Merci à mes revieweuses !
Honte sur moi, j'ai oublié la dernière fois de dire que si ce chapitre était tout beau tout parfait c'était grâce à Miyu, qui m'a bien conseillée pour le rendre lisible ! Merci Miyu !
Bon ben voilà la suite (mais pas encore la fin) du volet "Le Baiser".
Je la relâche, pendant que les infirmiers se tournent vers l'autre porte, attirés par les cris. Eva se retourne, et nous avons à peine le temps de nous sourire, brève parenthèse de douceur dans le chaos ambiant, qu'une nouvelle catastrophe arrive. La porte qui donne sur la salle s'ouvre avec fracas. Ou du moins tente de s'ouvrir.
Fracas, c'est parce qu'en s'ouvrant elle a fait chuter le type qui se trouvait derrière, à savoir un des deux infirmiers et avec lui tous les flacons de verre de la boîte de vaccins qu'il tenait encore dans les mains. Tente de s'ouvrir, c'est parce que l'autre infirmier a eu le réflexe de se jeter sur la porte pour tenter de la refermer, ce qui est d'avance peine perdue. Il résiste en criant des injures aux miliciens de l'autre côté, et le temps qu'ils prennent le dessus et finissent par vraiment entrer, je suis déjà parti avec Eva.
Dans l'escalier de service, nous courrons le plus vite possible. On ne nous suit pas. Arrivés au premier étage je l'arrête :
- Ils ne savent pas que je suis là, ils ne savent pas que vous vous êtes enfuie par cet escalier, ce sont des vêtements civils ?
Je lui désigne le paquet qu'elle a dans les mains. Elle me dit oui, je lui réponds qu'il faut les enfiler maintenant. En une minute, j'ai adhéré au plan de Burns et de Beckett : tout ce qu'il reste à faire puisque les autres sont prisonniers, c'est rejoindre les rebelles. Pour espérer contacter Weir. Sinon il faudra compter sur le Dédale.
Eva me guide vers une porte battante, et nous quittons le calme de l'escalier de service pour nous lancer dans un couloir animé. Des blessés par balles, par éclats d'obus, sont dans tous les coins, à crier, tandis que ceux qui tiennent debout courent de l'un à l'autre.
Eva entre, sûre d'elle, dans une pièce. C'est un dépôt de lingerie, et comme l'hôpital est surchargé en ce moment, deux personnes bandées et soignées s'y reposent. Pour le coup, c'est vraiment très exigu.
- Excusez, c'est encore moi.
- Je vous en prie mam'zelle c'est toujours un plaisir !
Elle choisit deux tenues dans le paquet qu'elle porte et m'en tend une.
- Vous me dites si ce n'est pas votre taille, il y en a plein d'autres ici.
Elle pose le reste et retire sa veste. Le polo suit juste après sous nos yeux abasourdis. Je me retourne. Dieu merci, elle a un débardeur. Je vois du coin de l'œil les autres types qui ne perdent pas une miette du spectacle, et les entend pousser des « ah » et des soupirs. Eva intervient :
- S'il vous plaît, pourriez-vous…
- Vous pourriez la laisser, les gars ? On sort, allez !
Les deux lubriques se lèvent en grognant tandis que je leur ouvre la porte, passablement énervé. Je referme et me retrouve face à Eva, qui vient d'enfiler le haut de sa nouvelle tenue. Elle me regarde bizarrement, les joues rouges.
- Quoi ?
- Vous ne sortez pas aussi ?
- … Heu… Si excusez-moi…
- Non non reste !
Rouge de honte sans doute, j'attrape les vêtements qu'elle m'a sortis pour les mettre. On se tourne le dos.
- On va rejoindre les rebelles ?
Je souris :
- Quoi, toi aussi tu es acquise à leur cause ?
- Bien sûr. Sais-tu ce que fait le gouvernement ?
- Oui, Beckett et les autres m'ont raconté.
- Alors on va les rejoindre ?
J'ai fini de m'habiller et me redresse.
- Oui, c'est la meilleure chose à faire. Les autres sont pris en otages, on ne peut pas les aider.
- Tu peux te retourner, c'est bon.
Elle porte une jupe brune, ça lui va bien, et une chemise similaire à la mienne. Sur nos deux dos et sur la poitrine se trouve le sigle qu'affichent les ambulances. Nous sommes en uniformes d'infirmiers.
