pas glisser sur le sol mousseux de la salle bain – je me demande vraiment comment il s'y est pris pour arriver à un tel résultat – à mon avis, il a du mettre plus de produit que d'eau dans le seau ! – et prend le nécessaire à pharmacie.
- Viens par là, j'ordonne en m'installant à table.
Il tire une chaise pour être face à moi. Aussitôt, les effluves de son eau de toilette me monte aux narines et mon cœur bat plus vite. Mélangé à l'odeur du sang, cela donne un cocktail sulfureux qui attire la panthère en moi.
Troublé, je fais de mon mieux pour me concentrer sur sa blessure, pour ne pas céder à l'envie d'enfouir le nez dans le creux de son cou pour mieux humé cette enivrante senteur… ou lécher l'entaille pour me repaître de son sang… ou mieux encore, d'étaler ma proie sur la table et lui faire sa fête… Stop !
Avec délicatesse, j'enlève le torchon couvrant la plaie. A l'aide d'une petite pince, je retire les petits morceaux de verre qui s'y sont incrustés. Il doit avoir mal, mais il ne bronche pas.
Soudain, je sens quelque chose effleurer mon front. Pensant que c'est une mèche rebelle, je la retire d'un geste agacé. Quelques secondes plus tard, je sens à nouveau cet effleurement. Mais c'est un peu plus appuyé… et chaud… et humide… impossible que ce soit une mèche de cheveux !
Je me fige un instant et Malefoy se crispe. Est-ce que par hasard… ?
- Qu'est-ce que tu fiches ? Tu es sensé me soigner, pas m'achever ! aboie le blond.
Je me rends compte alors que, dans mon trouble, je lui ai enfoncé la pince plus profondément que nécessaire dans la main. Il est crispé de douleur, tout simplement. Pendant une minute, j'ai eu l'idée saugrenue que c'était les lèvres de Malefoy qui m'effleurait le front et que c'était pour ça qu'il s'est raidi quand je m'en suis rendu compte. Faut vraiment que j'arrête de rêver.
- Pardon, je m'excuse un peu gauche, avant de reprendre ma tâche.
Quand la coupure est parfaitement nettoyée et désinfectée, je lui mets un pansement.
- Voilà ! je lui souris. Evite de mouiller le pansement si tu veux que ça tienne.
- Mais… est le ménage ? s'enquit-il.
- Eh bien, je ferai ta part jusqu'à ce que ta blessure soit guérie.
Je me lève, prend la trousse à pharmacie.
- C'est hors de question ! dit sèchement Malefoy.
Je stoppe net et lui lance un regard interloqué.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que j'entends faire ma part de travail, tout simplement, déclare-t-il, glacial.
Là, je suis vraiment étonné. J'aurai cru qu'il profiterait de cette blessure pour se décharger des tâches ménagères, non qu'il en redemanderait. Visiblement, mes reproches de la veille l'ont plus ébranlés qu'il n'y paraît. A son air déterminé, je comprends que je ne lui ferai pas changé d'avis aisément. Il va donc falloir employer les grands moyens, quittes à effriter le traité de paix.
- Sans vouloir te vexer, Malefoy, tu n'es déjà pas très doué en pleine possession de toutes tes capacités, alors avec une main handicapée, imagine le désastre, je lance.
- Je me débrouillerai, assure-t-il d'un air buté.
- C'est vraiment pas une bonne idée.
- Je me débrouillerai.
Je soupire en secouant la tête d'exaspération.
- Très bien, je capitule. Mais tu ne feras que les tâches qui ne nécessitent pas de te mouiller la main, j'ajoute d'un ton sans réplique. Il est hors de question que ta blessure s'infecte ou que je refasse ton pansement toutes les deux minutes. Alors fait attention !
- Oui, Mme Ponfresh, dit sarcastiquement le blond.
Pour toute réplique, je lui tire la langue. Amusés, on éclate de rire dans un bel ensemble qui me réchauffe le cœur. Bien entendu, on reste un peu con, une fois notre hilarité éteinte.
- Bon, je vais nettoyer tout ça, dit-je, embarrassé, en désigne la vaisselle par terre.
- C'est bon, je peux le faire, assure Malefoy.
- Range plutôt le reste de petit déjeuner. Ce sera moins risqué, je le taquine.
- C'est ça, moque-toi ! ronchonne-t-il avec une petite moue boudeuse absolument adorable.
Une fois de plus, on rit de concert. On finit de nettoyer la cuisine dans une ambiance assez bonne enfant qui nous surprend agréablement. Dans ce moment-là, j'ai l'impression que tout peut être possible entre nous et ça m'inquiète parce que je sais que la réalité sera très dure à encaisser, une fois descendu de mon petit nuage.
