L'ouverture ouverte dans le roc par l'explosion n'était pas terriblement grande et les pierres qui en formaient les bords étaient branlantes, mais on pouvait y passer sans grande difficulté. Le bruit et la froideur humide du torrent étaient les premières perceptions qui frappaient les sens lorsqu'on s'approchait.

- Des torches ! ordonna Thorin.

Une fois passée l'ouverture, il découvrit dans la lumière des flammes les flots noirs qui couraient, rapides, grondants, et léchaient le bord de cette nouvelle issue à son cours tumultueux et commençait à l'investir en minces filets. Il vit aussi un étroit passage le long de la paroi, glissant, irrégulier, dangereux sans aucun doute mais praticable.

- Il faut y aller, dit-il. Gardez précieusement tous les outils que vous avez. Il se peut que nous en ayons besoin et, le cas échéant, nous nous en servirons pour nous défendre. Que ceux qui sont valides soutiennent les blessés.

- C'est de la folie ! émit quelqu'un. Nous allons nous noyer, ou nous retrouver coincés, ou...

- La liberté est au bout, le coupa Thorin d'une voix dure. Et on n'obtient jamais rien sans se battre pour l'avoir ! Mais si tu préfères rester ici, à ta guise !

- Je vais passer le premier, dit Kili d'un ton conciliant. Donnez-moi une torche. Il faudra faire attention mais nous réussirons, j'en suis sûr.

Thorin l'approuva d'un signe de tête.

- Sois prudent, petit, dit-il.

Kili lui sourit. A nouveau, le roi nain éprouva une étrange sensation en le regardant. Il était certain de connaître ce sourire. A nouveau, le temps lui manqua pour approfondir.

- Allez-y ! encouragea-t-il les autres. Faites attention, passez un à un. Allez !

Lentement, la file des nains se mit en marche. Thorin, secrètement anxieux, guettait les alentours. Enfin, il vit apparaître Dwalin, suivi d'une importante troupe d'esclaves.

- Où étais-tu ? demanda-t-il lorsque son ami parvint à sa hauteur. Qu'est-ce que c'est que ça ?! ajouta-t-il en voyant le fouet que le colosse tenait entre ses mains.

- J'ai aperçu une vieille connaissance, répondit Dwalin, et son regard étincela. Je suis allé le saluer... comme je le lui avais promis !

Une expression de férocité se peignit un instant sur son visage et il tendit, d'un geste sec, la lanière de cuir entre ses mains.

- Au retour, j'en ai profité pour conseiller à tous ceux-là de venir avec nous. Comment est-ce, de l'autre côté ?

- Périlleux, mais faisable.

Thorin ne fit aucun commentaire sur "l'expédition" menée par son ami. Cela ne regardait que lui.

- Allons-y, marmonna-t-il. Je serais content de respirer un peu d'air pur !

- Et moi donc !

Ils n'étaient pas encore près de savourer cette récompense ultime, cependant, car en effet la progression dans la grotte était périlleuse. Le passage, le long du torrent, était affreusement étroit et terriblement glissant, de même que la paroi. Il fallait constamment escalader de nouveaux blocs de rocher, ou au contraire en descendre, ou encore sauter de l'un à l'autre, tout cela dans une obscurité presque totale, à peine trouée par la lumière de leurs torches. Ces dernières passaient constamment de l'un à l'autre : certains passages étaient trop difficiles pour être franchis sans l'aide de ses deux mains ! C'était d'autant plus éprouvant et pénible pour les fugitifs que la plupart d'entre eux étaient en mauvaise condition physique, affaiblis, épuisés par le labeur, les membres noués. Un certain nombre d'entre eux étaient blessés, plus ou moins sérieusement. Eclaboussés par l'eau qui se heurtait au rocher, les nains avançaient lentement et avec difficulté. Plus d'un glissa tout de bon et tomba à l'eau ! S'il avait de la chance, il parvenait à se rattraper avant d'être emporté par le courant, ou l'un de ses compagnons réussissait à lui tendre la main, le manche d'une pioche ou d'une pelle... quelques uns hélas se perdirent à tout jamais dans l'eau noire. Plus d'un également voulut tout à coup faire demi-tour, effrayé par ce cheminement dans des ténèbres pleines de pièges. Mais l'étroitesse du passage de le permettait pas : personne ne pouvait s'écarter pour les laisser passer !

