The werewolf Thing
8 - Avouer.
Hermione aimait les feux de cheminées. Elle aimait voir les flammes danser dans l'âtre, entammer un ballet silencieu que seuls quelques crépitements interrompaient. Je l'observais parfois, lorsqu'elle était assise en tailleur, les mains tendues, tentant de les réchauffer sans se les brûler. Souvent, pour m'amuser, elle sortait sa baguette et parait le feu de reflets multicolores.
Mais ce soir, je n'avais pas envie de rire. Elle avait mit des bûches dans l'âtre, ajouté quelques feuilles de papier et gratté une allumette. Le feu était partit très vite, et alors qu'elle gardait son dos obstinément tourné, elle m'avait posé une questions à laquelle je n'avait pas réellement envie d'apporter une réponse.
Un silence pesant s'était installé. Assise au sol contre un fauteuil, les jambes repliées sur sa poitrine, elle n'osait plus me regarder. Elle se sentait honteuse, beaucoup trop curieuse.
Cela faisait 3 mois, plus de 90 jours que je la cotoyait, autant de temps que j'avais pris la décision de fuir la vie dans laquelle pendant trop d'années je m'étais englué. Pendant tout ce temps, elle ne m'avait jamais posé la moindre question, n'avait jamais fait la moindre allusion. Les occasions n'avaient pas manqué, mais je n'avais jamais sû par où commencer.
Alors ce soir, j'allais lui dire. J'allais lui raconter la raison pour laquelle je m'étais barré. Parce que je savais que c'était à moi d'avouer en premier. C'était par moi que devait commencer l'exorcisation du passé.
"J'étais amoureux."
Ma phrase déchira le silence et me vrilla les tympans, bien que je ne l'ai pas hurlée. Elle rebondit contre les murs et tomba à plat. Hermione ne me regardait toujours pas.
" Enfin, je ne suis plus vraiment sûr. Je crois que j'avais envie de l'aimer, et j'avais envie qu'elle m'aime. Et je me suis tant forcé, tant bercé d'illusions et de croyances que j'ai fini par faire une chûte vertigineuse. "
Hermione ne bougeait toujours pas. Elle regrettait d'avoir lancé le sujet. Mais je l'en remerciais. Il était temps pour moi de laisser derrière tout ce qui me retenait. Il était temps que j'avance. Et ces dernières semaines, j'avais tellement peu pensé à Bella, à son mariage et à ma vie d'avant, que c'en était devenu vraiment lointain. Toute mon attention était focalisée sur Hermione et sur son contrôle. Et cette concentration me rendait heureux. Plus heureux que je ne l'avait probablement jamais été.
" Elle a préféré se marier avec un vampire. Concluais-je."
Tournant la tête, j'eu droit à la première réaction d'Hermione. Elle me regardait, interloquée. Elle ne comprenait pas. Moi non plus j'avais pas compris sur le coup. C'était tellement con.
Un éclat de rire retentit. Il émanait de ma gorge qui, d'avoir été entrainée par la joie de vivre qu'Hermione me procurait, laissait échapper ce son sans la moindre difficulté. C'était facile maintenant, de rire, de sourire, même d'être heureux c'était plus trop compliqué. Je m'étais peu à peu fait à l'idée que c'était possible d'avoir une esquisse du bonheur, dans ce chalet perdu en plein milieu du Canada avec pour seule compagnie une fille sorcière à temps plein et loup garou à temps partiel.
Mon rire ne trouva pas d'écho. Je regardais Hermione. La tête posée sur ses bras repliés, elle semblait triste, pensive. Comme si le récit de mon malheur rappelait le sien. Comme si elle savait que le temps viendrait pour elle de raconter aussi, ce par quoi elle était passée.
"Elle était pas pour toi Jake."
Surpris, je lui jetait un coup d'oeil. Elle semblait plus sérieuse que jamais. Comment pouvait-elle affirmer quelque chose comme ça avec une telle certitude ?