Finalement, il vaut peut-être mieux qu'on reste comme vampire et lycan. Au moins, je ne ressentirais pas ce profond abattement à chaque fois que notre bonne entente s'envole.
La sonnerie du téléphone me soustraire à mes tristes pensées.
- Allo, je réponds en calant le combinais sans fils entre mon oreille et mon épaule.
- Ouais, salut, Harry ! C'est Seamus. Ca vous dit de venir déjeuner chez moi, ce midi ? Comme ça, on vous parlera de notre entretien avec le conseiller pour l'emploi.
- Ah ? C'était aujourd'hui votre rendez-vous ?
- Ouais.
- Ca c'est bien passé ?
- Ecoute, je peux pas vraiment t'en parler là. On en discutera tout à l'heure, chez moi, d'accord ?
- D'ac. Tu veux que j'emmène quelque chose ?
- Ah ben, si tu le proposes si gentiment, rit l'irlandais. J'aimerais bien que tu fasses ton délicieux moelleux au chocolat.
- Adjugé, Sea-chou !
- Youpi ! Je t'adore, Ryry ! Hein ?... oui, oui, j'arrive, Théo… Bon ben, faut que je te laisse. A toute !
- A tout à l'heure, je salue avant de raccrocher. Nous sommes invité chez Seamus et Nott pour le déjeuner, j'informe Malefoy. Ils veulent nous parler de leurs entretiens à l'agence pour l'emploi.
- C'était ce matin ? s'étonne le blond.
- Visiblement.
- Les autres y seront, aussi ?
- Je ne le lui ai pas demandé, mais je pense que oui. Seamus adore les grandes réunions… avec alcool à volonté de préférence.
- J'avais remarqué, grimace le blond. Il est un peu lourd, aussi.
Fronçant de sourcils, je vais pour défendre mon ami, quand je me rends compte que ce serait pure mauvaise foi que de nier l'évidence. Mon côté Gryffondor « Mais défend ton ami, faux frère ! » me tape dessus, mais je suis vite défendu par mes côtés Serpentard « Des amis comme ça, on s'en passera ! », Serdaigle « Il a pas tord. » et Poufsouffle « L'amitié n'est rien face à l'amour !! ». A trois contre un, c'est vite vu, même si mon côté Gryffondor a pas mal de répondant. J'hausse donc des épaules et pars réparer les dégâts de Malefoy dans la salle de bain.
- Pourquoi tu recommences tout ? demande le blond sur le seuil de la porte.
- Parce que le sol est trop savonneux, je répond d'un ton d'évidence. C'est le meilleur moyen pour se casser la gueule. D'ailleurs, je me demande comment tu as fait pour sortir d'ici indemne, je grimace en glissant à chaque pas.
Heureusement que j'ai eu la bonne idée d'enlever mes pantoufles et d'utiliser la serpillière pour avancer
Durant tout le nettoyage de la salle de bain, Malefoy ne me quitte pas des yeux. Je ne dis rien, vu que c'est sûrement le meilleur moyen d'apprentissage pour lui, sans que la fierté de Monsieur ne soit froissée. Mais bon, il ne s'en tirera pas toujours à bon compte. A un moment ou un autre, il devra bien mettre sa fierté de côté et demander mon aide.
Une fois la salle de bain propre, je m'attaque au dessert pour le déjeuner chez Seamus. Là encore, Malefoy suit mes faits et gestes avec une attention un peu dérangeante. Mais je ne dis toujours rien, me contentant de fredonner une comptine que Remus m'a apprise quand j'étais petit.
- Je vais prendre une douche, j'annonce en me tournant vers mon coloc, affalé à la table. Quand la minuterie du four sonnera, tu pourras enlever le gâteau ?
- Hein ? Euh, oui, oui, bredouille Malefoy en se redressant sur sa chaise.
- Merci, je souris en me dirigeant vers la salle de bain. Oh ! Et n'oublie pas d'utiliser les gants de cuisine que j'ai mis sur la table. Il ne faudrait pas que tu te brûles, en plus.
Quand je ressors de la sale de bain, pimpant, je trouve Malefoy tranquillement attablé devant une grosse part de moelleux et un verre de lait.
- Mais j'y crois pas ! Faut pas te gêner surtout, je gronde en enlevant le morceau de gâteau avant qu'il ne l'entame. C'est le dessert pour le déjeuner, espèce de crup (1) !
- Mais il sent trop boooon ! larmoie Malefoy en tentant de me reprendre le moelleux.