Thorin soutenait toujours celui -il ne connaissait même pas son nom- qui avait perdu un oeil lorsque le roc avait explosé en projetant des éclats un peu partout. Le malheureux ne paraissait pas vouloir le quitter. Il devait souffrir le martyr mais ne se plaignait pas et s'efforçait de ne pas ralentir les autres. De temps en temps, Thorin lui lançait un mot d'encouragement. Pourtant, il arriva un moment où le blessé, après avoir glissé une énième fois, se rattrapa de justesse et se laissa tomber sur les genoux, à bout de forces.

- Je ne peux pas aller plus loin, murmura-t-il. Laissez-moi. J'espère que vous réussirez.

- Debout ! ordonna rudement Thorin.

- Je ne peux pas... je ne tiens plus sur mes jambes et ma tête... j'ai si mal !

Dans la faible lumière de la torche, le roi nain voyait le sang qui continuait à gouter, obstinément, en un filet ténu mais continu, de l'orbite blessée. Dans la lumière mouvante des torches, ce sang paraissait alternativement noir ou bien violet foncé. Ce malheureux disait certainement vrai en affirmant qu'il était à bout et la douleur était très certainement atroce. Cependant, Thorin ne pouvait se résoudre à abandonner quiconque.

- Tu vas te lever ! reprit-il sur le ton d'un ordre. D'abord parce que tu bouches le passage et que tu nous empêches d'avancer ! Ensuite parce que tu n'es pas venu si loin pour renoncer maintenant !

- Jette-le à l'eau ! lança Dwalin derrière lui.

Le blessé eut un mouvement de peur et leva son visage mutilé vers Thorin, presque comme une supplique. Le roi nain le saisit par l'épaule.

- Pitié… gémit le malheureux, épouvanté.

Thorin le releva de force, au risque de perdre l'équilibre à son tour.

- Avance ! dit-il. Tu vas y arriver.

Titubant, les membres tremblant de fatigue, l'autre reprit sa pénible progression. Thorin eut l'impression d'entendre Dwalin émettre un petit rire satisfait mais, avec le grondement de l'eau, il n'en fut pas certain. Chacun sa manière de motiver les troupes, après tout ! se dit-il avec un sourire rentré que nul ne vit.

Soudain, loin devant retentirent des exclamations de joie, de soulagement, puis ce message, transmis de l'un à l'autre, parcourut toute la file, galvanisant tout un chacun en lui redonnant espoir et vigueur :

- Nous arrivons à une galerie large et dégagée, nous y sommes presque !

Il fallut longtemps toutefois pour que tous parviennent à "cette galerie large et dégagée". Il y avait certes un dernier passage aussi difficile que dangereux, car il fallait se hisser le long d'une paroi qui ne présentait pas beaucoup de prises, afin de gagner une sorte d'arche de pierre de sous laquelle jaillissait le flot tumultueux. Kili, qui marchait en tête depuis le début et qui était jeune et agile, parvint à franchir l'obstacle sans trop de difficultés puis, allongé à plat ventre sur le rebord, se pencha en tendant le bras :

- Viens, dit-il au suivant, je vais t'aider ! Que quelqu'un lui fasse la courte échelle !

Encore une fois, s'aidant les uns les autres, les nains franchirent cet ultime obstacle avant de se laisser tomber à terre pour souffler et attendre que tous les fugitifs soient rassemblés. Soudain, un cri d'alerte retentit dans le noir :

- Les orcs !

Il y eut un moment de pure panique. Il était impossible de fuir, la seule issue était le torrent lui-même. Ceux qui se trouvaient là ne pouvaient même pas espérer repartir par où ils étaient venus car il y avait encore une longue file de nains sur le rebord du cours d'eau, qui n'avaient pas encore atteint l'arche de pierre.

- Si c'est comme ça, dit Bofur en serrant le manche de sa pioche, on va bien les recevoir !

- Je ne crois pas que ce soit des orcs, dit Kili à côté de lui. Il n'y a qu'une seule torche, on dirait ?

- Un éclaireur ! Il faut le tuer avant qu'il aille avertir les autres.

Comme si l'inconnu l'avait entendu, sa torche s'éteignit brusquement.

- Je vais aller voir, dit Kili.

- Je viens avec toi, ce ne serait pas prudent d'y aller seul !

Bifur se joignit à eux et ils s'avancèrent prudemment, levant haut leurs propres torches, sans rien voir de particulier.

- Il a dû rebrousser chemin, marmonna Bofur. Ca veut dire que les autres vont nous tomber dessus très bientôt ! Qu'est-ce que nous allons bien pouvoir faire ?

