Il la cherchait, sans trop le vouloir ni savoir pourquoi. Depuis qu'il l'avait vu l'autre jour dans la salle sur demande, il avait le besoin de la voir. Alors il faussait compagnie à Parkinson, Zabini et tous les autres, la cherchait et la regardait. Cela l'apaisait. Il se sentait stupide et faible de faire ça et avait peur de ce que ça signifiait : est-ce qu'il l'aimait. Il repoussa cette odieuse pensée loin dans sa tête – il ne pouvait pas aimer une née-moldue, amie de Potter qui plus était. Il la détestait depuis toujours et, en plus, elle l'avait un jour frappé, lui, Malefoy, son supérieur. Seulement, les jours passaient et ses amis se posaient de plus en plus de questions. Il inventa un prétexte tout bête que les autres gobèrent : il la surveillait pour voir si elle révélait à Weasley et Potter qu'il allait dans la Salle sur Demande. Et il commença à croire à son propre mensonge : il se persuadait que c'était la vérité, rien que la vérité. Après tout, pourquoi ne pourrait-il pas suivre Granger pour l'espionner comme elle l'avait fait ?
Il était dans la salle sur demande, essayant de toutes ses forces de faire partir et revenir une pomme, mais quand elle revint, elle était à moitié mangée. Il n'y arrivait pas. Il n'était qu'un raté qui allait faire mourir sa famille et il ne pouvait même pas se concentrer sur ce qu'il faisait sans voir le visage de cette fille, qui revenait sans arrêt et dansait dans sa tête. Hermione, Hermione, Hermione. Huit lettres, qui ensemble formaient un prénom. Hermione. Elle dansait dans sa tête, telle un oiseau, un phénix éblouissant. Elle était là, dans sa tête et il n'en pouvait plus. Hermione. Ses longs cheveux bruns mal peignés, ses yeux d'un marron magnifique, la façon qu'elle avait de parler, tout en elle était beau et gracieux. Hermione, Hermione, Hermione.
Il décida de faire une pause, pour se calmer mais, en fait, il sortit de la salle sur demande et partit en exploration dans les couloirs. Il la voyait partout, croyant que c'était elle, alors qu'il croisait des poufsouffles de première année. Il entendait sa voix, qui n'était en réalité que le murmure des conversations des couloirs. Il sentait sa présence, alors qu'en réalité, ce n'était qu'un pauvre petit Serdaigle perdu. Finalement, il se dirigea vers la volière et déroba un canari.
« A quoi va-t-il te servir ? demanda-t-elle
-Ce ne sont pas tes affaires » répondit-il froidement, en se retournant vers elle
Elle était là, se tenait devant lui, resplendissante. Tu ne l'aimes pas. Ce n'est qu'une sang-de-bourbe sans intérêt. Tu la détestes et tu ferais honte à ta famille dans le cas contraire, dit une petite voix dans sa tête. Enfin Drago, cette fille ne te mérite pas.
« Est-ce que ça a à voir avec ce que tu fais dans la Salle sur Demande ? »
Sa voix était plus froide qu'avant et son regard était hautain et glacé. Mais quelque chose lui fit penser qu'elle cachait ses blessures derrière un masque impassible, tout comme lui.
Il se retourna, ne voulant pas croiser son regard. Il savait qu'elle verrait dans ses yeux la réponse.
Un long moment s'écoula sans qu'aucun des deux ne disent rien puis Hermione murmura :
« Tu m'espionnes depuis quelques jours. »
Ce n'était pas une question mais une affirmation. Drago se tourna vers elle mais ne répondit rien. Il ne voulait pas passer pour un faible s'il acquiesçait mais en même temps, il voulait qu'elle reste devant lui. Il en avait besoin.
« Tu n'as pas besoin de répondre » dit calmement la brune, sans se départir de son air dur
Elle s'éloigna avant que Drago ne crie :
« Attends !
-Attends quoi ? »
Elle semblait intriguée, sans être trop surprise, comme si elle s'attendait à ce qu'il lui demande de s'arrêter. Comme si elle savait qu'il voulait la voir et entendre sa voix, observer la lumière jouer dans ses cheveux et sentir son parfum qui lui faisait tourner la tête. Comme si elle savait combien il avait besoin d'elle. Seulement, il ne voulait pas passer pour un faible, alors il reprit son masque, celui qu'il portait depuis toujours, ce masque que son père lui avait appris à porter, pour faire honneur aux Malefoy.
« Rien » répondit-il froidement
Et il s'éloigna. Quand il arriva à la hauteur d'Hermione, il la regarda de la même façon qu'elle l'avait regardé durant tout leur entretien et il vit quelque chose dans son regard, quelque chose comme de la tristesse, ou de la déception. Et voir ces sentiments si négatifs dans de si beaux yeux chocolat l'attrista. Seulement, il ne pouvait pas le montrer, il ne devait pas le montrer. Il devait rester un Malefoy, stoïque en toutes circonstances, sans montrer ses sentiments, surtout si ce sont des sentiments qui pourraient passer pour de l'amour. Avec une Sang-de-Bourbe en plus. Il avait descendu douze marches quand il remonta soudainement, s'approcha d'Hermione et l'embrassa sur la joue, mais si proche de la bouche que leur lèvres se touchèrent. Et alors qu'il s'éloignait, il se rendit compte que son visage était mouillé des larmes qu'elle avait versées. A moins que ce ne soient ses propres larmes.
