The werewolf thing.

4 - Expliquer.

Le cri en lui même fut une surprise à laquelle je ne m'attendais pas vraiment, mais passé le premier sursaut, je me ressaisis, Léah m'avait habitué à bien pire. De ce fait, je ne tentais pas de l'interrompre, attendant patiemment qu'elle se fatigue et se taise juste le temps de me laisser dire un mot. J'attendis un bon moment.

Quand elle n'eut plus de souffle et qu'elle se retrouva à happer l'air comme une asthmatique, j'en profitais pour me présenter :

" Je m'appelle Jacob".

J'eu un peu de mal à reconnaître ma propre voix que je n'avais pas utilisé depuis bien longtemps.

"Mais bordel, qu'est-ce que vous foutez chez moi ?"

Le ton était hargneux, comme si la louve me parlait directement. Frissonnant, j'esquissais un sourire, incapable de réellement cacher mon plaisir de l'entendre si agressive.

" Vous croyez vraiment être rentrée toute seule et bien sagement, comme un petit loup-garou bien dressé ?"

Elle tressaillit, me jeta un regard mauvais. Ok, je n'étais définitivement pas parti sur de bonnes bases. Quel tact Jake, quel tact ! Voilà où ça mène de n'avoir pour compagnie féminine qu'une louve folle furieuse et une condamnée amoureuse d'une sangsue débile.

" Bon, ça vous dit qu'on reprenne depuis le début ?"

Elle respira un grand coup et hocha la tête. Je lui tendis la main en me présentant à nouveau. Hésitante, elle la serra et m'avoua s'appeler Hermione.

" Hermione, c'est pas courant.

- Jacob, c'est démodé."

Aie, touché. Elle avait du cran cette fille. Plutôt que de me vexer, je laissais échapper un éclat de rire qui nous détendit tous les deux.

" Vous voulez bien m'expliquer maintenant ce que vous foutez chez moi ?

- Ne prétendez pas ne pas l'avoir deviné.

- Je veux vous l'entendre confirmer."

Mais quelle teigne ! Exaspéré, j'obtempérais.

" Je vous ai trouvé dans la forêt et je vous ai ramené."

C'était un mensonge, et vu le regard qu'elle me lançait, je savais qu'elle l'avait deviné.

" Ce n'est pas ce qu'il s'est passé.

- Comment le savez vous ?

- Des bribes de souvenir."

Bon, constatation numéro un : ce genre de loup n'est pas amnésique. Est-ce que c'est bon à savoir ? Pas plus que ça.

" Je sais ce que vous voulez m'entendre dire.

- Alors dites le.

- J'en suis un aussi.

- Un quoi ?

- Un loup-Garou."

Nous y voilà. C'était de ça dont il s'agissait. Allions nous parler de nos différences génétiques ? Savait-elle d'où ça venait ? Pourrait-elle m'expliquer ce que je cherchais à comprendre depuis la nuit tombée ?

Sans que je n'ai le temps de réagir, elle s'était redressée, et approchée de moi. Elle me regardait avec une curiosité qui me mettait mal à l'aise.

" Vous n'avez pas été mordu."

Je la regardais sans comprendre. On m'avait mordu plusieurs fois, enfin surtout les autres loups quand on se bagarrait. Mais j'avais la nette impression que ce n'était pas vraiment ce dont elle me parlait.

" Pardon ?"

Elle soupira et s'adossa au sofa, déçue d'avoir un interlocuteur si ignorant.

" Le loup que j'ai vu, expliqua-t-elle, est un loup de descendance, pas de morsure."

Je commençais à comprendre où elle voulait en venir. La regardant avec attention, je lui demandais de m'expliquer plus en détail. Elle haussa les épaules et esquissa un geste pour se lever.

" Allez faire du thé dans la cuisine, moi je vais m'habiller. Ordonna-t-elle."

Je l'arrêtai d'une main.

" Oh non, ne vous esquivez pas ! Vous n'avez qu'à faire votre truc avec votre baguette, et on aura aussi bien le thé et les vêtements sans qu'il soit nécessaire d'interrompre cette maudite conversation."

Elle me regarda interloquée que je connaisse ce secret aussi. Enervée, elle me demanda froidement.

