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« Relorio »
Lys en réfléchissant venait de changer de direction lorsque quelqu'un la percuta. Lys ne recula pas mais sentit le choc sur son menton. La jeune fille serra les dents et oublia la douleur tandis que l'autre personne prenait son nez à pleine main en proie à une terrible douleur.
- Weasley, constata l'adolescente avec un air hautain dans une copie féminine parfaite de celle de son père.
La jeune fille ne daigna regarder ni Granger et encore moins Potter qui observaient la scène depuis le côté. Lys reprit sa route en donnant un puissant coup d'épaule contre le sorcier roux. La même indifférence, la même attitude dé-plaisante, les mêmes gestes brusques, les mêmes remarques blessantes…elle était aussi désagréable que son père. Ron se retourna et saisit le poignet de la Porteuse pour la retenir. Le sorcier ne supportait pas qu'elle le méprise et l'ignore, comme avant la Grande Bataille, au moment où ils étaient juste en train de se considérer peu à peu comme des…amis.
- Regarde moi…commença-t-il.
Lys dégagea son poignet vivement en repartant. Ron voulut arrêter la sorcière une nouvelle fois mais Hermione le retint en le suppliant du regard. Le sorcier roux qui ne pouvait pas résister à sa petite copine, rechigna mais ne fit plus rien pour intercepter la brune. Harry, lui, ne supporta pas l'ignorance que sa demi-sœur portait à Ron et décida de s'en mêler. Hermione n'eut pas le temps de l'empêcher de commettre une bévue, il avait déjà pris et serré la main de Lys. Les deux adolescents s'arrêtèrent. Ils étaient dans le couloir aux arca-des, celles de gauche donnaient sur la cour et les autres sur le vide. L'adolescente fut tentée pendant un instant d'y projeter le sorcier. Elle ravala un sourire sans rien laisser paraître. Comme Lys ne le regardait pas, l'Élu serra le poignet fin de la jeune fille qui ne réagit pas. Lys ne perdit même pas sa salive à demander au sorcier de la lâcher. Arkéonph comprit que cette situation allait dégénérer et s'enroula lentement autour de la main droite de sa Porteuse. Harry, aveuglé par la colère ne remarqua pas le mouvement du reptile, il resserra son étreinte voulant que l'adolescente daigne le regarder. L'effet fut immédiat. Lys se retourna rapidement vers son demi-frère. Elle monta leur main toujours tenues par l'étreinte d'Harry au niveau de leur menton. Le visage de la jeune fille montra de l'impatience et le garçon ne le supporta pas. Il leva la main et voulu frapper la sorcière.
- Arrêtez, hurla Hermione de peur qu'ils ne se battent.
Entendant le ton monter les élèves de la cour se tournèrent vers la dispute et accoururent pour ne rien manquer de cet affrontement.
Tous s'empressèrent de se positionner du côté de l'Élu. Seuls les Serpentard restaient avec la fille de leur directeur de Maison.
Lys fixa le sorcier en face d'elle avec un regard noir, lui montrant que son geste lui déplaisait mais ce qui déstabilisa le garçon c'est que la jeune fille n'avait esquissé aucun geste de défense quand il avait tenté de la frapper comme si elle acceptait le coup.
- Lâche-moi, ordonna Lys d'une voix autoritaire digne de son père.
Elle articula les deux mots en insistant très sèchement.
- Pourquoi tu nous évites ? s'énerva son interlocuteur. On est tes amis !
- Lâche-moi, insista l'adolescente en perdant petit à petit patience.
- Non, cria-t-il.
Arkéonph resserra la pression de son corps contre la peau de sa maîtresse. Cette dernière qui ne tolérait pas la réponse du sorcier fit des efforts pour ne pas craquer sous la colère.
- Lâche-moi pour la dernière fois Potter, demanda l'adolescente.
- Harry s'il te plaît…commença Hermione voyant arriver l'affrontement.
- Non, hurla le jeune homme en faisant fi des menaces de sa demi-sœur et de l'inquiétude de son amie.
