The Werewolf Thing

7 - Enseigner.

La question était toujours la même, elle revenait en boucle, inépuisable dans la bouche de son auteur. C'était une question qui semblait déjà connaître sa réponse mais qui aimait s'imposer, juste pour la forme. Le refrain d'une chanson agaçante qui passe en boucle et que pourtant on s'évertue à entendre de loin, sans vraiment l'écouter, sans non plus pouvoir prétendre qu'elle n'emplit pas l'air.

" Est-ce vraiment nécessaire ?"

Hermione rechignait à se soumettre à mes exercices. Elle cherchait des parades, se sentait ridicule, n'y voyait pas l'interêt. Sa mauvaise grâce m'énervait d'abord, mais je m'y était accoutumé. La contraindre ne m'amusait pas, mais elle finissait toujours à céder à mes requêtes. Après tout, j'étais le seul de nous deux qui contrôlait son loup.

" Tu veux faire de moi un chien. Gromelait-elle."

Peut-être bien au final. Pourvu qu'elle ne m'arrache pas de membres. Aux dernières nouvelles, elle avait planté ses griffes six fois dans mon corps, m'avait mordu quatre fois et avait même réussi à me broyer les os de la même jambe trois fois.

"S'il te plait, fais moi un peu confiance."

Cette phrase la mettait toujours hors d'elle. Elle ne me faisait pas confiance, elle ne se faisait même pas confiance à elle-même, alors c'était couru d'avance pour moi. Mais, elle finissait toujours par s'adoucir. Ce n'était qu'une fille au final.

" Je n'en vois pas l'intérêt."

Elle répétait cette tirade souvent aussi, même si c'était un pur mensonge. Elle était bien trop intelligente pour ne pas comprendre où cela la menait. Elle n'avait juste pas vraiment envie de se laisser apprivoiser trop facilement. Qu'elle le veuille ou non, elle tenait bien plus du loup que ce qu'elle prétendait. Ou était-ce le loup qui tenait d'elle ?

"Ecoute, ne fais pas l'enfant. Tu veux le contrôler ce loup oui ou non ?"

La moue qu'elle faisait alors était réellement à la limite du ridicule, mais elle se reprenait. Elle devait avoir été une bonne élève dans une vie passée.

Je posais mes mains sur ses épaules. Elle entrouvris un oeil que je lui forçais à fermer.

"Concentres-toi."

Elle inspirait un grand coup.

" Tend l'oreille, sois attentive, et dis moi ce que tu entends."

Alors elle me décrivait les rares oiseaux qu'elle entendait, le bruit des vagues un peu plus loin, les branches qui craquaient, et le silence, l'imperturbable silence.

" Laisse le loup écouter.

- Comment ?

- Ramène le à la surface.

- Mais...

- Nous sommes en plein jour et tu es humaine, il ne peut rien t'arriver."

Dubitative, elle se laissait aller à obéir et parvint à distinguer les différentes espèces animales qui se promenaient dans la forêt, les divers poissons qui, à quelques centaines de mètres plus loin, nageaient dans l'eau glaciale. Elle entendit l'horloge dans la cuisine du chalet sonner 14 heures et, sur la banquise, un ours polaire dépeucer un phoque.

Fière d'elle, elle ouvrit les yeux et me regarda, comme une enfant heureuse d'avoir été si docile.

" Si tu parviens à appeler le loup et à le maîtriser depuis ton enveloppe humaine, tu parviendras plus tard à appeler l'humaine et à la maîtriser depuis ton enveloppe lupine."

Elle semblait comprendre. Je changeais d'exercice, la même rengaine recommençait, jusqu'à ce qu'elle en ait compris l'intérêt.

Souvent, j'essayais de l'inciter à contrôler le loup quand il faisait nuit. De ce fait, je l'encourageais aussi à prendre le contrôle de sa peur, à la diminuer, ne pas la laisser dominer. Elle détestait ces moments, et je ne me sentais pas fier d'insister pour qu'elle s'y prête. Mais je lui avais promis que je l'aiderai, coûte ce qu'il en couterait.

Et quand elle était sous sa forme bestiale, je l'apprivoisais seul, sans son concours direct. J'habituais peu à peu le loup à ma présence, me rapprochant progressivement, formant une meute à nous deux. Cela n'avait pas été facile de bouleverser la solitude à laquelle il avait été habitué, et à éloigner les crocs qu'il me montrait. Mais il n'y avait rien que la patience ne pouvait refuser à celui qui savait s'y employer.

Lentement, j'ai également restreint sa chasse. Cette partie fut plus risquée, à tout moment je pouvais faire office de diner. Enfin, au début. Comme j'entrainais Hermione, je m'entrainais aussi. Devenant aisément plus fort, plus vif, plus rapide. La bête qui avait eut de plus en plus de mal à m'attaquer avait fini, lassée, par m'accepter. Et voilà que je lui volais son gibier. Je réduisais ses quantités pour lui apprendre à ne chasser que ce dont elle avait vraiment besoin, et à respecter l'écosystème qui la nourrissait.

La communication avait été la partie la plus dure, la plus dangereuse. En effet, seul un contact visuel pouvait nous permettre d'échanger, et il suffisait d'un cillement pour que tout soit mal interprété. Etablir un dialogue, des codes et des schémas compréhensibles avait été vraiment long, mais cela avait fini par payer. Progressivement, les deux ennemis, étaient devenus une seule et même équipe.

Toutefois, il y avait quand même des dérapages. Un animal inhabituel, un courant d'air soudain, une lumière...La créature était instable et même sous contrôle, n'en demeurait pas moins un danger réel. Et il m'aurait fallut une seconde d'inattention pour qu'elle disparaisse, fasse les centaines de kilomètres la séparant de la ville la plus proche et sème le chaos. Mais heureusement, ses incartades étaient rares.

Et quand la lune disparaissait et qu'Hermione redevenait l'humaine qu'elle avait toujours été, je n'avais plus à la prendre dans mes bras pour la ramener. Elle restait éveillée. Epuisée, mais éveillée. Alors, attrappant une couverture qui se trouvait toujours sur le même arbre, je l'enroulait dedans et l'aidait à rentrer. Mais ne plus la sentir dans mes bras me manquait, je m'étais habituée à ce contact, à sentir sa peau frissonnante contre la mienne, à la réchauffer. Ainsi, souvent, comme elle semblait réellement exténuée, je la soulevais et la portais contre mon coeur. Elle laissait sa tête retomber dans mon cou, je sentais ses lèvres s'étirer alors qu'elle me remerciait doucement. Alors je lui répondais toujours de la même façon, car je me devais de le lui dire, de lui souvenir :

" Je suis fier de toi."