Merci à mes revieweuses, grandes romantiques ou fan de Lorne ? Les deux peut-être ?
Attention : il va se passer quelque chose dans ce chapitre. Si si, promis.
Le soir même, à 18 heures, je ne suis pas à la cantine, mais dans le bureau de Weir, mon rapport à la main. Il est prêt depuis deux heures : c'est pas que le taper a été laborieux, c'est que, entre autres visites aux membres de mon équipe, j'ai passé pas mal de temps avec Franck qui souffre et a un mal de chien à écrire trois mots pour communiquer. Si j'avais pu donner ce rapport à Weir il y a deux heures, donc, j'aurais pu être actuellement au mess en train de conquérir Eva (ou l'inverse). Mais McKay semble avoir fait une énorme bêtise cet après-midi sur une autre planète où il menait une expérience pour produire de l'énergie, et elle l'a engueulé comme jamais pendant un temps assez considérable. Je crois que toute la Cité en a entendu parler : pour faire sortir Weir de ses gonds, il faut y aller. Du coup j'ai préféré attendre un peu pour lui donner ce rapport. Quand je lui ai dit, après son engueulade, que je passais dans une heure, elle m'a plus remercié que dit simplement oui.
En même temps cela ne m'embête qu'à moitié de ne pas avoir pu dîner avec Eva. Car j'ai bien l'intention d'aller la voir à l'infirmerie avec un prétexte bidon, et de l'inviter à dîner à ce moment-là. Oui, Franck m'a botté les fesses à sa façon, et selon ses capacités.
Je suis donc dans le bureau de Weir à l'attendre. Elle entre.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Mon rapport, madame.
- Non, ce que vous chantonnez.
Moi je chantonne ? Je ne m'en étais même pas rendu compte. Ok elle va se dire que mon trauma crânien dure super longtemps et que c'est louche. Bon, déjà, elle a l'air moins en colère que tout à l'heure.
- Heu…
- Vous pouvez me donner votre rapport, Major.
Je lui donne le dossier en mains propres. Elle l'ouvre pour le parcourir rapidement. Elle a l'air satisfaite et sourit même en coin. Je pense qu'elle est contente de voir qu'il est plus organisé et complet que celui d'hier soir.
- Merci Major. Vous pouvez…
- Il va falloir revoir la composition de mon équipe.
Pas envie qu'elle me renvoie, j'ai une idée derrière la tête et ai suffisamment retrouvé mes esprits pour la mettre en pratique.
- Vous ne voulez plus du sergent Leonetti ?
- Ben… éventuellement. J'avoue que je ne déborde pas d'estime pour lui. Mais il peut encore faire ses preuves, il a dit qu'il allait se rattraper, je lui laisse encore une chance.
- Bien, si vous pensez qu'il est tout de même compétent.
- … Mais il va falloir remplacer Weixiang le temps de sa convalescence.
La phase cruciale de mon plan est en approche.
- Exact, Major, est-ce que vous pensez à quelqu'…
- Ca serait bien d'avoir un bon anglophone.
Oulà je l'ai interrompu pour la deuxième fois, et en plus avec une réflexion idiote. Elle est s'est déjà mise super en colère aujourd'hui, je dois faire attention. Elle reste impassible, je n'arrive pas à savoir ce qu'elle pense.
- Oui, évidemment.
- Je dis ça parce que… Il y a pas mal d'Allemands qui servent de gardes dans la Cité et qui pourraient faire des remplaçants potentiels et… Enfin je ne dis pas qu'ils ne parlent pas anglais, mais moi je ne sais pas comment on dit « bonjour » ou « merci » en allemand.
- Il faudrait de toute façon un officier, pour remplacer le capitaine Weixiang.
- Oui, un officier, voilà. Un officier qui parle anglais.
- Le lieutenant Cadman pourrait faire l'affaire, qu'en pensez-vous ?
- Le lieutenant Cadman ? Oh, oui. Elle a déjà fait quelques missions avec nous… Elle parle anglais c'est bien.
- … Elle est américaine Major.
Ok, sûr que dans cinq secondes elle appelle Carson pour lui demander si j'avais le droit de sortir de l'infirmerie.
