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Siera Orfèvre

Lys avait marché sans savoir où aller pendant de longues minutes. Elle s'était finalement orientée vers une salle qui était autrefois protégée par un chien à trois tête. La bête n'y était plus depuis qu'Harry Potter avait pris ce qu'il gardait: la pierre philosophale. Cette pièce était délaissée de tous. Quand Lys avait suivi Harry ici, il y a bien longtemps elle s'était faufilée derrière lui dans une cave qui contenait le miroir du Riséd. Ce miroir avait la faculté de montrer ce que l'on souhaite le plus au monde et de rassurer. L'adolescente avait fait de cet endroit une sorte de repère où elle se réfugiait lorsqu'elle doutait.

Elle ne savait plus quoi faire, plus quoi penser…Elle avait changé ces derniers temps, elle s'était rapprochée de ses amis mais elle était devenue faible, sensible…tout ce que son père lui avait appris à ne pas être. C'est donc avec tous ces doutes dans son esprit tourmenté que Lys posa la paume de la main sur le miroir. La jeune fille ouvrit les yeux mais ne reconnut ni sa mère, ni son père. Elle vit une femme avec les cheveux ébène et raides qui lui couvraient le dos jusqu'à la taille comme l'adolescente. Elle portait une robe constituée de milliers de voiles noirs et verts. La femme mystérieuse avait des yeux émeraude éclatants. La jeune sorcière laissa sa main et fixa cette femme qui lui ressemblait étrangement mais qui avait au moins dix ans de plus qu'elle. Les cheveux de l'inconnue commencèrent à bouger puis à se soulever comme si le vent les balayait. Un courant d'air puissant souffla dans la pièce faisant frissonner Lys.

Elle retira sa main, surprise et fixa le miroir en attente de réponse. C'est à cet instant que les petites boules d'or qui ornaient le cadre de la glace se mirent à briller. Sept d'entre-elles se retournèrent. Ces nouvelles faces ressemblaient à des joyaux dont aucune n'était de la même couleur. Une était jaune, l'autre rouge, celle à côté verte…

- Les Rêves, murmura son serpent.

- Comment ça ? ne comprit pas l'adolescente.

- Chaque boule représente un Rêve. On peut le reconnaître grâce à la couleur du Rêve et de la boule, lui apprit-il.

La perle bleu sombre perdit soudain son éclat et sa belle teinte pour devenir d'un gris pâle et triste. Arkéonph descendit du bras de la jeune fille et rampa vers le miroir.

- Va chercher les autres, lui ordonna le serpent.

- Comment-ça les autres ?

- Les professeurs, Harry, Ron... Maintenant, vas-y, s'énerva-t-il.

Lys partit à contre cœur laissant l'animal seul. Le serpent interrogea le miroir:

- Tu pourrais m'expliquer Siera ?

La jeune femme réapparu dans le cadre:

-Ils vous cherchent Arkéonph !

- Ils ont découvert la supercherie, ils en ont mis du temps, ironisa le reptile.

- Arrête, se fâcha-t-elle.

- Très bien, s'offensa le serpent. Ils savent où nous nous trouvons ?

- Ils n'en sont pas sûrs et l'iguane qui a attaqué tes amis, c'était Carias, lui apprit la femme. Il a réussi à s'enfuir et re-tourne vers eux au moment où nous parlons.

- Siera, murmura Arkéonph.

La femme baissa la tête vers le serpent.

- Avant de mourir, commença-t-il. Tu m'as dis que je devais la choisir et pas lui. Tu en étais sûr ?

- Oui. Les augures étaient formels, répondit Siera. Je sais lire les signes depuis des centaines d'années et j'ai toujours lu la même chose.

- Mais ils vont me tuer, s'énerva le serpent. Et elle aussi !

Des pas se firent entendre derrière eux, signalant le retour de Lys et des professeurs.

- Elle DOIT survivre, termina le fantôme avant de disparaître dans le miroir.

Arkéonph se retourna, perplexe. Lys prit le serpent sur son bras. Ce dernier s'enroula autour de son cou en rallant.

