Il stagnait sur une chaise de la cuisine depuis deux bonnes heures maintenant, le regard aussi perdu que celui du Hippie. Ça y est, le Patron était parti. Ils avaient passé le reste de la journée ensemble, blottis dans les bras l'un de l'autre. Le Geek avait vraiment été étonné que son aîné n'ait pas essayé par tous les moyens possibles de s'inviter une dernière fois dans ses fondements. Il s'était réveillé sans personne à ses cotés, une paire de lunettes posé sur la table de chevet. Il les avait prit et les gardait précieusement dans sa poche. Elles étaient clairement visibles, pendant contre sa cuisse. Il les avait fixé longtemps, pleurant beaucoup. Ses yeux étaient toujours bien rouges. Les autres personnalités avaient un peu tenté de lui remonter le moral. Maître Panda lui avait même proposé de jouer avec lui, mais il refusa. Le Geek refusa de jouer aux jeux vidéos ! Trois jours qu'il était dans cet état quasi léthargique. Il se levait à midi, se couchait à six heures. Il mangeait peu, parlait encore moins. Sa tête de chien battu était encore plus touchante maintenant. Finalement, Mathieu ne l'avait plus engueulé pour son attitude. Il avait tendu les bras vers lui pour un câlin réconfortant.
"Il me manque," n'arrêtait-il pas de scander entre deux hoquets.
"Je l'ai compris mais il ne peut pas revenir, tu sais ce qu'il t'a fait, non ?"
Il hocha timidement de la tête. Il trouvait quand même cela injuste de l'avoir écarté de la famille pour 'si peu'.
"C'est juste une amourette d'adolescent, ça va passer."
Nouveau hochement de tête sans vraiment être d'accord sur ce qu'il disait. C'était plus que ça, il avait réussi à faire changer le Patron, merde !
"Et puis, il n'était pas fait pour toi. Tu es un gosse, c'est un monstre. Tu l'as bien vu ! Il est égocentrique, manipulateur. Il ne t'aurait apporté que des problèmes."
"Dis Mathieu," dit-il finalement en le regardant dans les yeux, "qui essaies-tu de persuader ?"
Le Patron était parti au petit matin pour se réfugier dans l'un de ses bordels. Il pensait y rester un bon moment puis trouver un petit appart' pas loin. Pour le moment, il restait dans l'une des chambres et malgré la compagnie plus qu'aguichante qui l'entourait, il n'arrivait pas à combler ses pulsions. Après sa troisième fille qu'il blessa pour ne pas pouvoir le faire venir, il se rendit à l'évidence, seul le Geek pourrait le satisfaire maintenant… À moins qu'un cheval, peut-être… ou un arbre. Il verrait bien plus tard. Il buvait toujours pas mal, pour s'empêcher de revenir. Il y avait bien laissé ses lunettes pour avoir une excuse mais il s'était rendu à l'évidence: s'il revenait, il ne pourrait plus repartir. Sa famille lui manquait aussi maintenant. Il pensait à tout le monde. À toutes les fois où le Hippie l'avait remercié pour lui refourguer ses substances. Aux dialogues cinglants qu'il partageait avec la Fille. À toutes les fois où il avait réussi à déconcentrer le Prof, explosant une partie de son labo. Et malgré les disputes qu'il avait avec son créateur, Mathieu lui manquait plus que tout. Sa vie, c'était l'émission. Maintenant, il n'avait plus rien.
La sonnerie de son téléphone le tira de ses souvenirs.
Finalement, le Geek avait réussi à faire changer Mathieu d'avis. Avec son petit sac à dos pikachu, il était parti le retrouver. Les autres lui avaient dit d'aller voir dans ses 'entreprises', ce qu'il fit non sans rougir. La troisième maison fut la bonne.
"Le Patron était là mais il est parti il y a une heure ou deux," le renseigna une belle rousse.
"Tu ne sais pas où il est allé ?"
"Pourquoi je te le dirais ? Vous êtes mariés ?"
La jeune fille semblait presque jalouse du garçon face à elle.
"Euh… c'est un peu compliqué en fait…"
"Je ne sais pas ce que tu as cru, minus mais ce n'était qu'un coup d'un soir. On est tous un simple jouet pour lui !"
Il comprenait sa colère, elle aussi avait été utilisée.
"Je voulais juste lui rendre ça," expliqua-t-il en lui montrant les lunettes.
Elle les regarda choquée, comme si elle y voyait une alliance. Elle le fixa à nouveau, remarquant enfin les suçons. Une autre preuve que le Geek était plus qu'un jouet.
"Il est chez sa mère," cracha-t-elle, le regard remplit de haine.