- Du coup, je n'aurais pas besoin d'apprendre comment on dit « bonjour » ou « merci » en allemand.
Je m'enfooonce.
- Voilà. Vous approuvez ? Je vous charge de contacter le lieutenant.
- Très bien.
Je reste sur place. Weir finit par me quitter des yeux pour regarder dubitativement la porte, me signifiant clairement qu'à présent je peux partir. Elle sourit légèrement, comme amusée : c'est bon j'ose.
- Mais heu… Comment on dit « bonjour » et « merci » en allemand ?
Elle se recule dans son siège et croise les bras en me dévisageant. Soit elle va me faire remarquer qu'elle n'a pas son temps à perdre, soit elle va me répondre. Je préfèrerais la deuxième solution.
- Danke et Guten Tag.
J'aime bien Weir.
- Dènnkeu et gootèn tag…
- Ou plutôt Guten Tag et Danke, d'ailleurs. Guten Tag voulant dire « bonjour », et Danke…
- … « merci ».
- Voilà.
- Bien. Merci. Gooten Tag et Dènnkeu…
- Danke.
- Dènnkeu.
- Danke. « An », comme dans France.
Bon sang, et moi qui ait toujours détesté les cours de langue. Weir aura tout fait aujourd'hui : enguirlander un gars qui d'habitude enguirlande les autres, et donné un cours d'allemand à un militaire amoureux.
- Dannkeu.
- Voilà. Vous voulez que je vous l'écrive ?
- Ce serait gentil.
Je suis trop content pour me rendre compte que la scène est surréaliste je crois.
- Je mets ca en allemand et en phonétique. Je vous mets aussi « Oui », « Non », « Bonne nuit », « bon courage », « bon appétit », « s'il vous plaît » et « je vous aime »… Ca peut toujours servir.
- Oui, ça peut toujours servir.
Ca a l'air suffisamment compliqué comme ça pour que je ne lui demande par comment on dit « voulez-vous dîner avec moi demain midi ? ». Je prends le papier qu'elle me tend. Elle sourit, et peut-être même qu'elle rigole intérieurement.
- Bon courage Major !
- Ben, merci… docteur.
Je suis toujours perplexe devant ces mots allemands. Qui a eu l'idée de mettre des « ch » et des « t » partout, et de prononcer les « j » comme des « y » ?
- … Si ça vous intéresse, je peux vous donner quelques conseils au sujet de la galanterie allemande. J'ai des origines germaniques, vous savez.
- C'est vrai ?
Hum ! J'ai mal caché la note d'espoir dans ma voix. J'ai l'impression d'abuser, mais j'ai aussi l'impression que ça plaît bien à Weir.
- Asseyez-vous, Major, je vais vous en parler un peu.
- C'est vraiment gentil, madame.
- … J'aime bien ce genre d'histoires, vous savez. Enfin, quand deux personnes se plaisent vraiment, pas quand c'est juste pour égayer quelques nuits.
- Oh mais ce n'est pas ça justement.
- Je n'en doutais pas Major. Donc…
Les femmes sont merveilleuses ! Et Weir m'est dix fois plus utile que Franck je crois. Ceci dit, je ne ferais pas le quart de ce qu'elle m'a conseillé. De un parce que bon, je suis Américain et donc Eva doit me connaître au naturel. De deux parce je crois que Weir est une sacrée romantique, et qu'elle a exagéré certaines pratiques. Et de trois, parce que je reste un grand timide.
'O'
Allez : grand plongeon ! Il est 20 heures, et me voilà à l'infirmerie, le bandage de mon poignet gauche légèrement défait. C'est de la bande collante, ça a été assez difficile à décoller. Surtout qu'il faut que ça ait l'air naturel.
- Bonsoir Major, je peux faire quelque chose pour vous ?
Beckett ? Mais c'est pas possible, il passe sa vie à l'infirmerie ! Hé Doc, en général il y a une heure à laquelle les gens arrêtent de travailler ! Ce qui m'embête le plus c'est que du coup c'est lui qui va me le refaire, mon bandage.
