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Souvenirs

Malefoy veillait sur Lys depuis des heures. Il contemplait l'adolescente avec des yeux protecteurs et aimants. La jeune fille n'avait jamais remarqué cette lueur de passion qui animait le regard du Serpentard depuis des années, ou ne voulait pas la voir. Drago replaça une mèche brune derrière l'oreille de la Porteuse en admirant son visage pour la énième fois.

Un peu plus tard, la blessée assoupie laissa échapper un gémissement de douleur et ouvrit lentement les paupières. Elle regarda son entourage et réussit à se situer: elle était à l'infirmerie de Poudlard avec Drago à ses côtés. Lys tenta de se redresser mais son ami l'en empêcha avec douceur.

- Tu dois te…

- Laisse-moi me lever Malefoy, répliqua-t-elle sèchement.

Une migraine enflamma le crane de l'adolescente.

- Que s'est-il passé ? s'enquit-elle soudainement plus calme.

- On t'a entaillé mauvaisement le bras et tu t'es évanouie, résuma le sorcier. Rogue a stoppé l'hémorragie et t'a ramenée ici.

- Et les autres ?

Drago prit une grande inspiration. Il se doutait de l'atta-chement qu'avait la Porteuse pour la princesse des nixes. Comment allait-il lui annoncer sa mort ?

- Ton attaquant est mort, répondit-il en évitant le sujet de Nennvial. J'ai tué son Rêve.

Lys braqua son regard sur le jeune homme avec une étincelle d'admiration dans les yeux.

- Comment as-tu fais ? lui demanda-t-elle.

- L'épée avec laquelle il t'a attaquée permet de tuer les Rêves. L'épée de Godric Gryffondor n'était qu'un leurre.

Le regard de Lys s'assombrit soudainement.

- Comment tu sais ça, toi ? s'enquit-elle avec méfiance.

- Calme-toi ! c'est Arkéonph qui vient de me le dire, se défendit-il.

- Comment va Nennvial ?

- Et bien…hésita Drago sans savoir comment formuler sa réponse. Elle…Je suis désolé.

Il avait lâché cette conclusion en baissant la tête. Il ne voulait pas blesser son amie mais il ne savait comment lui dire autrement.

- L'attaquant a tranché son papillon en deux, continua-t-il navré, on n'a rien pu faire.

Lys vit que l'adolescent compatissait à sa peine. Elle posa une main rassurante sur l'épaule de son camarade désolé. La sorcière ressentait un vide dans son cœur. Nennvial était une Porteuse comme elle. Elle lui avait fait confiance, en lui demandant de soigner sa sœur. Lys appréciait beaucoup la princesse des nixes.

- Tu n'en es pas responsable, lui assura l'adolescente.

- Je sais.

Pendant un instant, Drago eut envie de dévoiler ses senti-ments à la sorcière mais ce n'était pas le moment, il craignait encore de briser leur amitié.

Tandis qu'un silence pesant s'installait dans l'infirmerie, Hermione et les deux garçons entrèrent dans la pièce, elle tenait un gros livre à la main. Drago les laissa en leur adressant un salut.

- Heureuse de te voir réveillée, lui sourit Hermione.

- Cela fait si longtemps que je dors ? s'affola la Porteuse.

- Trois jours.

Hermione s'approcha de la blessée et s'assit sur un côté du lit en ouvrant son grimoire.

- Regarde, lui dit soudainement la Gryffondor en pointant une image sur le livre.

L'illustration représentait Illiole le papillon de cristal. C'était le Rêve de la nixe décédée. L'image s'était grisée montrant la mort de l'animal magique et par conséquent celle de Nennvial, sa Porteuse. Hermione tourna la page sur une autre mi-niature.

- C'est le Rêve qui a attaqué Arkéonph, affirma Lys.

- Et l'homme, qu'est-ce qu'il est devenu ?

- C'était son Porteur, répondit Harry d'un ton sec, lorsque Malefoy…

Lys le poignarda du regard. Les trois amis savaient que les deux Serpentards s'appréciaient mais ils oubliaient parfois de mettre leurs différents de côtés. L'adolescent s'efforça de retirer le ton méprisant et désagréable qu'il avait employé.

- Enfin Drago... se rattrapa-t-il en mettant fin au regard meurtrier de sa sœur... a tranché le rat en deux, l'homme est mort quelques minutes après.

- Ce « rat », continua Hermione, est en fait un chinchilla nommé Jaris. Sa pierre précieuse est l'améthyste. Son créateur et premier Porteur était le sorcier Malésime Orfèvre.

- Tu t'es encore isolée à la bibliothèque, toi, taquina Ron.

