Chapitre 8 Question de confiance
« Maura. » Interpella la mère Rizzoli, la légiste s'arrêta abruptement dans sa marche vers la sortie du commissariat, puis elle affronta Angela qui semblait inquiète quand elle vit ses yeux gonflés et rougit, ainsi qu'un bandage sanglant draper à sa main droite. Ne voulant provoquer de scandale, ou se montrer désagréable, bien que c'était la dernière chose qu'elle voulait faire que de converser, Isles souhaitait au plus vite prendre la poudre d'escampette. Alors elle se contenta de rester impassible malgré les maux qu'elle endurait en silence. En finir au plus vite, était son mot d'ordre absolu.
« Que me voulez-vous madame Rizzoli ? Je suis actuellement très occupée, est-ce que vous pourriez vous dépêcher. » Ces paroles vides de chaleur perturbèrent grandement Angela, qui n'avait pas l'habitude qu'on lui porte une telle rancœur, à part ces derniers jours, où sa propre fille ne lui adressait plus la parole. Alors la femme se contenta de continuer fébrilement.
« Que se passe t-il ? Est-ce que ça va ? » La mère italienne demanda timidement ne sachant que dire pour ne pas dégénérer la situation. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle n'avait pas eu une réelle discussion avec la légiste. Et c'était devenu assez laborieux d'entamer une simple conversation de courtoisie.
« Cela vous intéresse t-il vraiment ? Sinon je préfère vaquer à mes occupations. »
« Bien entendue que cela m'intéresse ! »
« Elle semble avoir trouvé quelqu'un d'autre. » Répondit Maura avec douleur, son interlocutrice ne semblait pas savoir de quoi on parlait.
« Qui ? »
« Vous le savez parfaitement de qui je parle, Jane. Vous semblez ravie de la nouvelle. » Remarqua affliger la châtain, lorsqu'elle vit le visage s'éclairait de son interlocutrice, elle avait cette remontée de ressentiment, cela lui importait pas de dire ce qu'elle avait enfoui en elle.
« Oui et c'est une femme. » Coupa abruptement les rêveries d'une grand-mère se voyant avec une horde de petit enfant. Ainsi qu'un mari qui complimenterait sa belle mère en ce qui concernait la cuisine.
« Quoi ? Mais j'ai cru enfin...je pensais... » Barbouilla à s'en perdre la mère italienne qui blêmit.
« Que Jane allait reprendre l'esprit, et par notre rupture allait se remettre dans le droit de chemin ? Qu'elle retomberait auprès d'un homme ? C'est ce que vous aviez planifié depuis le début ? Mais il semblerait que cela ne tourne pas à votre avantage, mais bien le contraire. Jane a trouvé une magnifique et jeune femme qui voit à quel point, elle aussi est merveilleuse. Cette fille est tout mon opposée, direct, joviale, sociable et trois quart de moins que mon âge...J'ai réalisé que j'avais encore tord, je ne sais pour quelle raison je cherche à ce qu'on m'aime, alors que j'avais déjà ce qu'il fallait depuis le début. Angela... je ne me retiendrai plus malgré votre demande...imploration…je sais que la situation de santé avec le père de Jane est complexe, ces précédents problèmes avec l'alcool ont évolués en cancer. Je peux comprendre que c'est dur pour votre famille, qu'il faille se serrer les coudes. Et que vous voulez le bonheur de Jane, qu'elle ait un mari ainsi que de nombreux enfants...mais...moi aussi je souffre, j'aime éperdument Jane. Et je sais que...c'était...réciproque...et je veux avoir tout cela avec elle...une famille, de l'amour, le bonheur. J'ai conscience d'être égoïste, mauvaise, et vous allez me détester...cependant me battrai pour elle, j'ai eu la bêtise de la laisser partir quand elle était Casey, je voulais son bonheur avant le mien. Mais au final vous avez raison, je suis la pire égoïste qui existe dans ce bas monde, je souhaite avoir Jane qu'importe vos ressentiments à mon égard. Si vous ne voulez plus me voir, ou vous ne me considérez plus comme de votre famille, cela m'importe peu. J'ai déjà vécu cette situation de vouloir plaire à tout prix à mes parents...et en retour je n'avais rien. Maintenant je certaine d'une chose importante, Jane est ma famille. Elle le sera dans ma vie future, je n'aurai jamais dû laisser vos mots m'atteindre dans mes doutes. »
« Et qu'en pense Constance si elle le sait vraiment ? Ou même tes proches ? » Reprocha d'un ton accusateur Angela, la légiste se mit simplement à rouler des yeux, puis se mit à sourire, elle avait pris des caractéristiques de sa meilleure amie sans qu'elle y prête attention. Elle lui manquait terriblement, c'était une épreuve d'affronter ainsi Angela; sa mère de cœur. Mais il fallait le faire coûte que coûte si elle voulait regagner le cœur de la détective.