- Heu, oui heu. Ca… Ca s'est décollé.
- Hum montrez-moi voir… Vous avez fait comment ?
Yes ! Je viens d'apercevoir Eva et elle aussi. Elle me fait un grand sourire, et je lève bêtement la main pour la saluer. C'est bon elle ne m'en veut pas de ne pas avoir pu être là au dîner. C'est une fille super.
- C'est en faisant la vaisselle que ça s'est décollé Major ?
- Oui docteur…
Quoi ?
- Mais non ! Je jouais un peu avec, c'est tout. Et puis il y eu la douche aussi, j'ai oublié de le protéger.
- Je vais vous le refaire.
Raté.
- Eva ? Vous pouvez venir m'aider s'il vous plaît ?
Gagné ! J'adore le Doc.
- Merci.
- De quoi Major ?
Hum…
- Ben… de me refaire le bandage.
- C'est normal, enfin !
Pendant tout le temps de l'opération « bandage de poignet gauche à peine défait », je ne quitte pas Eva des yeux. Enfin, sauf quand il retire les quelques centimètres collés à même ma peau. Epilation du poignet, hop ! Je suis sûr qu'il a fait exprès de tout retirer parce qu'il sait que c'est un prétexte bidon. J'avoue avoir un peu râlé, mais c'est plus parce que je ne m'y attendais pas. Eva, Eva, Eva. Elle aussi me regarde, peut-être avec moins d'insistance, en détournant parfois les yeux. N'empêche que j'ai noté qu'elle n'écoutait pas quand Beckett lui a demandé de couper la bande. C'est d'ailleurs le seul truc qu'il lui ait demandé, à croire qu'il a réclamé sa présence juste pour me faire plaisir.
- Bien, finissez Eva, s'il vous plaît. Bien serré. Je vais y aller.
- Oui docteur.
- Et vous redonnerez un anti-douleur à ce charmant jeune homme.
- Bien sûr docteur.
Et voilà, il nous laisse à nouveau seuls. S'il s'avère qu'avec Eva ça dure et qu'un jour de l'épouse, il faudra que je remercie Carson dans mon discours de marié. Bon je n'en suis pas là. Elle achève mon bandage en me demandant des nouvelles. On discute un peu, et une fois qu'elle a finit je me lance :
- Gootèn tag.
Mh, ce n'est pas la réaction à laquelle je m'attendais : elle est certes étonnée, mais elle fronce les sourcils. J'ai vraiment si mal prononcé que ça ? Tant pis, je sors vite le petit papier de Weir. Eva va peut-être m'en vouloir d'y lire une écriture de femme…
Mince ! Je suis vraiment trop stupide !
- Heu ! Dankeu, je veux dire.
Effet loupé. Zéro. Elle sourit quand même, et ça doit être à la fois à cause de mon air désolé, de ma prononciation approximative, de ce petit papier que je serre entre mes doigts et de l'attention délicate que j'ai eu en faisant l'effort d'apprendre l'allemand en une journée.
- J'ai… essayé d'apprendre par cœur mais…
- Bitte.
Ok, c'est sa réponse. Déjà entendu ça : je retourne le papier entre mes doigts, et fronce à mon tour les sourcils en me rendant compte que ça veut dire « s'il vous plaît ». S'il vous plaît quoi ?
- Ca veut dire « de rien », m'explique-t-elle.
- Oh, d'accord… Mais vous écrivez ça comment ?
- B, I, T, T, E.
- Mais ça ne veut pas dire « s'il vous plaît » ?
- Si, aussi.
Entendu. Elle part en m'annonçant qu'elle m'amène mon anti-douleur et je griffonne en hâte sur le papier l'autre définition de « Bitte ». C'est quand même sacrément plus court que « You're welcome ».
- Tenez.
- Merci. Heureusement que vous êtes là pour soigner les types comme moi à qui il arrive toujours des bricoles.
- Vous vous chargez de nous protéger et de sauver des gens dans la galaxie, et moi je vous soigne quand vous revenez.
- Nous sommes complémentaires.