- Tu en as mis du temps, grogna-t-il.

- On va voir ce que tu diras quand j'arrêterai de t'obéir ! s'emporta-t-elle.

Les professeurs et le trio d'amis se concentrèrent sur le miroir. Hermione, faible, s'appuyait sur deux d'entre eux.

- Tu dis que les boules d'or ont tourné pour faire apparaître ces pierres ? s'assura McGonagall en inspectant le miroir.

L'adolescente hocha la tête. Severus s'approcha de l'objet et effleura les joyaux du bout des doigts. Son visage était tendu et personne ne savait s'il éprouvait de l'inquiétude, de la colère ou seulement de l'incompréhension…Personne ne devinait jamais ce qu'il ressentait.

- Et une femme est apparue ? continua la directrice.

- Oui, répondit patiemment Lys. Mais ce n'était pas la personne que je voyais d'habitude dans le miroir. Je ne la connaissais pas.

- Au fait tu parlais avec qui Arkéonph ? interrogea Harry.

Le sorcier eut droit à un regard noir mais il ne cilla pas et attendit bravement la réponse.

- Qu'insinues-tu Potter ? trancha le reptile.

- Tu connais cette personne ! avoue-le, s'emporta le sorcier.

- Oui et alors !

Lys interrogea le reptile du regard, en vain.

- Si ça se trouve, c'est cette femme qui a commandé l'attaque d'Hermione dans la salle de botanique, se fâcha Ron en s'approchant de la Porteuse et du serpent.

- Comment oses-tu accuser quelqu'un sans preuves valables Weasley, s'offensa le reptile.

- Tu protèges cette inconnue en plus, répondit le sorcier roux.

- Silence ! se fâcha le professeur Rogue faisant sursauter les élèves.

Les adultes reprirent leur inspection pendant que les élèves n'osaient plus bouger.

- Professeur ? interrogea timidement Hermione.

McGonagall se retourna et donna la parole à la jeune fille qui avait tenu à les accompagner malgré sa grande faiblesse.

- Il me semble avoir lu que le miroir du Riséd avait plusieurs facultés et que certaines étaient encore inconnues, développa-t-elle. Il aurait été construit par un ordre qui s'appelait "la Guilde des Orfèvres".

- C'est exact Miss Granger, la félicita-t-elle. Mais pourquoi montre-t-il ses mystérieuses facultés aujourd'hui et devant Miss Rogue ?

- Ce n'était peut-être pas à moi, pour une fois, Professeur, suggéra la Porteuse, Arkéonph était là lui aussi.

- Mais pourquoi aujourd'hui, Mademoiselle ? maintint la directrice. Vous venez souvent ici, non ?

- Oui, fut contrainte d'admettre la jeune fille.

- Il y a sûrement un lien avec l'attaque de ce lézard, rajouta Harry. Il ressemblait étrangement à Arkéonph au passage.

Le serpent siffla de défi. Lys fusilla le reptile du regard, le forçant à donner des explications.

- C'est un Rêve, lâcha enfin l'animal.

Les élèves regardaient la bête magique avec incom-préhension. Les adultes sidérés demandèrent des explications au reptile argenté qui fut obligé de décrire les Rêves, de leur apparence jusqu'à leurs pouvoirs.

-Donc Arkéonph est l'un d'eux ? demanda Ron.

- En quelque sorte, répondit le serpent.

- Développe immédiatement, exigea la Porteuse d'une voix forte et sèche qui la faisait encore plus ressembler à son père.

L'animal soupira. Lys retint avec difficulté sa colère et fixa la bête.

- Les Rêves se sont séparés il y a longtemps, raconta-t-il. Certains se sont ligués contre les autres. Quatre d'entre eux ont sombré dans la magie noire, déclara-t-il.

- Et les trois autres ? questionna Harry.

- Les trois autres ont décidé de protéger leur Porteur à tout prix. Les Rêves ont été créés pour défendre le bien pas pour contrôler la magie noire.

- Donc vous êtes trois à être encore « bons » ? questionna Ron.

