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Dans la pensine
Aucun indice n'avait été découvert. Le mystère des Rêves restait entier.
Le mois de décembre venait de commencer. Les élèves dont les familles avaient décidé qu'ils aideraient à réparer l'école s'étaient surpassés. Ils eurent le droit de rentrer chez eux plus tôt pour les vacances d'hiver. Lys resta comme tous les ans, à Poudlard avec les professeurs.
Le jour du départ en vacances, elle était perchée en haut de la volière qui avait été vidée de toutes les chouettes, et regardait les élèves se lancer des boules de neiges. Le sol était blanc depuis quelques jours et tout le monde s'était réuni pour batailler dans la cour. L'adolescente n'avait jamais compris l'intérêt de se tirer ainsi dessus. Elle trouvait le jeu idiot et dépourvu de sens. C'était une de ses particularités, elle n'aimait pas faire les choses qui ne servaient à rien, comme jouer. La jeune fille préférait attraper des serpents dans la forêt interdite. C'était son passe-temps préféré. Le venin servait à la création de potions. Cette activité au moins était utile et plus amusante que se bombarder de neige. Ces élèves étaient donc si immatures que cela ?
Une boule blanche frappa durement le visage de Lys, lui infligeant une douleur glacée. Elle essuya la neige d'un revers de manche et chercha l'auteur de cette blague d'un regard meurtrier. L'adolescente eut tout à coup envie de s'amuser. Elle devait bientôt partir chasser les Rêves, pourquoi ne pas essayer de jouer, pour une fois.
Elle descendit dans la cour à grandes enjambées, prit une poignée de neige et avança au milieu de la bagarre, l'air sévère.
- Qui est l'auteur de cette mauvaise blague ? tonna-t-elle d'une vois forte et inquiétante.
Les élèves s'immobilisèrent. Seul un Serdaigle pointa timidement son voisin du doigt. Lys s'approcha du malheureux désigné en tassant la neige qui remplissait sa main. Le pauvre gamin devait être en première année vue sa petite taille. Il ne fut donc pas compliqué pour la Serpentard de prendre l'enfant de haut. Elle jeta un regard méprisant et fâché sur sa cible en fronçant les sourcils puis fit un furtif clin d'œil au petit élève et se retourna, jetant adroitement sa boule sur le mouchard qui n'eut pas le temps d'esquiver le projectile.
- Je vais t'apprendre à dénoncer les autres, le prévint-elle.
L'enfant n'essuya même pas la neige, il partit en courant pour échapper aux tirs de ses camarades. Tous les élèves le fusillèrent de leurs boulets blancs.
Le soir, les écoliers descendirent à Pré-Au-Lard pour prendre leur train. L'adolescente ne les suivit pas, elle n'avait pas envie de passer des heures à dire « au revoir » à des élèves qu'elle n'appréciait pas vraiment. Ceux qu'elle connaissait ne lui en voudraient pas. Et puis, qu'est-ce qu'elle en avait à faire de leur avis ?
Lys alla rejoindre les professeurs pour le dîner.
- Tu penses regarder la fiole, lui demanda soudainement Arkéonph avant d'entrer dans le réfectoire.
- Je vais attendre encore un peu, je ne me sens pas prête, confia-t-elle en pénétrant dans la grande salle.
La température était basse dans la pièce cette année. Le plafond voûté n'ayant pas encore été réparé, de l'air froid pétrifiait le château.
La Serpentard salua les professeurs et alla s'asseoir à sa place habituelle, seule. Le repas se déroula au son des bavar-dages des adultes. Comme elle ne réussissait pas à saisir le fil du sujet, elle se contenta d'avaler avec hâte la fin de son repas, salua brièvement les adultes et s'exila.
- Vous pensez vraiment que cela est nécessaire Severus ? s'inquiéta Minerva à voix haute une fois l'élève partie.
- Oui, répondit-il, si Potter et les autres tardent trop à partir Lys sera en danger.
- Si elle disparaît, nous serons à la merci des Porteurs restants, raisonna Bibine.
- Là n'est pas le problème, renchérit Slughorn, concentrons nous plutôt sur le fait que personne ne sait où se trouvent les Rêves à éliminer.
- Ils partiront dès que nous tiendrons une piste, trancha Rogue en quittant la pièce.
- Quand vous m'avez dit qu'on allait rester en contact, je ne pensais pas que vous m'appelleriez, avoua Lys.
Harry, Hermione et Ron se tenaient holographiquement au-dessus de la siphalène. Ils avaient contacté la Porteuse le jour de Noël, pour échanger quelques mots. Ron portait une écharpe tricotée par sa mère et raconta les merveilleuses vacances qu'il passait avec ses amis. L'adolescente brune les écouta en se souvenant des Noëls qu'elle passait avec son père, ils étaient heureux et elle riait. Maintenant, ils ne fêtaient plus rien.
- Et toi ça se passe comment ? s'enquit Hermione.
- Ben, normal quoi, répondit la Serpentard. C'est pas la joie mais ce n'est pas la mort non plus.