Je reviens vite à la réalité et glisse mon Beretta et ma radio dans ma ceinture, sous la chemise. Je lui tends mon couteau, au cas où. Le reste je suis hélas obligé de le laisser ici.
- C'est lourd. Qu'est-ce que je dois en faire ?
Puisqu'il ne tient pas dans sa ceinture je lui montre comment l'attacher à la cuisse, et me retourne encore une fois tandis qu'elle l'attache elle-même sous sa jupe. Ce n'est pas l'envie de la regarder qui me manque.
- C'est bon ?
- On peut y aller.
- J'espère les types que j'ai mis dehors n'ont pas alertés les miliciens…
- Il suffisait de leur dire de se tourner vers le mur, tu sais…
Je lui jette un regard qui dit qu'elle n'a pas tort, et nous sortons. On croise devant l'embrasure les deux gars en question, qui me font remarquer, railleurs, que j'ai fais drôlement vite avec elle. J'espère qu'Eva ne comprend pas toutes les subtilités de la langue anglaise. Nous fonçons vers le rez-de-chaussée.
Prévisible : dans le hall d'entrée principal des miliciens passent tout le monde en revue. Heureusement pour nous, c'est la cohue : les biens portants veulent sortir, les blessés veulent entrer et les bombardements s'ajoutent au brouhaha. Je choisis de profiterdu bazar ambiant pour filer par ici. Elle s'accroche à moi pour ne pas me perdre. Et comme je n'ai pas envie de la perdre aussi, je la prends par les épaules et nous nous lançons dans la foule.
Je sens qu'on retire quelque chose derrière mon dos et ait soudain la certitude d'être plus léger : troisième truc qui ne me plaît pas aujourd'hui.
- Merde !
- Quoi, me fait Eva ?
- On m'a tiré mon Beretta.
Elle ne comprend pas.
- Mon revolver ! On me l'a volé dans la mêlée ! Avance plus vite, soit on va se faire coincer, soit il va y avoir du grabuge dans pas longtemps.
Nous forçons un peu plus la foule, la sortie n'est qu'à quelques pas. Je m'en veux de m'être fait avoir comme ça, elle est devenue ma priorité, j'en oublie les règles de survie. Comment la protéger si je n'ai plus rien ?
- Stop ! nous arrête un milicien, juste devant la porte. Nous recherchons une femme. Blonde.
- Mais elle, elle est avec moi.
Par chance il est de mon côté et non de celui d'Eva, il ne la voit pas vraiment. Elle a la tête baissée, ce qui n'est pas forcément une bonne chose car cela paraît suspect.
- Mouais…
Tout le monde pousse derrière : on bloque, il va nous laisser partir oui ?
- Laissez, ballat, ils doivent aller avec nous.
Le gars qui a parlé est un autre milicien, qui nous fait signe de le suivre. Nous n'avons pas le choix, au moins l'autre nous lâchera. Nous lui emboîtons donc le pas, et il nous mène jusqu'au « parking », devant une sorte de camionnette marquée du sigle de l'hôpital.
- Montez, dès que c'est plein on vous emmène, fait-il en nous désignant le véhicule.
Eva hésite. Comme le milicien repart, je me tourne vers l'arrière de la camionnette : une demi-douzaine d'infirmiers et une ou deux infirmières s'y trouvent.
- Il nous emmène où ?
- Au front mon gars. On est réquisitionnés pour s'occuper de leurs blessés.
- Je vais me tirer vite fait ouais, lance un autre.
Une bonne chose, ça va nous rapprocher des rebelles. On sautera en route, si c'est possible.
Je grimpe et Eva me regarde avec effarement, je ne suis pas sûr qu'elle suive mon idée. Je l'aide à monter et nous nous installons sur l'une des banquettes. Sa main presse mon bras un instant après. Je me tourne vers elle et suit son regard.
A quelques mètres de nous passent Burns, mes hommes, le doc et son équipe, encadrés par des miliciens. Ils montent dans un camion. Je crois bien que le doc nous a aperçus. Il faut définitivement que nous réussissions à joindre les rebelles.