Sa mère habitait un peu en dehors de la région parisienne. Il n'y était plus revenu depuis quinze ans. Elle avait été mise au courant de la situation actuelle de son fils et lui avait ordonné de venir. Il n'avait jamais su lui dire non. Il avait pris le premier train qu'il pouvait. Il n'était pas vraiment heureux de revoir sa génitrice, incapable de faire la part entre les cauchemars et les souvenirs. Il avait simplement peur de la revoir. Durant tout le trajet, une boule se bloqua dans son ventre. Il en tremblait même. Il retrouva sans problème la maison, toujours aussi insalubre que dans ses souvenirs. Une femme, la cinquantaine, les cheveux aussi noirs que la cendre, lui ouvrit.
"Boujour toi."
"Bonjour maman."
Il n'osait pas la regardé, nu sans ses lunettes.
"Tu ne m'embrasses pas ? Espèce de porc ! C'est comme ça que je t'ai élevé ?"
Il ne s'excusa pas mais baisa sa joue.
"Tu appeles ça un baiser ? Agis comme un homme bon sang !"
Elle l'agrippa par la chemise et plaqua ses lèvres contre les siennes. Il en aurait bien vomi.
Le Geek prit également le train. Il se sentait un peu mal à l'aise, incapable de savoir si l'adresse que sa rivale lui avait donné était juste. Les gens le regardaient étrangement, certains le reconnurent même et chuchotèrent à demi-mots. Il se perdit entre les ruelles, demanda son chemin plusieurs fois. Il trouva finalement la demeure, une vieille bâtisse usée par le temps et les propriétaires. Il sonna une première fois, puis une deuxième. Il finit par frappé, de plus en plus fort. Une dame lui ouvrit finalement et le détailla de la tête au pied.
"Qu'est-ce que tu veux toi ?"
"Je cherche quelqu'un. Il me ressemble un peu sauf qu'il porte une chemise noir. Il a des...euh non, rien."
"Et qu'est-ce que tu lui veux ?"
"Je… j'aimerais qu'il revienne à la maison."
Elle lui sourit enfin et le laissa entrer.
"Il doit être à l'étage, deuxième porte à droite," lui expliqua-t-elle avant de miauler, "ah, mon fils a enfin des amis. Tu voudrais des cookies ?"
Il refusa poliment et monta. Pas si méchante que ça cette mère. Il l'avait toujours imaginée aigre, vulgaire et cougard. Il déchanta en découvrant le Patron.
En ouvrant la porte, il fit face à une chambre aux murs blancs plongée dans la pénombre. Sur le lit, attaché, l'homme, autrefois en noir, maintenant nu comme un ver. Des ecchymoses recouvraient l'entièreté de son corps et l'une de ses épaules semblaient démise. Il accourut vers lui.
"Qu'est-ce que tu fous ici gamin ?" s'étonna-t-il, le regardant malgré son cocard.
"Mathieu m'a envoyé te chercher. Il veut que tu reviennes."
"Je m'en fous, casse-toi d'ci ! Tout de suite !"
Il refusa de bouger, le regardant attristé par ses paroles et son état. Pourquoi voulait-il le voir s'en aller ?"
"S'il te plaît, va-t-en, tu vas avoir des problèmes !"
Il resta planté là.
"Ne t'inquiète pas, ton père ne me fais pas peur," le rassura-t-il en éffleurant ses lèvres des siennes, ne trouvant pas de meilleure façon pour le rassurer.
"C'est pas…" commença-t-il en le repoussant abruptement.
Il lui coupé par la porte qui s'écrasa contre le mur.
"Alors c'est toi qui a peverti mon fils ?" railla une voix féminine.
La mère les regarda, le visage déformé par tous les sentiments négatifs du monde. En deux pas, elle fut près du petit qu'elle attrapa par la tignasse pour l'éloigner de sa progéniture. Maintenant contre le mur, il subit les claques, les coups de poings, de pieds. Il tentait de se protéger comme il pouvait mais ce fut impossible. Un coup particulièrement puissant des les parties lui fit voir des étoiles et il sombra dans le néant.
À son réveil, il faisait nuit. Son corps hurlait à la mort. Malgré l'obscurité, il vit vaguement le lit où gisait l'autre homme. Il ne savait pas s'il était éveillé ou non. Dans un élan de tendresse, il rampa jusqu'à lui.
"Arrête de te faire du mal gamin. Reste tranquille," lui chuchota-t-il.
Il n'en fit qu'à sa tête en monta dans le lit. Il quémanda un câlin qu'il ne put recevoir à cause des menottes. Le Geek enroula ses bras contre lui. Le Patron lui embrassa le front plusieurs fois, rêvant de panser ses blessures.