Lys réagit enfin. Elle retourna avec force son poing pour tordre le bras de son frère qui ne pu se défaire de son adversaire qui tenait maintenant sa main. Cette poigne puissante, indélicate, brusque…celle de Severus. Harry ne prit pas le temps de laisser échapper une plainte, Lys le lâcha. Elle réussit ainsi à se délivrer totalement de l'emprise du sorcier. Ne voulant pas aller plus loin et lui faire subir une défaite cuisante, elle tourna les talons et partit calmement. Harry, qui avait mis un genou à terre de douleur tenait son bras engourdi. Il se releva en écartant ses amis et partit à la poursuite de la jeune fille. Hermione ne put le retenir et étouffa un cris d'horreur en voyant son ami sortir sa baguette et la pointer vers l'adolescente. La foule regardait avec stupéfaction le triste spectacle que voulait montrer le jeune homme. Lys s'arrêta mais ne se retourna pas elle leva la tête pour fixer le mur en face d'elle.
- Tu n'est qu'un lâche Potter, railla-t-elle avec mépris.
- Tu parles comme ton père, s'énerva-t-il.
- Tu ne tireras pas.
- Comment peux-tu en être si sûre, répondit le sorcier en continuant de viser l'adolescente.
- Tu vaux mieux que ça Potter, tonna-t-elle. Tu ne frapperas pas une personne désarmée et de dos.
Elle se retourna lentement et fixa le sorcier avec défi.
- À moins que tu ne sois comme ton père, l'insulta la sorcière.
- Au moins ma mère ne m'a pas abandonné, lança-t-il.
- Répète si tu l'oses Potter, cria Lys avec défiance.
- J'ai touché le point sensible on dirait, ironisa-t-il au dépens de sa sœur.
- Harry s'il te plaît, voulut les calmer Hermione toujours en vain.
- Répète Potter, hurla la Porteuse.
- Tu as très bien entendu, résista-t-il, même pas une famille, voilà ce que sont les Rogue.
La foule d'élève retenait son souffle en attendant la réponse de l'adolescente qui fixait Harry d'un regard dur et meurtrier.
- Très bien, se calma-t-elle d'un seul coup. Réglons ça maintenant.
Elle sortit sa baguette et la pointa. Harry lista dans son esprit tous les sorts de sa connaissance en favorisant les plus douloureux.
- Je ne sais pas quelle folie t'habite Potter. Mais je ne laisserai personne nous salir !
Sans attendre, Harry lança un « Expelliarmus » sur son adversaire. Lys para le coup avec rapidité et afficha un petit sourire. Le sorcier continua de lancer le sort qui s'écrasait contre la protection de l'adolescente.
- À mon tour, déclara-t-elle en parant une autre attaque.
La jeune fille fit un pas vers l'avant en lançant des pétrifications qu'Harry évita.
- Confringo, lança-t-elle en baissant légèrement son arme.
Le sortilège fusa de la baguette de l'adolescente et percuta le sol aux pieds de son demi-frère qui recula devant l'explosion que produisit l'attaque. Lys s'apprêtait à en lancer un autre mais Harry fut plus rapide et désarma la sorcière grâce à un nouvel « Expelliarmus ». La baguette de Lys vola sous les arcades et se logea contre un mur après avoir rebondi bruyamment.
- Tu as perdu Rogue, déclara-t-il satisfait.
- Pas encore, le défia-t-elle.
Personne ne comprit comment la jeune fille pourrait retourner la situation à son avantage. Harry ne perdit pas une seconde et bombarda sa sœur avec des sorts plus dangereux les uns que les autres. Avec une rapidité presque inhumaine, Lys les évita en déplaçant habilement son corps. Elle sauta à travers l'une des arcades en évitant une attaque. L'ado-lescente parcourut la cour dans laquelle elle venait de pénétrer. Harry n'arrêta pas pour autant ses assauts et visa encore et toujours la Serpentard qui tentait de s'enfuir.
- Diffindo, hurla-t-il en souhaitant voir la sorcière subir le sort.
