19
Les Timors
Après la démétallisation de Lys, il fallut plusieurs jours aux deux rescapés et au précieux reptile pour retrouver des forces.
Hermione et Ginny prirent soin d'eux, guidés à distance par Rogue. Le sac de Lys était une véritable apothicairerie. Ron se concentra sur une surveillance de tous les instants du campement de fortune.
Lys avait sauvé Drago, puis le jeune homme l'avait remontée du fond des glaces. Leur complicité s'en trouva renforcée. Arkéonph avait fait son devoir, du moins c'était ce qu'il grommelait lorsque sa maîtresse le remerciait de son dévouement sans faille.
Quand tous se sentirent prêts, ils reprirent leur route vers le temple en se promettant d'être méfiants.
Les adolescents cheminaient sans parler, attentifs dans ce milieu hostile. Ils marchèrent quelques bonnes heures avant d'apercevoir le temple. Un bâtiment de glace, encastré dans la falaise. Une rangée de colonnes blanches maintenait l'avancée du toit et des flammes bleues illuminaient l'entrée.
- Sortez vos baguettes et soyez prudents, leur conseilla Lys à voix basse.
Les sorciers s'exécutèrent et avancèrent vers le temple. Une brume tomba rapidement sur eux. Hermione qui avait d'abord calculé qu'ils auraient le temps de rejoindre le bâtiment, corrigea son estimation: le lieu semblait s'éloigner au fur et à mesure qu'ils avançaient.
- Arrêtez-vous, ordonna-t-elle.
N'entendant plus ses amis, elle se retourna mais ne vit plus le reste du groupe. Juste un énorme brouillard l'entourait. De leur côté, chacun des autres étudiants de Poudlard avait été isolé par le même phénomène.
Ron commença à tourner sur lui même et vit bientôt le paysage se déformer. L'épais nuage qui l'enveloppait laissa place à des arbres puis à une forêt. Il se trouvait dans une clairière baignée par le soleil. Le sorcier se laissa réchauffer un instant en fermant les yeux. Lorsqu'il rouvrit les paupières, plusieurs pierres étaient apparues, plantées dans le sol en colonne. Intrigué, le frère de Ginny s'accroupit devant l'une d'elle et découvrit des lettres gravées dans le roc.
- Ci-gît Fred Weasley, assassiné par Lord Voldemort, lut-il.
De la tristesse remplit le cœur de l'adolescent. Fred lui manquait, chaque jour, chaque instant. Ce frère blagueur mais attentionné et protecteur qu'on lui avait retiré, avait laissé un trou béant dans sa poitrine. Retenant une larme, le Gryffondor s'approcha d'une autre tombe et lut l'épitaphe: « Ci-gît Georges Weasley, assassiné par Lord Voldemort. Le sorcier rouquin eut un haut le cœur. Non, c'était impossible, Georges était vivant. Il n'avait pas été tué. Pourtant, l'adolescent n'arrivait pas à s'en convaincre.
Il continua de lire les tombes Tant de noms familiers y étaient inscrits, trop de noms: Molly, Arthur, Bill, Percy, Ginny… Toute sa famille était morte et enterrée. Ron se leva, des larmes coulaient sur ses joues. La forêt avait disparue, il n'y avait plus que des tombes, des tombes à perte de vue. Le sorcier se mit à marcher en lisant d'autres noms sur les pierres tombales. Le jeune homme courut pour sortir de l'endroit funèbre, mais la fin du lieu n'arrivait jamais. À bout de forces, il s'effondra, redoublant de sanglots. Après de longues minutes à pleurer la mort des êtres qui lui étaient si chers, il leva son visage mouillé vers de nouvelles pierres apparues, un peu plus grandes que les autres.
- Albus Dumbledore, Minerva McGonagall, Horace Slughorn, Filius Flitwick, Rubeus Hagrid, Pomona Chourave, Severus Rogue, Sibylle Trelawney, déchiffra-il terrorisé.
Tous ses professeurs avaient eux aussi péri sous les sorts de Voldemort. Le jeune garçon se retourna et fit face à de nouvelles tombes. Le sorcier roux reconnu les prénoms: Harry, Hermione, Luna, Neville, même Lys était morte.
- Tu es seul, chuchota une voix.
Les sons se multiplièrent, lui martelant sa solitude. Ron serra son crâne entre ses mains, tentant de nier encore ce que lui assuraient les voix, pendant qu'une obscurité effrayante tombait sur le lieu funèbre.
Lorsque le brouillard s'estompa Ginny se tenait dans un salon. L'ambiance y était agréable et chaleureuse. Un feu de cheminée brûlait et réchauffait la sorcière. Des canapés d'un ocre doux meublaient la pièce et une personne était assise sur l'un d'eux. Intriguée, elle s'en approcha.
- Harry ? s'étonna-t-elle.
L'adolescente fut surprise. Le jeune homme n'avait pas tourné la tête vers son amie. elle s'assit à ses côtés. Elle se mit à lui raconter leurs aventures depuis son départ de la montagne. Il semblait l'écouter, le regard perdu dans les flammes qui dansaient dans l'âtre. Ginny, tellement absorbée par son récit et la joie de revoir l'homme qu'elle aimait, ne vit pas le visage de son ami se transformer. Le sorcier grandit de quelques centimètres et une barbe poussa à son menton, quelques rides apparurent aux coins des yeux émeraude d'Harry. Il se leva brusquement. Étonnée, Ginny l'appela mais n'obtint aucune réponse. Elle commença à crier le prénom du jeune homme en fixant son visage qui s'était métamorphosé. Il ressemblait à un homme d'une trentaine d'année et non plus au garçon qu'elle connaissait. Ce dernier s'avança vers la porte d'entrée. La rouquine suivit son aimé et le contourna. Harry ouvrit la porte et une femme aux cheveux blonds sauta dans les bras d'Harry qui se mit à rire de bon cœur. Qui était-elle ? Une amie ? C'est ce dont Ginny essayait de se persuader.