Elle sourit. Je ne suis pas peu fier de ce petit effet de clin d'œil à notre conversation d'hier soir.
- Mais vous savez, Evan, je préfère encore quand je n'ai pas à vous soigner, et que vous allez bien. Qu'on se voit hors de cette infirmerie.
- Oh mais je préfère aussi quand personne n'est en dang…
Elle a bien dit ce qu'elle a dit ? Evan, Evan, c'est le moment. Pense à Franck qui n'est pas loin et qui si ça se trouve entend tout de derrière son drap blanc. Il doit être en train de s'agiter tout seul, encore heureux qu'il ne puisse pas crier « Invite-là, pauv'nul ! »
- Heu d'ailleurs puisqu'on en parle… Ca vous dirait de dîner avec moi un de ces soirs ?
Oui ! Je l'ai fait. Non ! C'est pas ce que je voulais proposer.
- Enfin, non, justement. Comme on n'aurait pas vraiment beaucoup de temps pour dîner le soir, je vous propose plutôt un petit déjeuner ensemble, si vous n'êtes pas trop fatiguée après une nuit de service.
- Demain matin, à la cantine, comme vous me l'aviez suggéré ?
- Heu, non, je ne le voyais pas trop comme ça. Plus dans mes quartiers, vers…
Elle écarquille les yeux. Je me rattrape.
- Non non non non non : sur un… balcon de la Cité, ça peut être très sympa vous savez, je suis là depuis trois mois et je commence à connaître des coins supers d'où on a une très belle vue.
Je pense aux balcons du secteur ouest, qui sont en plus assez à l'écart de la vie de la Cité. Le seul truc c'est que le temps que j'amène toasts et œufs de la cuisine du mess jusqu'à là-bas, on mangera froid. Je soupire.
- Et bien écoutez avec plaisir alors, Evan.
- Ca ne nous empêche pas de nous voir demain matin, si vous voulez.
- Avec plaisir aussi.
Extra. Mais certains signes faisaient que je ne m'attendais pas trop à un refus.
- Donc pour notre… petit-déjeuner, nous disons… samedi, vous seriez libre ? C'est dans trois jours, je finirai ma convalescence.
Ca me laissera le temps de parfaire le truc.
- Einverstanden.
- ?
- Ca veut dire « d'accord ».
- Ach, ya !
Je rigole souvent en entendant les gardes allemands dire ça, et là c'est moi qui vient de le faire. Elle rit.
- Si vous le voulez celui-là, il faut mieux que je vous l'écrive. Il est assez compliqué.
Je lui passe mon stylo et ma feuille, en bredouillant quand elle voit qu'il y a une autre écriture que la mienne que « quelqu'un » m'a appris ces quelques mots aujourd'hui. Elle ne semble pas s'en offenser.
Et tandis que je la regarde tracer les lettres avec application, elle se fige et ses yeux se perdent dans le vide. Tout le monde connaît ça dans la Cité : il signifie que l'on est en train d'écouter celui qui nous parle à l'oreillette. Elle me regarde brièvement, inquiète, puis elle se tourne vers l'opposé de l'infirmerie. Sa collègue d'hier est sortie de derrière un drap blanc et nous regarde sans rien dire. Sort alors un mot de la bouche d'Eva que j'aurai préféré ne jamais entendre :
- Scheisse !
Elle se précipite vers l'infirmière, ainsi que le doc qui vient de revenir, et je m'inquiète aussi :
Derrière ce drap blanc se trouve le lit de Franck.
'O'
La première fois que ma mère m'a vu en uniforme, elle m'a dit que j'étais incroyablement beau, et mon frère a ajouté que je pourrais faire tomber n'importe quelle fille habillé comme ça. Mon père était trop fier je crois pour prononcer un mot. Depuis cette fois-là, j'ai pris du galon et gagné des médailles, et quand ma mère me revoit elle me répète toujours cette phrase du premier jour. Mon frère lui me demande bien virilement de combien de filles j'ai augmenté mon palmarès. Je préfère ne pas répondre.