- Ce n'est pas une raison ! Tu attendras le repas comme tout le monde. Ah ! Qu'on vienne me parler du savoir-vivre des Sang-pur après ça ! je grommelle, exaspéré.
- Mais… mais… ce n'est pas juste !
- Argument irrecevable, je décrète sèchement.
Je reconstitue mon gâteau et le met loin de mains gourmandes du blond.
- Et qu'il n'est pas peur ! j'avertis mon coloc qui lorgne ostensiblement en direction du gâteau.
- De quoi ?
- C'est une expression capverdienne, j'explique. Elle veut dire que le gâteau ne doit pas avoir peur que tu l'attaques, donc que tu le manges. En bref : pas touche !
- Ah ? Tu parles le portugais ?
- C'est plutôt du créole portugais, mais non, je ne le parle pas. Quand j'y suis allé avec Paddy et Moony, la gérante de l'hôtel où on loguait me disait toujours ça parce que je lui chipais des gâteaux à la noix de coco dès qu'elle avait le dos tourné. Ils étaient tellement bon que je me suis fais une indigestion à force de m'en goinfrer. Sirius courrait dans tous les sens, ne sachant pas quoi faire pour que j'arrête de vomir partout et Remus était débordé entre moi à soigner et Sirius à calmer.
Je ris de bon cœur à ce souvenir.
- Bon, je file m'habiller, moi, j'annonce en constatant qu'il est presque l'heure du déjeuner.
- Oui, il vaut mieux, souffle Malefoy en me détaillant avec une lueur étrange dans le regard.
Je suis troublé plus que je ne saurais le dire. Ce regard m'électrise.
- Avant que tu ne prennes froid, ajoute-t-il amusé, alors que j'éternue.
xxxxxxxxxx
- QUI ????
Ce cri de rage vient de Seamus qui tient mon moelleux au chocolat amputé d'une bonne part. Il a l'air outré et ses yeux lancent des éclairs.
Quand je me suis rendu compte que Malefoy avait profité que j'aille m'habiller pour chiper un bout de gâteau, ma première intention a été de l'étriper parce que je savais que Seamus allait m'en faire une maladie, lui qui dit toujours qu'il tuerait pour mes moelleux. Mais bon, Malefoy m'a fait un petit sourire contrit si adorable que je ne pouvais me résoudre à l'engueuler. Pff ! Je sais, c'est navrant. Mais je l'aime et j'y peux rien si je deviens gaga tant il est mignon.
Très courageusement, je pointe Malefoy du doigt derrière son dos pour répondre à la question de Seamus.
- MALFOYYYYYY !!!
Avec une agilité redoutable, Seamus l'attrape par le col et lui coince la tête sous son bras en une prise de catch. Il lui explique alors que personne ne doit toucher à mes moelleux à part lui. Et pour bien faire rentrer cette notion dans la magnifique tête blond de Sexy Fouine, il frottement rudement le poing sur son crâne platine.
- Balance ! me traite Dean, choqué par ma dénonciation. T'as pas honte ?
- Pas du tout, je dis flegmatiquement en regardant le traitement de choc que l'irlandais inflige au blond.
Les autres rient de bon cœur devant la scène, surtout les Serpentard, qui se moquent allègrement de la déconfiture de leur leader et de la rage démesurée de Seamus pour un simple gâteau. Je suis tout même étonné que Malefoy se laisse si facilement réprimander par un Gryffondor, celui qui qualifie de « lourd » qui plus est.
Quand on passe enfin à table, Seamus n'a toujours pas décoléré et lance de réguliers regards mauvais vers le blond.
- Et si vous nous disiez comme s'est passé vos entretiens ? demande Nev.
- A toi l'honneur, Seamus, dit Nott, pour que l'irlandais lâche un peu Malefoy.
- Hein ? Ah oui, l'entretient… Ben, en fait, c'est pas du tout comme dans le jeu normal. C'est beaucoup plus réaliste. Là, il ne suffit pas que de choisir une carrière, de téléphoner pour obtenir un emploi. Le conseiller te demande quel métier tu veux faire, puis compare tes compétences et tes badges talents à ceux exigés par le poste. Si ça concorde, il retient ta candidature, sinon, il te demande de choisir un autre métier. Le fait que tu ais un diplôme et que tu ais déjà travaillé, jouent aussi.
- Mouais, c'est un peu plus élaboré, commente Dean avec hochement d'épaule. Mais tu finis pas avoir le travail que tu veux.
- Détrompe-toi, conteste Seamus avec une grimace significative. Rien que le fait de ne pas avoir de diplôme et d'expérience te ferment la plupart des postes.
- Tu plaisantes ? s'horrifient les autres.
