Ouaaais ! Merci à mes revieweuses ! Hé oui, il s'agit bien de la même Eva que "Dans mon Dédale..."! On remercie Marine Carter O'Neill pour mévoir décidé ç reparler de ces deux-là (même si c'est pas génialissime). Je continue pour vous cette petite fic sans prétention mais qui m'amuse bien !
La preuve : j'ai pas réussit à faire court pour ce chapitre. J'attends vos reviews à la fin de la page !
C'est ennuyeux d'être le deuxième officier le plus gradé dans cette Cité : quand le premier à un problème, c'est à vous que l'on fait appel. Je n'ai pas réussit à la revoir depuis neuf jours : il y a eu ce contretemps sur la planète où l'on a trouvé le lieutenant Ford, puis au retour je n'ai jamais réussit à la croiser au mess. Et une semaine après notre rencontre, sans doute son jour de congé, où j'étais quasiment sûr de la revoir, j'ai comme par hasard été chargé du transport du darth où était piégée Cadman jusqu'à Atlantis. Pile à l'heure du repas. J'ai essayé de ne pas le montrer, mais je suis sûr que tous mes hommes se sont rendu compte que je râlais, contrairement à d'habitude. Et quelques jours après, j'étais à nouveau hors de la Cité à accompagner Weir à la recherche de Sheppard et son équipe, qui avaient réussi à s'écraser sur une île habitée par des criminels alors qu'ils allaient simplement conclure une alliance avec un peuple évolué. Ensuite on a découvert qu'en fait ces gars étaient des salauds, et s'en est suivi tout un bazar inquiétant. SGA1 ne sait pas faire dans la simplicité. Et moi du coup je suis obligé de faire mon boulot : aller les chercher.
Depuis neuf jours, par conséquent, impossible de la voir le peu d'heures que je passe sur Atlantis. Et Frank qui me tanne pour savoir qui elle est et comment ça marche avec elle. Je ne sais pas comment il est au courant celui-là ! Et j'ai du mal à lui répondre : je n'ai plus de nouvelles. Je l'ai vue trois jours de suite, et d'un coup plus rien. Si seulement je savais son nom de famille, ou le service pour lequel elle travaille. Mais non, je m'imaginais que j'avais le temps de le découvrir. J'ai cherché un peu dans les différentes sections, mais je ne l'ai jamais vue. Je ne vais pas me mettre à crier son nom non plus.
Donc voilà : j'ai perdu quelqu'un dans la Cité. C'est quand même un peu rageant, j'aimais bien les moments passés avec elle. J'espère juste qu'elle ne m'évite pas, car j'ai beau essayer de me souvenir de notre dernier échange, je ne me rappelle pas avoir fait de bourde particulière. Au contraire ça m'avait semblé plutôt encourageant. Nos rendez-vous étaient tacites, on aurait peut-être du vraiment les fixer… Quoique justement, ça aurait ressemblé à des rendez-vous, elle aurait peut-être trouvé que j'allais un peu trop vite. A vrai dire, on ne s'est vu que trois fois, de suite en plus. Soit elle a trouvé ça sympa mais ne veut pas non plus que ça devienne une habitude, soit elle a trouvé amusant que le hasard nous fasse nous rencontrer trois jours de suite au mess, et elle lui fait confiance pour que ça se reproduise un jour, pourquoi pas. Alors que moi, le hasard, j'aimerais bien le provoquer. D'ailleurs les deux dernières fois, ce n'était pas le hasard : c'était moi. Je m'en veux d'agir comme ça alors qu'après tout elle n'a pas non plus cherché à me contacter, et me demande avec effroi si tous ces sourires n'étaient pas simplement de la politesse.
Et donc, dépité, mes repas au mess durent des heures, où je passe plus de temps à scruter l'entrée en espérant l'apercevoir, qu'à regarder mon assiette. La première fois j'ai passé deux heures à dessiner distraitement sur une serviette pour donner le change, une fois mon repas (froid) fini. Puis Frank qui est gentil et a sans doute pitié, est par la suite venu me tenir compagnie, mettant un jeu de cartes entre nous, histoire de ne pas avoir l'air de deux couillons qui attendent quelque chose mais quoi. On a failli se faire virer du mess aux heures de grandes affluences en plus. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, sur les deux jours que l'on a passé à attendre ainsi bêtement l'air de rien, on ne l'a pas vue une seule fois. Ni entre onze et quatorze heures trente, ni entre sept et neuf heures du soir. Je vais finir par faire les petits dej aussi. Ca ne va pas du tout : je suis complètement fou de la guetter comme ça, je la connais à peine et elle doit avoir autre chose à faire. Cela dit heureusement que Frank l'a vue, sinon je finirai par croire que j'ai rêvé. Elle était trop bien, c'est pour ça. Me reste un petit espoir : en fait elle est libre quand moi je ne le suis pas, et inversement. Ou alors elle m'en veut de ne pas avoir été là le quatrième jour et me le fait payer. Et ben c'est pas comme ça qu'on va avancer.