Je n'ai pas enfilé mon uniforme pour faire tomber Eva dans mes bras. Je me serais bien passé qu'elle me voie en tenue militaire officielle aujourd'hui. Elle n'est pas comme ces civiles qui lancent des regards charmeurs dès qu'elles aperçoivent une manche d'uniforme de l'USAF. D'ailleurs la situation actuelle ne se prête pas aux regards aguicheurs.
Car si je suis m'habille ainsi aujourd'hui, c'est parce qu'on rapatrie le corps de Franck.
Il y a eu un problème quelque part, je n'ai pas trop compris. Une mauvaise réaction, pas de produit substituant, un éclat qui n'avait pas été décelé, une embolie, bref une mort inattendue, et un ensemble de facteurs jouant contre lui. Je sais que Beckett a fait son possible, il y a passé la nuit. Je ne lui en voudrais jamais d'avoir tout tenté.
On sonne à ma porte de mes quartiers. Je sais que c'est Eva. Je lui ouvre sans un mot. J'ai la gorge nouée.
Notre petit-déjeuner sur le balcon n'a pas eu lieu. Trop à faire avec la mort de Franck. Pas le bon moment pour un tête-à-tête. Mais le peu de fois où l'on s'est croisés, elle est toujours allée vers moi pour me réconforter un peu, sans trop insister non plus sur le fait que le gars qui était mon plus proche ami ici est mort. Du coup j'ai moins hésité ce matin pour lui demander de l'aide : en prenant mon uniforme pour le sortir, j'ai fait sauter un bouton d'une épaulette. Je ne suis pas très en forme.
Bon sang Franck, mais qu'est-ce que t'as fait ? Quelle idée tu as eu de partir comme ça ? C'est ta plus mauvaise blague. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire à tes parents ?
Eva trouve le fil bleu correspondant au bleu de mon uniforme. Moi je n'avais que le strict nécessaire à couture : fil blanc, fil noir. Elle a du partir chercher sa trousse pour bien faire les choses. J'aurais pu coudre moi-même mais… C'est la dernière occasion d'être seul avec elle avant que je ne reparte sur Terre porter le corps de Franck. Le Dédale est en route pour la Terre, le temps qu'il arrive, qu'il recharge et qu'il reparte… Je serai de retour dans plus d'un mois. Tant de choses se passent en si peu de temps dans cette Cité, je ne veux pas qu'Eva m'échappe. C'est possessif de ma part et d'autant plus bizarre, mais c'est comme ça.
- C'est bon.
Elle passe une main sur l'épaulette qui a retrouvé son bouton, et donc sur mon épaule. Et la laisse. Je suis assis face au miroir de ma salle de bain, pour des questions de symétrie dans la réparation de mon uniforme, et elle est debout derrière moi. On se regarde via la glace. C'est la première fois que je nous vois tous les deux. Et je fais une tête d'enterrement. Pour cause.
- Ca va aller ?
- Oui. Oui, j'ai… préparé un discours. Le plus dur sera de l'annoncer à sa famille.
Je me lève. Je suis tendu. Je me retrouve face à elle et elle me regarde en prononçant :
- … Je penserai à vous.
Elle baisse la tête.
- Excusez-moi, c'est idiot de dire ça, ça ne vous aidera pas.
- … Si. Si, je vous promets que si.
J'esquisse un faible et pitoyable sourire que j'aurais vraiment souhaité chaleureux et sincère, et presse ma main sur son bras avec toute l'affection que j'ai pour elle.
- Merci, Eva.
Je voudrais que ce moment dure plus longtemps, tous les deux dans ma salle de bain étroite, tandis qu'elle me réconforte juste avec les yeux. Mais je fais un pas en avant pour sortir de la pièce.
Je crois qu'il faut y aller.
'O'
Nous nous dirigeons côte à côte vers le transporteur qui nous mènera du secteur des quartiers vers la salle de la Porte, où a lieu l'enterrement. Les enterrements, même, car il se trouve que le Dr Collins est mort au moment de l'expérience menée par McKay. On n'ouvre pas la Porte souvent, alors on fera passer les deux corps à la fois. J'ai mon bagage à la main, me voilà parti pour un mois. Mon esprit est partagé entre le mauvais moment que je m'apprête à passer en discourant devant le cercueil de Franck, et le vide que je ressent dans ma poitrine à l'idée de ne plus la voir pendant un mois. J'aimerais me focaliser sur Franck, mais je n'y arrive pas. A mon retour, elle aurait passé plus de temps sur la Cité sans que j'y sois, que de temps alors que j'y étais.