- Hélas, non, soupire Seamus. Sans diplôme ni expérience, on ne peut pas accéder aux emplois au-dessus du niveau trois. Alors ça restreint pas mal. Et là encore, il faut voir si le caractère coïncide.
- Qu'est-ce que le caractère vient faire dans l'histoire ? demande Goyle.
- Et bien, suivant le métier, il faut certain trait de caractère, explique Seamus. Par exemple, le milieu médical privilégie le sérieux, le dynamisme et la netteté. Si t'as pas tous ça, ben t'auras moins de chance d'avoir le poste. Et ça, c'est nouveau aussi. Ils ne te donnent pas le poste directement, ils attendent de voir les autres candidats avant de se prononcer.
- Mais alors, vous n'avez toujours pas de travail, je constate, un peu éberlue.
Fuuh, les jumeaux n'ont pas chômé ! Et plus, c'était même pas dans les données que j'ai consulté dans la pierre de vie, ça. Comment ça se fait ?
- T'as tout compris, mon vieux, se lamente Seamus. Il faut qu'on attende demain pour savoir quel job on aura. Le conseiller a dit qu'il nous appellerait vers 16 h.
- C'est la dure loi de la compétition, dit Goyle.
- Oyo, on a intérêt à faire bonne impression, marmonne Nev.
- Londubat, notre entretient, c'est bien cette après-midi ? s'enquit Zabini en fronçant des sourcils.
- Ouais, à 14 h, précise Nev.
- Quoi ? Mais il est déjà 13h33 ! s'affole le serpentard en se levant brusquement.
- Hein ? Tu plaisantes ? se redresse Nev en jetant un vif coup d'œil à l'horloge de la cuisine. Zut, on a raté le bus !
- Magnes-toi, Londubat ! râle Zabini déjà à la porte. Si on court, on pourra encore le prendre.
- Merci pour le déj, c'était très bon ! lance Nev en filant à la suite du serpentard.
Le silence fait suite à cette étonnante sortie.
- Bon, moi aussi, je ne vais pas tarder, annonce Dean. Mon rendez-vous est à 14h30.
- Eh ! Vous n'allez pas nous laisser toute la vaisselle à faire ! se scandalise Seamus.
- Dit donc, l'abruti, t'invite les gens pour leur faire faire tes basses besognes, toi ? gronde Dean en lui donnant une rude tape sur le crâne. Espèce de mal élevé !
- C'est bon, Sea-chou, pleure pas. Je vais vous aider, je propose gentiment.
- Harry, arrête de passer tous ses caprices à ce farfadet ! grogne Dean en secouant la tête.
- Merchi, Ryry, renifle l'irlandais en se réfugiant dans mes bras. T'es le seul qui me comprenne ici… snif, snif…
- Mais si tu te mouches sur moi, je te laisse te démerder, je grimace en le repoussant.
- Théoooooo !!!
- Seamus, t'es lourd, là, juge sévèrement le serpentard. Et comme l'a dit Thomas, on ne met pas les invités au travail.
- Mais… snif… mais…
Avec des soupirs las, on le laisse à sa comédie puérile et on débarrasse la table.
- Bon, Seamus, il te restera juste la vaisselle à essuyer et à ranger, je l'informe en m'essuyant les mains avec un torchon, un moment plus tard.
- Hein ? Pourquoi vous ne le faites pas ?
- Espèce de parasite ! je jette en lui donnant un coup de torchon dans la tronche. Tu crois qu'on n'a pas remarqué ton pitoyable petit manège ? Si tu crois que tu vas te la couler douce pendant qu'on te fait le ménage, t'as le chaudron fendu, abruti ! Maintenant, file faire ta part de boulot !
Pour l'aider à se lever du canapé où il s'est vautré, je le tire durement par l'oreille, n'écoutant pas ses protestations parsemées de « Aïe ! Ouille ! Mais Harry… ».
- Allez, au boulot ! je lui ordonne avec un coup de pieds au cul en prime.
- Eh bien, eh bien, pouffe Nott. Je me souviendrais de cette méthode.
- Fermeté avec un zeste de brutalité, ça marche toujours avec Sea-chou, j'explique. Bon, je vais y aller aussi. J'ai plein de truc à faire. Malefoy, tu viens ou tu restes avec Nott ?
- Je rentre, dit le blond en se levant. J'ai des choses à faire aussi.
- Merci pour le repas, c'était très bon, je complimente nos hôtes. Et Sea-chou, si tu nous fais encore ta crise de flemmardise, souviens-toi qu'il te reste une autre oreille que je n'ai pas encore martyrisée, je lance de la porte.
Seamus ne me répond pas, boudant dans son coin. Je lève les yeux au plafond, exaspéré.