Toute la foule s'exclama d'effroi quand Lys disparut. Un filet noir s'éleva de l'endroit où était la jeune fille. Il se déplaça au ras du sol et prit de la vitesse. Avant qu'Harry ne puisse réagir, la fumée s'arrêta derrière lui et Lys réapparut. Des jeunes élèves eurent beau crier pour prévenir le sorcier, l'adolescente fut plus rapide et passa son bras autour du cou du magicien et le serra. Le sorcier lâcha sa baguette comme la jeune fille l'avait souhaité. Tandis qu'il se débattait contre l'emprise qu'elle avait sur lui, cette dernière tendit le bras droit.
- Accio baguette, déclara-t-elle calmement.
L'arme de la sorcière s'envola et atterrit dans la paume de la gagnante qui laissa tomber son frère à ses pieds en le pointant.
- J'ai gagné, termina-t-elle.
Elle tourna les talons et partit en direction de l'intérieur de l'école. Harry se releva de son mieux en se saisissant de sa baguette.
- Endol…commença-t-il.
- Rélorio, hurla la Porteuse en faisant volte-face.
Immédiatement, les yeux de l'attaquante devinrent écla-tants, ses pupilles s'allongèrent jusqu'à devenirs verticales. Une lumière argentée aveuglante entoura Arkéonph qui prit les mêmes yeux que sa Porteuse. Leurs regards étaient fusion-nés. La lumière du serpent devint un filet pâle qui s'enroula autour de la baguette de Lys. Un sort vert et blanc fila en dehors de l'arme et percuta le garçon en plein torse. Harry vola à l'autre bout du couloir et frappa durement le mur du dos avant de tomber. Les yeux de la Porteuse redevinrent normaux. La lumière s'arrêta aussi vite qu'elle était apparue.
Tout Poudlard la dévisageait avec ahurissement en découvrant ce sort et l'adolescente s'apprêtait à leur cracher une remarque cinglante quand elle se ravisa en apercevant les professeurs à l'autre bout du couloir. Ils venaient de s'accroupir vers Harry et l'aidaient à reprendre conscience. Seul Rogue était debout, le regard fixé sur sa fille unique, en proie à une grande interrogation. Sans attendre de question Lys quitta la cour.
- Que s'est-il passé, s'énerva McGonagall en se relevant.
Les élèves baissèrent la tête, seul Ron affronta le regard du professeur.
- Lys a attaqué Harry, déclara-t-il les yeux remplis de haine.
- Ron ! s'écria Hermione. Ce n'est pas…
- Arrête ! la coupa-t-il, elle n'est pas intouchable ! Arrêtez de toujours la protéger juste parce que vous avez peur d'elle !
- Silence, cria Minerva avant de se radoucir. Retournez à vos occupations. Le train pour vous ramener chez vous arrivera ce soir à 20h, lança t'elle à la foule d'élèves.
- Tu n'est qu'un idiot, s'énerva Hermione.
Ron croisait les bras avec énervement. Comment Hermione pouvait protéger cette fille qui venait d'attaquer son ami ?
- Tu as vu le sort qu'elle lui a jeté, résista-t-il. On ne le connaît même pas. Je te parie qu'elle pratique la magie noire !
La jeune fille fut interloquée par cette accusation.
- Lys est la fille la plus loyale et juste que je connaisse, cria-t-elle. Si la vie ne l'a pas gâtée, elle n'y peut rien !
- Tu ne vois donc pas qu'elle se moque de nous, continua le sorcier. Un jour elle se fait passer pour notre amie et le lendemain elle est désagréable et imbuvable comme son père !
- Elle est totalement déchirée entre ses deux penchants, elle lutte contre elle-même et en souffre. C'est un masque qu'elle revêt quand elle est rude, ce masque qu'elle a du porter toute sa jeunesse; on ne se défait pas si vite de tant d'années de feinte.
- Hermione, tenta-t-il de la convaincre. Lys n'est pas celle que tu crois.
- Tu as tord Ronald, s'attrista-t-elle.
- Je vous dérange peut-être, ironisa Harry qui reprenait ses esprits.
Les deux amis accoururent vers le lit de leur ami.
- Je suis où ? demanda le blessé.
- À l'infirmerie, lui apprit Hermione. On a du te réveiller en parlant un peu fort.
- C'est vrai que vous ne passez pas inaperçus.
Le trio éclata de rire.
- Vous parliez de quoi, interrogea soudainement Harry.
