Susdei ! Aujourd'hui c'est férié pour vous (Toussaint), vous allez avoir le temps de lire. Hier c'était ferié pour moi (Anniversaire du Roi-Père), j'ai eu le temps d'écrire, et je profite du décalage horaire pour poster à une heure décente...

Voici donc un dernier chapitre (qui sera finalement le dernier). J'espère que vous trouverez votre bonheur...

SPOILER SUR MA VIE si ça intéresse quelqu'un: Je m'excuse pour le retard dans les derniers chapitres de mes fics : depuis mai il m'a fallu finir mon mémoire, travailler pour financer mon voyage, faire 2000km au Vietnam, me poser au Cambodge, où je suis toujours et où je mène une vie intense de chercheuse en histoire - étudiante à l'Université Royale - prof de Français. Plus trop de temps pour une ''carrière'' d'auteure de fic...


Les jours suivants sont tranquilles. Ma fièvre tombe définitivement. La douleur s'atténue. Je dessine, je réfléchis : elle reste quelques jours sur la planète. Ca me laisse le temps de faire le point. Je décide de laisser venir : on verra comment ça se passe à son retour. Ca ne sert à rien de ruminer dans le vide.

Les femmes sont trop compliquées. Surtout les Européennes. Franck me manque affreusement.

Troisième jour. Il fait beau, je sors enfin de mes quartiers, pour passer une heure au mess à reprendre quelques kilos, sur ordre de Biro. Mais le cœur et l'envie n'y sont pas. Comme je veux rester encore un peu seul, me voilà sur un balcon, devant le chevalet que j'ai ramené de la Terre. C'est parti pour réaliser les bonnes résolutions : je me fais un après-midi peinture. J'aurais préféré qu'il se fasse avec Eva. Tant pis, je dessine en solo un bout de tour, l'esplanade sur la mer et l'océan. Pour faire carrément la Cité on verra plus tard, quand j'aurais repris la main.

Pas trop mal. Je m'attaque à la couleur. Le soleil commence à décliner, ça peut être joli, mais je risque de finir dans le noir.

Vouch ! La porte s'ouvre derrière moi.

- Arrêtez de me harceler, Leonetti, j'ai dis que je vous pardonnais. J'ai dit aussi que je voulais être seul alors…

Je me fige en me retournant. Ce n'est pas Leonetti. C'est Eva, elle est rentrée. Elle est encore en uniforme.

- Excuse-moi Evan, je ne savais pas. Je vais te laisser alors…

- Non !

Elle arrête son mouvement. C'est le moment de dire ce que je veux :

- Toi, tu peux rester. Enfin, si tu le souhaites.

Elle esquisse un sourire et se rapproche. Je comble le silence :

- Tu trouves ça comment ?

- C'est superbe. Tu dessines toujours aussi bien.

- C'est un peu rigide je trouve. Tant pis, ce n'est que le premier.

Silence encore. Je continue à étaler mes couleurs en même temps, ça me donne une contenance.

- Tu viens de rentrer ?

- Oui. Je venais prendre de tes nouvelles.

- Ca va mieux. Ca a été ?

- Très bien. Nous sommes revenus accompagnés de chefs rebelles : ils vont voir avec le docteur Weir quel serait le meilleur type de gouvernement à instaurer.

- Et le petit ? Tu as pu le voir ?

- Non.

- Oh il va vite nous oublier.

Elle corrige en souriant :

- Ne crois pas ça ! J'ai rencontré un de ses frères : il n'arrête pas de parler de toi. Plus tard il veut être major et travailler dans le Dédale.

- Nous rions. Ca faisait longtemps. Ca fait du bien. On se sourit, je sens qu'elle va rester. L'occasion peut-être de discuter un peu, de la reconquérir. Après tout c'est elle qui est venue me voir. Elle me désigne timidement le tableau :

- Tu m'apprends ?

- Avec plaisir !

Il est trop tôt pour lui dire que j'ai ramené du matériel en double lors de mon dernier voyage, pour elle. C'est très bizarre d'ailleurs que j'ai osé amener ça. Je lui tends mon pinceau.

- Mais je vais gâcher ton travail…

- Non non : c'est le premier depuis pas mal de temps, il n'aurait pas été parfait de toute façon.

Elle retire sa veste et se rapproche, prenant place devant la toile.

- Qu'est-ce que je fais ?

