The Werewolf Thing

5 - Accompagner.

Elle ne posa pas la moindre question sur mon passé, et je devinais que c'était pour m'inviter à respecter le sien dont elle ne voulait apparemment pas parler non plus. J'avais remarqué l'absence de cadres et de photos, comme si elle avait tout laissé derrière elle, comme si elle n'avait emporté aucun souvenir de sa vie d'avant, comme si elle n'habitait pas vraiment là finalement.

Je l'observais boire son thé en silence, le regard perdu vers la forêt. Elle semblait inquiète, tendue, et ce n'était en soit, pas vraiment surprenant. Elle continua pendant tout le reste de la journée à tenter de me faire partir, toujours avec ce ton insistant. Mais je refusais, je voulais être là, j'avais besoin d'être présent. Parce que j'avais la sensation d'avoir enfin trouvé ma place, et l'impression qu'en l'aidant elle, je m'aidais moi.

" Je n'ai pas besoin de ton aide tu sais. J'ai arpenté cette forêt pendant 3 ans, je connais le moindre de ses secrets.

- Ce n'est pas pour toi que j'ai peur, c'est pour le reste du monde. Tu as avoué ne pas avoir le moindre contrôle sur le loup. Et si, la nuit dernière, je n'avais pas été transformé, je suis prêt à parier que tu m'aurais arraché la tête d'un coup de patte."

Elle avait baissé la tête, coupable.

" Je peux t'aider à reprendre le contrôle."

Elle avait rit.

" ça m'étonnerait.

- Laisse moi essayer. "

Elle me regarda intriguée, mon insistance la surprenait. Je continuais.

" Cette nuit, je reste juste dans ton sillage, comme la nuit dernière, et après, je t'aiderai à le dominer.

- Tu as eu de la chance la nuit dernière, rien ne garantit que tu en aies cette nuit. Je te boufferai avant que tu aies le temps de comprendre ce qu'il t'arrive.

- Aucune chance.

- On parie ?"

Nous avons parié. Deux biscuits et trois sachets de thé. Juste pour la forme. Et puis, aussi assurément que c'était à prévoir, la nuit est tombée.

Elle se sentit mal, reconnu les premiers symptomes et sortit dehors sachant que la transformation était pour bientôt. Je l'ai suivie. Elle commençait à trembler. Ne sachant comment réagir, je sentais la panique monter et me mit à parler de tout et de rien. ça semblait la calmer de m'entendre parler de la réserve et du mauvais temps qu'il faisait à Forks. Mais cela n'a pas duré. Un horrible bruit de déchirure à retenti, un craquement, comme des os qu'on fracasse à coups de marteaux et son corps à commencé à s'allonger, se déformer. Je sentais mon coeur battre à toute allure alors que je me transformais aussi.

Me rappelant des mises en garde qu'elle avait formulé, je reculais de quelques pas, lui laissant tout l'espace qu'il lui fallait et la liberté de choisir où aller. Après quelques secondes d'hésitations, elle se lança et me distança avec beaucoup de facilité, si bien que je faillis perdre sa trace.

Quelques minutes suffirent pour que je flaire son odeur et parvienne à la rattrapper, mais elle ne sembla pas apprécier que je la suive de si près, car elle fit un demi-tour d'une rapidité étonnante pour se jeter sur moi. Une fois de plus, je fus surpris par sa vivacité et sa force. A ce train là, j'étais certain de le perdre ce fichu pari.

Je sentis ses machoires craquer près de mon cou, et lui flanquais un coup de patte sur le museau. L'effet escompté fut raté, je ne parvins qu'à l'énerver davantage. La suite fut un peu floue, je la sentis marteler mon corps de ses pattes, griffes sorties, me laissant de petites marques avant de les enfoncer plus profondément. J'émis un grognement de douleur et tentais de la repousser. Je ne réussis qu'à lui donner encore plus envie de s'acharner. Je sentais le sang sur mon flanc, couler et salir mon pelage. Je repensais au pari, et stupidement, la seule chose qui me vint à l'esprit fut : merde, je vais pas perdre contre une fille.

C'était idiot, et pourtant cela me procura une nouvelle force. Ramenant mes pattes sous son corps, je m'en servit de levier pour la repousser. Surprise, elle retomba sur le côté et je saisis l'occasion qui m'étais présentée pour l'écraser à mon tour par terre. Elle était furieuse. Et magnifique.

La douleur sur mon flanc était vive, mais je ne la laissais pas me distraire. Je me concentrais sur le loup que je maintenais prisonnier et plongeais mon regard dans le sien alors qu'il se débattait comme un fou. Je savais que je ne pouvais pas communiquer avec lui comme je l'aurais fait avec un loup de mon espèce, alors je mettais toute mon énergie à le maintenir au sol et à capter son regard pour lui faire comprendre que je n'étais pas son ennemi.

Et si les filles étaient en principe à fond sur les histoires de regard langoureux, les filles transformées en loup semblaient n'en avoir strictement rien à foutre. Ainsi, il me fallut une bonne dizaine de minutes pour qu'elle capte le message et me regarde dans les yeux à son tour. Respirant calmement, j'observais ses deux prunelles dorées en tentant de l'apaiser. Je la sentis se détendre un peu et l'entendit gémir. Je relachais mon étreinte, et elle en profita pour s'enfuir. La course reprenait.

J'avais l'impression de perdre des litres de sang. Ma vision était devenue floue mais je refusais de la lâcher d'une semelle. Elle reprit le même parcours que la veille, et se mit à hurler de nombreuses fois. Je continuais à la suivre, tant bien que mal, espérant que la nuit ne serait pas éternelle.

Comme tout ce qui n'est pas infini, la nuit se termina. La lune disparu lentement, laissant place à l'aurore. Et la créature redevint être humain. Elle était revenue exactement au même endroit de la forêt, celui d'où on voyait la lune se coucher et demeurait assoupie dans la même position, les membres repliés par le froid et les cheveux étalés sur la neige.

J'émis un soupir, la nuit avait été longue et pénible, mais elle m'avait procuré également un sentiment de liberté et un désir de protection que j'ignorais alors posséder. Calmement, je laissais le loup disparaitre et redevint humain. J'inspectais rapidement ma légère blessure de guerre. Beaucoup de sang pour des entailles peu profondes me semblait-il. Haussant les épaules avec fatalité, je réitérais les gestes que j'avais fait la veille. Je glissais mes bras sous le corps léger d'Hermione et la soulevait de terre. Puis, je dirigeais mes pas vers le chalet alors que la clarté du matin noyait la clairière de lumière.

Poussant la porte avec mon épaule, j'entrais dans la maison et rejoignis le salon sans hésitation cette fois-ci. J'allongeais Hermione sur le sofa, et la couvrit. Je tentais de me redresser tant bien que mal, mais n'y parvint pas. A la place, je m'effondrais au sol.