Et ce n'est pas aujourd'hui non plus que je risque de la croiser. Il est vingt heures, et je suis à l'infirmerie. On revient de mission, et ça s'est mal bien passé : aucun coup de feu n'a été échangé, puisqu'on n'a croisé aucune forme de vie, par contre à cause de la pluie et de cet idiot de sergent Leonetti, Frank a glissé dans un ravin, rebondissant sur les rochers avant de s'empaler sur une sorte d'arbuste aux branches pointues. Le gilet pare-balles a amortit au niveau de la poitrine, mais les cuisses sont perforées et deux branches se sont fichées dans son cou. L'aine est transpercée. Il a gardé conscience, mais n'arrivait plus à respirer. L'angoisse. La grave décision à prendre : le retirer tout de suite ou attendre les secours. Pour aller le chercher, j'ai glissé moi-même et me suis presque assommé sur les rochers. Ce n'est pas la première fois que je me retrouve à ses côtés alors qu'il est blessé. Et à chaque fois, les minutes à attendre les secours sont les plus longues de nos vies.
L'opération a duré deux heures. Je suis resté au début, puis suis parti me changer : ce n'est pas en attendant tout mouillé devant le bloc opératoire que je pourrais changer les choses. Quant je suis revenu, Beckett m'a dit de son curieux accent écossais qu'il était tiré d'affaire. Le soulagement.
- On vous appellera quand le capitaine Weixiang se réveillera. Sans doute demain matin. Mais dites-moi, major, vous vous êtes fait examiner ?
Au sortir de la douche je me suis rendu compte qu'en plus d'un sacré mal au cou et au poignet, j'avais une belle bosse assortie d'un bleu et la pommette gauche bien éraflée. Ma glissade pour atteindre Frank. Je l'avais oubliée.
Mais c'est ce qui me vaut d'être actuellement à l'infirmerie, à vingt heures, poignet gauche bandé, un bloc bleu glacé à maintenir sur le front, en train d'attendre gentiment que Weir rentre d'une planète où elle négociait, pour lui faire mon rapport. En inspectant mon éraflure qui commence à enfler et mes cervicales qui me font souffrir, le doc m'annonce que j'ai un traumatisme crânien et que c'est à surveiller. Mais je m'en moque : Frank est vivant, et ce n'est pas la première fois que je m'éclate la tête contre quelque chose. C'est bon elle est solide.
Avec toutes ces émotions, Eva est devenue une préoccupation très lointaine dans mon esprit. J'en viens même à me dire « tant pis, ce n'est pas grave », au moment où je me rends compte que si je pense à elle, c'est parce qu'en fait elle est juste en face de moi. Derrière Beckett. Concentrée sur une fiche de soin, et en blouse blanche. Une infirmière ! Bon sang mais c'est bien sûr ! Je me déconnecte de ce que me dit Beckett, et rattrape la semaine que j'ai passé sans la voir : elle a les jambes fines, les fesses rebondies, le buste fin, un long cou, la nuque parfaite, les cheveux relevés…
Weir arrive à ce moment. Elle me cache la vue. Je crois qu'Eva ne m'a pas aperçu. J'espère. Sinon elle serait venue me voir…
- Major Lorne ? Tout va bien ?
- Hein ? Oui, bien sûr.
Pourquoi Weir me demande ça ? J'ai l'air d'un militaire perturbé par une infirmière ?
- Vous vous êtes bien abîmé quand même, major.
- Ah, oui, c'est vrai.
Ouf. C'est juste parce que j'ai une joue plus gonflée que l'autre et un joli bandage à la place de ma montre.
- Mais ce n'est pas grave.
- Le capitaine Weixiang est sauvé, lui annonce le doc, il va devoir se reposer un petit moment.