Je lui explique ce que je voulais peindre, lui demande si elle est d'accord. Elle acquiesce en me disant que c'est moi l'expert. J'adore la revoir sourire.

- C'est bon comme ça ?

- Mouille un peu plus.

Elle s'applique. Je lui tiens la palette.

- Tiens plus près ton pinceau, tu auras plus de précision.

Sans réfléchir je pose ma main sur la sienne pour lui montrer. Le contact de nos peaux nous fait tous deux frissonner. Je veux la laisser, mais ses doigts libres s'entremêlent aux miens. Je reste. Je la guide, et finis contre son dos pour que la position soit bonne, en laissant quand même quelques centimètres entre nous. Je ne suis absolument pas concentré : j'ai sa main sur la sienne, l'autre se retient de se poser sur sa taille… Qu'est-ce qui est en train de se passer ? A quoi pense-t-elle ?

- Ce qui est sûr, c'est qu'elle est en train de m'offrir une chance. Evidemment je la saisis :

- Je suis désolé d'avoir été abominable sur cette planète.

- J'ai été complètement amorphe.

- Je t'ai enguirlandée sans raison.

- J'ai été lâche.

- Je me suis comporté comme un imbécile. Comme un militaire…

- … Et moi comme une idiote, une femme blasée.

- … Eva je ne comprends plus.

J'ai lâché sa main pour me mettre face à elle. Sans m'en rendre compte, je l'ai même prise par le bras pour la forcer doucement à se tourner pour me regarder. Elle a un temps d'arrêt pendant lequel ses yeux ne quittent pas les miens. Elle pince les lèvres, baisse les yeux un fragment de seconde puis les plonge dans les miens :

- On se connaît peu, nous deux.

Je hausse un peu les épaules, lui montrer que je suis d'accord. J'attends surtout la suite. Elle cherche ses mots en tortillant le pinceau qu'elle tient toujours entre ses doigts :

- Un mois et demi c'est long, et je me suis rendue compte que… - elle lève les yeux en l'air - wie kann ich das erklären ?

- Tu as rencontré quelqu'un d'autre ?

Ce qui serait plausible, mais en totale contradiction, de mon avis, avec les dernières minutes que l'on vient de partager sur ce balcon. Elle fronce les sourcils :

- « Quelqu'un d'autre » ?

J'ai dit « quelqu'un d'autre », comme si on était déjà ensemble. Hum…

- Non ! Ce n'est pas ça, c'est juste que… enfin j'ai beaucoup pensé à toi…

- Moi aussi.

Je l'ai interrompue. Elle me sourit un peu mais je la sens embêtée.

- Quoi ?

- Mais je… Elles me disaient toutes que j'idéalisais, que la distance ça n'arrangeait rien, qu'il fallait attendre…

Ses collègues s'en sont mêlées, super…

- Mais on peut attendre, Eva. J'ai patienté un mois et…

Là, c'est elle qui attend la suite. Et il pèse soudain sur mes épaules tout le poids d'être un homme qui suit encore un peu les traditions, toute la masse de responsabilités qui s'attachent à mon rôle, tout ce courage qu'il faut pour faire ce que c'est moi qui doit faire : la Déclaration.

Mettez à part l'accouchement et le truc qui arrive tous les 28 jours, et vous verrez que le moins marrant, c'est d'être un homme. Et pas seulement parce que nous on doit se raser tous les jours et qu'on vit moins longtemps.

… Ok, j'ai fait abstraction de l'allaitement, de la préparation des repas en rentrant du boulot tandis qu'on fait faire les devoirs aux enfants, et du machisme ambulant. Mais c'est moi qui paye les études à l'université.

Je reviens à ce que je dois faire. Je m'y prépare un peu depuis un mois. Je pose sur le banc la palette de peinture que j'ai gardé, respire un bon coup, et c'est parti :

- Ecoute. Depuis que je t'ai rencontrée…

C'est cliché. Formidable : une phrase et je m'enfonce déjà. En tout cas elle est très attentive.

- Depuis que je t'ai vue… Enfin pas tout de suite la première fois dans le téléporteur non plus, mais plutôt après, quand on a plus discuté…

Ses grands yeux bleus sont accrochés aux miens. Je me dis que ce serait plus simple si au lieu des mots je me lançais dans des gestes : je l'attrape furieusement par la taille et l'embrasse comme personne ne l'a jamais embrassée.