« Ma mère m'a dit qu'elle acceptait mes choix, que seul mon bonheur compté, qu'elle n'avait pas été présente dans les moments où j'avais le plus besoin de sa présence, mais qu'elle allait se racheter au temps présent. C'est grâce à son soutien que j'ai remonté la pente. Je vais me battre. Qu'importe ce que vous direz. » S'apprêtant à partir, la châtain sentit une main la retenir doucement par l'avant bras.
« Maura. Ne fais pas cette erreur. Tu peux encore-»
« Lâchez ma fille. » Contra cinglante une voix. Angela se retourna et vit à sa stupeur Constance Isles qui se rapprocha progressivement du duo.
« Vas-y ma chérie. » Sourit l'artiste alors que sa progéniture semblait tiraillée.
« Ça ira mère ? »
« Oui. Allez vas déjeuner, je te rejoindrais dans quelques minutes. »
Voyant que Maura n'était plus dans les parages, la bourgeoise toisa son interlocutrice.
« Angela, il serait préférable que vous n'interveniez plus dans les affaires personnelles de ma fille. Bien que j'ai un profond respect pour votre famille, ainsi que vous. Je n'hésiterai pas à m'opposer contre vous s'il le faut; pour le bonheur de mon enfant. Et je n'ai pas peur de me salir les mains. »
« Alors c'est exact ce que j'ai appris à l'instant. Vous cautionnez ce genre d'agissements ? Cela ne m'étonne guère des artistes qui ont des mœurs ouverts et douteux. »
« Ce genre d'agissement ? Aimer sincèrement quelqu'un est-ce à ce point mal ? Que cela soi entre un homme et une femme, ou deux hommes ou deux femmes, c'est à ce point différent pour vous ? Et cela m'étonne d'une catholique d'être aussi intolérante. Et cette doctrine de tendre sa main aux prochains, cela ne s'applique donc pas à votre propre fille ? » Contra rêche Isles qui ne supportait plus ces préjugés. Elle saisissait mieux le désespoir de sa fille. Le pire était d'imaginer que cette personne qu'elle admirait le plus au monde, montrait un tel visage en ce qui concernait l'homosexualité. C'était pire que du fanatisme religieux, elle perdrait certainement son latin si Angela citait des versés de la bible pour appuyer ses dires homophobes.
« Je ne me permettrai pas de remettre en doute mon éducation, surtout face à une mère inexistante telle que vous. »
« Je ne peux nier avoir fait d'énorme erreur par le passé. J'aurai toujours ces remords, bien que je fasse tout pour me racheter auprès de ma fille, même cela ne soit pas suffisant, mais je me rattraperai qu'importe si cela me prend toute ma vie. Angela mon amie, prenez aussi conscience de votre erreur pendant qu'il est encore temps. Car vous allez regretter amèrement d'avoir repoussé votre unique, et merveilleuse fille. Elle n'a rien fait de répréhensible à part d'aimer. Vous allez la perdre définitivement. Non, je me trompais…vous allez perdre deux de vos filles. Car contrairement à vous, je considère Maura et Jane comme mes filles. Sur ce, je vais déjeuner avec ma fille. Au revoir Angela. » Constance dont les talons hauts claquèrent sur le carrelage du commissariat laissa une mère de famille catholique en plein doute.