Elle hoche la tête et me dit qu'elle aimerait bien savoir ce qu'il s'est passé. Elle se décale légèrement, et je peux apercevoir, entre la dirigeante et le médecin, Eva qui est en train de me regarder. La belle Allemande me sourit. Nouvelle déconnexion.
- … et donc il est plus simple de le faire maintenant. Major ?
- Quoi ?
- Ca vous convient ?
- … Pardon ?
Weir ne cherche même pas à répéter la question : je dois avoir un air trop ébahi pour qu'elle croie que j'ai mal compris ce qu'elle vient de dire. Elle se penche vers Beckett :
- Son ouïe a été touchée aussi ?
- Non, il a juste un traumatisme crânien, mais ça ne devrait pas jouer sur l'audition…
- Excusez-moi, madame, je… J'ai mal compris ce que vous venez de dire.
- … par contre ça peut jouer sur la concentration.
Il a de l'humour, le doc. Eva n'est plus dans mon champ de vision : il faut bien qu'elle travaille. Et que moi j'écoute Weir.
- Racontez-moi ce qu'il s'est passé sur cette planète, major.
- Et bien,…
Elle réapparaît. Entre le doc et Weir, là, un peu plus loin. Elle est penchée sur un lit et discute avec un malade je crois.
- … il y avait de la pluie…
Elle sourit vraiment tout le temps. Les cheveux relevés ça lui va bien. Ses lunettes se fondent avec son visage, elle les a bien choisies, on oublie qu'elle en porte. Je la trouve super gracieuse.
- Il y avait de la pluie.
- … Mais encore…
- … Quoi ?
Weir me regarde. Beckett aussi, mais avec un air inquiet. Ils attendent quelque chose, on dirait, mais quoi ?
Ah oui : mon rapport.
- Oui, et donc, Frank a glissé. –je reprends- Le capitaine Weixiang a glissé. Il y avait une pente assez raide sur le côté et…
Elle travaille la nuit, sûrement, pour être ici à 20 heures et pas avant. C'est pour ça que je ne l'ai pas vu au mess : elle dort le jour. Il va falloir que je me débrouille pour être là quand elle est en repos. Ou alors prendre mon petit déjeuner avec elle, quand elle finit son service. Mon rapport, mon rapport.
- Non : en fait le capitaine Leonetti s'était trompé de route et il a fait tomber son équipement, et c'est en le rattrapant que Weixiang a glissé.
- Le sergent.
- Non Weixiang.
- Le sergent Leonetti.
- Non c'est le capitaine Weixiang qui a glissé, Leonetti n'a rien.
- Mais vous avez dit : « le capitaine Leonetti » major.
Je fronce les sourcils en regardant Weir, et que Weir cette fois. Je ne comprends plus.
- Mais Leonetti n'a pas glissé. J'ai dit que c'était Leonetti qui avait glissé ?
Weir soupire, et c'est la première fois que je la vois perdre patience si vite.
- Non, vous avez bien dit que c'était le capitaine Weixiang qui avait glissé, mais par contre vous avez parlé du « capitaine » Leonetti, alors qu'il est sergent.
- Ah bon ? Vous êtes sûre ?
Elle lève les yeux au ciel. Je ne comprends plus, Beckett me regarde avec un sourire en coin. J'ai l'impression qu'il se marre.
- Je veux dire, je sais que Leonetti est sergent, Madame, mais je…
- Bref, major, passez.
- Oui, donc…
J'ai tenu au moins trente secondes sans me préoccuper d'Eva. Est-ce qu'elle me regarde ?
- Il a glissé et s'est retrouvé à dévaler la pente, balloté le long des rochers. Weixiang, pas Leonetti.
Non, elle discute toujours avec ce malade. Mince. Enfin c'est son boulot. Et moi je dois faire le mien.
- Je vous ai dit qu'il y avait des rochers ?
- Non, major, mais nous l'avions deviné.
- Restez concentré fiston.
Je n'avais jamais réalisé que les blouses des infirmières étaient si courtes.
- Et donc il a rebondit…
Je crois que celle des infirmières-militaires au SGC arrivaient plus au niveau du genou.
- Weixiang a rebondit...
Comme j'arrive au passage le moins marrant de mon récit, je fais plus attention à ce que je dis, et j'arrête de regarder mon Allemande. L'Allemande. Ils vont finir par se rendre compte que je pense à deux choses à la fois. Un coup d'œil sur Weir suffit à me centrer sur ce que je dis : elle a un air plutôt agacé.
