4
La Guilde des Orfèvres
Quand le corps fut enfin déposé sur la berge aux pieds de Lys, le soleil déclinait.
- Tu la connais ? chuchota-t-elle à son serpent.
Il hocha négativement la tête. Il glissa de sa Porteuse pour examiner le corps. Lys s'agenouilla au près de la nixe et prit sa baguette dans le but d'essayer de soigner l'inconnue. Arkéonph releva la tête.
- Elle est morte, dit-il indifférent.
La princesse se mit à pleurer dans les bras de sa mère. Lys se releva, prise au dépourvu.
- Comment tu…commença-t-elle en s'adressant à son serpent.
- On dégage, termina-t-il en ondulant vers le château. Lys ne broncha pas et fronça les sourcils devant le soudain changement d'attitude de son animal. Tout Poudlard était réuni autour d'eux mais la détermination du serpent était sans appel et Lys le savait. Ce dernier releva son cou écailleux en s'arrêtant et se tourna d'un vif mouvement vers sa Porteuse.
- Viens ! siffla-t-il.
La jeune fille ne bougea pas. Arkéonph ondula avec énervement vers elle et lui transmit de puissantes pensées. Lys s'agenouilla en se serrant le crâne sous l'immense douleur que dégageaient ces images. Elle voyait une créature, un poisson argenté se faire trancher en deux, son sang métal-lique se répandant autour de lui. Puis elle revit la femme qui venait de mourir; elle la voyait dépérir, ses cheveux passer du noir au gris, ses yeux bleus perdre leur intensité…
L'animal termina sa transmission et cessa d'envoyer les images troublantes. Lys lâcha son crâne en respirant bruyamment.
- Tu veux en venir où à la fin, hurla-t-elle.
- On va crever tous les deux ! s'exclama-t-il avec rage.
Hermione se précipita vers Lys et l'aida à se relever, mais dès qu'elle fut sur ses jambes, la jeune brune la repoussa et fixa le reptile.
- J'ai été naïf, déplora-t-il avant de partir seul vers l'école.
Lys ne comprenant pas, ne le suivit pas et le regarda ramper vers les buissons. Les paroles du serpent hantaient son esprit, elle visionna encore une fois les souvenirs que l'animal lui avait confiés sans obtenir de réponse.
- Trouvée ! déclara Hermione fière d'elle.
Elle revint vers ses amis sa baguette à la main, la brandissant au-dessus d'elle avec bonheur.
- Tu l'avais perdue ici ? Tu peux nous expliquer comment ? demanda Ron impatient de connaître la réponse.
- Je ne l'avais pas perdue, s'offensa la jeune sorcière.
- C'est ça oui, surenchérit Harry pas très convaincu de cette réponse.
- Je l'avais égarée, se défendit-elle.
- C'est ça oui, répondirent en cœur les garçons, énervant encore plus la jeune fille.
- Et comment tu as fais pour la perdre ? demanda Ron une seconde fois.
- Je ne…commença-t-elle.
- Assez ! hurla Lys en faisant volte face vers les trois amis, ça fait une demi heure que vous vous disputez, alors stop ! Et maintenant laissez-moi lire !
Elle se retourna et replongea dans le gros manuel, parcourant les lignes à une vitesse impressionnante. Les trois amis se regardèrent.
- Elle m'a trouvée ici hier et m'a désarmée, chuchota Hermione honteuse.
Ron se retint de rire et Harry lui donna un petit coup de coude pour le rappeler à l'ordre.
- Là ! cria enfin Lys.
Les trois adolescents se bousculèrent vers elle pour voir la source de son exclamation. Lys pointait une illustration du livre qui s'animait peu à peu. On y voyait un poisson argenté onduler dans un océan lointain.
- Le poisson de cristal Révilire, lut Harry.
- Où autrement dit le Poisson de l'Indulgence, continua Ron.
L'image se figea et prit une teinte sépia et des craquelures apparurent sur la photo, la vieillissant.
- Qu'est-ce qui se passe ? questionna Harry en fixant l'illustration de peur qu'elle ne disparaisse.
- Il est mort, répondit Lys.
Les trois amis s'étonnèrent.
- Je l'ai vu dans les souvenirs qu'Arkéonph m'a transmis, expliqua-t-elle.
Hermione passa son bras au-dessus de l'épaule de la sorcière brune et pointa une image représentant une femme aux cheveux courts et blancs. Elle était dans le même état que l'illustration du poisson.
- Qui est-ce ? demanda-t-elle.
- Je n'en sais rien, avoua Lys.
- Et Arkéonph ne peut pas nous le dire ? questionna Harry.
- Il est en pleine crise, il vaut mieux le laisser, leur apprit Lys. D'ailleurs je ne sais même pas où il est... Bon, moi je vais me coucher.
