Sasuke descendait rapidement les marches qui le menaient au rez-de-chaussée et emprunta la porte de derrière. Il longea sur plusieurs mètres le mur de la fac et entra dans le parc.
Sasuke suivit le chemin pavé qui traversait les jardins. Sur ses abords des parterres de fleurs recouvraient l'herbe verte de taches rouges et jaunes.
Au milieu, autour de la fontaine, sa mère avait fait planter des centaines de lys. Sasuke détestait la forte odeur qu'elles répandaient. Avant d'y arriver, il tourna à droite et s'engagea sur un plus petit chemin.
Les pavés avaient laissés place à du gravier blanc qui crissait sous ses pas fermes. Le chemin descendait légèrement et plus loin il disparaissait sous l'ombre de grands arbres plantés de chaque côté.
L'air devenait plus frais. Sasuke ralentit. Il adorait cet endroit, il y passait beaucoup de son temps à lire, appuyé sur le tronc d'un vieux chêne.
C'était aussi à cet endroit qu'il avait découvert ce qu'il était.
Cela aurait pu être romantique. Il y avait la lune, les étoiles et une légère brise venait jouer dans les cheveux long de Neji. Mais Sasuke n'avait eu envie que de chaire.
Son ami était au téléphone avec son mec de l'époque. La conversation sans pudeur avait fait augmenter la température corporelle de Sasuke, peut-être à cause des joints qu'ils avaient fumés juste avant.
Il s'était rapproché de Neji et lui avait arraché le téléphone des mains.
« Tu n'as plus de batterie, » avait-il dit d'une voix suave, que lui-même ne se connaissait pas.
Il ne se souvenait pas ou très peu du goût des lèvres de Neji ce soir-là. Néanmoins il se rappelait de chacun de ses soupirs. Il se souvenait de ses mains plongées dans ses cheveux et de l'écorce griffant sa peau…
Sasuke secoua la tête, ce n'était pas le moment de penser à ça.
Lorsqu'il y arriva devant le chêne, un couple occupait sa place. Il s'arrêta pour les dévisager sans aucune gêne. Il avait bien l'intention de leur dire qu'ils n'étaient pas les bienvenus ici, mais il fût interrompu par son téléphone. Un nouveau message de son frère qui lui demander de se dépêcher.
Il râla bruyamment et repris sa marche rapide.
Lorsqu'il arriva sur le parking il s'immobilisa. Encore à couvert des arbres il observa son nouveau colocataire qui patientait devant l'entrée.
Le visage qu'il avait vu mate était aujourd'hui grisonnant et ses grands yeux bleus étaient cernés, il semblait au bord du malaise. Il se serait précipité pour l'aider s'il n'avait pas vu Sakura arriver en voiture. Pour plusieurs raison il se sentit soulagé. Il s'imagina le ridicule de la situation, digne d'une histoire à l'eau de rose de pacotille où le héros (lui) sauverait d'une chute certaine son coup de foudre secret. Il en aurait presque rigolé s'il n'avait pas su Naruto gravement malade.
La voiture s'éloigna et Sasuke sortit de sa cachette.
« Hé petit frère, tu rêves ! »
Sasuke leva les yeux, tout comme les autres personnes présentes devant le bâtiment, pour voir Itachi hurler de sa fenêtre de bureau.
« Alors, tu montes ! »
Sasuke se frappa le front. Il n'y avait que son frère pour crier du premier étage comme s'il était dans un HLM.
Itachi se recula brusquement la seconde d'après Sasuke put voir le visage froid de son père regarder par la fenêtre avant de disparaître dans l'ombre du bureau.
Finalement Itachi ne serait pas disponible tout de suite. Néanmoins Sasuke pénétra quand même dans le grand hall pour rejoindre le service de son frère.
« Bonjour Sasuke. Votre frère est en rendez-vous.
- Bonjour Meï…il est encore avec notre père, dit-il en se glissant derrière le comptoir et en s'asseyant sur le bureau de la secrétaire.
Meï était la seule employée avec qui il parlait. Agée d'une cinquantaine d'années, ses cheveux grisonnants étaient coupés au carré et ses habits sous sa blouse étaient ceux d'une adolescente. Elle disait toujours que c'était pour séduire Itachi. Cela avait toujours fait sourire Sasuke.
Les voix s'élevèrent dans le bureau d'Itachi. Sasuke posa les yeux sur la porte close.
« Tu as bafoué mon autorité en acceptant ce patient ! Il ne peut payer aucun de ses soins si tu continu comme ça je ne te laisserai jamais diriger cet établissement ! Tu nous ruinerais !