" Si elle avait été la bonne, elle aurait pas préféré un vampire. C'est toi qu'elle aurait choisi."
J'étais ébranlé, je savais pas quoi répondre à cette déclaration. Elle ne m'en laissa pas le temps.
" Et ce n'est pas en restant ici que tu la rencontreras."
Cela me fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.
" Veux-tu que je m'en aille ?"
Elle ne répondit pas de suite. Elle m'adressa d'abord un sourire triste, perdit son regard dans les flammes qui dansaient et murmura :
" Je veux juste que tu sois heureux Jake. Ici ou ailleurs.
- C'est ici que je suis heureux.
- Alors je le suis aussi."
Le silence s'installa, je n'osais pas le chasser. Avec Hermione nous n'avions pas besoin d'être perpétuellement en train de parler. Le calme nous allait très bien.
" J'ai été heureuse une fois...Dit-elle pensive."
Je ne l'interrompis pas, l'encourageant à continuer. Mais elle ne semblait pas en avoir très envie. Comme elle m'avait interrogé, je m'y appliquais aussi.
" Tu ne l'es plus ?"
Elle me fit signe que "non" de la tête. Ses yeux étaient plein de larmes, et c'était la première fois que je la voyais sur le point de craquer. Calmement, je me rapprochais d'elle jusqu'à ce que nos épaules se touchent. Et avec douceur, je l'invitais à poursuivre.
" Que s'est-il passé ?"
Il lui fallut un moment pour répondre, comme si elle cherchait dans sa mémoire, fouillait ses souvenirs. Elle tenta de se remémorer ce qui avait bien put se passer et que d'une façon ou d'une autre, elle avait tenté d'oublier.
" Il...il y a eut une guerre. Une terrible guerre. J'avais...J'avais 17 ans quand elle s'est ouvertement déclarée. Deux camps s'opposaient. Il y avait d'un côté, mon...mon meilleur ami, le héros, l'élu, celui qui était supposé sauver le monde et qui, en...en mourrant, n'a pas faillit à sa tâche. Et de l'autre, il...il y avait le...le sorcier le plus malfaisant et...et...terrifiant de toute l'Angleterre. Cet...homme avait une liste de victimes incroyable à son actif. Et pendant la guerre il n'a fait qu'augmenter le nombre de noms sur cette foutue liste. D'abord il y a eut, mes camarades, puis mes amis. Mon meilleur ami est mort aussi. Tout comme mon...mon fiancé et mes parents. "
Sa voix se brisa. Je passais un bras sur ses épaules et l'attirais à moi pour la réconforter. Je ne l'avais jamais entendue comme ça, et je sentit une déchirure dans mon coeur de l'entendre évoquer tant de douleur. Je voulais qu'elle se taise, mais en même temps, elle devait continuer, elle devait s'exorciser définitivement. Et maintenant je comprenais. Je comprenais pourquoi elle était ici, pourquoi elle était seule, pourquoi il n'y avait pas le moindre souvenir et pourquoi elle était si agressive parfois. Je comprenais, et je l'acceptais, parce qu'il n'était clairement pas en mon pouvoir de le rejeter. Surement pas moi et mon minable petit coeur brisé par une fille dont je ne m'étais même pas imprégné.
" Et moi...moi je leur ai tous survécut. Ils...Ils sont tous morts et moi, moi je suis vivante. Je m'en suis tirée avec une morsure, une simple petite morsure. Et eux...ils sont tous morts..."
Elle répéta cette phrase encore et encore, son petit corps tremblant contre moi et les larmes mouillant mon cou dans lequel elle avait trouvé refuge. Je me sentais mal, pas seulement parce que j'étais désolé pour elle, mais en moi, quelque chose s'était brisé, une barrière, une fortification, je ne savais pas. C'était quelque chose que j'avais érigé pour me protéger et qui avait fini en morceaux, comme un chateau de cartes soufflé par le vent.