Il y a de l'attente pour le transporteur. Quelques personnes qui vont, en uniforme ou en costume, faire un dernier au revoir à Franck ou à Collins. Il ne va pas y avoir grand-monde pour Franck, car nous ne sommes là que depuis trois mois et demi, mais je suis content de voir quelques visages qui se rendent à la salle de la Porte certainement pour lui. Le docteur Van Lüdel, qui a fait une mission avec nous et me salue, le sergent Bates qui fait de même, le lieutenant Cadman et le doc, Leonetti qui va s'effondrer. J'ai passé trois heures avec lui à lui expliquer qu'il n'y était pour rien, alors que je l'avais engueulé deux jours plus tôt en l'accusant d'être responsable de la chute de Franck. Pauvre gosse. Pauvre Franck.
Je cède notre place dans la file pour être dans les derniers à passer. Des secondes de gagnées avec Eva. J'ai du mal à entamer la conversation et elle ne doit pas oser le faire.
- Eva je voulais vous remercier pour… ces derniers jours.
- Je n'ai pas beaucoup été là Evan.
- Oui mais. Quand vous l'avez été, vous avez été parfaite.
Plus qu'une personne devant nous. Elle entre, la porte du transporteur se referme, et c'est à notre tour. Nous voilà dans l'espace restreint qui nous a fait nous rencontrer, et qu'à l'époque je ne voulais pas prendre avec elle. Je pose mon sac par terre comme si le trajet allait durer longtemps, et je reprends :
- Vous…
M'attendrez ?
- … Je crois que le dîner tous les deux ce sera… pour quand je reviendrai.
Elle me sourit faiblement.
- J'attendrai.
Elle est formidable. Je ne sais pas lequel des deux esquisse le premier mouvement, mais l'autre suit avec certitude, et sans réfléchir nous nous retrouvons enlacés dans ce transporteur. Je voudrais la serrer encore plus fort que ce que j'ose maintenant, à la fois parce que la demi-heure qui va suivre va être pénible et à la fois parce que c'est elle. Nos corps sont parfaitement proportionnés : ma main tombe sur sa taille sans que j'ai besoin d'y penser, sa tête se place sur mon épaule sans qu'elle ait à la trouver. Elle a peu de poitrine et je peux l'attirer à moi toujours plus près. Elle a une main sur ma nuque. Mon cœur bat la chamade, le sien aussi. Je ferme les yeux.
J'ignore combien de temps nous restons ainsi. Sans doute près d'une minute, toute une éternité. Je choisis de me détacher, doucement, car il faut y aller.
- Allez.
J'appuie sur l'écran du transporteur, et nous changeons de lieu.
J'ai toujours une main posée sur la sienne. Ses grands yeux bleus me fixent, je veux encore lui parler.
- Tu feras attention à toi. La Cité est rarement calme longtemps, je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.
Ses yeux s'illuminent et son visage aussi. C'est tellement mieux quand je ne réfléchis pas.
- Et tu ne seras plus là pour me défendre. J'espère que le temps passera vite.
- Je l'espère aussi.
Sa main serre la mienne. Je sais qu'elle m'attendra. L'ouverture de la porte du transporteur m'empêche d'ajouter autre chose. C'est peut-être mieux comme ça. J'aurais eu encore plus de mal à passer la Porte, et puis à partir de maintenant le moment est consacré à Franck.
- Ah ! Major Lorne, me dit Zelenka qui vient d'ouvrir la Porte, décidément. Ils vous attendent en salle de commande.
- J'arrive.
Je reprends mon sac, murmure un dernier « A bientôt, prenez soin de vous », tandis qu'elle me répond « Courage ». Je vais rejoindre Weir tandis qu'Eva prend place dans l'assistance. Mon cœur se vide. C'est terrible, ça ne m'était pas arrivé depuis le lycée.