- Bofur ? fit au même instant une voix familière. Bifur, Kili !

- Fili ! s'écria le jeune nain, au comble de la joie, en voyant son frère aîné sortir de derrière un repli de rocher.

- Fili ! s'exclama Bofur en écho tandis que Bifur levait les deux bras au ciel en lançant un chapelet de mots incompréhensibles et en effectuant une sorte de pas de danse.

- J'entendais des voix, dit le prince aux cheveux blonds, mais je ne savais pas si c'était des orcs ou quelque chose d'autre...

Il ne put aller plus loin car ses amis et son frère se jetèrent presque sur lui pour le serrer tour à tour dans leurs bras, l'embrasser, lui donner de grandes tapes dans le dos. Et pourtant, ce n'était pas si facile car Fili était bardé d'armes : il portait à l'épaule l'arc et le carquois de Kili en plus des siens, à la ceinture la hache de Dwalin et ses propres épées, à la main une lance qu'il avait récupérée dans le camp saccagé des nains. Du même coup, il y avait beaucoup d'obstacles entre ses amis et lui-même !

- Tu nous as fait peur aussi ! dit Kili. On t'a pris aussi pour un éclaireur orc ! Qu'est-ce que tu fais là ?

- Comment, "qu'est-ce que je fais là" ?! Tu imagines ce que c'est que d'attendre bêtement qu'il veuille bien se passer quelque chose ? Depuis que j'ai terminé le barrage et détourné le torrent, je n'ai plus rien à faire ! Que me demander où tu es et ce que tu fais ! En craignant à chaque instant être découvert par les orcs ! Alors qu'est-ce que tu crois ? J'ai passé le temps en explorant l'ancien lit du torrent et voilà comment j'ai vu vos torches et entendu des voix. Comment êtes-vous arrivés là ? Par où êtes-vous donc passés ? Et...

Son expression devint sombre :

- ... où sont les autres ? Vous n'êtes que trois ?

- Non, mais pour les précisions, tu demanderas à Thorin !

- Thorin ? répéta Fili avec une nuance de joie et de soulagement dans la voix. Il est ici ?

- Mais oui !

- Tu avais donc raison depuis le début, Kili !

L'aîné serra son jeune frère dans ses bras mais Bofur les interrompit :

- Content de te revoir, Fili, répéta-t-il, mais pour le moment il faudrait quitter cet endroit. Sommes-nous encore loin de la sortie ?

- Non, pas très. Mais dites donc ? Il y a encore combien de torches, là-bas ?

- Eh ! Eh ! dit Kili. Nous avons ramené du monde. Viens voir.

L'arrivée de Fili parmi les fugitifs fit sensation. La nouvelle que la sortie était toute proche plus encore.

- Fili ! fit une voix grave.

- Thorin !

Le jeune nain tomba dans les bras de son oncle, qui venait tout juste de se hisser sur l'arche de pierre. En contrebas, il y avait encore du monde.

- Oh, Thorin ! s'exclama Fili. Je croyais ne jamais te revoir ! Tu vas bien ?

- Je vais bien. Mais ne traînons pas ici, nous discuterons plus tard. Il faut aider tous ces nains à monter, beaucoup sont très affaiblis.

Fili ne discuta pas il aurait bien demandé pourquoi son oncle avait le visage couvert de sang mais, apparemment, ses blessures n'étaient que superficielles. Il demanda seulement :

- Vous êtes tous là ? Sains et saufs ?

Le visage de Thorin s'assombrit aussitôt.

- Nous avons perdu Balin, dit-il d'une voix sourde.

Fili chancela. Il aimait beaucoup le vieux nain !

- Les orcs l'ont tué ? demanda-t-il d'une voix affaiblie par le choc et le chagrin que lui causait la nouvelle.

- Non. Il est mort d'épuisement... durant son sommeil. Il ne doit pas s'être senti partir... A présent, évitons que d'autres subissent le même sort.

Fili opina vaguement, conscient toutefois que Kili lui serrait affectueusement le bras pour lui faire comprendre qu'il comprenait sa peine et y compatissait, puis il remit ses questions et son chagrin à plus tard et courut aider les fugitifs.