- Allez bye !
- A la prochaine, répond Nott.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? me demande Malefoy devant l'ascenseur.
- Pardon ?
- Tu as dis à Théo que tu avais pas mal de faire à faire, me rappelle le blond.
- Ah ça ? Je voudrais faire quelques petits meubles pour la salle de bain.
- Et tu comptes les mettre où ? s'enquit-il d'un ton sceptique qui cache mal son appréhension de l'ascenseur. Il n'y a pas de place dans ce placard à balai.
Imperceptiblement, je me rapproche de lui pour le rassurer.
- Oh ne t'inquiète pas, si je ne me trompe pas dans les mesures, ça devrait passer.
Il me jette un coup d'œil dubitatif.
- Si tu le dis, finit-il par dire.
Je rêve où lui aussi s'approche de moi ? Je lui jette un coup d'œil de biais. Son visage est impassible, bien qu'un peu plus pâle qu'à l'accoutume.
Quand l'ascenseur s'arrête, on est si rapproche l'un de l'autre que l'on se touche presque. Cette proximité me tue. Je sens la chaleur et le parfum de Malefoy, et cela ne peut avoir que des conséquences peu avouables sur mon anatomie.
On sort dans le couloir et seulement alors, je me permets de respirer à nouveau. Malefoy, lui, a retrouvé un peu de couleur.
Dès que j'entre dans notre appart, je file dans ma chambre, sans un mot. N'y pouvant plus, je me décide enfin à me libérer de ma tension sexuelle, qui est d'autant plus violente que je la refoule depuis le début de ma cohabitation avec le blond.
Je me déshabille complètement et m'installe confortablement sur le lit. Je prend un mouchoir et commence à me caresser en imaginant que c'est sa main qui courre sur ma peau, qui empoigne mon sexe et me fait voir les étoiles. Je me mords le dos de la main pour étouffer mes gémissements de plaisir – il ne manquerait plus qu'il m'entende ! – et laisse libre cours à la jouissance.
Quand j'émerge, un moment plus tard, je me rends compte que je me suis endormi la baguette à l'air. Ah ben, c'est du joli tout ça ! En plus, j'ai pas l'air con avec le mouchoir souillé de sperme collé à mon sexe. Non mais vraiment ! Heureusement que le ridicule ne tue pas !
Etouffant un bâillement, je me lève et jette le mouchoir dans la poubelle. Je m'habille d'un jogging et d'un tee-shirt, et sort de la chambre. Je me dirige vers le cagibi quand je repense au reproche de Malefoy sur mes décisions en solo. Bon, je vais faire un effort.
Je frappe à sa porte.
- Entrez.
J'ouvre et le trouve sur son lit, en train de lire.
Non d'un cognard ! Vire de ce lit tout de suite si tu tiens à tes fesses, petite fouine !
Je fais un effort surhumain pour ne pas me jeter sur lui et pour proposer d'une voix égale :
- Malefoy, tu veux m'aider pour l'aménagement de la salle de bain ?
Il reste un instant silencieux à me fixer comme s'il m'est poussé des cornes sur la tête.
- Tu veux que moi, je t'aide ? demande-t-il, pas très convaincu.
- Il me semble que tu es la seule personne et le seul Malefoy dans cette pièce, je réponds, un brin sarcastique.
Il me lance un regard assassin, n'ayant pas apprécié la raillerie.
- Bon, tu viens ou pas ? je m'impatiente.
- Pourquoi pas, répondit-il laconiquement.
Wow ! Quel enthousiasme ! Voilà exactement la raison pour laquelle je préfère ne rien lui demander.
- Rejoins-moi dans le cagibi quand tu te seras changé.
- Qu'est-ce qui ne va pas dans ma tenue ? demande-t-il en vérifiant s'il n'y a pas le moindre faux pli à sa chemise.
Tu es superbe, petit con ! Alors arrête de m'allumer en te caressant comme ça ou je te saute dessus. Je viens juste de me branler, je te signale !
Je serre des dents pour mieux ravaler ces phrases suicidaires et respire un bon coup le plus discrètement que je peux.
- Elle n'est pas très appropriée pour faire du bricolage.
Par contre, elle ferait très bien l'affaire pour un petit strip-tease privée.
- Ah ? Mais, je n'ai que ce genre de vêtement.
- Ahlala, Seamus a beau être calé en mode, il est toujours aussi obtus sur le côté pratique des fringues, je soupire en levant les yeux au ciel. Bon attends là, je vais te prêter un jogging.
Un moment plus tard, je revins dans sa chambre avec le survêtement. Je faillis avoir une attaque alors que je le découvre torse nu. Il est magnifique. Je le dévore littéralement des yeux et ne fait même pas gaffe à cacher mon admiration, pour ne pas dire vénération.