D'autres infirmiers arrivent encore. Nous ne devons être pas loin d'une vingtaine, on est obligés de se mettre debout et de se serrer, et nous sommes hélaspoussés vers le fond du camion. Pour sauter c'est fichu. Eva est effrayée, complètement dépassée, je me rends compte qu'elle perd ses moyens dans une situation inhabituelle. A moins qu'elle ne se repose totalement sur moi, mais à mon avis, si je n'étais pas là elle se serait fait attraper depuis belle lurette. On se serre pour que tout le monde entre, ça se bouscule, ça force. Je la place contre la paroi qui donne sur le poste du conducteur et me place devant elle, un bras de chaque côté de sa tête, lui laissant ainsi un petit peu d'espace pour respirer, et pour la protéger. Il rentre encore et toujours des infirmiers, le camion est blindé, sans doute entre vingt-cinq et trente personnes. Nous démarrons enfin, juste au moment où un tir de mortier plus audacieux que les autres explose trois voitures derrière nous. Eva ne pourrait pas plus ouvrir les yeux. Elle est paniquée, elle se contrôle au maximum. Nous nous lançons sur la route, en direction de ces tirs.
- … Je suis rentré hier…
- … Quoi ?
- Je suis rentré hier.
J'essaye de lui faire penser à autre chose, mais le bruit du moteur couvre en partie ma voix.
- Ah…
- Je t'ai cherchée.
Je ne sais pas si elle ne m'entend pas ou si elle ne m'écoute pas, mais ses yeux restent fixés sur l'arrière du camion, d'où elle peut voir la route défiler.
- Mon séjour s'est bien passé. J'ai pu poster tes lettres.
Silence. J'abandonne avec un soupir. Elle réagit avec deux secondes de retard à ce que je viens de dire.
- Merci… Ça a été avec… les parents de Franck ?
- Pas trop non.
- Mm…
- … Mais il a pu avoir un enterrement militaire. Sa mère n'a plus goût à rien.
Elle est repartie dans le vague.
- Eva ?
- On n'y arrivera pas Evan.
- Quoi ?
- On n'y arrivera pas.
Je me retourne pour voir le paysage qu'elle regarde. Nous roulons au milieu de gravats et de ruines. Elle a les larmes aux yeux.
- Tu aurais du partir seul, je…
- Non.
Je lui attrape le menton pour qu'elle se tourne vers moi, et passe une main sur sa joue. Nos visages sont très proches, ça fait longtemps que j'attendais ainsi de me perdre dans ses yeux.
- Ça va aller, Eva. On s'accroche et ça va aller. Je ne te lâche pas d'une semelle.
- Mais… tu n'es même pas infirmier !
- Et bien tu m'expliqueras comment être crédible.
Je continue à caresser son visage, j'aurais préféré que ce soit dans une autre situation, mais je me promets que ça arrivera plus tard. Je pourrais faire ça toute ma vie. Ses yeux s'embrument et elle baisse la tête. Nos retrouvailles ne sont pas celles que j'espérais.
Un soubresaut plus violent que les autres fait chavirer tous les passagers.
- Aïe !
- Désolé.
En me rattrapant à la paroi j'ai accroché ses cheveux. Pas le temps pour lui demander comment ça va : nous sommes arrivés.
- On descend on descend on descend ! Allez allez allez !
Le disque rayé est un milicien qui ne doit pas mesurer plus d'un mètre soixante. Droit et fier, il tient dans ses mains une mitraillette locale, et a à ses côtés un collègue aussi grand et costaud que lui est petit et malingre.
La troupe d'infirmiers se regroupe au-dehors, et notre camion repart en nous laissant seul avec ces deux types. On devrait pouvoir s'enfuir facilement. Le seul bâtiment entier à proximité est une bâtisse grise de plain-pied, vers laquelle ils nous poussent. Le son strident d'un obus qui tombe nous fait lever la tête : nous sommes en plein bombardement.
- Allez allez allez !
Le petit criard prend Eva par le bras pour montrer le chemin à tout le monde, tandis qu'une explosion se produit à un bloc de là. Me voilà obligé de suivre. Nous entrons dans le bâtiment, suivons un grand couloir, et arrivons dans une salle sombre au plafond très haut, avec de minuscules fenêtres. Des lits de fortune s'y trouvent, ainsi que du matériel médical, mais aucun patient.
- On va vous amener les blessés, braille toujours l'agité. Ne bougez pas !
- Vous ne pouvez pas nous laisser ici ! crie un infirmier.
- On va se faire tuer !
Les bombes pleuvent autour de nous, faisant trembler les murs. Je confirme qu'être comme ça à l'intérieur n'est pas une bonne idée.
- Nan nan nan vous RESTEZ ICI.