Lorsque le dernier d'entre eux eut pris pied sur l'arche de pierre, Thorin leur permit de souffler un bref moment avant de donner le signal du départ : ils étaient toujours en danger. Certes, les orcs ne les poursuivraient certainement pas, pas par ce chemin. En revanche, comme eux-mêmes s'efforçaient d'évacuer leurs cavernes inondées, ils allaient grouiller dans toute la montagne. Le roi nain savait très bien qu'il ne pourrait livrer bataille avec ces morts-vivants qu'il traînait avec lui ! Le problème, d'ailleurs, resterait entier même s'ils parvenaient à quitter les Montagnes Bleues : où iraient-ils ensuite ? Retourner dans la forêt ? Impossible, si les orcs les y avaient trouvés une fois, ils recommenceraient. En fait, songeait Thorin tout en marchant, il ne voyait qu'une seule solution... mais combien difficile et dangereuse elle aussi !

- Un problème à la fois, se dit-il. Il faut commencer par sortir d'ici et échapper aux orcs.

Guidés par Fili, les nains avançaient à présent plus rapidement (le chemin était aussi bien plus facile) et se sentaient revigorés d'un nouvel espoir. Bientôt, ils parvinrent au barrage rudimentaire que Kili et Fili avaient construit pour détourner le cours du torrent. A nouveau, ils longèrent les eaux rapides, mais, heureusement, le passage ici, quoique moins large que la galerie qu'ils venaient de suivre, était assez aisé. Il leur fallut un peu plus d'une heure encore pour apercevoir, loin devant eux, une pâle lueur : la lumière du jour. Fili s'arrêta.

- Mon oncle, dit-il, il vaudrait mieux aller voir si le passage est libre. Ce serait bête de faire sortir tous ces nains juste sous le nez des orcs.

- Tu as raison. Dwalin, viens avec nous. Nous allons y aller tous les trois. Bofur, Bifur, vous restez avec les autres. Si la voie est libre, nous lèverons une torche trois fois de suite, c'est compris ? Vous autres ! ajouta-t-il en élevant légèrement la voix. Reposez-vous un moment, éteignez vos torches et surtout, faites silence ! Il faut se montrer prudent.

- Je peux venir avec vous ? demanda timidement Kili.

Thorin se tourna vers lui. Dans la lueur dansante de la torche qu'il tenait, il éprouva à nouveau la sensation que ce nain ne lui était pas inconnu. Il hésita un instant à lui répondre : le courage, la détermination et la présence d'esprit de ce garçon lui avaient gagné le droit de se joindre à ses proches, assurément. Toutefois...

- Non, petit, restes ici.

Il sentit la déception du jeune nain, lui serra le bras et ajouta :

- Il me faut du monde, en arrière, sur qui compter. Ils pourraient tous avoir besoin de toi. Si ça tourne mal, tu devras les guider.

Kili hésita un peu. Il envisagea même, l'espace d'un très bref instant, d'emboîter le pas aux trois guerriers qui s'éloignaient, sans rien leur dire. Finalement, il se ravisa : Thorin était de ceux auxquels on obéit presque machinalement, tant l'autorité émanait de toute sa personne. Et puis surtout, le garçon n'était pas insensible aux paroles de confiance qui venaient de lui être adressées et ne voulait pas décevoir celui qui les avait prononcées. On ne l'avait pas laissé en arrière, on lui avait confié une mission, ce qui était totalement différent. Kili ne voulait pas faillir. Thorin avait raison, il valait mieux assurer ses arrières. Si l'on pouvait avoir besoin de lui...

Bien qu'à trois ils avancent beaucoup plus vite qu'avec la multitude qu'ils avaient emmené avec eux, il fallut encore près de trois quarts d'heure de marche à Thorin, Dwalin et Fili pour atteindre la sortie. Ils clignèrent longuement des yeux dans la lumière du jour, les deux premiers inspirant à pleins poumons l'air frais de l'extérieur. Dès qu'ils furent accoutumés à la luminosité, ils se séparèrent afin d'inspecter les alentours. Juste avant de s'éloigner, Fili sourit à Dwalin et lui tendit la hache de guerre qu'il portait à sa ceinture :

- Je l'ai trouvée dans la forêt, dit-il, là où vous avez livré combat aux orcs. Je te l'ai ramenée.

Touché, le colosse inclina légèrement la tête en signe de remerciement puis, sans autre commentaire, s'éloigna.

Ils se retrouvèrent vingt minutes plus tard à l'entrée du tunnel et se concertèrent. Les orcs se regroupaient au sud-est. Ils étaient horriblement nombreux mais trop préoccupés par ce qui leur arrivait pour représenter un danger immédiat.