- Je n'ai aucune envie de gérer cette entreprise, moi je m'occupe d'être humain ! »
Sasuke sauta du bureau.
« Je crois qu'il est temps que j'aille les interrompre, dit-il à la secrétaire.
- Je crois aussi. »
Il se dirigea vers le bureau.
« Attendez ! »
Il se retourna vers Meï, elle tenait un sac dans les mains.
« Le repas de votre frère. Ça vous donnera une bonne excuse pour entrer. »
Elle lui tendit l'objet en souriant. Sasuke la remercia par un signe de tête.
Il poussa la porte sans frapper.
Les deux Uchiha se tenaient debout l'un en face de l'autre, séparés par le bureau d'Itachi les bras tendus et les mains plaquées sur le bois laqué du meuble. La même expression de colère dévorant leur visage.
C'était dans ces moments-là qu'Itachi ressemblait le plus à leur père. Les cernes sous leurs yeux étaient similaires donnant à leur regard une profondeur glaciale. Si trente années ne les séparaient pas, on pourrait les prendre pour des jumeaux.
« 'Tachi, j'ai ton déjeuné. »
Ils détournèrent vivement vers le nouvel arrivant.
« Bonjour Père, dit-il en se courbant légèrement »
Le patriarche se retourna, salua son cadet, et prit la direction de la sortie.
« Une dernière chose, Itachi, ce patient est ton dernier cas social. »
La porte claqua derrière lui.
Itachi se laissa tomber dans son fauteuil en soufflant. Sasuke prit place face à lui et lui tendit le sac de nourriture.
En silence, il attaqua son premier repas de la journée.
Le sandwich fut rapidement avaler.
« C'était bon ? demanda Sasuke
- Oui…les cours reprennent demain ?
- Oui…père et toi, c'est de pire en pire.
- Peut-être… Karin va bien ?
- Sûrement… c'est Naruto ton nouveau patient ?
- Je ne sais pas…tu peux aller chez moi, un ouvrier doit venir pour réparer ma clim ?
- Passe-moi les clefs. »
Itachi donna son trousseau à son frère et le regarda partir en souriant. Le dialogue n'était vraiment pas de mise entre Uchiha.
La porte fermée, Sasuke sortit de la poche de son jean, une autre clef qu'il avait subtilisée à son frère. Il fit tourner l'objet entre ses doigts, un sourire victorieux aux lèvres. Il descendit dans les sous-sols de la clinique et grimpa sur la R1 d'Itachi.
Lorsqu'il mit en route la moto, tous ses poils se dressèrent. Il prit quelques secondes pour profiter du doux bruit du moteur. Il accéléra légèrement le son devenant plus sourd révélant la puissance de l'engin.
Sasuke releva la béquille et s'élança.
Il passa rapidement sous la fenêtre de son frère et s'engagea sur la route qui menait en ville. Lorsqu'il passa devant la faculté, les gens se retournèrent pour l'observer il devina les regards racoleurs des filles et jaloux des garçons. Il avait beau se dire qu'il s'en foutait cela l'énervait toujours.
Il posa une vitesse et se pencha pour passer le premier virage de la route montagneuse.
Roulant à vive allure il arriva rapidement en ville.
La ville de Kakuno se divisait en trois grandes parties, la première en venant de la fac était le quartier ancien : les maisons de samouraïs étaient toujours habités par les familles les plus riches. Certaines, comme celle de Sasuke vivaient ici depuis des siècles et leur domaine s'étalait sur plusieurs hectares. Sasuke la traversa en prenant grand soin de ne pas passer devant chez ses parents. Une seule petite rue, et tout le paysage changeait. Les terrains arborés devenaient d'immenses parkings réservés aux centres commerciaux. Le bois des maisons était remplacé par le verre. Au milieu des magasins et des restaurants, de grands immeubles résidentiels avaient été construits. Itachi vivait dans un de cela, bien qu'il préférait le calme de la maison familiale, il n'avait pas eu d'autre choix pour quitter ses parents. Derrière ces luxueux bâtiments, une rivière s'écoulait. Un seul pont reliait la dernière partie de la ville.
Il n'y avait pas de demi-mesure à Kakuno, soit vous étiez riches à ne plus savoir quoi faire de votre argent, soit vous étiez pauvres et viviez aux abords des usines dans des cages à lapin insalubre. Sasuke s'étonnait toujours qu'aucun homme tel que son père n'ait fait construire un mur pour les séparer des petites gens, comme il disait.