Seulement je ne me vois pas faire ça, pour la simple et bonne raison que je l'ai déjà fait une fois et que ça s'est mal passé. Donc je reste à réfléchir à ma phrase. Muet, quoi.

- …

Elle laisse passer deux secondes de silence, pendant lesquelles elle pose à son tour le pinceau sur la palette, puis attend. Le truc, c'est qu'elle a mis mon compagnon de travail tête en bas : les poils vont s'écraser. C'est complètement idiot de penser à ça maintenant mais pour le coup je me suis presque détourné de mon discours. Ou alors c'est un moyen de le remettre à plus tard.

Elle finit par reprendre mes paroles :

- Quand on a plus discuté…

- Oui, quand on a plus discuté, je me suis dit que, quand même,…

- … j'étais…

- … tu étais… » - oublie ce pinceau - « super. Et après…

- … les autres fois où on s'est vus, tu as pensé que…

C'est elle qui me souffle les mots, je rêve. Elle est vraiment tombée sur un nul, elle qui doit tout faire.

- J'ai pensé que…

- Ca se confirmait ?

- Que tu me plaisais vraiment. J'étais – je suis vraiment bien quand je suis avec toi et j'aurais voulu que – ça aille un peu plus loin. Je voudrais pouvoir essayer… Tenter quelque chose. Nous deux… Parce que…

Je la regarde franchement mais je n'ose pas sourire :

- Ben je le sens vraiment bien.

Si je n'étais pas aussi occupé à tenter de décrypter ce que ses grands iris essayent de me faire comprendre, je me rendrais compte que sa respiration à elle aussi s'est accélérée. Je lâche une dernière phrase :

En fait j'ai pensé à ça au moins une fois par jour pendant un mois et demi. Ca m'arrive pas tout le temps ce genre de choses. Penser à une femme. Un mois et demi. Tous les jours.

- Moi aussi.

Elle a toute mon attention. C'est à elle de parler.

- Moi aussi. Tous les jours. Et… donc il y a ce côté « idélaïsation »…

C'est à elle d'avoir du mal, c'est donc à moi de prendre le relais :

- Idéalisation. Oui, je pense que c'est normal de l'avoir, mais qui c'est, c'est peut-être pas si loin de la réalité !

Faut que je me vende, c'est peut-être ma dernière chance. C'est plus facile à faire quand on a déjà exprimé ses sentiments : il ne peut pas y avoir d'ambiguïté.

- Idéalisation, oui, donc, et elles m'ont toutes prévenues, et je ne voulais pas y croire, elles me disaient que tu restais un militaire, que comme tous les hommes de cette Cité, ce que tu voulais, c'était trouver quelqu'un pour ne pas être seul ici et pouvoir avoir des massages en retour de mission…

- C'est quand même un peu plus profond que ça…

- Et puis il y a eu cette mission sur cette planète et… je dois dire que…

Ah ben vu comme ça oui je comprends. Je soupire :

- Oui, en effet. Ca n'a pas été pour les démentir.

- Voilà.

- L'enguirlandage, le fait que je te saute dessus, oui je comprends… Mais faut pas se limiter à ça Eva… On n'aurait jamais du se retrouver ensemble en pleine guerre, c'était pas… c'était pas prévu. Ca ne devrait jamais arriver. Et puis j'avais tellement peur pour toi que j'ai un peu paniqué aussi, en plus quand je suis blessé je…

- Mais ce n'est pas grave tout ça.

Je m'arrête pour l'écouter. Je ne sais pas du tout ce qu'elle va dire.

- Je veux dire : sur le coup j'ai été assez déçue, je dois avouer, en effet, de voir que ce que les collègues m'avaient dit se réalisait, que tu profitais de la situation,…

J'ouvre la bouche pour protester mais en fait je me demande si elle n'a pas raison. Je n'ai rien à dire pour ma défense.

- Mais en y réfléchissant après coup, je me suis dit que… Que tu avais fait ton travail : me secouer pour qu'on s'en sorte vivants, qu'il était normal que tu sois énervé parce que tu étais blessé, que tu cherches un peu de réconfort, même si je ne l'imaginais pas… comme ça.

- J'embrasse plus délicatement d'habitude.

- Mais je me suis surtout rendue compte pendant cette journée que…que tu étais un militaire.

… Ah ben oui. Mais ça je ne lui ai jamais caché.

- Que tu risquais ta vie tous les jours sur d'autres planètes, qu'en temps qu'officier tu mettais ta vie en avant par rapport à celle des autres,…

- Que je tuais certains gars des fois.