- Et à mi-pente, il a avait des arbustes de un mètre de hauteur à peu près, qui ressemblaient un peu à… des pieds de vignes, mais avec des branches très pointues, comme taillées, et dures comme de la pierre, tournées vers le haut du ravin. Comme des pieux en fait. Et Weixiang a atterrit dessus.
- Ca lui a transpercé l'aine, les cuisses en trois endroits et le cou à la base et à la carotide, complète le doc.
- Voilà. On a appelé les secours qui nous ont dit de ne pas bouger Frank –enfin le capitaine- ce qu'on n'avait pas fait de toute façon.
- Il a eu beaucoup de chance. Il va voir du mal à parler pendant un moment, et il va lui falloir attendre longtemps pour se remettre à marcher mais…
Déconnexion. Eva a cessé de discuter. Elle s'intéresse à un autre lit, en me tournant le dos. J'espère que c'est pour se forcer à ne pas penser à moi, et pas parce qu'elle se fiche que je sois là.
Et soudain je me rends compte que, quand elle se penche sur le lit, la blouse remonte imperceptiblement. Mais indubitablement. Elle laisse entrevoir les premiers millimètres de la moitié supérieure des cuisses et moule encore plus les f…
- Heu docteur ?
- Major ?
Ca m'a fait penser à autre chose, c'est bien je me détourne.
C'est normal qu'elle ait des cuisses blanches : c'est une Allemande, pas une Californienne.
- Je me demandais, pour Weixiang, s'il n'avait pas été touché…
Enfin pour ce que j'en ai vu aujourd'hui, du moins.
- … enfin. Vous voyez. Sous la ceinture. Il m'a fait comprendre à un moment qu'il avait peur que ce soit le cas mais…
- Non, non, Seigneur ! C'est l'aine qui a été transpercée, et pas à côté, Dieu merci.
- Ouf.
Weir nous regarde bizarrement je crois. Je crois aussi que le doc est d'un coup gêné par ce qu'il vient dire. Et que ma tentative de détournement de ma propre attention est nulle.
Eva.
- Ca aurait pu être très grave, Elisabeth.
- Je comprends bien, Carson, je comprends bien.
Alléluia elle s'est redressée. Je peux l'observer sans me sentir trop « voyeur ». Enfin…
- Donc vous n'avez pas pu rencontrer les habitants de cette planète. Vous avez trouvé des traces de leur civilisation, major ?
Est-ce que c'est vrai que les infirmières ne portent rien sous leur blouse ?
- Major ?
Le gars qui m'a dit ça avait l'air renseigné. Juste les sous-vêtements pour apporter le minimum d'agents étrangers jusqu'aux malades.
- Majooor…
Je ne suis pas forcément exigeant avec la lingerie, mais je me demande si elle porte des trucs bien féminins qu'on rêve tous d'enlev… de les voir porter. De toute façon je m'en fiche. Ca ne me regarde pas. Pour le moment...
- Majoor Loorne !
Elle est plutôt féminine, donc à mon avis oui. Ca la rend encore plus parfaite. J'adore quand elle fait ce mouvement pour mettre ses cheveux derrière les oreilles. Cette manie de tapoter le crayon sur sa joue. Cette grâce quand elle tourne lentement la tête. Pour me regarder.
Ses grands yeux qui ne clignent pas, vissés sur les miens, ses joues qui rosissent dès qu'elle confuse, la blouse décolletée, même si sa gorge n'est pas généreuse, ses formes qu'on devine sous le tissu rêche, et peut-être même légèrement transparent à contre-jour, sa…
- Hé !
Une main sur mon épaule, et une voix d'homme à l'accent écossais. Je lève les yeux et me rends compte que le doc aussi a une blouse. A ce qu'il paraît, les Ecossais eux non plus ne portent rien sous leur costume national. Ca me calme de suite. Je fronce les sourcils en le regardant, tandis qu'il lève les siens, étonné.
- Heu. Non madame, il n'y a pas de traces de civilisation sur cette planète : on a eu le temps de la visiter avant la chute, on n'a rencontré personne.
- Ah vous aviez bien entendu ma question alors.
Weir n'a plus l'air agacée, mais arbore au contraire un petit sourire en coin.
- Vous auriez du commencer par ça, major, me dire que vous aviez mené la mission de reconnaissance à terme.
- Heu, oui.
- Vous êtes sûr d'aller bien ?
- Je… J'ai du mal à me concentrer, reconnais-je.