- Non, s'attrista-t-il, nous ne sont plus que deux, puisque Révilire, le poisson de cristal de la nixe aux cheveux courts, est mort il y a peu.

Lys pâlit soudain réalisant l'exception de son animal.

- Et moi qui pensais que nous allions être tranquilles après la mort de Vous-Savez-Qui, se désola le petit Flitwick.

- Nous ne serons jamais tranquilles Professeur, répondit la directrice avec découragement. Mais le plus inquiétant, c'est que la génération d'Harry et de ses amis ne connaîtront peut-être jamais la paix.

- En attendant, trancha Rogue. Nous avons du travail.

Lys se débrouilla pour s'isoler avec son précieux animal elle choisit une fois de plus le pont de l'école. Posant brusquement son serpent sur le muret, elle le fixa, les bras croisés, en attendant une explication.

- Tu peux me dire à quoi tu joues, le poussa-t-elle.

- À rien, s'offensa-t-il. Tu penses que c'est le bon moment pour jouer ?

- Je le sais mieux que toi, répondit-elle sèchement, avec qui parlais-tu avant notre arrivée ?

- C'est un interrogatoire ? se risqua-t-il.

Si le serpent avait été plus gros, la jeune fille l'aurait giflé. Elle se sentait à bout.

- Je ne répèterai pas ma question Arkéonph, s'impatienta-t-elle.

- Avec Siera Orfèvre, lâcha-t-il.

L'adolescente le poignarda du regard. Le serpent jouait avec ses nerfs et cela ne lui plaisait pas.

- Qui ?

- Un membre de la Guilde des Orfèvres, lui apprit-il avec un calme déconcertant. Elle a crée avec le reste de l'ordre, la baguette magique, les Rêves et beaucoup d'autres objets enchantés. C'était aussi ma Porteuse originelle.

Il y avait un petit ton de défi dans la voix du reptile.

- Maintenant à moi de poser les questions, commença l'animal en rampant vers l'adolescente.

La bête magique monta autour de la jambe de la jeune fille et grimpa jusqu'à son épaule avant de la fixer avec un air malicieux.

- À quoi tu joues, demanda-t-il.

- Ce n'est pas drôle, s'exclama-t-elle.

- Réponds, exigea-t-il calmement.

- À rien, railla Lys.

- Quel est ce petit numéro que tu nous as fait avec le Rêve de tout à l'heure ? se risqua-t-il de nouveau.

L'attaque dans la salle de botanique revint dans l'esprit de la sorcière. Elle resserra ses poings devant la faiblesse qu'elle avait montrée. Comment avait-elle put laisser s'échapper ce maudit lézard ? Son serpent se rendit compte que Lys doutait beaucoup d'elle…L'adolescente avait toujours une telle confiance en elle que s'en était perturbant. Pourquoi doutait-elle maintenant ? Pourquoi doutait-elle tout court ?

- Arkéonph, murmura-t-elle. Je ne sais plus.

Sa voix était petite et faible. Elle leva la tête et contempla l'autre bout du pont, les larmes aux yeux.

Arkéonph face à cette fragilité, se lova autour du cou de sa Porteuse.

- Lys…voulut-il la rassurer. Ton père et toi devez laisser tomber le masque qui vous protégeait pendant toutes ces années. Cette machination pour vaincre Voldemort et protéger Harry a bouleversé votre vie mais à présent vous devez réapprendre à vivre sans armure.

- Je suis tellement... commença-t-elle la gorge nouée.

- Belle, intelligente, fière, courageuse…lista le reptile qui se fit éjecter de l'épaule de sa Porteuse d'un geste sec et rapide.

- Tu veux dire inutile, impuissante, inculte, couarde, maladroite, laide, peureuse…sa voix s'étouffa de sanglots. Une fille indigne…

- Je t'interdis de dire des bêtises pareilles Lys Rogue, siffla le reptile qui était remonté sur le parapet.

Le serpent ne put consoler sa Porteuse qui partit en courant vers l'école. Pourquoi se rabaissait-elle à ce point ? Pourquoi refusait-elle de voir qu'elle était une fille magnifique et géniale sans sa carapace de fer ?