- Potter ?
- Hein ? je souffle en détaillant sa peau fine. Ah ? Euh, oui… ça devrait faire l'affaire, je bredouille en lui tendant le vêtement.
Quand il le prend, nos doigts se touchent et je sens comme une décharge électrique. Est-ce qu'il l'a ressenti lui aussi ? Je ne peux le dire car il s'est déjà détourné de moi. Je n'ai donc plus qu'à faire une retraite stratégique.
- Bon ben, je t'attend dans le cagibi.
Je sors vite fait de sa chambre avant d'obéir à mes hormones en furie. Respire, Harry respire ! Ce n'est pas le moment de mourir d'étouffement.
Quand il me rejoint, j'ai eu le temps de me planter la pointe du compas dans la main, de me péter le genou contre une planche en bois et de me couper le doigt avec une feuille. Toutes ces mésaventures, preuves de mon inattention, ont eu au moins le mérite de calmer mes hormones.
Enfin, j'ai pu tout de même terminer le croquis de la salle de bain avec les modifications que je compte y opérer. C'est vous dire à quel point il a été long, le Malefoy. Je me demande ce qui l'a tant retenu. Qu'on ne vienne pas me dire qu'il ne sait pas mettre un jogging, tout de même !
Je lui tends le croquis tout en développant mon idée :
- Regarde, en mettant le placard en dessous du lavabo, on gagne de la place. On peut aussi utiliser le rebord de ce mur comme étagère. A côté du lavabo, je prévois de mettre des suspensions pour les brosses à dents, le savon, les serviettes et tout ça. Et là, une petite armoire à pharmacie. Sur ce mur, des étagères qui en ferait tout la longueur. J'ai pensé qu'un ton vert avec une touche de rouge serait cool. Qu'est-ce que tu en penses ?
Il ne répond pas tout de suite, il se contente de détailler mon croquis avec attention.
- C'est pas mal, juge-t-il, finalement. Comment tu comptes faire tout ça ?
Je me mets alors à lui expliquer mes projets avec enthousiasme, comme à chaque fois que la décoration d'intérieur tombe sur le tapis.
- Tu as l'air vraiment passionné par le sujet, dit-il lentement, une fois que mon discours se tarie.
- Ah, je fais en me grattant l'oreille d'un air gêné. C'est Remus qui m'a transmis cette passion. Bon, si on se mettait au travail maintenant ?
Cependant, je déchante vite. C'est bien beau de vouloir améliorer notre entente en le faisant participer à mes projets, mais je m'aperçois vite que Malefoy, armé d'un marteau, est pire qu'un troll avec sa massue. Il tape plus souvent ses doigts que sur les clous et cloute de travers ce qui, non seulement abîme le bois mais en plus m'oblige à reprendre son travail.
Mais, je m'arme de patience, me souvenant parfaitement de mes propres débuts dans le bricolage. Ce n'était pas fameux, non plus, donc... en plus, avec sa main blessée, ce ne doit pas être aisé. J'aurais peut-être dû attendre qu'il soit guéri avant de l'initier au bricolage.
Le problème, c'est que si je lui dis maintenant d'arrêter là le massacre, il va très mal le prendre, pensant que je ne le crois pas capable de s'en sortir – ce qui ne serait pas faux. Comme en plus, c'est moi qui lui ai demandé son aide et que je sais qu'il n'a accepté que par pure fierté, je ne peux décemment pas le jeter hors du cagibi. Ah lalalala ! Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la paix !
- AÏEUUUUUUUUHHHHH !!!!!!!! pleurniche Malefoy en se bousillant le pouce une fois de plus.
Là, je me demande vraiment s'il ne le fais pas exprès. Ca fait tout de même la sixième fois qu'il tente de clouer son pouce. Etonnant qu'il ne soit pas encore aplati comme une crêpe !
Avec un soupir, je le rejoins. Je ne voulais pas en venir à cette extrémité, vu les pensées que j'ai dès que je suis trop proche de lui. Mais si je n'interviens pas, cette petite fouine stupide va finir par perdre un doigt. Et Malefoy, je le préfère en pleine possession de tous ses membres.
Je lui prends donc les mains, qui tiennent toujours marteau et clous.
- Qu'est-ce que tu fais, Potter ? se raidit-il.
- Tais-toi et écoute, j'ordonne d'un ton sans réplique.
Je dois déjà me concentrer pour ne pas me laisser distraire par sa proximité alors je n'ai vraiment pas besoin qu'il en rajoute.
