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Je voulais vraiment t'aider

Les habitants du château célébraient la fin des travaux de la tour des Serdaigles. Les élèves riaient et étaient satisfaits de voir que leur travail acharné portait ses fruits. Les chantiers avançaient et peut-être que l'année suivante, tout le château serait réparé. Les professeurs étaient heureux de voir leurs élèves aussi déterminés. Un énième toast venait d'être porté lorsque les quatre amis pénétrèrent dans l'immense salle. Minerva se leva et s'empressa d'accueillir les adolescents, rapidement suivie par le reste des professeurs, seul Rogue resta en retrait, taisant son bonheur de revoir sa fille.

- Que s'est-il passé ? s'inquiéta McGonagall en craignant que l'un d'eux ne soit blessé.

Harry s'approcha de la directrice et présenta l'épée des Gryffondors à l'adulte.

- Vous avez réussi ! s'exclama Hagrid.

- Vous en doutiez, s'offensa Ron avec un sourire fatigué.

Les élèves, qui s'étaient tus, entendirent l'exclamation du sorcier roux et éclatèrent de rire. Lys ne prit pas part à la joie générale et continua de fixer l'épée, pensive.

- Joignez-vous à nous, les invita l'un des professeurs.

Les jeunes gens s'assirent à leur table respective. Lys prit sa place habituelle, près des Serpentards. Un Gryffondor se leva et porta un toast à Harry, Ron et Hermione. Remarquant que l'élève n'avait pas cité la Porteuse, les étudiants se tournèrent vers elle en attendant sa réaction. Le gamin qui s'était levé n'en mena pas large lorsque le regard émeraude de Lys se posa sur lui. L'adolescente se mit à applaudir avec un sourire. Les membres de sa table la suivirent, quelques peu étonnés, puis tous les élèves firent de même.

Lys changeait, elle enlevait petit à petit son masque de dureté mais un malaise la hantait et elle n'arrivait toujours pas à le surmonter. Personne ne pourrait l'aider dans ce combat, c'était le sien.

Hermione était assise dans le salon de la bibliothèque et examinait l'épée depuis des heures. Elle s'était réveillée tôt et prenait des notes sur un carnet.

- Pourquoi avons nous trouvé cette épée de Godric Gryffondor ? D'après Arkéonph c'est une Serpentard qui doit mener cette chasse aux Rêves pas un Gryffondor ! soupira-t-elle.

- Toi aussi tu aimes te torturer l'esprit de bon matin, ironisa une voix féminine.

La jeune fille découvrit Lys s'avançant vers elle.

- Je savais que je te trouverais là avec l'épée, lui apprit la brune. Je voulais moi aussi l'examiner.

- J'aime bien réfléchir ici, avoua la Gryffondor en baissant les yeux sur l'arme.

- C'est vrai que cet endroit est apaisant, répondit la Porteuse en s'asseyant sur la table à côté de l'épée.

Lys regarda le carnet de sa camarade et posa les yeux sur la lame.

- Je ne pense pas que ce soit elle, lâcha Hermione en reprenant ses notes. L'épée de Godric Gryffondor à été forgée par des gobelins, pas par Siera Orfèvre.

- C'est ce que l'on raconte, murmura la brune adolescente sans détacher son regard de la lame affutée. On a très bien pu inventer cette légende pour cacher son pouvoir.

- Si les Porteurs savaient qu'elle pouvait tuer leur Rêve, ils l'auraient détruite, s'exclama Hermione interrogative.

Elle décida d'arrêter ses recherches, fatiguée. Lys la regarda partir avec l'épée, elle commençait à apprécier Hermione et son entêtement à comprendre.

- Tu es bien matinale Rogue, lança une voix arrogante de l'autre bout de la salle.

- Qu'est-ce que tu veux Malefoy ? demanda sèchement l'adolescente surprise.

- Tu es bien susceptible ce matin, continua le sorcier avec supériorité.

Lys descendit brusquement de la table. Drago saisit le poignet de la jeune fille lorsqu'elle passa à côté de lui. L'adolescente leva les yeux sur son camarade qui ne put soutenir son regard et baissa la tête.

- Excuse-moi, murmura-t-il tristement.

Les deux enfants s'étaient toujours entendus. Leur appar-tenance à la même maison les rapprochait forcément mais plus encore leur dédain des autres et leur froideur en avaient fait deux solitaires qui s'étaient attirés malgré eux.

Lys laissa sa main dans celle de Drago et lui sourit gentiment..

- Je déteste que tu t'énerves, avoua le garçon.

- Je sais, chuchota la Porteuse mais tu ne peux pas t'empêcher de m'agresser, murmura-t-elle .

Sa voix résonnaient dans la tête de Drago comme une douce mélodie. Cette douceur, il était le seul à y avoir droit, le seul qui l'entendait, le seul qui pouvait l'apprécier. Il fit un geste affirmatif de la tête et l'adolescente voulu repartir.

- Lys ? tenta le garçon.

Elle se tourna vers lui.

- Oui.

- Je…non. Rien, n'osa pas Malefoy en baissant la tête.

- À tout à l'heure Drago, termina la Porteuse en quittant la pièce.

