The werewolf thing.
19 - Abandonner.
J'avais probablement passé la pire nuit de mon existence. Comptant les secondes, les minutes et les heures, j'avais dépensé mon temps et mon énergie à tenter de m'extirper du lit. Sans succès. Assommé de douleur, de frustration et de colère, j'avais fini par attérir sur le sol, non sans étouffer jurons et hurlements. Et je scrutais les bruits venant de dehors, tentant d'obtenir une indication de ce qu'il s'y passait, je m'emmurait dans le silence que seul les battements de mon coeur affolé venaient déchirer.
Je devais sortir, retrouver Hermione, faire en sorte que la bête reste sous contrôle. Mais j'en étais incapable. Et ça me rendait littéralement fou. J'en regrettait presque que la louve ne m'ait pas achevé. ça aurait au moins réglé une bonne fois pour toute, cette longue liste de problèmes que j'avais à mon actif.
Je tentais d'appeler le loup, mais je n'avais pas assez de force pour ça, il refusait de venir à moi. Je ne supportait pas mon corps d'être si faible dans un moment aussi critique. Il fallait que j'agisse, que je fasse quelque chose, aussi pénible que ce soit, je devais trouver une solution.
Alors j'ai étouffé la douleur. J'ai passé les heures les plus terribles de ma vie alors que l'horloge tournait et que la nuit défilait. Mon amour pour Hermione, ma crainte de la voir blesser quelqu'un, ou de, simplement, ne plus jamais la revoir, me poussaient à me dépasser. Je n'écoutais pas la souffrance, je n'écoutais que la voix d'Hermione dans ma tête, qui m'avait dit un jour : "Tu es fort mon Loup...". Alors je me suis forcé à être fort.
Il m'aura fallut près d'une heure pour parvenir à me mettre à genoux. Je ne m'étais pas imaginé que la louve m'ait amoché à ce point, mais, à l'évidence, elle n'avait pas fait que m'effleurer de ses griffes. Et pour que je ne sois pas encore rétabli après tout ce temps, c'était véritablement le signe que j'étais passé près de la mort.
Je pensais à Hermione. Perpétuellement. Pendant toute la nuit, c'est son souvenir qui m'a fait supporter la souffrance. Je m'obligeait à combattre ce mal-être qui m'étourdissait, pour la rejoindre. Je crois bien que l'imprégnation donne ce genre de pouvoir, celui d'avoir le courage et la force de tout faire pour l'être chéri. Et je chérissait Hermione plus que ma propre vie, alors souffrir toute une nuit pour passer l'éternité avec elle, c'était de loin un deal fort équitable.
Le soleil venait à peine de se lever quand j'ai réussi à me tenir sur mes deux jambes. Il m'aura fallut encore quelques minutes pour parvenir à esquisser un pas et à me tenir en équilibre. Et à force de refouler la douleur, elle avait fini par s'amoindrir. Elle était toujours là, mais je refusais qu'elle me domine, et ma force de caractère avait eu raison d'elle. J'étais invincible. Ma carapace pouvait bien être réduite en miettes, tant que j'étais vivant, il en faudrait bien plus pour m'arrêter.
Toujours avec cette lenteur mesurée, j'ai descendu les escaliers menant au séjour, et après une petite pause, je suis parvenu à sortir dans le froid canadien. Il n'y avait pas la moindre trace d'Hermione. Le soleil s'était levé, elle n'allait pas tarder à rentrer. Du moins, je l'espérais.
Mon regard dériva pour aller se poser sur la serre détruite, et sur les fleurs qui n'en étaient plus. Tant de travail réduit à néant. Tout ça parce que je n'avais pas sû respecter la volonté d'Hermione, je n'avais pas sû respecter son deuil et j'en payais le prix sévère.
Je regardais à présent la forêt, espérant à chaque seconde la voir surgir d'entre les bois. Ce ne fut pas le cas. Les heures défilaient et il n'y avait pas la moindre trace d'Hermione, pas le moindre espoir auquel me raccrocher. J'avais beau hurler son nom, mes cris ne connaissaient que mes propres échos. Pas de vie ici, en dehors de moi.