Hermione jeta un regard noir à Ron qui comprit qu'il valait mieux ne pas parler de Lys en ce moment.
- Vous parliez de mon abomination de sœur, cracha Harry en se redressant dans son lit.
- Harry ! déplora Hermione qui était visiblement la seule à défendre la sorcière brune.
- Elle m'a jeté un sort, Hermione, s'écria-t-il. Un sort qui aurait pu me tuer !
- Tu l'a poussée au combat, s'énerva Hermione.
La sorcière n'attendit aucun commentaire et partit en pleurant dans l'école.
Des heures s'étaient écoulées depuis le combat des deux sorciers. Lys s'était rendue dans la salle du miroir du Riséd. Elle était assise sur un coffre et lisait un grimoire en faisant défiler les pages magiquement. Arkéonph s'était enroulé devant la glace ensorcelée et fixait le reflet de Siera, sa première Porteuse. Il se voyait enroulé autour de son épaule et s'entraîner dans des combats amicaux avec les autres membres de la Guilde des Orfèvres. Le reptile se souvenait de ces joutes comme si c'était il y a quelques jours alors que mille ans s'étaient écoulés. La confiance et l'entraide qui régnaient entre les différents Rêves avaient disparues depuis et avaient laissées place à la haine.
- Tu m'avais caché ce sort, déclara Lys sans lever le nez de son livre.
Le serpent détourna avec peine son regard de la paroi transparente.
- Tu l'a merveilleusement contrôlé pour une première fois, complimenta-t-il. Tu es la deuxième Porteuse à maîtriser un Rélorio du premier coup.
- Qui était la première ? questionna-t-elle.
- Siera Orfèvre elle-même, répondit le reptile.
Lys leva la tête de son ouvrage. Siera Orfèvre avait l'air de vraiment manquer à son serpent.
- Ce sort n'est utilisable que par les Porteurs, lui apprit l'animal magique. Lors du lancement de ce sortilège, le Porteur et le Rêve fusionnent et ne sont qu'un seul esprit. Ces sorts sont presque aussi puissants que les sorts interdits.
Lys leva la tête vers le miroir où elle vit encore une fois, sa mère, son père et elle même, souriants et heureux: son souhait le plus profond.
La jeune fille ferma son livre. Elle se leva et posa sa main sur le miroir. Pourquoi n'avait-elle pas connu le bonheur d'une famille ? Elle aimait son père de tout son cœur et elle n'arrivait plus à détester sa mère. Quelque chose l'en empêchait.
Des pas et des sanglots dans la pièce du dessus firent sursauter l'adolescente. Hermione dégringola à toute allure les marches de l'escalier et courut se réfugier dans les bras de la Serpentard. La sorcière la serra contre elle et Lys fut bien démunie devant la confiance dont Hermione lui faisait preuve soudain. Elle qui, il y a quelques heures aurait pu tuer Harry, son ami de toujours, voilà qu'elle pleurait dans ses bras. La Porteuse serra à son tour la Gryffondor contre elle mala-droitement. Hermione se calma progressivement jusqu'à reprendre une respiration normale. Cette dernière repoussa doucement la fille brune et s'essuya les yeux.
- Pourquoi es-tu ici ? demanda Lys se forçant à paraître aimable.
- Je ne pense pas comme les garçons, avoua-t-elle. Tu n'es pas ça !
Lys recula.
- Tu ne me connais pas Granger, lâcha Lys sèchement.
- Si, insista cette dernière. Tu es cette fille qui se cache, qui se protège car elle est fragile et n'ose pas se montrer aux autres !
- C'est faux, hurla Lys le regard noir de colère. Je ne suis pas fragile, plus maintenant.
Elle continua d'un ton plus bas:
- Oublie-moi Hermione. Je ne suis pas une bonne personne ni l'amie fidèle que tu espères. Je ne suis plus une fille qui sourit et rit. Ces qualités ont disparu au plus profond de moi.
- Alors, je sauverai cette partie de toi. Je ne te laisserai pas la détruire.
- C'est trop tard, déplora Lys.
Les traits de l'adolescente devinrent plus durs encore. Elle prit brutalement son serpent le posa sur son épaule et remonta.