- Oui… Oui, ça s'est plus facile à… rejeter… abstraire…

- Faire abstraction.

- A faire abstraction, merci, quand on est loin. Mais cette fois j'étais là.

Je soupire et mets les mains dans mes poches : pour le coup je ne suis pas prêt de les poser sur elle.

- Qu'est-ce que je peux te dire, Eva ? Tu savais tout ça, tu t'en es juste mieux rendue compte parce que tu as été sur place. Mais c'est mon boulot depuis plus de 10 ans et… et mon but en le faisant ce n'est pas de tuer des gens ou de détruire des sociétés, c'est de me sentir utile – même si il arrive que je fasse plus de mal que si j'avais une trousse de soin dans les mains, je le reconnais. J'aime mener mes hommes, bouger, découvrir des nouveaux endroits- et avec le programme Stargate je suis servi- aider les populations, les protéger, échanger avec eux, et si je pouvais le faire autrement qu'avec une arme entre les doigts, crois-moi je le ferais. Seulement, militaire c'est un tout, c'est mon métier et… j'aime ça. Je serais pas ce que je suis si je n'avais pas fait 12 ans d'armée avant.

J'ai parlé d'un ton posé et calme, mais je pense que ma déception a transparu. Au moins ça c'est une chose que j'arrive à lui expliquer sans bafouiller : pourquoi je me suis engagé et pourquoi en général, je suis heureux de me lever le matin pour travailler.

Elle hoche la tête :

- Je sais tout ça Evan. On en a un peu parlé.

- Tu t'es plus rendue compte en « direct » de la réalité de ma profession.

- C'est surtout que je me suis rendue compte qu'on n'aurait jamais une vie de couple normale.

Je sursaute : le plus, elle a parlé de « nous » et de « vie de couple », le moins : elle a mis la phrase au conditionnel.

- … J'ai déjà donné là-dedans Evan.

C'est vrai, elle m'en a touché quelques mots. Je sais qu'elle a eu un petit ami médecin sans frontière pendant quasiment une année. Ils s'étaient à peine vus.

- Toi sur une planète et moi ici, quand ce n'est pas l'inverse. A supposer qu'on arrive à avoir les mêmes congés. Tes risques quotidiens. Considérer qu'on va mettre 4 mois à se connaître comme les autres couples mettent 15 jours à se connaître. A peut-être craindre que tu rencontres quelqu'un d'autre sur une planète.

- Il n'y a pas de risque Eva.

- Je sais. C'est bizarre mais je sais que ça, ça n'arrivera pas. Mais être malheureuse quand tu seras loin, avoir peur pour toi…

- … Je comprends.

Ils attendaient des semaines, avec son ex, pour arriver à se voir. Ils n'ont jamais réussi à mener un seul projet ensemble tous les deux, à monter leurs vacances, car l'un ou l'autre était toujours parti. Il a fini par se détacher pour se préparer à passer à autre chose, elle s'est accrochée pour continuer à y croire.

- Mais ce n'est pas vraiment comme si toi tu étais en Amérique du Sud ou moi toujours au Cambodge, ajoute-elle.

- Non, il y a juste plusieurs années-lumière de distance quand je franchis la Porte.

Elle sourit un peu. Je la sens émue, sa voix tremble. J'ai envie de la prendre dans mes bras pour lui murmurer que ce n'est pas grave, tant pis, je suis juste affreusement déçu. Mais ce n'est pas une action logique quand on est en train de se prendre un méchant râteau. Elle reprend mais elle ne me regarde pas.

- Et puis ce n'est jamais facile mais là pourtant alors que ce serait si simple de laisser tomber, je n'y arrive pas. Je sens que ça peut marcher, et puis toi tu as l'air d'y croire et je n'ai qu'une envie c'est te suivre, vérifier que je ne t'ai pas idéalisé.

Elle a dit quoi ??

- Parce que malgré tout ce dont on a parlé je n'arrive pas à me dire que ce serait une bonne chose de ne rien commencer. Au contraire, j'ai l'impression que je serais moins… que je ne dois pas faire ça. Je n'en ai pas envie.

Elle relève ses yeux embués pour croiser les miens grands ouverts d'étonnement – et d'espoir.

J'ai toujours les mains dans les poches.

- Je voulais juste que tu saches que… je suis morte de trouille à l'idée de commencer quelque chose avec toi, tellement j'en ai envie et tellement ça me dépasse, et tellement ça peut être bien et compliqué.

