16

Carias, l'iguane d'ambre

- Redresse ta baguette, conseilla une nouvelle fois Lys.

L'élève relança un « Expelliarmus » pour la énième fois. Le sort fusa et manqua de nouveau le mannequin d'entraînement.

- Redresse ta baguette, ordonna l'adolescente d'une voix forte qui effraya l'enfant.

Le gamin relança le sort, l'attaque magique frôla le personnage en bois. Prise par un élan de colère, la jeune fille marcha nerveusement vers le garçon, lui prit avec force le bras et le redressa.

- C'est comme ça qu'on lance un sort, cria-t-elle. Recommence !

- Expelliarmus, ordonna-t-il d'une voix faible et tremblante.

Le sortilège manqua une nouvelle fois sa cible. La Porteuse lâcha le bras du jeune élève en essayant de se contenir, en vain.

- Tu trembles, l'accusa-t-elle.

L'élève voulut crier la raison des saccades de sa baguette mais ne réussit pas. Lys lui faisait peur, ses cris et sa colère l'effrayaient. Ne souhaitant pas pleurer ici, devant la sorcière, il partit en courant. La Porteuse soupira. Pourquoi s'était elle énervée pour si peu ? Cet enfant avait besoin d'aide pas de réprimandes.

- Tu ne traverses pas une période facile, lui rappela Arkéonph qui suivait ses pensées.

Le visage en pleurs de sa mère revint dans l'esprit de Lys.

- Merci de me le rappeler, murmura-t-elle.

Le serpent s'enroula autour du cou de sa maîtresse, lui arrachant un sourire triste.

- Harry, Ron et Hermione viennent d'arriver, l'informa-t-il.

Elle se leva pour retrouver ses amis.

Le retour des vacances s'échelonnait sur le week-end, c'est ainsi qu'elle avait proposé à un élève, arrivé dans les premiers, de réviser les sorts déjà appris.

Le trio avait pris le deuxième train pour l'école. Lys ne voulait rien leur dire de ce qu'elle avait découvert de son passé, pour ne pas tourmenter son frère. Néanmoins, les images que l'adolescente avait vues dans la pensine continuaient de la bouleverser. Elle n'avait pas parlé non plus à son père depuis qu'elle avait visionné le contenu de la fiole. La jeune fille s'en voulait d'avoir méprisé sa mère pendant tant d'années.

Elle retrouva les trois vacanciers dans la cour de l'école.

- On vient de voir passer un élève en pleurs, fit remarquer Ron avec un ton accusatoire.

Lys le poignarda du regard. Harry qui assistait à la scène, tira son ami par la manche.

- On va aller s'installer, s'empressa-t-il d'ajouter.

Hermione les suivit vers les dortoir.

- Un jour je l'étriperai celui-là, grogna Lys à son reptile.

Le serpent esquissa un sourire.

- J'aimerai bien voir ça, glissa-t-il.

L'horloge sonna l'heure du repas. Dans le grand réfectoire, les professeurs n'étaient pas encore arrivés et quelques élèves discutaient. Lys s'assit à sa place habituelle. L'élève que la jeune fille avait grondé un peu plus tôt la regardait par en-dessous. La Porteuse lui esquissa un sourire désolé surprenant le gamin.

Quand la salle fut pleine, des bruissements d'ailes froissèrent l'air à travers la seule fenêtre ouverte de la salle, derrière Lys. Une trentaine de hiboux entrèrent et planèrent en direction de leurs maîtres. Lys accueillit l'un d'entre eux sur son poignet. Il était d'un noir ébène et ses yeux dorés illuminaient son plumage.

- Osphore, l'accueilli-t-elle dans un murmure.

L'oiseau lâcha la lettre qu'il tenait entre ses serres et Lys s'en empara. Les autres élèves cueillirent eux aussi leur courrier. L'adolescente remarqua que seuls Harry et Ron n'avaient pas vu leur facteur arriver. Un grand fracas fit soudain sursauter l'assemblée qui se tourna vers la fenêtre par où étaient entrés les hiboux. L'un deux avait percuté la vitre en-dessous de l'ouverture. L'oiseau était collé à la paroi et glissait lentement vers le bas.