"Patron, j'ai peur."
"Je sais gamin, moi aussi."
"On va mourir ?"
"Pas toi en tout cas."
Il n'ajouta rien de plus, laissant planer le sous-entendu.
Ils furent réveillés au petit matin par les coups et les injures. La mère leur lança une vieille miche de pain et un bol d'eau tartré. Le plus mature laissa sa part, prenant soin comme il pouvait du gamin. Il l'estimait heureux de ne pas être menotté.
"Au fait, toi, tu comptes un jour posé ton sac," lui cria la femme d'un ton gras.
Effectivement, son sac à dos était toujours là. Il se rappela soudain son contenu et tenta de faire taire le cri de joie qui manqua de s'échapper. Une fois la dame partie pour quelques minutes, il s'empressa d'aller lui expliquer.
"Patron," lui murmura-t-il, "je sais comment on peut repartir. Mathieu m'a donné son fusil. Il suffit que tu tires et..."
"Comment veux-tu que je fasse avec les mains attachés ? Et puis, c'est ma mère. Je peux pas la tuée."
Il le regarda ennuyé, voulait-il lui dire que c'était à lui de tirer ? Mais, ce n'était pas un meurtrier. La mort de Mr Nounours était un accident. Il semblerait qu'il soit piégé ici à jamais alors.
Un ou deux jours passèrent durant lesquels la santé du petit diminua. Il était pris d'une forte toux sûrement due à l'humidité de la chambre. Il ne dormait pas assez pour son organisme et ne buvait également que trop peu. De plus, il cherchait désespérément un câlin. Attaché, le pervers ne pouvait pas le toucher. Les contacts lui manquaient aussi.
"Je peux te montrer mol affection autrement que par mes bras tu sais," lui dit-il finalement.
Le petit le regarda perplexe. Regard qui descendit naturellement au sud, connaissant maintenant l'obsédé.
"Mais non, approche ta tête."
Il s'exécuta... en approchant sa tête vers le bas.
"Approche ta tête de la mienne," soupira-t-il.
Pas qu'il n'en avait pas envie mais il aimait toucher et prendre le contrôle pendant les plaisirs charnels.
Il s'excusa et fit ce qu'on lui demandait. Le Patron se courba un peu pour cueillir ses lèvres entre-ouvertes. Le baiser fut passionnel. Ils mordaient, léchaient, gémissaient bruyamment. Un bruit métallique emplissait la pièce tellement le Patron voulait rompre ses liens. Leur envie de l'autre montait si fort que le Geek commença à le déshabiller, assoiffé de revoir le corps de l'autre. Le pervers s'occupait allègrement de son cou, renouvellent les suçons. Mais soudain, il changea d'avis.
"Arrête gamin !"
Il le regarda presque choqué.
"Pourquoi ? Tu n'aimes pas ?"
"Justement, j'ai envie de toi."
"Alors continuons."
Il tenta encore de l'arrêter mais le petit descendait, défaisant la ceinture d'une main.
Mais qu'est-ce qu'il est devenu par ma faute, se dit-il.
Il était maintenant dressé, avide de sentir le plaisir le submergé. Le Geek prenait son temps, jouant sur la frustration un petit sourire aux lèvres.
"Alors comme ça, on s'amuse sans maman," intervint la mère en entrant.
Ils se figèrent sur place, incapable de cacher leur exitation. Le petit fut une fois de plus balancé ailleurs alors que la vieille dame grimpait à califourchon sur son fils. Elle portait une robe mais pas de culotte ce qui facilita ses actions. Elle utilisa son garçon enfin prêt à lui servir. Se mouvant d'avant en arrière et en gémissant comme une chatte en chaleur. Le Patron détourna la tête, impossible de la regarder elle ou le petit. Petit qui observait la scène pétrifié et jaloux. Elle n'avait pas le droit de le toucher ! Il était à lui ! En plus, il ne semblait pas aimé ce traitement. Cette femme n'était plus un Homme mais un monstre. Elle ne méritait plus la vie. Ce n'était plus une Homo Sapiens mais une Homo Demens. Il fouilla son sac et trouva le 4 mm. Il n'hésita pas une seconde quand il appuya sur la gâchette. Une personne perdit la vie cette nuit-là. et jaloux. Elle n'avait pas le droit de le toucher ! Il était à lui ! En plus, il ne semblait pas aimé ce traitement. Cette femme n'était plus un Homme mais un monstre. Elle ne méritait plus la vie. Ce n'était plus une Homo Sapiens mais une Homo Demens. Il fouilla son sac et trouva le 4 mm. Il n'hésita pas une seconde quand il appuya sur la gâchette. Une personne perdit la vie cette nuit-là.