- Ils ne renonceront pas comme ça à leurs cavernes, dit Dwalin. Dès qu'ils se seront regroupés et organisés, ils vont essayer d'endiguer l'inondation. Ils connaissent forcément ce torrent et cette grotte. On peut parier qu'ils vont venir ici pour voir de quoi il retourne.

- Il faut donc quitter les montagnes au plus tôt, avant qu'ils se ressaisissent. Nous allons partir vers l'ouest et regagner la forêt, dans un premier temps. Mais nous n'y resterons pas. Toutefois, il nous sera plus facile de nous y déplacer et de trouver de quoi nourrir tous ceux qui nous accompagnent. De plus, nous y serons hors de vue.

- Nous laisserons des traces très visibles, avec tous ces nains. Et la plupart sont incapables de se battre. De plus, les orcs auront encore besoin d'esclaves pour remettre leurs cavernes en état.

Thorin s'assombrit :

- Beaucoup sont restés. Bien sûr, un certain nombre avait trop peur pour tenter l'aventure, mais il y aussi tous ceux que nous n'avons pas pu prévenir, tant le temps nous manquait. Ils étaient si nombreux !

- Tu as fait l'impossible, Thorin. Je ne sais pas combien nous ont suivi, mais crois-moi, nous ne pouvions pas mieux faire.

Le roi soupira. Bien qu'il éprouve des regrets, il savait qu'il devait avant tout mettre ceux qui l'accompagnaient à l'abri.

- La rivière, dit soudain Fili.

- Pardon ?

- La rivière qui coulait près de notre village, autrefois.

- Eh bien ?

- Si nous construisions des radeaux et que nous descendions le cours de la rivière ? Ce n'est pas très loin d'ici et nous avons une chance d'y parvenir. En descendant la rivière, nous parcourrons très vite une bonne distance, sans laisser de traces derrière nous. Les orcs ne prendront pas le temps de nous poursuivre, ils auront trop à faire ici. Si nous étions à pieds, oui, sans doute, ils nous rattraperaient vite et nous massacreraient, mais là, ça leur prendrait trop de temps.

Thorin et Dwalin le regardaient fixement. Puis, tous deux commencèrent à sourire, de plus en plus largement.

- Ce garçon n'est pas trop bête, finalement, commenta Dwalin d'un ton bourru. Peut-être même qu'on pourra en faire quelque chose, avec le temps, qui sait ?

- Quelque chose comme un roi, c'est possible, après tout, admit Thorin.

- Par contre, reprit Fili en fronçant les sourcils pour masquer la gêne qu'il éprouvait à entendre toutes ces louanges, je ne vois pas où nous pourrons aller après, ni ce que nous pourrons faire...

- Moi, je sais, dit Thorin. J'y ai déjà pensé. Il n'y a plus aucun endroit sûr où nous installer, par ici. Et au-delà de la forêt s'étendent les territoires des elfes et des hommes. Il n'y a pas davantage de place pour nous qu'ici.

- Oui, et alors ? commenta Dwalin. Ca nous amène où, tout ça ?

- Nous devons retourner à Erebor.

Ses deux compagnons le regardèrent sans parler, avec des yeux ronds. Il leur aurait dit qu'il voulait aller s'installer sur la lune qu'ils n'auraient pas été plus stupéfaits.

- Erebor ? Mais mon oncle...

- Mais le dragon ?

- Nous trouverons une solution. Erebor est notre seule chance. Et puis, c'est notre royaume, après tout. C'est là qu'est véritablement notre place.

- Eh bien ! soupira Dwalin. Ca va être quelque chose ! Traverser toute la Terre du Milieu avec ces éclopés à moitiés abrutis par l'esclavage !

- Dwalin ! le réprimanda Thorin. Ca n'est pas leur faute ! Autrefois, nous avons fait ce même voyage en sens inverse, avec nos femmes, nos enfants, nos vieillards... Nous pouvons le refaire.

Dwalin ne rétorqua plus rien. Fili paraissait toujours sous le choc. Et pourtant, quelle merveilleuse perspective ! Que de promesses d'aventures ! Peu à peu, le jeune nain sentit l'enthousiasme l'envahir.

- Commençons par quitter ces montagnes, conclut Thorin. Fili, va faire le signal, que les autres nous rejoignent.

Fili obéit avec la sensation que ses pieds ne touchaient presque plus terre. Erebor... Il s'y voyait déjà !

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Eh non, l'histoire n'est pas finie...