- Errol, déplora Ron en faisant éclater de rire les élèves.

Les professeurs choisirent ce moment pour pénétrer dans la salle. Hermione utilisa donc un « Wingardium Leviosa » pour aider la chouette à se décoller de la vitre. L'oiseau fit quelques tours sur lui-même avant de réussir à se réorienter, pénétra enfin dans la pièce et se dirigea vers son maître qui lui caressa les plumes après un atterrissage aléatoire. Les adultes prirent place et McGonagall s'apprêtait à faire apparaître le repas lorsqu'un faible hululement se fit entendre. Les élèves regardèrent tous vers la fenêtre: un hibou arrivait encore. Lys ne daigna pas assister à l'arrivée de l'oiseau et se contenta d'attendre.

- Lys ! s'affola Drago.

La jeune fille n'eut pas le temps de se retourner que des serres lui saisirent le crâne. La chouette, encore inexpérimentée, ne supportait pas les longues distances et l'oiseau épuisé se servit de la Serpentard comme d'un tremplin pour finir son vol. Les élèves ne purent retenir leurs rires. La jeune chouette se posa aux côtés d'Harry et poussa un gémissement de défi lorsque Lys la tua du regard.

- Je suis désolé, voulut s'excuser Drago avant que la sorcière ne le coupe d'un geste de la main.

Arkéonph poussa soudainement un sifflement aigus, mettant fin aux rires qui fusaient dans la salle aux dépends de la Porteuse. Du mépris et de la fureur rayonnaient de ses yeux émeraudes. Elle se leva d'un coup. Un grand silence envahit la salle.

- Vous êtes stupides, cracha-t-elle avec dégoût.

Lys quitta la pièce sans que Drago ne puisse la retenir. L'assemblée resta surprise. La dureté de l'attitude de la Porteuse laissaient les sorciers interloqués. Tous avaient une nouvelle fois vue la partie sombre de l'adolescente, elle changeait si rapidement de caractère que s'en était déroutant.

- Elle vous ressemble par moments Severus, murmura Slughorn à son collègue, heureusement qu'à d'autres elle ressemble à sa mère.

Severus allait répliquer lorsqu'Hermione poussa un cri strident. Les professeurs se levèrent. Le paquet que la chouette d'Harry avait apporté renfermait un animal. Le trio reconnut aussitôt l'iguane argenté qui les avait attaqués dans la salle de botanique. Une femme toute en voiles apparut soudain dans un tourbillon lumineux doré. Elle esquissa un sourire sadique quand le Rêve ambre et argent rejoignit son épaule.

Lys s'était mise à courir vers le pont de l'école. Elle s'était écroulée sur un banc. Pourquoi avait-elle agit ainsi ? C'était idiot et irréfléchi. Plus le temps passait, et plus elle détestait s'énerver pour si peu. Elle aurait du rire de la situation comme les autres.

Depuis qu'elle avait vu le passé de son père, elle voulait changer mais n'y arrivait pas. Une peur la forçait à agir sans réfléchir par moment et à se mettre en colère. L'adolescente en était sûre, elle voulait quitter ce masque une bonne fois pour toute, montrer sa véritable personnalité aux autres. Elle y arrivait par moment mais pas toujours. La Serpentard ne trouvait pas le juste milieu entre les deux caractères qui s'affrontaient dans son esprit.

Un cri fit sursauter Lys, elle se tourna vers l'école. Une vive lumière dorée illumina les fenêtres de la grande salle avant de disparaître. La jeune fille se leva et courut vers le château. Il se passait quelque chose.

La Porteuse arriva à la grande porte. Elle tenta de l'ouvrir mais découvrit qu'on l'avait verrouillée. L'adolescente tenta d'utiliser un « Alohomora » mais la serrure refusa de la laisser entrer. Dans un élan d'impatience, la sorcière frappa un grand coup sur la porte. Un rire malveillant s'éleva de l'autre côté. Lys reconnut ce rire et fit quelques pas en arrière. Ce rire qu'elle avait entendu dans le désert lui rappela son affrontement avec la Porteuse aux voiles. Cette femme qu'ils avaient combattue dans le désert était là. Une peur gagna le cœur de l'adolescente. Elle résista à l'envie de fuir.