- Il faut que tu tiennes le clou comme ça, je lui explique tout en positionnant ses doigts comme il faut. Puis, avec des petits coups, tu l'enfonces jusqu'à la moitié en le tenant bien pour pas qu'il dévie de sa trajectoire. Après seulement, tu le lâches et donnes des coups plus prononcés, comme ça. Tu as compris ?
Seul le silence me répond. Je lève les yeux vers lui et le découvre rouge pivoine, les yeux ostensiblement braqués ailleurs. Il a la respiration un peu sifflante.
- Malefoy, ça va ?
- Mais oui ! s'agace-t-il en dégageant brusquement ses mains des miennes.
Il se remet au travail, mais semble si perturbé qu'il se martèle la main au lieu du clou.
- Tu es sûr que ça va ? je demande sceptique, alors qu'il jure dans sa barbe.
Il me lance un coup d'œil noir comme si tout est de ma faute et se remet à planter furieusement des clous dans la planche en bois, au risque de se perforer la main à plusieurs reprises. Avec un soupir irrité, je me remets aussi au travail.
- Et voilà ! je m'exclama un long moment plus tard, en me relevant.
On vient de terminer la dernière étagère, il ne manque plus qu'à tout installer dans la salle de bain.
- Enfin ! soupire Malefoy, exténué.
Je lui jette un petit coup d'œil amusé. Mais mon amusément s'étouffe dans ma gorge quand je vois le jogging du blond descendre brusquement jusqu'à ses genoux. Il y a un petit moment de flottement où ni lui, ni moi ne réagissons, trop scotchés.
- Kyaaahhh ! s'écrie soudain Malefoy en tentant de remonter le pantalon.
Mais ce dernier refuse obstinément d'obtempérer. Finalement, le blond s'accroupit précipitamment en me tournant le dos, ce qui fait que j'ai une vue magnifique sur ses délicieuses petites fesses admirablement moulé dans son slip noir. Je crois que je suis atteint de la maladie du sangement-de-nez.
- Mais ce n'est pas possible ! gémit Malefoy. Potter, aide-moi au lieu de rester planter-là à me fixer comme un abruti !
- …, je fais alors que tous mes neurones sont à la dérive.
- Potter ? POTTER ???
Je sursaute et cligne plusieurs des paupières pour revenir sur terre, mais c'est vraiment difficile avec Malefoy qui n'arrête pas de trémousser son magnifique popotin sous mon nez. Cependant, un mouvement insolite attire mon attention : Malefoy tirant sur le jogging avec frénésies. Jogging qui est accroché à… … …L'ARMOIR ??????
Pensant que j'ai une illusion optique, je me rapproche pour mieux regarder. Quand je constate de visu que Malefoy c'est bel et bien clouer à l'armoire de la salle de bain, je m'effondre de rire.
- Ce n'est pas drôle ! s'écrit le blond, vexé.
« Oh si, c'est drôle ! » je répliquerais si je n'étais si consciencieusement en train de m'étouffer d'hilarité.
- J'aurais du me douter que ça finirais comme ça ! peste le blond en tirant sur le tissu. Je n'aurais jamais du accepter de t'aider ! Me bousiller les doigts, avoir des courbatures, suer comme un troll, me couvrir de poussière : Ah, quel merveilleuse découverte ! ET ARRÊTE DE RIRE, POTTY !!!!
Dans sa rage, il tire d'un geste si brutal sur le jogging qu'un horrible bruit de déchirure stoppe net mon rire.
- Hey ! Fais attention à mon…
Le reste de ma phrase s'étrange dans ma gorge quand Malefoy retire rageusement le bas de survêtement. Il se lève d'un mouvement souple et sort du cagibi d'un pas digne. Moi, je ne peux m'empêcher de reluquer ses fesses jusqu'à ce que la porte claque violemment derrière lui.
Je me résigne donc à terminer seul la décoration de la salle de bain, mais je ne regrette pas l'aide de Malefoy vu sa conclusion. Merlin, il a vraiment la plus belle paire de fesses que je n'ai jamais vu !
En attendant, mon jogging est fichu. Tss !
Je ne revois Malefoy qu'au dîner où il évite obstinément mon regard et ne décroche pas un mot, malgré mes tentatives de conversation. Je me fatigue vite de ce monologue et finit par me taire. Le reste du repas se fait dans un silence et une morosité déprimants.
Une fois restauré, je vais dans la salle de bain pour finir de placer les étagères. J'ai l'agréable surprise de voir Malefoy débarquer une dizaine de minutes plus tard, impassible. Sans dire un mot, il m'aide à fixer les planches dans un silence gêné. Tout d'un coup, je me sens beaucoup plus motivé à la tâche et le cœur plus léger.