Une larme s'échappe de son œil, tandis que sa jolie bouche se crispe dans un sourire pudique.

Crise cardiaque. Je meurs d'amour, là, à ces pieds, alors qu'elle me donne ce dont je rêve : une chance, et le premier chapitre de notre histoire commune qui j'espère fera plusieurs tomes.

Elle essuie ses yeux. Je me rends compte que je la fixe toujours, les mains dans les poches. Je secoue la tête pour me réveiller.

- Eva…

Et je lui prends la main pour mieux l'attirer entre mes bras. Elle se laisse faire et m'enlace à son tour.

- Je pleure c'est idiot.

- Mais non c'est adorable.

- Je suis trop compliquée.

Je dois répondre quoi à ça ?

- ... C'est un peu vrai. Mais je m'y ferai.

Je la sens rire. Elle murmure :

- Ton cœur bat fort.

Je suis ému.

On reste un petit moment comme ça. Je suis sur un nuage. Je n'ose presque plus bouger. Elle me dit qu'elle a essayé de me repousser et ne plus penser à moi après que je l'aie embrassée. C'était pour ça qu'elle était distante. Et puis finalement… elle n'a pas pu. Faire abstraction de moi. C'est très flatteur. Je lui avoue que j'avais peur qu'elle ait trouvé quelqu'un d'autre en fait pendant mon absence, l'infirmier.

- Qui ?

- L'infirmier brun super grand, avec qui je t'ai vue discuter plusieurs fois.

- Ah, Hans. Le seul infirmier allemand. De l'Est aussi.

Ca explique tout. Un simple compatriote et ici, pour les non-Américains, ça a une très grande importance. Je suis un imbécile jaloux qui va devoir se surveiller.

- Je suis bien.

Alors qu'elle vient de dire, je la dégage doucement et la regarde. Elle m'interroge du regard, mais je ne lui répond pas et lui tourne le dos : je pars verrouiller la porte du balcon. Elle reste à me regarder faire, d'abord avec étonnement, puis avec un sourire quand elle comprend où je veux en venir. J'attrape sa veste car je l'ai sentie frissonner entre mes bras, et puis, quand même, je redresse ce pinceau avant qu'il ne fasse trop la tête, tandis qu'elle enfile son vêtement.

- C'est bon ?

- C'est bon.

- Il faut que celui-ci soit parfait, pour rattraper celui de la dernière fois.

Elle rit et ajoute les yeux brillants :

- De toutes façons il y en aura d'autres…

Je m'approche en posant doucement une main sur sa joue, et elle guide l'autre vers sa taille, puis pose les siennes sur mon torse. On se regarde en souriant, mais pas trop longtemps parce que je crois qu'on en meure tous les deux d'envie : on rapproche nos visages d'un mouvement décidé et nos lèvres se rencontrent enfin.

Enfin !

Il n'y a pas à dire, je profite mieux que la dernière fois. Je m'applique plus aussi, je la sens vibrer sous mes doigts, j'ai le temps de penser à la douceur de sa peau, à la tiédeur de ses lèvres, à sa respiration rapide, calquée sur la mienne. A son corps entre mes bras, à nos cœurs qui cognent à l'unisson. A combien ce moment est parfait.

Enfin.

\V/

Vingt minutes plus tard, nous avons déjà renouvelé l'expérience une bonne douzaine de fois, et nous sommes mis d'accord pour la pratiquer régulièrement. Elle est contre moi sur le banc, nous discutons doucement dans le soir qui tombe.

C'est un « vlouch » familier qui nous fait nous retourner.

- Major ?!

Zelenka est devant la porte qui vient de s'ouvrir, Leonetti à ses côtés. Mon sergent préféré baragouine un bégaiement incompréhensible et s'enfuit aussitôt l'air désespéré. Zelenka met deux secondes à refermer la bouche et intégrer le fait qu'il vient de nous déranger :

- Le sergent m'a demandé d'ouvrir la porte parce qu'il pensait qu'elle était bloquée… Il s'inquiétait.

Je le regarde sans expression ni animosité. Eva a un sourire amusé. Elle est toujours entre mes bras. Zelenka semble finir par s'en rendre compte :

- Heu… Je la re-verrouille, major… et mademoiselle ?

Ca ne sera pas facile d'évoluer à deux dans la microsociété de cette Cité. Mais on s'adaptera.