Ils rirent puis se saluèrent.
Après avoir replié la siphalène l'adolescente s'agenouilla sur les dalles de pierre recouvrant le sol de sa chambre et sortit sa baguette.
- Splidivide, murmura-t-elle.
La Porteuse passa le bout de sa baguette sur le contour du carreau. Une longue fissure se forma sous le passage de l'objet magique. Elle souleva la dalle de pierre, découvrant une petite cavité creusée dans la terre. La jeune fille l'avait créée et y entreposait ses objets les plus précieux. Elle scellait la pierre avec un sort de protection qui ne permettait qu'à elle de l'ouvrir. Lys s'empara de la fiole que son père lui avait donnée et l'examina longuement. Qu'allait-elle apprendre en vision-nant son contenu ?
- Tu peux encore attendre avant de l'ouvrir, proposa Arkéonph.
- Je dois savoir.
Elle referma la cachette et partit dissimulant le flacon dans un repli de sa cape. Elle marcha longuement jusqu'à l'ancien bureau de Dumbledore. Devant la grande porte du bureau de la directrice, vérifiant l'absence de témoin, Lys murmura:
- Magicis festis,
L'immense porte s'ouvrit. La Porteuse laissa Arkéonph en guetteur et pénétra dans les escaliers menant au bureau. Rien n'avait changé : Les immenses bibliothèques, le tableau où Dumbledore dormait encore et le choixpeau perché en haut d'un meuble.
La jeune fille s'avança vers la pensine au fond de la pièce. L'eau bleutée bougeait lentement à sa surface. La sorcière versa le contenu de la fiole dans le liquide. Le filament blanc que contenait l'éprouvette ondula dans la pensine. Elle prit une grande inspiration et plongea la tête.
Tout se mélangea. Des images, des souvenirs s'entrela-cèrent. Lys revoyait toute la vie de son père remonter sous ses yeux. Elle se voyait d'abord adolescente puis enfant, elle entendait leurs rires, apercevait quelques visages. Puis l'attaque de Voldemort dans le hangar à bateaux, la mort de Dumbledore, certains cours de Défense contre les Forces du Mal, l'accident que Lys avait vécue à ses quatre ans…
Tout s'arrêta subitement sur une image. C'était celle que Lys voyait lorsqu'elle regardait le miroir du Riséd. La seule différence c'était que l'adolescente n'était qu'un nourrisson souriant dans les bras de sa mère heureuse. Severus tenait Lily contre lui et regardait le bébé avec joie. Lys ressentit une grande nostalgie et une immense tristesse. Elle aurait voulu pouvoir ressentir cet amour encore aujourd'hui, mais sa mère était morte.
L'image disparut subitement, partant comme une poignée de sable sombre secouée par l'eau. Une nouvelle scène se créa devant les yeux de la jeune fille. Ses deux parents étaient assis sur un canapé, enlacés, et leur mine joyeuse était devenue triste et mélancolique. Lys reconnut l'endroit : c'était le salon de la maison de son père.
- Il n'y a pas d'autres solutions Lily, murmurait Rogue en caressant les cheveux de son aimée qui pleurait dans ses bras. Il te retrouverait et vous seriez menacées.
- Tu n'as pas le droit de m'éloigner d'elle, sanglotait la jeune femme.
- Voldemort est partout et je ne veux pas qu'il s'en prenne à vous, tenta de nouveau le sorcier.
- Il voudra la rallier à sa cause, le coupa-t-elle en le serrant plus fort.
Severus décolla avec douceur sa bien aimée de ses bras. Il prit son visage entre ses mains.
- Je la protégerai, jura-t-il. Jamais elle ne deviendra un mangemort comme j'ai eu l'erreur de le faire.
- Je veux rester avec vous, insista Lily en arrachant son visage des mains du sorcier. Je veux voir grandir ma fille, je veux vivre à vos côtés, être là quand vous en aurez besoin !
- Je souhaite la même chose que toi, reprit-il. Le Seigneur des Ténèbres mourra et je reviendrai vers toi avec Lys. Et là nous pourrons vivre tous ensemble, comme une famille…
Lily pleura.
- Jure-le, Severus, sanglota-t-elle. Jure-moi que tu ne m'abandonneras pas !
- Jamais je ne te laisserai, jura-t-il. Jamais.
La scène disparut de nouveau sans que Lys ne put la retenir. Bientôt il ne resta plus que des lambeaux sombres. L'adolescente sortit la tête de la pensine. Elle était per-turbée. Elle fut assaillie par un sentiment de tristesse et de remords et s'écroula au bord de l'objet en pleurant. La jeune fille avait détesté sa mère toute sa vie. Son père lui avait raconté qu'elle les avait abandonnés à sa naissance. Lys ne pouvait en vouloir à son père mais elle se reprochait de ne pas avoir vérifié la raison de l'absence de Lily. Tant d'années passées à haïr sa mère...La Porteuse se sentait honteuse. Honteuse d'avoir fait cette erreur.
