The werewolf Thing

11 - Rejeter.

Il y avait quelque chose d'apaisant à regarder Hermione dormir. Allongée sur le côté, un bras replié sous la nuque, des mèches sur le visage, elle n'avait jamais semblé si sereine. J'étais incapable de fermer l'oeil, de me laisser aller, d'oublier la menace que nous venions de repousser. Je ne me sentais la force de rien, sinon de la regarder dormir paisiblement.

Il lui arrivait de trembler, parcourue par un frisson. Elle n'avait pas la moindre fièvre, aussi m'autorisais-je à réajuster la couverture sur ses épaules. Les blessures nettoyées et le venin retiré, ses plaies commençaient à cicatriser. J'essayais de me rémémorer la dernière fois que je lui avait changé les pansements, mais j'avais du mal. Cela faisait déjà plusieurs heures qu'elle s'était endormie, et mes yeux glissaient fréquemment vers son ventre pour vérifier qu'elle n'oubliait pas de respirer.

Lentement, comme un papillon qui prend son envol, elle ouvrit les yeux. Elle les posa sur moi mais n'esquissa pas le moindre sourire. Elle semblait encore désolée. Un mal être tout entier m'envahit.

Pendant de longues minutes, peut-être même une heure entière, elle ne dit rien, laissant le silence s'installer, et je ne l'interrompis pas non plus. Puis, elle murmura tout bas :

" Je ne pourrais pas te rendre heureux Jacob."

Un sourire triste se dessina sur mon visage. C'était bien le genre de phrase qu'elle était susceptible de prononcer. Elle continua :

" Comment pourrais-je te rendre heureux si moi même je ne sais pas comment devenir heureuse ?"

Je caressais son visage. Je me sentais incapable de lui en vouloir. Elle semblait terrorisée, aussi bien par ce qui venait de lui arriver, que par l'idée d'affronter un bonheur qu'elle ne saurait gérer. Elle avait connu la joie immense de vivre entourée et aimée, et elle avait tout perdu. Comment pouvais-je exiger d'elle qu'elle reprenne le même chemin sachant ce qu'elle pouvait trouver au bout ? Sachant qu'une fois de plus, elle pouvait perdre tout ?

" J'ai été amoureuse Jake. J'ai aimé et je me suis abandonnée. J'ai tout perdu. Tout. Je ne me sens pas la force de recommencer. Je ne veux pas te perdre. J'ai besoin de toi. Je refusais de l'admettre jusqu'à présent, mais j'ai besoin de toi.

- Je n'irai nulle part.

- Tu l'ignores..."

Elle était terrorisée. Le coeur serré, j'étais incapable de trouver les mots pour la rassurer. Probablement car sa frayeur était légitime. Elle avait déjà souffert, il était normal qu'elle se protège. Mais je devais lui faire comprendre que la protéger était aussi mon objectif premier. J'aurai tout donné pour qu'on m'assure de sa sécurité. Et j'avais soigné les blessures physiques, mais les psychologiques ne seraient pas aussi faciles à faire disparaitre.

"Je veux juste que tu me fasses confiance. "

Elle me regarda longtemps, sans comprendre.

"Mais je te fais confiance Jake.

- Alors tout ira bien."

Puis, voyant qu'elle frissonnait, je lui demandait si elle avait froid. Elle acquiesça doucement. J'étendis le bras sur sa taille et la rapprochais de moi.

"Fais moi confiance. Soufflais-je contre son oreille."

Elle ne répondit pas. Je laissais mon bras sur sa taille, mon visage contre sa nuque. J'aurai put passer l'éternité comme ça, c'était parfait. Respirer son parfum aurait put suffire à me nourrir et m'abreuver pendant des centaines d'années.

Nous sommes restés silencieux longtemps. Je savais qu'elle ne dormait pas car sa respiration était bien trop irrégulière. J'aurai donné cher pour savoir ce qu'il se passait dans sa tête. Et j'avais beau coller mon front contre son crâne, pas la moindre esquisse de rêve ne me traversait. Elle interrompit mes tentatives de télépathie.

" Parle moi Jake. Je veux entendre des mots sortir de ta bouche."

J'étais pris au dépourvu. Je n'avais pas le moindre sujet de conversation à lancer, mais il fallait que je comble le vide, que j'oblige le silence à reculer.

" De quoi veux-tu parler ?"

Elle réfléchit un instant.

" Parle moi de la fille que tu as aimé."

Cette phrase me fit l'effet d'une bombe, d'un coup de poing dans l'estomac. Je m'étais attendu à tout sauf à ça. Il était étrange que Bella revienne sur le tapis après tous mes efforts pour la faire disparaitre, et après ma réussite face à cette difficulté.

" Je n'ai aimé aucune fille à ce jour."

Je déviais la conversation. Je me fichais pas mal de Bella Swan, mais je ne voulais pas l'évoquer. Je ne voulais pas qu'Hermione pense qu'elle avait encore de l'importance. Car j'avais tiré un trait sur elle. Pour moi elle était morte.

Alors je lui parlais de l'imprégnation. Je lui disais comment ça se déroulait, comment les loups de la meute que j'avais quittée avait trouvé l'amour même dans des différences d'âge marquées. Je lui racontait ce qu'ils m'avaient expliqué, les sentiments qu'ils avaient témoignés. Je la sentais s'émouvoir à chacun des mots que je prononçais.

" C'est magnifique. Murmura-t-elle."

Oui ça l'était. Et je me demandais comment telle chose ne m'était pas encore arrivée. Mais j'avais foi, je savais qu'au moment voulu, je comprendrais, je verrai, je sentirai. Au moment parfait, je m'imprégnerai.

" J'aimerai que quelqu'un, quelque part, m'aime aussi fort que ça."

J'embrassais sa nuque.

" Laisse moi essayer.

- Jake, tu ne t'es pas imprégné.

- C'est quand tu ne t'y attends pas que ça fini par arriver.

- Tu ne t'imprègneras pas de moi.

- Et pourquoi pas ?"

Elle se retourna pour me faire face. Ses yeux brillaient, sa bouche à quelques centimètres de la mienne me perturbait. Je détournais le regard et entrepris de décoller le pansement de son épaule pour voir l'état dans lequel la blessure se trouvait.

" Jacob, je ne sais plus aimer..."

Le sang avait séché, seule la cicatrice rougeatre témoignait de la morsure passée. Je l'embrassais avec douceur.

"Je t'apprendrai."

Elle me regarda longtemps dans les yeux, ne sachant que dire ou faire, quels mots employer ou s'il vallait mieux se taire. Je la laissais choisir, ce n'était pas à moi de décider.

J'enlevais le bandage de son poignet et posais mes lèvres sur la morsure cicatrisée. Sa main tremblante et indécise caressa ma joue, redessina la courbe de mon menton et attira mon visage à hauteur du sien. Avant même qu'elle n'ai franchit le pas, je savais quelle décision elle avait pris.

Son baiser était désespéré et passionné. Il était comme une nécessité, un besoin impérieux et vital. Il était ce que j'avais passé ma vie à chercher, une source d'eau fraiche en plein désert, un orage d'été, le battement d'un coeur affolé.

" Ne fais pas ça... Murmurais-je douloureusement contre ses lèvres."

Elle eut un sourire, bascula par dessus et me fit clairement comprendre que ces quatres petits mots ne suffiraient pas à l'arrêter...