Le désespoir commençait à me gagner. Je ne voulais pas admettre qu'elle ait put m'abandonner. A cette seule idée, je sentis mon coeur se déchirer et ma respiration devenir saccadée. Ma tête se mit à tourner et je dû m'asseoir. Si elle ne revenait pas, j'allais mourir. Il n'y avait pas d'échappatoire, je ne pouvais pas vivre sans elle, ce n'était même pas concevable. Et comme je n'avais pas la force de partir à sa recherche, j'allais juste me laisser crever de faim, dans la neige, attendant un signe sachant pertinement qu'il n'y en aurait pas.
Et, alors que ma vision demeurait floue et que l'horloge de la cuisine sonnait 12 coups, je discernait un mouvement à l'orée du bois. Il me fallut un bon moment avant de réussir à rétablir correctement ma vue, et à reconnaitre la personne qui avançait dans ma direction.
Aussi vite que me le permettait mon corps handicapé, je me suis relevé et me suis dirigé vers elle. A mi-chemin, je me suis arrêté, réfreinant responsablement mon envie de courir vers elle pour la serrer dans mes bras. Il y avait de la tension dans l'air. Je ne voulais pas faire de pas de travers. Alors je me suis stoppé et j'ai attendu, voir si elle venait à moi comme j'aurais couru à elle si j'avais pu.
La voir poursuivre son avancée m'aveugla de joie. Je cru un instant que j'allais défaillir, mais me ressaisissant je l'observait. Nue, comme après chaque transformation, son corps était couvert de griffures et taché de terre. Elle avait dû lutter contre elle même pour ne pas perdre le contrôle. Je lui avait enseigné ça. Elle était bonne élève, pas de doute là dessus.
Elle s'est arrêtée à un mètre et demi de moi. Ses yeux étaient brillants de larmes et je sentis mon souffle se bloquer. Sa voix était hésitante, et emplie de tristesse.
" J'ai faillit partir."
Comme assommé par un coup de marteau sur le crâne, je ne savais pas quoi dire. Ainsi donc elle avait véritablement envisagé de m'abandonner...Que serait-il advenu d'elle, de moi, de nous si elle n'avait pas rebroussé chemin ?
" J'ai faillit partir parce que c'était trop dur. Je n'arrivais pas à tourner la page, à fermer le livre et à démarrer une nouvelle histoire...avec toi. Je n'arrivais pas à faire face à ce que je t'ai infligé la nuit dernière. Parce que je le sais, je suis un monstre. Et pendant trop longtemps j'ai vécu dans la solitude, sans avoir à craindre de blesser qui que ce soit. Et puis...Et puis tu es arrivé. Et je me suis rendu compte que j'avais perpétuellement peur pour toi. Jake, j'ai vécu trop longtemps dans la peur. Je sais ce que ça fait. Tout comme je sais ce que ça fait de perdre les gens qu'on aime. Et j'ai réalisé que tu étais bien la dernière personne au monde que je voudrais perdre. Probablement parce que tu es tout ce qu'il me reste. "
Ma respiration devint encore plus saccadée, une de mes jambes se déroba sous mon poid et je terminais ma course à genoux dans la neige, bouche-bée, incapable de comprendre ce qu'il venait de se passer. Puis, j'ai sentis deux bras entourer mes épaules.
" Je ne partirai plus Jake. Je te le promet. Je ne partirai plus."
Alors mon souffle est devenu plus régulier, mon poul s'est calmé, j'ai acquiescé et laissé l'épuisement et le soulagemment me gagner. M'allongeant à même le sol, je l'ai attiré contre moi, pour ne plus vivre une seule seconde plus sans sa présence à mes cotés. Et en sentant son corps mince peser sur moi, je réalisai à cet instant que j'étais probablement l'homme le plus chanceu du monde.
Ses lèvres ont trouvé les miennes. Elle m'a embrassé, comme si c'était la première fois, et n'a cessé de murmurer contre ma bouche à quel point elle se sentait prête à présent, à me laisser entrer dans sa vie. Si le bonheur pouvait tuer, je n'aurais plus été de ce monde. J'étais incapable de faire autre chose sinon la serrer contre moi, sans en ressentir la moindre douleur. Elle était mienne à présent, pour toujours. Et la neige éternelle du grand nord canadien, doit porter aujourd'hui encore, la trace de nos deux corps étroitement enlacés...