La porte fermée, Drago s'effondra. Il n'en pouvait plus. Il l'aimait depuis sept ans. Depuis sept ans il voulait le lui dire mais n'y arrivait pas, de peur de gâcher leur complicité. Il se souvenait encore de ce jour, où il avait su qu'il ne pourrait plus se passer d'elle ni de sa voix, au début de sa première année à Poudlard.

À cette époque, Malefoy déambulait dans les couloirs avec sa troupe de Serpentards. Il était fier, impressionnait les filles et dominait les garçons. C'était le prince des Serpentards. Dans les jardins de l'école il avait aperçu Lys Rogue assise sur un banc. C'était une excellente élève. Son père l'obligeait à des résultats parfaits et lui demandait plus de travail qu'aux autres enfants. Son intelligence et sa curiosité pour la magie faisaient le reste. Mais elle avait une réputation de gamine désagréable et violente.

Drago ne quittait pas Lys des yeux. L'enfant à l'autre bout du parc avait été entourée par une bande de troisième année. Visiblement son sale caractère ne la mettait pas à l'abri, car des rires mêlés à des moqueries s'étaient élevés autour de la petite brunette. Elle s'était défendue bravement mais quand le groupe était parti Lys n'avait pu retenir ses pleurs. Un élan soudain avait fait lever Drago qui avait marché seul vers l'élève.

- Qu'est-ce que tu veux Malefoy ? avait demandé sèchement la petite fille en essuyant rageusement ses larmes.

Le garçon s'était assis à côté d'elle.

- Je voudrais t'aider Rogue, avait-t-il affirmé d'une voix rassurante.

Le regard émeraude de l'élève était devenu menaçant et le serpent argenté qui lui entourait le poignet était monté soudainement à son cou en poussant un sifflement énervé.

- Ne te moque pas de moi, s'était-elle écriée sans avoir peur du Serpentard. D'habitude tu te moques de moi, me rabaisses et maintenant tu veux m'aider ?

Lys avait bondi sur ses pieds, avait pris sa pile de livres dans ses bras et était partie. Drago l'avait suivie des yeux en éprouvant de la sympathie pour elle: Lys lui tenait tête, comme Potter mais elle avait une manière de le faire qui lui plaisait. Elle avait un petit quelque chose que n'avaient pas les autres.

- Attends, l'avait appelé Malefoy en la suivant.

Elle n'avait pas prêté attention à ses appels. Le Serpentard l'avait appelée une nouvelle fois, toujours sans succès. Il avait couru et était arrivé à la hauteur de l'élève. Il lui avait pris brusquement l'épaule et l'avait tirée vers l'arrière. Mais Drago trébuchant l'avait entrainée sur le sol avec lui. Lys furieuse l'avait repoussé.

- Ne me touche plus, Malefoy, avait-elle ordonné avec un ton sévère, plus jamais !

Drago était resté étourdi et avait fixé les yeux verts de son interlocutrice. Il avait cru entendre Rogue au lieu de sa fille tant le ton était semblable à celui du professeur.

- Ne jamais dire jamais, avait répondu le prince des Serpentards en reprenant ses esprits.

Lys avait fait fi de sa remarque et avait ramassé ses livres pour partir le plus vite possible. Malefoy avait attrapé le dernier bouquin et l'avait caché dans son dos. Sa camarade qui avait vu son geste lui avait tendu la main en lui faisant signe de lui donner rapidement le manuel. Drago s'était approché de l'oreille de la brunette.

- Je voulais vraiment t'aider, avait-il avoué.

- Prouve-le moi, l'avait-elle défié.

- Tu verras ce soir, avait-il répondu.

Le soir même, le prince des Serpentards avait gardé une place pour Lys à côté de lui. C'était le dernier banc avant le bout de la table. Cette attention avait touchée Lys qui n'était jamais la bienvenue nulle part parce que son père était professeur. Drago avait voulu lui prouver qu'avec lui, elle était acceptée et jugée sur sa force de caractère et non son identité.

Il était tombé amoureux. Amoureux de son visage, de son indépendance, de sa façon de parler, de marcher… Il aimait tout chez elle. Sa famille n'avait pas d'importance et son sang non plus, tout ce qui comptait c'était qu'il l'aimait.

Drago était toujours en larmes dans la bibliothèque où ses souvenirs l'avaient assailli. Il n'arrivait pas à s'arrêter, sa tristesse n'avait plus de limites. Ces sentiments pour Lys le rongeaient.

Il rejoignit pourtant la salle à manger refoulant son chagrin. En avance, il s'assit seul, pensif. Une rumeur se fit entendre, une rumeur joyeuse. Malefoy se redressa reprenant son masque de meneur. Rapidement, une foule d'élèves remplit la salle, l'heure du petit déjeuner était venue. Harry, Ron et Hermione entrèrent eux aussi et s'installèrent à la table de leur maison.

Drago vit enfin arriver Lys. Elle discutait avec McGonagall, sûrement de l'épée. La brune quitta le groupe des professeurs et vint s'asseoir à sa place habituelle, juste à côté de lui. La Porteuse esquissa un sourire à son camarade et attendit que le repas apparaisse. Drago se sentit bien, il se sentait toujours bien à côté de Lys.