-:-

Ce soir-là, à une heure bien avancée, je la raccompagnerai jusqu'à sa chambre. On préférera s'embrasser une dernière fois à l'intérieur, garder au moins pour le moment notre histoire pour nous (tout en l'ayant quelque peu partagée avec Zelenka et Leonetti, mais lui je ne suis pas sûr qu'il reste sur Atlantis). Puis je rentrerai tranquillement dans mes quartiers, en chantonnant. La tête pleine des moments doux qu'on a déjà partagés, des mots d'amour que je ne lui ai pas encore dit. De ce dans quoi on s'engage, à deux, sourire aux lèvres et cœur battant. Même si ça ne sera pas facile au quotidien, je sais que ça ira toujours. Nous ne sommes plus seuls.

Et résonne dans mes pensées un mot qu'il est encore trop tôt pour lui murmurer, mais qui s'impose de plus en plus à mon esprit et à mon corps, que je ne peux plus occulter.

Je l'aime.

Plus loin et dans un autre cerveau

Enfin.

Un coup de cœur pour l'homme en face de moi au mess, il y a deux mois de cela. Le coup de cœur qui dure, celui qui m'intrigue et que je veux pousser plus loin.

Une nuit épuisante à l'infirmerie, avec lui comme patient. Infernale parce que je suis débordée. Formidable parce que j'ai ce tête à tête que j'attendais. Ereintante car mon cœur ne cesse de battre à une vitesse excessive.

Un moment doux, le premier, une heure avant un enterrement. Et l'impression étrange de le connaître, de savoir ce qu'il ressent, ce qu'il pense, savoir ce dont il a besoin. C'est un homme sensible mais solide. Ce dont j'ai besoin.

Six semaines loin de lui, lui loin de moi. A penser à lui chaque jour. A finir par en parler aux amies. Et à devoir garder pour moi mes pensées, devant leur pessimisme. Peut-être même à douter un peu. Six semaines c'est si long. Et pourtant je tiens bon.

Une journée en enfer, sur une autre planète. Avec un homme que je suis heureuse de retrouver, mais dont je découvre des côtés insoupçonnés. Des côtés que je n'aurai jamais du voir. Le côté militaire. Mais il est un tout, et je suis prête à accepter cette facette. Mais je me sens si petite, si faible, si inutile avec lui.

Un baiser catastrophique. Au mauvais moment, alors que je l'ai tant attendu. Une prise de conscience que la vie ne peut pas être simple dans une autre galaxie. Un doute. Une peur de s'engager dans cette voie. Que chaque jour ressemble à celui-ci. La crainte de souffrir à nouveau. Je préfère tout lâcher.

Et puis ces instants avec cet enfant. A nouveau cet homme que j'admire. A qui je dois résister lorsqu'il s'excuse, car ma peur du ''nous'' est toujours là. Mais en vérité je continue à le regarder du coin de l'œil en me disant si

Puis je suis à nouveau loin de lui. Son visage est omniprésent. J'ai le sentiment de passer à côté de quelque chose. Je me trouve lâche. Préférer rester seule et mélancolique plutôt que d'oser tenter un bonheur potentiel, auquel je crois curieusement fort.

Le retour. Le recroiser. Le comprendre. Le quitter à nouveau. Passer trois jours, ne penser qu'à lui, et enfin prendre ma décision : aller le voir et lui parler.

Enfin.

Et cette soirée sur le balcon, sans fausse note, pareille à ce que j'imaginais, ce que j'espérais. Un au revoir, chaste et intense, dans ma chambre, qui me laisse sur un nuage. Je ne regrette pas pour le moment d'avoir pris mon courage à deux mains. Nos lendemains promettent. J'ai envie qu'ils durent très longtemps.

Et naît dans mon esprit une phrase, en anglais, qui fait battre mon cœur mais qu'il est encore trop tôt pour prononcer.

Je l'aime.


Fin des tableaux !


Ah, ben voilà que je me mets à faire dans la fin de fic guimauve... En même temps, vu le titre... Et puis zut des fois ca fait du bien !

Désolée pour la qualité, la grande coupure depuis le dernier chapitre n'a pas aidé, ni mon manque de temps pour me remettre dedans.

J'espere que ca reste coherent, et que ca vous a plu quand meme ! Je me suis faite plaisir en l'ecrivant en tout cas, un peu de legerete...

Merci a tous ceux et (surtout) celles qui ont suivi !

Clio