- Ils comptent sur nous, murmura-t-elle pour se rassurer.

La Serpentard sortit sa baguette magique et Arkéonph descendit s'enrouler autour de sa main droite.

- Il est temps d'en finir, décida-t-elle courageusement.

Arkéonph fut soulagé de remarquer que sa maîtresse ne cédait pas à la peur. La sorcière se tenait droite devant la porte, sans craindre ce qui allait se passer. Plus le temps passait et plus elle ressemblait à Siera Orfèvre.

- Montrez-vous si vous êtes si forts, la défia la sorcière.

Les portes s'ouvrirent. Un élève était à terre et le professeur Flitwick était penché au-dessus de lui. Les adultes, Harry et ses amis avaient entouré les élèves terrorisés et les protégeaient d'un bouclier bleu.

- Notre première rencontre ne vous a donc pas suffit, railla l'ennemie.

- Je suis assez têtue, répondit Lys déterminée.

Cette réponse remplit les yeux de la femme aux voiles d'une soudaine colère.

- On va voir si tu le seras autant en sortant d'ici, tonna-t-elle.

- Si vous pouvez toujours le voir, gronda Lys en évitant un premier sortilège.

La mystérieuse Porteuse commença à harceler son adversaire de sorts mortels. Avec une grande agilité et beaucoup de concentration, Lys les évita, mais elle savait qu'elle ne tiendrait pas longtemps avec cette technique. L'adolescente ne pouvait pas éliminer l'animal précieux de son assaillante sans l'épée, elle devait donc la maîtriser avant que quelqu'un d'autre puisse trancher le Rêve en deux.

Elle montait un plan dans son esprit en esquivant les attaques. Poussée par la colère, la femme à l'iguane réussit à toucher Lys d'un « Confringo ». Elle fut projetée contre un mur et retomba en avant. La jeune magicienne se redressa en cherchant de l'aide du regard. Elle vit Drago la fixer avec inquiétude. Ses amis le retenaient d'aller aider la sorcière, préférant lui assurer la sécurité.

- Je m'attendais à mieux, railla la Porteuse inconnue.

- Moi aussi, fit remarquer la jeune magicienne en se relevant. À mon tour maintenant.

Lys commença à mitrailler son assaillante avec diverses attaques destinées à gagner du temps. Pendant que l'adolescente distrayait la Porteuse adverse, Neville réussit à s'éclipser. Il sortit de la pièce.

En discutant avec Harry et ses amis, le jeune homme avait appris l'existence de l'épée avec laquelle Drago avait tué le Rêve au bord du lac noir. Le sorcier avait même accompagné Hermione quand elle était partie mettre l'épée en lieu sûr. C'est avec détermination que l'expert de botanique partit en direction des toilettes de Mimi Geignarde. Le sorcier arriva à bout de souffle.

Neville tourna autour des robinets centraux pour s'arrêter devant l'un deux. L'objet était décoré d'un serpent ce qui le différenciait des autres. Le jeune homme marmonna un « ouvre-toi » en fourchelang comme Harry lui avait montré. Ne parlant pas la langue il dut répéter plusieurs fois la phrase en baragouinant des sifflements aléatoires pour essayer de les faire correspondre avec ses souvenirs. Le tunnel apparut enfin.

Neville se jeta dedans sans aucune peur et fit le long trajet jusqu'à la Chambre des Secrets. Il courut dans la salle entre les têtes de serpents sculptées qui ornaient la pièce de l'autre côté des douves d'eau. Le garçon s'arrêta subitement devant l'une d'elles en se rappelant la phrase d'Hermione: « La quatrième tête de serpent à gauche, au fond de sa gorge ». Le garçon sauta dans l'eau et nagea vers la statue, il enfonça son bras dans la gueule de l'animal en pierre et en sortit l'épée.

Lys para encore un coup de son adversaire. Le combat s'éternisait et elle faiblissait. Arkéonph avait engagé un combat singulier avec l'iguane qui se téléportait à chaque attaque du reptile.