Lys marchait rapidement à grandes enjambées, avec cet air sévère qu'elle tenait de son père. Sa cape volait dans son dos et ses talons résonnaient sur le sol. Elle passait ses doigts sur le mur à sa droite en longeant les craquelures des pierres. Dans sa chambre, elle s'assit sur le rebord de sa fenêtre et regarda le paysage en démêlant ses cheveux. Ses yeux émeraudes scrutaient la forêt et les alentours doucement éclairés par la lune. Elle se remémorait les paroles de son serpent. Pourquoi pensait-il qu'ils allaient mourir tous les deux ? Qu'avait-il vu ? Et où était-il ?
Arkéonph glissait avec souplesse en regagnant le château. La découverte, la vieille, de la jeune fille morte l'avait bouleversé. Il n'avait jamais cru que ses erreurs pouvaient affecter une autre personne que lui. Il baissa les yeux. Comment avait-il pu accepter de faire ça ? Il s'arrêta dans la cour et regarda autour de lui. Quelques élèves commençaient à sortir de l'école pour continuer les travaux en attendant leurs aînés. Le serpent se faufila à l'intérieur de Poudlard et rampa jusqu'à la Grande Salle où les sorciers terminaient leur déjeuner.
Le reptile d'argent passa la porte et glissa jusqu'à sa Porteuse qui ne l'avait pas encore remarqué. L'animal se racla la gorge, signalant sa présence à la jeune fille. Lys tourna vivement sur elle même et le fixa. Elle se pencha et posa sa main sur les dalles froides qui recouvraient le sol. Arkéonph avec fluidité monta sur le bras de la sorcière. Il s'enroula autour du cou de cette dernière et se figea. La jeune fille comprit qu'elle ne devait pas le déranger et elle ne le poussa pas au dialogue. Elle se releva et fixa de nouveau l'échiquier où Harry et Hermione s'affrontaient.
- Echec à la reine, déclara la magicienne.
Harry continua de scruter le jeu en cherchant une feinte lui permettant de retourner la situation.
- Cavalier en 3C, tenta-t-il enfin.
La partie fut lente et sans vie. Hermione battit Harry grâce à une étourderie du sorcier.
- La prochaine fois je défie Rogue, s'exclama-t-elle fièrement.
Les trois amis rentrèrent une fois de plus en conflit, car les garçons ne croyaient pas à une victoire de leur amie. Lys quitta la pièce, ne souhaitant pas voir cette scène de gamins. Elle se dirigea vers le pont qui était presque réparé. L'adolescente s'assit sur le rebord de la construction et son serpent descendit à côté d'elle. Ils plongèrent tous les deux leur regard dans le paysage.
- On a fait des recherches hier, commença la sorcière en brisant le silence.
- Vous avez découvert quoi ?
- On a identifié le poisson que tu m'as fait voir.
- Révilire, murmura-t-il.
- Tu le connaissais, affirma-t-elle sans étonnement.
- Oui, souffla-t-il, c'est un Rêve.
- Un Rêve ? s'étonna la jeune fille en fixant l'animal.
- Oui, les Rêves sont des animaux magiques créés à partir d'argent et d'une pierre précieuse, expliqua-t-il.
- Comme toi, conclut-elle.
L'animal hocha affirmativement la tête.
- Il y a sept Rêves dans le monde et donc sept Porteurs, continua-t-il. Les Rêves ont été créés par les membres de la Guilde des Orfèvres.
- C'est pas eux qui ont créé les premières baguettes magiques ? l'interrogea-t-elle.
- Si, répondit le reptile en reprenant son récit. Ils étaient d'habiles forgerons et aimaient créer des bijoux ensorcelés. Ils ont forgé les Rêves en leur confiant la mission de protéger leur Porteur, qui serait amené à faire de grandes choses et à maintenir l'ordre dans le monde sorcier. Les Orfèvres, nos Porteurs originels sont morts et la tradition veut que l'on choisisse un nouveau Maître, mais la Guilde des Orfèvres nous a fait promettre de ne choisir qu'un descendant de notre Porteur originel.
- Ce qui veut dire que du sang de ta première Porteuse coule dans mes veines, s'exclama Lys.
- Heu…théoriquement, bafouilla-t-il.
La jeune fille pâlit.
- Mais pourquoi mon père n'a pas été Porteur ? s'étonna-t-elle.
- Ton…ton sang vient du côté de ta mère, hésita-t-il.
La jeune fille le fixa et le serpent se sentit gêné. Heureu-sement pour lui, sa Porteuse ne souhaitait pas fouiller ses pensées et retourna aider à l'école.
Arkéonph leva la tête vers le ciel. Étrangement, il se sentait responsable de la mort de la jeune femme de la veille.