- Sans doute votre traumatisme crânien.
- Oui sans doute docteur.
- Pourtant vous me parliez tout à fait correctement il y a une demi-heure.
- Ah ben alors je ne sais pas.
Où est passée Eva ?
Beckett prend une lampe pour me regarder à nouveau les pupilles.
- Relevez votre polo, major, je vous ausculte.
Tandis que je m'exécute, il se rapproche avec son stéthoscope. J'aperçois mon infirmière –l'infirmière je veux dire- juste une fraction de seconde, nos regard ses croisent avant que je doive me tourner vers Weir parce qu'elle me parle.
- Reposez-vous major. J'attendrai votre rapport écrit pour demain en fin d'apr…
Un grand fracas vient d'interrompre ma supérieure. On se retourne tous les trois vers le fond de l'infirmerie : Eva, exactement face à moi, vient de faire tomber un chariot apparemment bien rempli, et des feuilles continuent de voler tandis que les instruments de chirurgie sont éparpillés sur trois mètres à partir de ses pieds. Elle reste un instant à contempler le désastre, un plateau avec des flacons renversés dans les mains, les joues encore plus rouges que d'habitude, avant de s'excuser trois fois au docteur Beckett qui lui dit que ce n'est rien. Elle se penche vivement pour ramasser sa bêtise et lui et moi restons figés à la regarder une fraction de seconde. Enfin pas la regarder en détail. Ce qui nous frappe est beaucoup plus bas que le visage… Nous nous retournons vite en reprenant nos esprits, rougissants. Weir a compris notre brève absence je crois…
- Bien, donc, major : votre rapport demain soir et en attendant… reposez-vous bien.
- Bien madame.
Je me force à ne pas regarder Eva. Elle est dans une situation suffisamment gênante.
- Vous allez passer la nuit à l'infirmerie, fiston, il faut vérifier toutes les heures votre état de santé, rapport à votre traumatisme crânien.
- Il faut quelqu'un chargé de vous surveiller alors. C'est ça Carson ?
- Tout à fait. Je vais en charger une infirmière. Eva ? Laissez cela pour le moment, vous pourriez venir, s'il vous plaît ?
Elle est toujours aussi rouge. Ou alors vient de le redevenir. Elle avance et comme elle s'approche je fais un effort monstre pour ne pas la fixer bêtement et que mes yeux restent en mouvement.
- Le major Lorne ici présent a subit un traumatisme crânien cet après-midi. Il va passer la nuit à l'infirmerie, je vous demanderai de bien vouloir vérifier sa lucidité chaque heure, comme nécessaire.
La nuit va être formidable. Je n'arriverai pas à dormir je crois.
Hum ! Ce que je viens de penser pourrait être mal interprété… Mais je ne suis pas comme ça, j'essaye d'être gentleman…
- Faites attention, son cas est à surveiller le major a depuis quelques minutes des… problèmes de concentration.
Mais pourquoi il dit ça ?
Elle me sourit, un sourire contenu je dois dire, et moi aussi. Ses joues sont à nouveau empourprées. Elle a les yeux brillants. Nos regards se croisent vraiment et franchement depuis trop longtemps à mon goût. Ca y est elle est devant moi je l'ai retrouvée !
- … Eva ?
- Oui docteur ?
- Vous m'avez écouté ?
- … A quel sujet ?
/V\/V\
Je suis à présent assis dans un lit, un crayon entre les doigts, à griffonner des esquisses sur le papier que j'ai demandé à Eva. Elle n'a pas encore pu venir vraiment discuter avec moi : le patient à qui elle parlait tout à l'heure a des nausées, il se lamente à l'autre bout de l'infirmerie. Mais les quelques minutes où elle m'a amené à mon lit ont été très bien. Elle m'a appelé par mon prénom… avant de devoir partir en courant apporter un haricot au type du fond.
Il faut que je change de thématique : je n'arrête pas de dessiner des visages féminins aux cheveux courts sur ma feuille. Et encore, je résiste à la tentation de les affubler de lunettes.
- Vous chantonnez major ?
Le doc me fait sursauter. Je ne m'étais pas rendu compte qu'il était à côté de moi. Il a remis sa veste et laissé tomber la blouse : fin de son service. Il est temps : il est 21h30, son dévouement lui fait faire des heures sup'. Les gars comme moi aussi.