Voyant que tout le monde gronde et s'agite, il brandit sa mitraillette. A deux contre trente, je serais embêté aussi.
- Oloooom !
Son collègue dont nous ignorons toujours s'il est muet ou non se rapproche.
- Attache-les.
Les infirmiers paniquent, commencent à gagner la sortie, mais un tir de mitraillette arrête tout le monde. Il a tiré dans le tas. Il y a un corps à terre.
- ATTACHE TOUT LE MONDE !
Tandis que le petit veille à ce qu'on reste calmes, le costaud nous accroche deux par deux aux cadrans des lits. Je me débrouille pour être menotté avec Eva. Elle est toute tremblante. Le gros repart dans le couloir, le petit se met à arpenter la longue salle. De nouvelles explosions se font entendre, un infirmier à l'autre bout de la salle se met à vociférer contre le milicien, le gouvernement et l'Humanité entière. Ça occupe notre petit gardien.
- Eva !
- On ne va jamais pouvoir sortir…
- Eva !
- Pourquoi ils nous ont attachés ? On ne va pas pouvoir sortir…
Sa voix tremble. Je perds patience parce que nous n'avons pas beaucoup de temps :
- Bon sang… Arrête tu veux ? C'est pas le moment, on doit se tirer de là, alors on ne baisse pas les bras !
Elle me regarde un peu abasourdie. Au moins j'ai l'impression que ça la fait réagir.
- Tu as encore le couteau que je t'ai passé sur toi ?
- Oui…
- Alors prends-le.
Elle commence à remonter sa jupe avec sa main libre. Le vêtement est long, ça prend du temps.
- Tu y arrives ?
- Non, je ne peux pas relever le tissu et l'attraper en même temps…
- Ne bouge pas.
Moi, avec ma main libre, je décroche l'arme blanche de sa jambe. Sans lui demander son avis, mais ça je ne m'en rends compte que quand ma main tâtonne sur sa cuisse à la recherche du couteau. On fait les choses un peu à l'envers, tous les deux…
Je ne vois pas ce que je fais, mais je finis par l'attraper. J'ose à peine la regarder, mais je devine qu'elle est bien rouge. Je m'attaque aux menottes. En vérité ce sont de lourds bracelets comme ceux utilisés au Moyen Age. J'aimerais dévisser les verrous, mais avec une seule main ce n'est pas facile. Je procède autrement et lui demande de me tendre son poignet entravé : je vais faire levier et entrouvrir le bracelet, et comme elle a les mains fines et que ça joue déjà, elle devrait réussir à se dégager. J'y vais doucement pour ne pas la blesser, tout en me félicitant qu'elle ait retrouvé son esprit combatif. En même temps avec moi elle n'a pas le choix.
Une explosion, tellement proche que de la poussière tombe du plafond. Ça me fait rater mon coup : la lame sort de la fente où j'avais réussit à la glisser.
- Merde !
Il faut repartir de zéro.
Je vois le poing de mon Eva qui se serre et elle s'agite. Elle a le souffle coupé et les larmes aux yeux, elle se crispe. Pourquoi ?
Je me rends alors compte que comme elle avait commencé à se dégager, la peau de sa main est restée pincée entre les deux parties des menottes. Mince mince mince de put… de bord… de m… ! Je rouvre en deux secondes, et tandis qu'elle porte sa main libre à sa bouche pour se mordre et se retenir de crier, je réussis à entrouvrir suffisamment le bracelet pour la dégager et qu'elle revienne à sa position initiale. Elle est en larmes. Je décide d'arrêter la tentative pour le moment et laisse les menottes se refermer dans un « clac » sec.
- Je suis désolé, vraiment désolé, ça va ?
J'ai une main sur son épaule, et elle hoche la tête, à mon avis juste pour me faire plaisir. Nous entendons alors résonner la voix aiguëqui nous insupporte tous :
- Qu'est-ce que c'est que ce bruit ?
Le claquement de la menotte qui se referme n'a pas échappé au milicien qui se rapproche de nous. Changement de plan.
- QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE BRUIT ?
- C'est ici, m'sieur.
Il se rapproche de nous. Je me mets devant Eva pour ne pas qu'il la voit toute larmoyante, et passe le couteau dans ma ceinture, dans mon dos.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Mes menottes, m'sieur, elles claquent c'est bizarre.