" Depuis combien de temps m'épiez vous ?"

J'étais incapable de répondre à cette question. Elle pencha la tête sur le coté pour m'observer selon un autre angle et murmura :

"Etes vous un psychopathe ?"

La surprise me renversa de la table basse sur laquelle j'étais assis. Alors que je tentais tant bien que mal de me relever, je la vis gravir les marches d'un escalier en m'indiquant d'un geste du bras la direction de la cuisine. Elle ne pouvait être que britannique pour y tenir autant à son foutu thé.

Gromelant dans ma petite barbe, j'entrepris donc de faire la boisson en prenant bien soin de fouiller dans tous les placards de la cuisine. Je profitais de son absence pour piquer quelques biscuits. Le sucre me manquait énormément.

" Le chocolat, c'est la porte à coté."

Je sursautais une fois de plus, c'était bien trop pour une seule matinée. Je me retournais en ronchonnant alors que la bouilloire emettait son sifflement.

" Arrêtez. .ça !"

Elle eut un petit rire mutin et sortit deux grandes tasses d'un meuble. Je la regardais terminer de préparer le thé avec un silence quasi-religieux. Puis, elle mit le tout sur un plateau, récupéra les biscuits et le chocolat et quitta la cuisine. Je la suivais en inspectant les pièces que nous traversions. Les meubles étaient peu nombreux mais juste suffisant pour rendre la maison accueillante, la décoration très épurée ne faisait que rendre le chalet encore plus agréable et paradoxalement renforcer son aspect inhabité, et partout où mes yeux se posaient, il y avait toujours un livre qui trainait.

Finalement, elle emergea dans une pièce qui, entourée de baies vitrées, offrait une vue panoramique sur toute la forêt. Il y régnait une fraicheur et une clarté appréciables. Elle posa le plateau sur l'unique table et m'invita à prendre place. Elle fit le service et gouta le thé en silence. Puis, une fois ses lèvres trempées, elle soupira.

" Je suis d'une humeur de chien tant que je n'ai pas mon thé le matin."

Allions nous enfin pouvoir discuter sans qu'elle m'attaque à tous bouts de champ ?

" Pourriez vous m'expliquer ce que vous disiez à propos des descendants et des morsures ?"

Elle acquiesça. Je me sentis soulagé qu'elle ne me lance pas un autre de ses regards exaspérés.

" Je suis une mordue. Ce qui signifie qu'en plus d'être physiquement très différente de toi, je ne me transforme qu'à la pleine lune. Je n'ai pas le choix, pas de meute, pas de contrôle sur le loup. C'est une malédiction qui ne s'éteindra qu'à ma mort. "

Je commençais à comprendre. Je repris à sa place, ne relevant pas le tutoiement qu'elle avait utilisé.

" Je suis un descendant, ça veut dire que j'ai hérité de ce gène de mes ancêtres, je peux me transformer quand bon me semble et contrôler ma mutation. J'appartiens à une meute dont j'aurai put être l'alpha, mais j'ai refusé ce rôle. Et viendra le moment où je cesserai de vieillir."

Elle me sourit, signe que j'avais finalement compris.

"Je n'ai jamais entendu parler des mordus avant. Avouais-je.

- C'est car ils sont peu nombreux, solitaires et principalement en Europe. Les descendants sont principalement en Amérique car ils descendent directement des indiens. Pourquoi avoir refusé d'être un alpha ?"

Personne ne m'avait jamais posé cette question, si bien que je n'avais jamais eu de réponse concrète à présenter. Dans mon esprit, la raison elle-même était confuse.

" Je...Je me sentais pas à la hauteur, pas capable de diriger une meute."

Elle acquiesça et eut l'intelligence de ne pas me contredire puisqu'elle ne me connaissait pas. Elle avala une gorgée de thé et regarda la forêt tristement.

"Tu devrais t'éloigner, ce soir c'est encore la pleine lune, je pourrais te blesser."

Je la regardais curieusement. L'idée ne m'avait même pas effleuré l'esprit. Je n'allais pas repartir, surement pas maintenant que je m'étais réellement éloigné de mes soucis et que je l'avais rencontrée. Il n'en était pas question.

" Plutôt crever entre tes crocs que de retourner d'où je viens."