The werewolf thing

9 - Réaliser.

Le temps filait à toute vitesse. 5 mois étaient déjà passés sans que je ne m'en sois vraiment rendu compte. J'étais bien au Canada, je ne manquais de rien, ne souffrais de l'absence de personne, n'avait aucune envie de revenir d'où je venais. Je n'avais qu'Hermione pour compagnie, et pour rien au monde je n'aurais préféré quelqu'un d'autre.

Hermione était si différente de tous ce que j'avais connu. Elle était tellement plus. J'avais passé ma vie dans une petite ville soumise aux caprices de la météo à me préoccuper de personnes qui n'avaient que des soucis de pacotille, des couronnes rouillés sur la tête, et pour seul horizon leur nombril envahissant. Et j'avais laissé tout ça derrière moi en partant. J'étais venu ici, au Canada, découvrir et rencontrer sans le savoir une femme que le temps et les épreuves avaient amochés, mais qui gardait la tête haute, survivant à ses problèmes du mieux qu'elle pouvait. Elle était désintéressée, intelligente, attentive et chaleureuse. Un véritable rayon de soleil qui aurait fait fondre n'importe quelle banquise.

"Tu triches ! "

Nous nous étions embarqués, comme des enfants que nous étions restés, dans une bataille de boules de neige. 5 mois que j'avais mis les pieds dans cet endroit perpétuellement enneigé, et cette bataille était la première. Hermione av ait sortit sa baguette et me bombardait sans ménagements. J'essayais de me protéger du mieux que je pouvais, mais j'étais déconcentré. Elle riait comme une petite fille heureuse, et c'était la chose la plus merveilleuse du monde. Parce que j'étais devenu attentif, depuis le soir où elle m'avait révélé son passé, à son bonheur. Et l'entendre rire comme ça, faisait de moi, le plus heureux des hommes.

" On avait dit pas de magie ! "

Entêtée, elle n'abaissa pas sa baguette pour autant. Me défendant tant bien que mal, je réduisais la distance qui nous séparait. Je fondis sur elle et la jetait à terre dans un grand éclat de rire. Elle se débattit du mieux qu'elle pouvait, mais je la maintenait fermement tout en lui barbouillant la figure de neige. Ses éclats de rire soulevaient son coeur que j'entendais battre à toute allure. A moins qu'il ne se fut agit du mien...

Je m'arrêtais un moment pour regarder ses grands yeux marrons qui brillaient comme des phares. Son sourire, étiré jusqu'aux oreilles me réchauffa le coeur. Et l'espace d'un instant, je me dis que ça aurait tellement été plus simple si j'étais tombé amoureux d'une fille comme elle.

" Jake ?"

Je revins à la réalité. Elle avait cessé de se débattre, et ses joues étaient devenues toutes rouges.

" Tu vas me cuire si tu bouges pas, espèce de torche humaine."

J'eu un sourire et m'écartais. Me relevant prestemment, je lui tendis la main pour l'aider à faire de même. Une fois sur ses deux jambes, j'eu envie d'une balade. En lui proposant, je la vit applaudir comme une fillette devant l'initiative.

Je m'éloignais un peu pour me transformer sans la blesser. Et à peine le loup était apparut, qu'elle me sautait déjà dessus dans son impatience de partir en vadrouille. Suivant les indications que je lui avait donné la dernière fois, elle plaça ses jambes correctement et s'accrocha à moi de toutes ses forces. Je m'élançais.

J'aimais ce contact. J'aimais sentir Hermione tout près de moi, ressentir sa chaleur se confondre avec la mienne. J'aimais sentir sa tête glisser dans mon cou, ses lèvres près de mon oreille, son coeur battre à tout rompre devant l'adrénaline que la vitesse lui procurait. Et sans le voir je pouvais imaginer ses cheveux voletant en arrière, prolongeant le mouvement de nos deux corps qui allaient vers l'avant. Je pouvais deviner ses yeux brillants et pleins de nouvelles images à emagasiner. Je pouvais presque dessiner sur mes paupières fermées le sourire béat qui déformais son visage. C'était une enfant. Toute la joie de vivre du monde contenue dans l'enveloppe corporelle amochée d'une femme d'un mètre et soixante centimètres.

Et, alors que j'étais lancé à pleine vitesse, tous les muscles en mouvement, j'eu l'impression d'heurter un mur complètement invisible, qui au lieu de m'arrêter, de me freiner, ne faisait que me pousser encore plus vite, plus loin. Je m'étais rendu compte que je n'avais pas le moindre projet dans ma vie sinon continuer à vivre avec Hermione, vieillir avec elle, jusqu'à mourir avec elle. Mon avenir semblait être un néant d'initiatives, mais rempli d'un seul désir qui valait toutes les promesses du monde. C'était pour ça que j'étais venu. J'avais trouvé le bon chemin, c'était mon destin. Hermione était mon destin.

Un de ses éclats de rire vint interrompre mes pensées et appeler un sourire sur ma gueule de loup. C'était exactement ça, c'était ça que je voulais. C'était elle. Elle que j'aurais dû vouloir dès le début. Elle qui l'ignorait mais m'avait appelé. Ce n'était pas à l'appel de la liberté, de la fuite et du déni que j'avais répondu. C'était à l'appel d'Hermione. Mon Hermione. Elle m'avait sauvé. Je ne pouvais clairement dire de quoi, mais elle m'avait sauvé. Je le savais, je le sentais. C'était gravé au fond de moi, comme l'inscription d'une pierre tombale viendrait rendre hommage à une vie qui s'est éteinte, et ouvrirait la voie à un nouvel horizon.

Nous étions arrivés au bord de la banquise. Ployant les pattes, je me posais au sol et penchais la tête en avant. Hermione, étirée de tout son long sur moi, plongea le bout des doigts dans l'eau et s'amusa à tracer des sillons qui s'effaçaient au fur et à mesure.

" Jake, regarde ! "

Je redressais la tête et suivait la cible que son index tendu m'indiquait. Sur un morceau de banquise à la dérive, plus loin, trois manchots empereur étaient en train de faire un plongeon spectaculaire et barbotaient autour du morceau de glace. Le rire d'Hermione carillona à nouveau à mes oreilles. C'était donc ça le bruit du bonheur ?

Elle frissonna et je compris qu'il était temps de faire demi-tour. M'élançant à toute vitesse, je rejoignis la clairière que nous avions quitté. Je venais à peine d'y arriver qu'un mouvement sur la droite attira mon regard. C'était bien trop grand pour être un des animaux de la forêt. L'inquiétude m'envahit.

Retournant près du chalet, je désarçonnais Hermione qui tomba à terre. Je n'avais pas le temps pour plus de courtoisie, quelque chose de dangereux rodait. Je détalais en direction de l'endroit où le bruit m'était parvenu.

Je pénétrais dans la forêt, le silence était trop épais et pesant. Il n'y avait pas le moindre oiseau qui chantait, pas un seul lapin qui fuyait. Rien, c'était comme si les bois étaient déserts. Quelque chose était passé par là. Et vu l'odeur, il y avait prêt à parier que ce n'était ni un humain, ni un loup.

Je connaissais cette odeur. Je l'avais déjà sentie, de nombreuses fois. Mais ma mémoire ne voulait pas coopérer, elle refusait de m'indiquer de quoi il s'agissait. Je bataillais.

Ce n'est qu'au moment où j'entendis Hermione hurler dans la clairière que je sû de quoi il s'agissait. Des sangsues.