L'adolescente ne répondit pas mais un sourire apparut sur son visage angélique. Pendant qu'ils se taquinaient Lys se pencha un peu plus sur le grimoire de son amie. L'image du chinchilla était elle aussi grisée. La Porteuse se souvint que trois illustrations étaient dans cet état, il ne restait donc que quatre Rêves. Mais pourquoi Arkéonph voulait-il à ce point la mort de ses congénères ? Lys se redressa avec inquiétude.

- Où est Arkéonph ?

Les trois amis se tournèrent vivement vers elle.

- Avec Rogue, répondit Ron.

La Porteuse repoussa les couvertures et attrapa la pile de vêtements posée sur la table de chevet.

- Où vas-tu ? s'inquiéta Hermione.

- Chercher des réponses et mon serpent, répondit vivement la blessée.

- Des réponses ?

- On veut détruire les Rêves, mais on ne sait même pas pourquoi.

- En tout cas tu ne vas nulle part, ordonna Harry.

Lys lui jeta un regard noir pour la seconde fois de la matinée.

- Je vais où je veux Potter, lâcha-t-elle.

Le sorcier s'apprêtait à répliquer quand ses deux amis lui saisirent les bras pour le sortir de la pièce. L'adolescent obéit et ils quittèrent la salle.

Lys se changea rapidement avant de partir à la recherche de son père. Elle se rendit devant les cachots et toqua sur la grande porte du bureau du professeur.

- Entrez, ordonna la voix grave et sévère.

Lys pénétra dans la pièce en silence. L'adulte était assis devant son bureau et rédigeait un parchemin. Severus leva la tête vers sa fille et posa sa plume.

- Tu t'es enfin réveillée, constata-t-il avec un sourire.

La jeune fille hocha la tête affirmativement.

- Tu es venue chercher Arkéonph je présume.

- Oui, répondit-elle d'une voix basse.

Le professeur se leva et prit le serpent entre ses mains. Il rendit le reptile avec une délicatesse qui ne lui était pas habituelle. Lys remarqua ce détail et fixa son père.

- Je ne suis pas venue parler de la fiole.

Il hocha à son tour la tête et lui demanda de continuer.

- C'est plutôt au sujet du combat d'il y a trois jours, continua la jeune fille.

- Potter et les autres ont ramené l'épée ici. J'étais justement en train de rédiger quelques lignes à son sujet, l'informa-t-il en la faisant s'asseoir en face de son bureau.

Le professeur lui tendit les feuilles. Lys les lut une à une sous le regard bienveillant mais inquiet de son père qui pensait à la fiole: comment allait réagir son enfant en visionnant le souvenir qu'il lui avait confié ? Allait-elle le rejeter ? Le père admirait sa fille. Elle avait tellement grandi, il se souvenait encore de ses premières années, de son entrée à Poudlard, de ses rires, de ses pleurs… Il n'avait rien oublié de tous les moments qu'ils avaient passés ensemble. Le professeur n'arrivait pas à réaliser que son enfant était maintenant grande et qu'elle avait pris part au combat contre Lord Voldemort Il ne la voyait pas grandir tellement ces années étaient passées vite. Il se reprochait parfois de lui avoir fait surveiller Harry pendant toute sa scolarité. Il lui avait volé sa jeunesse.

- L'épée aurait donc été créée en cachette par un membre de la Guilde des Orfèvres, déduisit l'adolescente en rendant les parchemins à son père.

- Cet alliage n'a pu être forgé que par l'un deux, répondit Arkéonph toujours sur son épaule. Ils se doutaient qu'ils allaient en venir à s'entretuer.

- Justement, reprit la jeune fille en regardant son serpent. Pourquoi les tuer ? On pourrait les raisonner ?

- Les Rêves sont dépourvus de conscience, les informa l'animal magique en baissant la tête. Ils sont totalement dépendants de leur Porteur. Leur rôle est de maintenir l'ordre et surtout d'aider leur maître à accomplir son destin. Certains ont ainsi été entraînés vers la magie noire et la quête du pouvoir absolu.

Rogue se sentit coupable. Lui aussi avait jadis été attiré par le pouvoir, au point de devenir mangemort, puis il l'avait amèrement regretté.

- Leur Porteur ont été des mangemorts. Maintenant que Voldemort n'est plus, ils veulent terminer son œuvre et seul un Porteur peut tenir tête à un autre. Quand l'un d'entre eux et son Rêve sont totalement soudés l'un à l'autre, leurs pouvoirs son dévastateurs.

- Il n'y a plus que vous deux qui êtes du bon côté, rajouta Severus.

- Alors ils vont vouloir nous tuer, déplora Lys en baissant la tête.

Les magiciens venaient de comprendre pourquoi la mort des Rêves était si importante. Pensant en avoir assez entendu, la Porteuse se leva et s'apprêta à partir.

- Lys ! appela son père.

