The Werewolf Thing

6 - Soigner.

La douleur était familière. C'était une de ces souffrances qu'on connait par coeur de tant l'avoir ressenti. On ne s'y habitue jamais vraiment, mais on la subit patiemment.

Mon corps était ankylosé, las, fatigué. Cela faisait bien trop longtemps que je n'avais pas fermé l'oeil, et j'en payais le prix. Je me souvenais d'être tombé, le reste ne m'avait pas autant marqué. Je sentis les oreillers matelassés dans mon dos, la couverture me réchauffer la peau, le soleil taper sur mes paupières, son souffle régulier près de mon oreille.

Lentement, j'ouvris les yeux.

Un sourire triste planait sur son visage. Des cernes immenses coloraient l'ombre de ses yeux. Ses cheveux, ramenés en un chignon négligés témoignaient d'une lassitude extrème. La cicatrice de son menton paraissait n'avoir jamais été aussi visible. C'était la deuxième nuit, et elle était exténuée.

" Salut toi."

Son murmure vint briser le silence, carillonner dans mon esprit étourdi, accélérer les pulsations d'un coeur déjà plus rapide que la moyenne. Je la regardais, incapable de détourner les yeux.

" Combien de temps...?"

Elle soupira.

" 4 heures."

La surprise acheva de me réveiller.

" Tant que ça ?

- Je crois que la fatigue y était pour bien plus que la blessure."

Je me débarrassais de la couverture, et posais mon regard à l'endroit où j'avais sentit ses griffes se planter. Il n'y avait plus rien, je guérissais vite.

" Je suis désolée", murmura-t-elle.

Elle ne mentait pas. Cela se devinait dans sa voix. Je pouvais percevoir dans ses intonations à quel point elle regrettait ce qui s'était produit et à quel point elle souhaitait que je parte pour que cela ne recommence pas.

" Je ne partirai pas. " Déclarai-je catégorique.

Elle me regarda confuse, ouvrit la bouche pour parler, mais je la devançais.

" Je ne partirai pas. Tu aurais put m'arracher une jambe que cela n'y aurait rien changé. J'ai dit que je t'aiderai, et c'est bien ce que je compte faire. Tu peux me rejeter autant que tu veux, refuser mon aide, ou tenter de me chasser, je resterai quand même. Parce que tu as besoin de moi, que tu l'admettes ou pas. Tu as besoin de moi. Et je crois que, dans le fond, moi aussi j'ai besoin de toi."

J'étais surpris par mes propres paroles, mais pas autant qu'elle. Elle ne trouva rien à dire pendant un moment. Je tentais alors de me redresser, mais mes muscles endormis ne voulurent pas vraiment coopérer. Passant un bras sous mes épaules, elle m'aida à me relever et s'assis sur l'emplacement que j'avais libéré, m'incitant à m'appuyer sur elle.

Nous sommes restés silencieux quelques instants, appréciant ce calme qui n'avait pas besoin d'être interrompu. Puis, elle avait avoué doucement, comme si c'était la première fois :

" Je suis terrifiée Jake."

Je considérais ses paroles quelques instants, et l'invitait à poursuivre.

" Qu'est-ce qui te fait peur ?

- Tout."

Puis, elle avait enchaîné :

" J'ai peur de la nuit, peur de la lune. J'ai peur de blesser quelqu'un, de tuer. J'ai peur que le loup s'empare de moi un soir et ne me rende plus forme humaine. J'ai peur de la douleur, de la peur elle-même. J'ai peur de ne plus jamais être la fille que j'essaie tant bien que mal de rester.

- J'aime bien cette fille là. "

Elle eut un sourire que je devinais à défaut de pouvoir le distinguer.

" Hermione, il n'y a rien qui ne puisse être dompté. Depuis des millénaires, les humains ont toujours réussi à dominer ce qui les entourait, à s'imposer. Ils ont domestiqué les animaux, apprivoisé les fauves, les éléments et les imprévus. Ils ont toujours contrôlé ce qui les menaçait. Et ton loup aussi peu être dressé, il suffit de savoir s'y prendre.

- Comment ? Je ne suis pas une descendante. Tu ignorais jusqu'à l'existence des mordus avant hier, alors comment peux-tu prétendre savoir comment dominer mon loup.

- Parce qu'il soit de morsure ou de descendance, un loup reste un loup."

Elle n'avait pas d'argument à m'opposer, peut-être désirait-elle vraiment que je l'aide sans se l'avouer. Elle avait probablement vécu trop longtemps de sa solitude, d'une solitude sans espoir et sans échappatoire. Son silence m'appaisait, c'était comme si un accord tacite se formait, un accord qu'elle ne se sentait pas le courage ou le force de refuser. Parce qu'arrive toujours un moment où, même la personne la plus independante du monde, a un jour, besoin de quelqu'un.

Je n'avais rien à ajouter, je la laissais libre de dire tout ce qu'elle souhaitait. Mais elle ne semblait pas trouver de formulation qui lui convenait. Puis, incapable de garder le silence face à toutes les questions qui se bousculaient dans son esprit, elle reprit la parole.

" Pourquoi tu tiens tant à m'aider ?

- Parce que je dois m'occuper l'esprit, trouver un but, quelque chose qui puisse me libérer de la prison dans laquelle je me suis enfermé.

- On ne se connait même pas.

- En a-t-on besoin ?"

Une fois de plus, elle resta silencieuse. C'était un silence étrange, sans le moindre bourdonnement extérieur, pas un seul son qui ne filtrait, juste l'écho de deux respirations.

" Tu sais, je me fous de ton histoire. J'ai pas besoin de l'avoir entendue pour prétendre te connaître.

- Alors de quoi as-tu besoin ?

- D'un coup d'oeil. Je sais que tu aimes sortir dehors dans la neige le matin, avec une tasse de ton infect thé et observer le paysage, rêvasser. Je sais que tu es une fille qui a grandit entre les étagères des bibliothèques et librairies. Je sais qu'en venant ici tu as tiré un trait sur ton passé puisque tu n'as emporté avec toi aucune photo qui puisse te souvenir ce que tu as traversé. Je sais que celui qui t'as mordue était plus grand que toi, et est arrivé par derrière, vu l'angle de la cicatrice sur ta clavicule. Je sais que ce dont tu prétends avoir peur n'est qu'illusion, parce que ton passé a dû être une véritable horreur, et lui avoir survécu n'a put être possible que grâce à un grand courage et beaucoup de force. "

Je la sentais trembler contre mon dos. Je détestais cette sensation. Je devais la faire sourire, la calmer. Je devais trouver quelque chose qui la détendrait.

" Ah, et je t'ai vu nue aussi."

Elle me donna un coup d'épaule et laissa échapper un petit rire qui me parut être le son le plus merveilleux du monde. Rendre une fille heureuse. C'était peut-être ça mon but en fin de comptes.