Durant la cérémonie, je ne la quitte pas des yeux. J'en suis conscient, et tout le monde doit s'en rendre compte. Elle ne regarde que moi aussi. Au moment de parler, mon discours est très clair, je commence hélas à en prendre l'habitude. Je ne fais que penser à Franck et à elle. Comme si on était deux à porter son deuil.
Je me rappellerai de son parfum, du soyeux de ses cheveux, de la finesse de sa taille. Je me rappellerai de notre étreinte, en en attendant d'autres. Je me souviendrai de son sourire, de sa voix, de ses yeux, et ce de toute mon âme, car le temps sera long. Au minimum six semaines. Toute une éternité.
La Porte s'ouvre avec fracas. C'est l'heure de la quitter des yeux. J'essaye de lui faire comprendre mon regret rien que par le regard, malgré les dix mètres qui nous séparent. Un soldat lance discrètement les affaires de ceux qui traversent à travers le vortex, et avec trois autres personnes, nous nous dirigeons vers la flaque bleue, le cercueil sur nos épaules, tandis que quatre autres nous suivent avec celui de Collins. De l'autre côté des moments pénibles m'attendent. Annoncer la mort de leur fils aux Weixiang ; les convaincre de lui organiser un enterrement militaire, et non pas chinois, conformément aux volontés de Franck ; réassister à l'enterrement. Faire un rapport à Landry. Attendre le Dédale. Penser à Eva. Heureusement que je vais pouvoir voir mes parents. J'ai dans mon sac des lettres d'elle à envoyer en Allemagne à sa famille. Je suis heureux de pouvoir lui rendre ce service.
Son image m'accompagnera dans toutes ces démarches. Je m'inquiète un peu, mais je me sens aussi plus solide quand je pense à elle. Je me sens perdu et solide depuis qu'elle est vraiment dans ma vie en fait. C'est un sentiment étrange.
Je crois que j'ai besoin d'elle.
Plus loin et dans un autre cerveau
Il était venu il y a trois jours, son rapport à la main. Rien qu'à me remémorer la veille son regard perdu devant cette infirmière, et ma mauvaise humeur due à Rodney s'était atténuée. J'avais rit intérieurement à ses demandes détournées pour apprendre quelques mots d'allemand. Ca me changeait les idées. Assurément, il faisait cela pour la jeune femme qui l'éblouissait quelques heures avant. A son accent, il avait été facile de deviner qu'elle était Allemande. Je ne savais pas le Major si romantique.
Je pense l'avoir bien aidé. Un homme qui va jusqu'à faire l'effort d'apprendre quelques mots de la langue maternelle de la femme qu'il courtise, et des mots tout à fait décents en plus, se doit d'avoir le maximum d'éléments en main. Je me devais donc de les lui fournir. Il faut aussi que j'avoue que j'aime bien les histoires d'amour qui finissent bien. Le major est brave et bel homme, pour ce que je le connais, et son infirmière a l'air extrêmement douce et jolie. Donc non, je n'encourage pas à la dépravation dans ma Cité.
Et puis quand je les ai vus tout à l'heure, dans la salle de la Porte, arriver ensemble puis ne plus se quitter des yeux, j'ai eu la certitude d'avoir fait une bonne chose. Il a pu se mettre avec elle juste avant la mort de son ami le capitaine Weixiang, je pense que ça l'a aidé. Difficile aussi d'entamer une relation dans ce contexte. Mais à la façon dont ils se regardaient, je crois pouvoir affirmer que la leur est solide, même si à mon avis ils ne sont ensemble que depuis quelques jours… et déjà séparés. Cet enterrement en était deux fois plus triste.
Peut-être que je me débrouillerai avec Carson pour laisser à cette jeune femme son jour de libre quand il reviendra. Oui, je ferai ça, j'ai toujours aimé les histoires d'amour.
Non je ne sais toujours pas faire court. Ca se soigne ça ? Ca se travaille surtout. Je vais essayer alors, mais les avis aident toujours à s'améliorer ;)