Au bout d'une dizaine de minute, Sasuke se gara devant l'immeuble de son frère. Malgré les moyens dont disposait Itachi, il avait choisi un appartement modeste (enfin autant qu'il puisse l'être dans une ville de millionnaire). En fait, c'était une des rares résidences sans portier, sans hall immense décoré de tapisserie et de moulure et sans piscine.
Sasuke se disait toujours que son frère avait choisi ce genre d'appartement juste pour contrarier leur père.
« Qu'est-ce qu'elle fait, murmura Sakura.
- Je ne sais pas, » répondu Naruto avec le même volume.
Les deux amis venaient d'arriver à leur étage. Ils observaient sans se cacher une jeune fille qui se tenait devant la porte de Naruto. Petite et menue, de long cheveux noir lui retomber dans le dos.
Depuis cinq minutes elle répétait les mêmes gestes elle redressait ses épaules, relevait son visage et tendait le bras pour frapper à la porte, puis se rétractait : ses épaules s'affaissaient, son bras retournait le long de son corps, et d'où ils étaient, ils pouvaient l'entendre souffler.
« Bon, ben moi j'y vais.
- Attends Saku...ra »
Naruto essaya de la retenir par le bras, mais elle l'esquiva.
Elle se racla la gorge pour se faire entendre. La brune fit un pas en arrière.
« Salut, commença la rose. Je peux t'aider ? »
La jeune fille se retourna et baissa la tête.
Sakura eu à peine le temps de voir ses yeux gris, avant qu'une mèche de cheveux recouvre son regard.
« Tu es de la famille de Neji ? Tu veux que je regarde s'il est là ? »
Sakura posa ses mains sur la poignée.
« Non, s'écria la brune. Je reviendrai plus tard. »
Sans un mot de plus, elle partit et se précipita dans l'appartement de la rose.
« Dis-moi pas que c'est l'une de mes colocs.
- Si sûrement. Tu devrais peut-être aller la voir et te présenter.
- Tu rigoles ! Elle a l'air folle !
- Mais non elle est peut-être juste timide. »
Sakura leva les yeux au ciel.
« T'es chiant Naruto. Tu ne la connais même pas et tu prends déjà sa défense.
- Je sais mais si c'est vraiment ta colocataire, il vaut mieux faire un effort.
- Pff… Voilà pourquoi je déteste les filles. Elles ont toujours un pet de travers…attends moi je reviens. »
Naruto sourit en regardant Sakura rejoindre son appart en bougonnant. C'est vrai qu'à part Temari, sa sœur n'avait jamais eu d'amies filles.
Naïvement il pensait que supporter des filles serait la chose la plus difficile pour la rose cette année.
Il poussa la porte de son appartement et constata que ni Sasuke ni Neji n'étaient là. Il fonça directement sur le canapé et s'y allongea. Il était tellement fatigué qu'il ne lui vint même pas l'esprit de manger. Pourtant le midi, bien que le plateau repas fut plus apetissant que ceux qu'on lui servait à Konoha, il n'avait rien pu avaler. D'ailleurs Sakura en insistant de trop avait fini par vraiment l'énerver. Et il lui avait demandé de sortir. Ce qu'elle avait fait, avant de revenir une fois qu'il fut calmé.
Naruto sourit. Il se disait qu'il n'y avait qu'eux pour s'entendre aussi bien.
Sakura le rejoignit quelques minutes plus tard.
« Alors ? demanda-t-il en se redressant.
- Elle s'appelle Hinata et c'est la cousine de Neji, et elle est vraiment coincée. Elle n'a pas arrêté de se tordre les doigts pendant qu'on parlait et elle avait le visage tout rouge. Mais sinon elle a l'air sympa.
- C'est déjà ça.
- Sinon j'ai croisé Kiba dans le couloir. Il voulait nous emmener à son entraînement de karaté ou quelque chose du même genre, je ne me souviens pas. Neji y est déjà. Je lui ai dit une prochaine fois.
- Tu n'as qu'à y aller sans moi, de toute façon je vais aller dormir.
- Non je préfère rester avec toi et puis tu n'as rien mangé.
- Vas-y je te dis, l'infirmière m'as donné la collation que je n'ai pas mangé. J'avalerai un morceau après avoir dormi. Et si je me sens mal j'appellerai le beau Docteur au secours. Naruto sortit un papier de sa poche. Il m'a donné son numéro privé. »
Sakura rigola.
« Au moins ta maladie nous aura apporté quelque chose de bien : on est entouré de beau brun. Peut-être qu'on aura chacun le nôtre. »