Et alors qu'il se rapproche imprudemment pour jeter un œil, je le prend par le col et le jette par terre. Sa tête tape, il s'assomme, c'est encore plus facile que ce que je pensais. Il a sur lui les clés de nos entraves, que lui a passé le gros tout à l'heure. Je me libère, libère Eva et lui passe les clés en lui demandant de délivrer tous les autres. Pendant ce temps, je vais m'occuper du deuxième milicien, armé de la mitraillette du premier.
J'entrouvre la porte qui donne sur le couloir. Il fait les cent pas, lentement, ignorant les flashs des explosions dans l'obscurité de la fin du jour. Dehors, il s'est mis à pleuvoir, une pluie lourde et drue. Mauvais point pour moi : le dernier obstacle avant la sortie mesure plus d'un mètre quatre-vingt-dix et doit peser plus de 120 kilos. Il va être dur à maîtriser, je préférerais ne pas tirer, ce n'est pas ma guerre. Dès qu'il est loin de la porte, je le mets en joue.
- Lâche ton arme.
Il ne bouge pas. Je répète, et il me tire dessus. Je finis par faire de même, abrité derrière la porte. Au bout d'une minute, nos deux chargeurs sont vides : c'est tellement le bazar ici qu'ils n'ont même pas assez de balles pour un vrai combat ! Je le somme de nous laisser passer, cela ne rime à rien. Pas de réponse. Le colosse et moi nous regardons un moment. D'un commun accord, nous nous dirigeons l'un vers l'autre, d'un pas décidé. Il remonte ses manches, je sors le couteau, ce qui le fait réfléchir deux minutes, après quoi il sort son revolver. Il ne me reste plus qu'à courir vers lui avant qu'il ne l'arme. J'évite un coup, arrive à lui passer la lame sous la gorge une fraction de seconde avant de me prendre son coude dans le ventre. Je reviens à la charge, quand les vitres explosent dans un vacarme assourdissant et une lumière aveuglante. Je me retrouve à plat ventre. Une douleur fulgurante me traverse la poitrine. Le temps que je reprenne mes esprits il est déjà sur moi. Les vacances sont mauvaises pour mon entraînement.
Je suis sur le dos, lui à genoux sur moi, un revolver sur ma gorge. A ses yeux, je sais qu'il peut tirer. Je tâtonne à la recherche du couteau que j'ai laissé tomber. Il appuie encore son canon sur mon cou, et j'arrête de bouger. Adieu Eva.
Un cri tout d'un coup : mon prénom. On se retourne tous les deux pour voir Eva qui vient de sortir dans le couloir, suivie de tous les infirmiers. Le temps que le garde s'étonne, j'ai attrapé ce que je cherchais, et je lui enfonce la lame dans la poitrine. Je cogne sur un os, le sang gicle, le gars me regarde abasourdit, avant de tomber lourdement sur le côté. Je me dégage, qu'est-ce qu'il est lourd !
Des infirmiers m'aident à me relever, et courent vers la sortie. Eva est toujours debout au milieu du couloir, tétanisée. Je récupère le revolver du garde, puis prends sa main dans la mienne, poisseuse, pleine du sang de l'autre, et je la tire vers la sortie, tandis qu'elle me demande dans un souffle s'il est mort.
Dehors, c'est une pluie d'eau froide et de bombes. Nous suivons les autres qui courent dans les ruines, ils ont l'air de savoir où aller. L'un d'entre eux m'assure que c'est par là qu'on traverse la rivière. On entend, si proches, les sifflements des bombes qui tombent. Eva court comme un automate, elle s'envole pour sortir d'ici. C'est son premier bombardement. Je ne la lâche pas, elle serre ma main à m'en faire mal. Nous accélérons, suivant toujours les autres, et débouchons sur un quai, devant un fleuve. De l'autre côté se trouvent les rebelles. Il faut traverser. Nous avons pris du retard sur le reste des fuyards, la pluie nous trempe. Nous longeons des maisons éventrées, qui ont subi un pilonnage intensif et le subissent encore, mais au bout de dix minutes, Eva et moi sommes obligés de nous arrêter. Ce n'est pas sa faute, c'est la mienne. Je n'arrive plus à reprendre mon souffle, une douleur me lance à travers la poitrine. Nous sommes définitivement distancés par ceux que nous suivions.
Je m'arrête là, la suite suivra dans pas trop longtemps.
Ca vous va comme récit ?? Ca change beaucoup des premiers chapitres, si vous avez tout lu, je réclame votre avis, ce sera pour m'améliorer !
