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Le faucon d'onyx

Hagrid faisait monter tous les élèves dans le train. Lys n'avait pas aidé le géant à guider les élèves. À onze ans, on peut monter dans un train tout seul !

- Au revoir, cria-t-il à l'intention des enfants.

Les portes du véhicule se fermèrent et le train démarra. Les élèves faisaient des signes de la main aux fenêtres en riant. Lys resta de marbre devant ce spectacle qui fit presque pleurer Hagrid. L'adolescente était au fond du quai, le regard sombre.

- Je me souviens encore de ton premier voyage dans ce train, se rappela le géant en faisant un clin d'œil à la jeune fille.

Elle ne répondit pas.

- J'ai appris ce qu'il s'est passé avec Harry, avoua le géant. Rassure-moi, tu ne pratiques pas la magie noire, Lys ?

Hagrid s'était arrêté et la fixait avec chagrin. Il souhaitait que la jeune fille ait un bel avenir et non pas qu'elle sombre dans la quête du pouvoir.

- Ce n'était pas de la magie noire, répondit-elle sèchement.

La jeune fille s'éloigna vers le château. Comment pouvait-il croire qu'elle pratiquait la science des maléfices ? C'était absurde !

La Porteuse entra dans la salle commune où les professeurs mangeaient. Quand Lys était enfant, elle détestait les vacances où elle devait manger seule avec les pro-fesseurs. Ces derniers lui posaient souvent des questions qui dérangeaient la petite fille. Elle s'assit à la table vide des Serpentard, tout au bout comme à son habitude. Une assiette rejoignit aussitôt la Porteuse qui murmura un « merci » avant de commencer son repas. Les minutes passaient inter-minables et Lys craignait une question sur son affrontement avec Potter.

- Miss Rogue ? l'appela McGonagall.

La jeune fille tourna la tête vers le professeur. La vieille femme n'était pas fâchée mais inquiète. Pensait-elle aussi que l'enfant pratiquait des sorts interdits ?

- Quel était…commença la directrice au chapeau pointu.

La porte s'ouvrit brusquement. Un groupe de trois personnes entra dans la salle, c'était la famille Malefoy. Drago fit un signe de tête furtif à la fille de Rogue qui ne lui rendit pas.

- Que faite-vous ici ? leur demanda sèchement Minerva suspendant sa précédente question.

- Nous vous apportons l'aide de notre fils pour la reconstruction de Poudlard, répondit le père de Drago.

Lys pensa qu'ils voulaient seulement se faire un peu pardonner, servir l'école n'ayant jamais été leur priorité. L'ado-lescente fixa le jeune homme blond. Leur arrivée l'indifférait mais l'avait sauvée d'une question dérangeante.

La discussion entre la famille Malefoy et la directrice se fit longue et bientôt ennuyante. Drago s'impatientait assis à côté de Lys à la table des Serpentards. Elle ne lui avait pas dit un mot et restait figée, totalement absente.

- Vous deux, les appela sèchement Rogue, dans vos chambres !

L'ordre était clair et sec. Lys sortit de la salle, sans attendre le garçon qui dut courir pour la rattraper.

- Qu'est-ce que tu veux Malefoy, demanda brusquement la jeune fille en s'arrêtant.

- Des nouvelles, répondit-il vexé.

- Tu n'en auras pas, termina-t-elle.

Drago lui prit timidement le poignet comme l'avait fait Harry il y avait peu. Étonnamment, cette fois, Lys ne se mit pas en colère. La pudeur dont le jeune homme faisait preuve pour la retenir l'amusait.

- Des nouvelles, exigea-t-il.

Lys se retourna et fit le même mouvement qu'avec Harry. Leurs deux mains étaient au niveau de leur menton.

- Sinon quoi, demanda-t-elle avec un sourire.

- Tu vas passer un salle quart d'heure, affirma-t-il en essayant de se montrer impressionnant.

La sorcière retourna le bras de son interlocuteur qui tomba à genoux tellement la douleur était grande.

- Sûr ? se moqua-t-elle en souriant.

- Tu …commença-t-il.

Le garçon arrêta sa phrase en fixant quelque chose derrière Lys. Elle se retourna et se trouva face à un homme encapuchonné de noir. Avant qu'elle ne puisse bouger, le personnage lui prit le cou et la souleva de terre. Drago s'enfuit paniqué. Lys fixa l'intrus. Elle ne pouvait voir aucun trait du visage de l'attaquant mais il était très grand et puissant. Arkéonph n'osa pas se déplacer sur le corps de l'adolescente pour rejoindre sa main. Quelque chose l'effrayait.

- Je vous tiens enfin, ricana l'inconnu. Je n'aurai jamais pensé que cela serait aussi facile.

Un faucon argent et noir plana dans le couloir et se posa sur l'épaule de l'attaquant.

- Que voulez-vous, s'enragea l'adolescente qui ne cherchait même pas à se débattre.

- Tu ne lui as pas dit Arkéonph ? se moqua l'homme.

Des pas raisonnèrent dans le couloir. L'inconnu et le faucon détournèrent la tête. L'adolescente profita de ce moment d'inattention pour sortir rapidement sa baguette malgré sa position inconfortable.

- Expelliarmus, cria-t-elle.

Le sort fusa de la baguette et frappa l'homme au torse, le projetant contre le mur, le rapace précieux s'envola. Lys tomba à terre. L'inconnu était abasourdi ce qui permit à l'adolescente de se relever et de retrouver son équilibre. Elle pointa de nouveau sa baguette sur son ravisseur.

- Endoloris, s'exclama une voix dans son dos.

Avant qu'elle ou son serpent ne puissent réagir, Lys se trouva en proie au sortilège. La jeune fille retomba souffrant de tout son corps. Elle hurlait de douleur en pleurant. Arkéonph qui n'avait pas été touché par le maléfice de l'oiseau attaqua le faucon qui venait de blesser sa Porteuse. Les deux animaux se lancèrent des sorts de plus en plus puissants et lumineux, sans pouvoir se départager. Pourtant Arkéonph sentit qu'il faiblissait et que bientôt sa maîtresse serait une proie facile pour les deux intrus. Par miracle, un sortilège traversa le long couloir, puis fut suivi par d'autres. L'homme encapuchonné para tous les sorts pendant quelques minutes puis perdit rapidement de l'endurance, ce qui permit à Rogue de lui donner le coup de grâce. Il explosa l'homme à l'aide d'un « Confringo ». L'homme mourut sur le coup, laissant un cadavre carbonisé que McGonagall, juste arrivée, s'empressa de réduire en poussière. Le faucon disparut dans une pluie d'étincelles argentées et ébène.

Lys fut délivrée du sort dont elle était la proie. Elle respira avec peine pendant quelques minutes et les professeur l'aidèrent à s'asseoir. L'adolescente reprit difficilement ses esprits et ne se rendit compte que trop tard que des larmes coulaient sur ses joues. La jeune fille les essuya en consta-tant, que malheureusement, Drago les avait vues. Sur le moment, Lys se sentit honteuse et souhaita tuer le garçon qui l'avait vue si faible.

On l'aida à se relever. La Serpentard s'agrippa au mur et retrouva doucement son équilibre. Aussitôt maîtresse de ses moyens, elle repoussa les adultes qui l'entouraient et partit vers sa chambre. La jeune fille ne voulait ni pitié ni compa-ssion. Elle avait survécu au sortilège de torture, c'était tout.