- Alors ? C'est pas mal, hein ? je m'enquit alors qu'on vient de finir de décorer la salle de bain.
- C'est franchement parfait, tu veux dire, corrige Malefoy en s'essuyant le front. On a vraiment fait du très bon travail.
On reste encore quelques minutes à contempler notre œuvre, très fiers de nous, puis on se décide à bouger. On tire l'ordre de passage à la douche à pierre-feuille-ciseaux et c'est moi qui l'emporte. L'eau chaude apaise mes muscles engourdis et j'y reste un peu plus longtemps que nécessaire.
- Tu peux y aller, Malefoy, j'annonce en sortant de la pièce quelques instants plus tard.
- J'espère qu'il y a encore de l'eau chaude, dit-il en me lançant un regard appuyé.
Pour toute réponse, j'hoche des épaules et me dirige vers ma chambre tout en me frottant vigoureusement la tête de la serviette. Une fois sec et habiller de mon pyjama, je vais préparer une tasse de chocolat chaud pour moi et une de thé aux fruits des bois pour Malefoy. Quand il sort enfin de la salle de bain, je viens juste de déposer le plateau contenant le tout sur la table basse du salon.
- Tu veux du thé ? je propose aimablement.
Il hésite un instant, puis finit par acquiescer.
- Je vais chercher un livre, je reviens.
Il disparaît dans sa chambre pour en émerger un court instant plus tard. Il s'installe confortablement dans le canapé, juste à côté de moi.
- Tiens, je dis en lui tendant la tasse de thé fumante.
Il le prend, ouvre son livre au marque page et en boit une gorgé.
- Tu t'en es souvenu ? me demande-t-il soudain en se tournant brusquement vers moi au risque de renverser sa tasse.
Comprenant qu'il parle de la façon dont il boit son thé, je rougis lamentablement. Embarrassé, je fais un mouvement désinvolte des épaules comme pour dire que c'est normal ou quelque chose d'approximatif. Comme il continue de me scanner du regard, je me sens obligé de répondre :
- J'ai une bonne mémoire pour ces choses-là.
- Ah, finit par dire Malefoy qui semble déçu.
Après cet échange, on boit nos tasses en silence. Une fois mon chocolat fini, je plonge dans mes pensées peuplées de peau blanche et fesses divinement moulées dans des slips seyants.
Je crois que je finis pas m'endormir car c'est Malefoy qui me réveille en me secouant doucement.
- Potter, Finnigan veut te parler, m'annonce-t-il quand je daigne ouvrir un œil.
- 'soir, Ryry ! s'exclame Seamus en me tombant dessus.
- 'tain ! Je vais te tuer, abruti ! je m'écrie le souffle coupé.
- Pas avant de t'avoir dis la raison de ma venue, voyons ! sourit largement l'irlandais.
- Que tu crois ! je grogne, en me frottant le ventre. Bon, qu'est-ce que tu veux ?
- Sympa l'accueil ! grimace l'irlandais. Mais bon passons, ajoute-t-il précipitamment sous mon regard assassin. Dis tu te souviens de la fête de bienvenue qu'on voulait faire ? Théo et moi avons pensé que se serait bien de la faire vendredi soir. J'en ai déjà parlé aux autres et ils sont d'accord. Qu'est-ce que tu en dis ?
- Pourquoooôooi pas, je baille. Faudra prévenir tout l'immeuble demain.
- C'est déjà fait, dit fièrement Seamus en bombant le torse. On s'en est chargé avec Dean, Théo et Goyle. On a même demande des renseignements sur la salle de fête de l'immeuble auprès de la concierge. Elle nous a explique que cette pièce sert justement pour ce genre de réunion. C'est pour favoriser les liens d'amitié entre voisins. En plus, elle est parfaitement insonorisée. C'est génial, non ?
- Géniaaâaal, je baille à nouveau.
- Houla ! Tu m'as l'air crevé, toi. Qu'est-ce que tu as encore fais ? Des folies de ton corps, je parie.
- N'importe quooôooi, je baille encore. Bon, si c'est tout ce que tu avais à me dire, je vais allé me coucher, moi.
- C'est ça, fous moi à la porte et je te dirais rien, râle Seamus.
Mais je ne l'écoute pas vraiment. Je suis trop crevé et les appels de mon lit se font de plus en plus sonores.
- 'nuit, Malefoy.
- bonne nuit, Potter.
Je débarrasse ma tasse avant d'aller dans ma chambre. Je pose à peine la tête sur l'oreille que je dors comme un bien heureux.
xxxxxxxxxx
(1) chien magiquement modifié qui mange tout et n'importe quoi.
