The werewolf thing

15 - Manquer.

La lumière perçant à travers les rideaux vint baigner la chambre d'une douce clarté. Mes yeux s'ouvrirent lentement sur la forêt qu'on pouvait percevoir depuis l'emplacement que j'occupais dans le lit. Mon poul se calma, ma respiration s'apaisa. Tout allait bien. Je devais m'y habituer. Tout allait bien, pas de menace, pas d'inquiétude à avoir. La pleine lune n'était plus un soucis. Les loups avaient été repoussés. Les sangsues n'auraient plus le dessus. Tout allait bien. C'était un fait qui devait s'imposer à moi. Progressivement mais surement.

Je soupirais. Mon premier réflexe fut de me retourner pour voir si Hermione était réveillée. Allongée sur le dos, ses yeux se perdaient dans la contemplation du plafon. Ma première sensation fut, comme à chaque matin où je me réveillais à ses cotés, de me sentir béni par la vie et par autant de beauté. Il n'y avait rien à dire d'autre, sinon que j'étais probablement dans le top 3 des mecs les plus chanceux de ce foutu monde.

Puis, après quelques secondes d'observations, je sû que tout n'allait pas aussi bien que je me forçais à le croire. Quelque chose la tracassait. ça se voyait. Pire, ça se sentait.

Je glissais mon bras sur sa taille et blottit ma tête dans son cou. Je sentis ses muscles se détendre, et murmurais à son oreille :

" Qu'est-ce qui ne va pas ?"

Elle laissa échapper un petit soupir et tenta de réfrenner un sanglot. Sans répondre à ma question elle se retourna et vint se lover entre mes bras, m'enjoignant à la serrer fort contre moi. L'inquiétude commençait à se faire ressentir en moi. Je ne voulais pas la bousculer, mais j'avais besoin de savoir ce qui la tourmentait.

J'embrassais son front, caressait ses cheveux, soufflait des paroles tendres à son oreille, mais je ne pu rien tirer de sa bouche cousue. Et plus elle se taisait, plus la frustration me gagnait. Je ne pouvais pas, je ne parvenais pas à être en colère contre elle de ne rien m'avouer. Mais je voulais savoir, je cherchais désespéremment une façon de l'aider, car son mal-être me transcendait tout entier.

Et puis elle s'est décollée de moi. Elle s'est levée, a enfilé les quelques vêtements qu'elle a trouvé et elle est descendue. Je voulais la suivre, mais une intuition me poussait à rester en retrait. Si elle s'était éloignée c'était par nécessité, par volonté, je n'avais aucun droit d'empiéter dans son espace personnel plus que ce qu'elle m'autorisait. Hermione était une bête. Un animal, sauvage et splendide. Fauve humaine, elle aimait à l'égale de la louve la solitude et se plaisait à me rappeler que si elle m'avait apprivoisé, la réciproque n'était pas vraie. Elle avait déjà été trop blessée pour s'abandonner plus que ce dont elle me gratifiait déjà.

Je m'approchais de la fenêtre pour la voir déambuler dans la neige canadienne avec son habituelle tasse de thé à la main. C'était son moment, cet instant que je ne pouvais comprendre et dans lequel je n'avais pas le droit d'interférer. Mais j'allais le faire, j'y étais obligé. Parce qu'elle venait juste de fracasser sa tasse contre un des murs du chalet avant de se laisser choir au sol, se laissant absorber par la blancheur immaculée.

Je descendis les marches à toute vitesse et me ruait dehors. Le froid m'atteignit à peine alors que je me précipitais en direction d'Hermione. Allongée comme si elle faisait un ange dans la neige, elle semblait ailleurs, imperturbable malgré le froid qui s'insinuait lentement en elle du fait de vêtements non imperméables.

" Hermione..."

Mon chuchotement désespéré ne la fit même pas ciller. Elle n'avait pas la moindre réaction. Jusqu'à ce que je tente de l'extirper de sa prison blanche. Alors elle se mit à se débattre comme une furie en me hurlant de la lacher, et tout un tas de choses d'une atrocité monstrueuse. Sonné comme un boxeur qui vient de prendre le coup de sa vie, je me laissait tomber dans la neige alors que lentement, le silence se rétablissait. Ce fut la voix douloureuse d'Hermione qui fini par déchirer le voile qui nous séparait.

" Je veux mourir Jake..."

Les larmes se mirent à innonder mes joues. C'était définitivement le coup fatal. Sa peine irradiait de partout, je la sentais en moi et je la haissait. Autant elle, que moi de ne pas pouvoir la stopper. Je devais faire quelque chose, mais toute vie m'avait quitté. Avant même qu'elle ait prononcé cette terrible phrase, il me semblait déjà avoir trépassé.

" Tu ne peux pas dire une chose pareille... Soufflais-je."

Elle ne répondit pas. Je rampais dans la neige lentement, comme en chien de fusil, pour la rejoindre. Callant un bras sous ma tête, je restait allongé à coté d'elle, tentant de refouler le torrent de larmes qui me déchirait les entrailles. Je me taisais, incapable de dire un mot, attendant qu'elle daigne me donner une miette d'explication.

" C'est trop douloureux Jake..."

J'attendis la suite, incapable de formuler une phrase cohérente. Oui, c'était douloureux, je le savais bien puisque je ressentais cette même peine, comme amplifiée, dans chaque recoins de mon être que ses émotions malmenaient.

" Elle me manque tellement..."

Je n'avais pas besoin de plus pour comprendre. Tendant lentement ma main, je caressais la sienne et elle obtempéra, laissant mes doigts entrelacer les siens avant qu'une plainte déchirante secoue son corps tout entier.

Sans lui laisse l'ombre d'un choix, je me rapprochais d'elle et la serrait contre moi avec obstination, refusant de la laisser m'écarter une fois de plus. Elle ne s'y essaya pas et pleura dans mon cou toutes les larmes que son corps pouvait contenir, tremblotante de douleur et de froid, ne se doutant pas, qu'entre ses bras, je pleurait et souffrait probablement autant qu'elle.

Avec force j'enveloppait son corps de mes bras et l'extirpais de la neige. Tout en la berçant je la ramenais au chalet. Je cachais mes yeux humides de son champ de vision. Je ne voulais pas passer pour plus faible que j'en avais déjà l'air. Je devais être son roc, sa pierre, son port où elle pourrait ancrer son bateau sans craindre que la marée ne le fasse dériver. Je devais être tout ce qui lui manquait. Un soutiens sans faille.

Quand les larmes l'eurent trainé jusqu'au royaume de Morphée, je l'abandonnais enroulée dans un plaid devant la cheminée allumée et sortit dehors. Je contournais le chalet et pénétrais dans le garage où elle avait rangé quelques outils. J'attrappais une hache et pris la direction de la foret. J'allais faire quelque chose pour elle. Quelque chose qu'elle et les démons de ses défunts du passé méritaient. Un endroit où reposer en paix.