La Serpentard ordonna à son serpent de l'attendre dehors et se retourna vers son père.

- J'ai l'impression que tu ne cherches pas ma compagnie, confia le professeur.

- J'ai très peur de ce que je vais voir dans la fiole que tu m'as confiée, avoua-t-elle.

L'adulte s'avança et releva le menton de sa fille avec douceur. Poussée par un élan d'émotions, Lys se jeta dans les bras de son père qui la serra contre lui avec affection. Il aurait du tout lui raconter il y a longtemps mais il n'en avait pas eu la force, et elle n'aurait pas compris. La mère de l'enfant avait toujours été un sujet délicat.

Harry retourna encore l'épée dans ses mains. Sa lame était fine et tranchante. Son manche semblait être fabriqué de fines lanières d'un métal noir et d'or enroulées autour d'un manche solide. L'épée était incrustée de pierres précieuses, certaines enchâssées dans le manche et d'autres sur la lame elle même. Malgré toutes les dorures, l'arme était légère et se maniait à la perfection avec un peu d'entraînement.

Pendant qu'Harry examinait l'épée, Lys racontait les quelques informations que lui avait données son serpent le matin même.

- Donc on est partis dans une chasse aux Rêves, déduisit Ron.

- Non, répondit Lys. Vous êtes revenus à Poudlard pour reconstruire l'école. J'irai seule, vous avez fait assez d'efforts pour le monde des sorciers ces dernières années, à moi d'en faire à présent.

- Tu en as déjà fait aussi Lys, lui affirma Hermione. Et on tient vraiment à être avec toi…à Salmalek on a déjà prouvé que cela pouvait bien fonctionner entre nous...

Ron et sa copine partirent ranger l'épée dans un lieu sûr. Harry et sa demi-sœur décidèrent d'aller plutôt donner un peu d'aide aux élèves chargés de réparer la tour d'astronomie.

Les enfants travaillaient depuis le début de la journée. La hauteur du bâtiment n'aidait pas les sorciers qui luttaient pour reconstruire le lourd plancher et certaines marches manquantes du bel escalier. Les murs étaient déjà reconstruits depuis quelques jours.

- Elle sera bientôt comme neuve, déclara Lys.

- Qu'est-ce qu'on fait pour les aider ? demanda Harry avec un sourire blagueur.

- Je vais rester au sol, je n'aime pas trop l'altitude.

- C'est dommage, moi j'adore ça.

Il prit prestement le poignet de la jeune fille et transplana au sommet de la construction, arrachant des cris de surprise aux élèves. L'adolescente eut un mouvement de recul en se voyant au bord du vide. Il n'y avait aucune protection.

- Tu n'es vraiment qu'un idiot Potter, le sermonna-t-elle en se dirigeant vers les escaliers.

Elle redescendit de la tour en cachant sa peur. La jeune fille n'avait jamais apprécié le vide ni voler sur un balai. Ces engins l'effrayaient et elle avait beaucoup de mal à les enfourcher.

Elle évita habilement les marches manquantes en se souvenant de ce jour marquant: elle avait quatre ans, elle venait de rentrer au château avec Hagrid, les bras chargés de bois pour le feu des dortoirs. Ils traversaient tous les deux la cour enneigée où le professeur Bibine enseignait le vol aux élèves de première année. Lys s'était arrêtée quelques minutes pour regarder les élèves prendre leur leçon. L'enfant était très curieuse et possédait une grande soif d'apprendre. Elle se plaisait à regarder en cachette les cours de ses aînés et arrivait même parfois à voler une copie à son père pour tenter de la déchiffrer. Ces petits gestes avaient le don de faire sourire son entourage.

Ce jour-là, le froid avait engourdi les doigts des enfants qui essayaient de leur mieux de diriger les balais. Appelée par Hagrid, Lys avait cessé de les observer et rejoignait le géant. À ce moment, l'un des balais avait échappé au contrôle d'un élève et avait pris une autre trajectoire, fonçant sur la gamine. Le professeur n'avait pas eu le temps de récupérer le vol de l'objet, il avait percuté la petite fille avec force, la projetant contre le mur à côté d'elle. Lys était retombée face contre terre. C'est Arkéonph qui l'avait sauvée ce jour là. Le serpent était en effet apparu subitement autour de la poitrine de sa Porteuse qui s'était miraculeusement réveillée sous l'étreinte ensorcelée. Le serpent disait qu'il lui avait offert une partie de sa force vitale pour la sauver, un geste courant entre les Rêves et leur Porteur. Depuis ce jour, Lys avait eu une grande aversion pour les balais et donc la hauteur.

Harry fixa pendant quelques minutes les escaliers par lesquels sa sœur venait de partir. Il ne pensait pas contrarier la jeune fille et il regrettait son geste.