- Diffindo, lança la femme rousse.

Lys se baissa juste à temps pour éviter l'attaque.

- Incarcerem, riposta l'adolescente.

Des cordes jaillirent de sa baguette et réussirent à s'enrouler autour du cou de l'assaillante. La jeune fille continua en lançant un « Incendio » qui enflamma les liens. Le feu avança à grande vitesse sur la corde.

- obstringere, répliqua l'iguane pour venir en aide à sa maîtresse des sables entre deux attaques du serpent.

Le sort atteignit Lys, une horrible sensation envahit son corps, de plus en plus insupportable. Elle baissa sa garde pendant quelques secondes. Arkéonph harcela l'iguane de sortilèges encore plus compliqués à esquiver contraignant le lézard à cesser son offensive. La femme rousse à cet instant réussit à se débarrasser des cordes qui lui serraient la gorge.

-Avada Keda

-Sectumsempra, riposta Lys avant que la sorcière ne puisse terminer son incantation mortelle.

En effet, l'horrible sort n'eut pas le temps de fuser de la baguette magique, sa sombre propriétaire la lâcha. Des plaies profondes se formèrent sur tout le corps de la femme aux longs voiles, son sang coula et elle gémit de douleur. Une sphère dorée frappa Lys de plein fouet, l'expulsant contre le mur, à côté de la porte. La jeune fille se laissa tomber à terre en essayant de récupérer un peu de forces.

À cet instant, Neville fit irruption dans la pièce, l'épée cachée dans son dos. Il voulut se précipiter auprès de Lys mais Drago le devança. Le sorcier blond s'accroupit à côté de celle qu'il aimait. Il assit l'adolescente sous le regard interloqué de Rogue. Ce dernier protégeait les enfants apeurés comme les autres professeurs.

Neville empoigna solidement l'épée et se rua sur le Rêve ennemi. Une même détermination que lors du combat final de la Grande Bataille portait le jeune homme discret. L'iguane rayé d'ambre le vit arriver et tenta de le repousser d'un rayon orangé. Se détendant dans un bon fulgurant, Arkéonph réussit à s'interposer et fut blessé par l'attaque au lieu de l'adolescent. Surpris par la rapidité du mouvement du serpent, l'iguane ne vit pas s'abattre la lame qui lui trancha la tête. Le corps partagé roula sur les dalles de pierre, bientôt re-couvertes par une flaque de sang argenté. La Porteuse ennemie, toujours au sol, perdit aussitôt la rousseur de ses cheveux et passa par les autres symptômes morbides.

- Emmenez les élèves dans leur dortoir, ordonna McGonagall à ses collègues.

Les adultes firent ce qu'on leur demandait. Même Harry et ses deux amis qui s'étaient épuisés à protéger les enfants retournèrent dans leur chambre, jetant des regards inquiets à Lys que son serpent blessé avait rejoint, se lovant au plus près d'elle. Drago fut séparé de la glorieuse combattante et suivit les autres à contrecœur. Seuls la directrice et Rogue restèrent auprès d'elle. Ils redressèrent lentement leur élève et l'assirent contre le mur en lui parlant. L'adolescente avait le regard mi-clos et répondait par un murmure ou un faible hochement de tête: elle était très faible.

- Plus que deux, termina-t-elle dans un souffle avant de s'évanouir.

- Je vais la ramener dans sa chambre, décida Severus en cueillant sa fille dans ses bras.

- Restez avec elle, lui conseilla sa collègue. Vous avez besoin d'être ensemble, je me trompe ?

Le professeur ne répondit pas et se contenta de partir, arrachant un sourire fier à Minerva. Le père porta sa fille jusque dans sa chambre. Il la déposa avec délicatesse sur son lit, la borda avec patience. Elle avait tellement changé et pourtant le sorcier arrivait encore à voir la petite fille qu'il avait élevée. Severus déposa un baiser sur le front de la Porteuse et s'assit près d'elle en la contemplant. Arkéonph était enroulé sur la table de chevet et profitait lui aussi d'un repos bien mérité après les soins que venaient de lui prodiguer Rogue.