Je retourne ma feuille pour ne pas qu'il voit ce que je dessine. Quand j'illustre mes pensées, je n'aime pas que les gens les regardent. C'est comme une violation d'âme.
- Je chantonne ?
- Je vous assure.
- Je ne m'en étais pas rendu compte.
- Votre bonne humeur est compréhensible.
Je le regarde bizarrement : qu'est-ce qu'il veut dire ? Il n'est pas censé savoir que je suis ravi de passer la nuit avec Eva, même si c'est dans une infirmerie entre un ami en convalescence et un type qui demande une cuvette en urgence, et que je resterai seul dans mon lit quand Eva courra de l'un à l'autre. Beckett précise :
- Après tout, le capitaine Weixiang est hors de danger, vous n'êtes blessé que superficiellement, et au poignet gauche en plus, ce qui ne vous empêche pas de vous consacrer à votre art préféré.
Il désigne mes croquis, mais sans chercher à les regarder. Je lui souris.
- Mais plus sérieusement, major. Si au cours de la nuit, vous ressentez des symptômes… que vous n'arrivez pas à expliquer… Appelez un médecin.
- Bien, doc.
- Le docteur Biro. Elle est d'astreinte. Pas moi.
- Entendu.
- Passez une bonne nuit.
- Vous aussi docteur.
Et après une petite tape amicale sur mon bras, il s'en va en souriant.
Mes symptômes actuels consistent en une accélération des battements du cœur dès qu'une infirmière allemande entre dans mon champ de vision, d'une vague de chaleur quand elle m'approche, et d'un manque de concentration général. Plus le fait que je n'arrête pas de dessiner des femmes. Je suis gravement atteint.
Franck va avoir du mal à me botter les fesses pour que je me bouge avec Eva, au moins pendant un moment. Il va falloir que je m'y mette tout seul.
C'est décidé : je passe en phase de séduction active. Du moins je vais essayer. C'est le moment idéal. Même avec un visage un peu difforme.
Pour éviter d'éveiller les soupçons, je me mets à crayonner de grands paysages de collines. C'est tout en rondeur et en finesse aussi.
Bon Dieu ! C'est difficile de le constater alors que je la connais à peine mais…
Je crois que je suis amoureux.
Plus loin dans un autre cerveau
Hé bien, je ne m'étais pas autant amusé dans cette infirmerie depuis longtemps ! Le pauvre major qui perd les pédales… J'ai vraiment eu peur à moment que ce soit à cause de son traumatisme, et puis quand j'ai suivi son regard… J'ai mieux compris. Elisabeth par contre m'a semblée singulièrement agacée au début de le voir dans son monde. Elle n'avait qu'une envie : aller se coucher après sa longue négociation désastreuse. Elle a été totalement indulgente quand elle a saisi que toute l'attention du major était concentrée sur l'une de mes infirmières. Je crois que ça l'a même mise de bonne humeur de voir ça. Le spectacle du militaire totalement déconnecté de ce qui l'entourait était flagrant, mais je ne suis pas sûr qu'il se rendait compte de son attitude. J'ai du me retenir plusieurs fois d'éclater de rire, et à la fin Elisabeth était dans le même état que moi. Et puis le regard d'Eva quand je lui ai demandé d'approcher ! Pareil : déconnectée de nous. Ca promet.
Je sais au fond de moi que j'ai fait exprès d'ausculter le major une dernière fois. Il fallait entendre la vitesse de ses battements de cœur ! Je ne sais pas ce qu'il se passait dans sa tête, mais dans sa poitrine il vivait un marathon. Je connais bien ce phénomène…
Elisabeth m'a fait remarquer qu'Eva avait tout laissé tomber au moment où il a soulevé son pull. C'est bien une femme pour noter une chose pareille. Par contre quand Eva s'est baissée pour ramasser sa maladresse, ce sont nous les hommes qui avons réagit. Je vais demander à faire rallonger les blouses de ces infirmières…
Le major est un gars bien, et Eva est vraiment gentille. Donc on peut dire que c'est un beau et incroyable coup de foudre en direct. J'espère qu'on leur a donné un coup de pouce en les obligeant à se côtoyer cette nuit. Ils sont grands, maintenant je les laisse se débrouiller. Ils m'auront bien fait rire.
Je file, Laura dois m'attendre. Mais avec une anecdote comme celle-là, elle excusera sans doute plus facilement mon retard…
Voilà pour ce second tableau. C'était long !
J'attends votre avis, vos impressions vos coups de gueules. A vos claviers !