- Alors comment s'est passé ta journée ? s'enquit Harry en prenant la main de la jolie femme.
- Super, lui déclara-t-elle ravie. Comment vont les enfants ?
Cette question poignarda la rouquine. Harry avait des enfants avec cette femme ! Pourquoi ? L'avait-il oubliée ? Était-elle morte ? Des larmes coulèrent sur les joues de la sorcière lorsque deux têtes brunes descendirent des escaliers au fond de la pièce en criant de joie. « Maman ! Papa ! » Ces mots que l'adolescente avait elle-même prononcés des milliers de fois innocemment venaient de lui causer la plus grosse douleur de sa vie. Ginny chercha le regard du père de famille qui souriait de bonheur. Terrassée par la tristesse, elle courut pour prendre l'homme qu'elle aimait dans ses bras mais le traversa. La sorcière sentit son corps transpercer le garçon sans qu'il ne la remarque.
- Non, murmura-t-elle entre deux sanglots.
La brume s'évapora. Drago était devant une immense et robuste porte en bois. Il reconnut cette entrée pour l'avoir franchie des milliers de fois. Mais pourquoi était-il là ? Pourquoi était-il au manoir des Malefoy ? Pourquoi maintenant ? Intrigué, il s'approcha et s'apprêtait à toquer, lorsque la porte s'ouvrit d'elle-même, dans un grincement. Le jeune homme pénétra dans la demeure. Il passait ses doigts sur les meubles et tableaux qui l'avaient vu grandir, cherchant une logique aux événements présents.
- Drago, murmura une voix féminine.
Le jeune homme se tourna vers les escaliers et vit sa mère le dévaler pour venir serrer son enfant dans ses bras.
- Je suis désolée, lui chuchota-t-elle.
Il fronça les sourcils. Pourquoi sa mère serait-elle désolée ? Cette dernière prit le visage de son fils entre ses mains, une larme coulait sur sa joue. Il ne l'avait jamais vue pleurer. Cette sorcière, grande, mince aux cheveux ébènes avec sa mèche blanche qui éclairait son visage. Non, elle ne pleurait jamais, jamais devant lui.
- Sois fort, termina-t-elle en passant un bras dans le dos de son fils.
Elle entraîna Drago inquiet à l'étage. De nombreuses personnes habillées en noir étaient assises à une immense table dont il ne voyait pas la fin. Un homme à la peau blanche, debout, le regarda. Voldemort le regardait.
- Drago, commença-t-il avec une voix douce en lui faisant signe de le rejoindre.
Narcissa laissa avec tristesse son fils s'approcher du mage noir. Ce dernier accueillit le jeune mangemort dans ses bras, sa baguette levée entre ses doigts. C'était un geste que le Seigneur des Ténèbres avait souvent fait. Il serrait toujours le jeune Malefoy contre lui, sa baguette prête à tuer. L'ado-lescent se sentait si faible, si impuissant dans ces moments là. Voldemort lâcha son jeune disciple et planta son regard cruel et fourbe dans les yeux du sorcier blond.
- J'ai eu peur que tu nous abandonnes Drago, lui confia-t-il, que tu ne reviennes pas, que tu m'aies oublié.
Un horrible sourire déforma le visage déjà laid du mage, qui disparut soudainement.
- Approche, murmura sa voix dans la salle. Approche Drago Malefoy. Rejoins-moi à l'autre bout de la table. Rejoins-moi et montre à tous ces mangemorts que tu es comme eux.
Une larme coula silencieusement sur la joue du jeune homme qui commença à marcher vers son maître. Tant de visages lui étaient familiers. Il passa devant son père, sa tante Bellatrix Black, Peter Pettigrow…Tout était comme la dernière fois. Drago avait déjà vécu cette scène. C'était il y a quelques années, Voldemort lui avait posé la marque des ténèbres sur son avant bras gauche. Cette marque indélébile qui prouvait à tout le monde son appartenance à la magie noire, son appartenance au mal. Ce jour avait été le pire jour de sa vie: le jour où il avait été lâche. Il se souvint que Lys lui disait souvent: « Mieux vaut soumettre qu'être soumis ». Cette phrase lui avait toujours semblée insignifiante mais maintenant, il n'arrivait pas à la faire sienne.
Le garçon avançait, les yeux baissés devant les membres des troupes du Seigneur des Ténèbres. Tous avaient cet air malsain et vicieux, sauf trois personnes. Les trois personnes qui l'avaient toujours protégé. Sa mère le fixait avec peine et tristesse, jamais elle n'avait voulu que son fils devienne ainsi dépendant du mal. Son père baissait les yeux, incapable de regarder son fils. La dernière personne qu'il reconnue était Severus Rogue lui même. Le professeur le fixait avec des yeux impénétrables, il était calme et sévère. Drago chercha enfin Lys du regard, mais la jeune fille n'était pas là, comme la dernière fois. Le garçon quitta des yeux les spectateurs et regarda loin devant lui. Il n'apercevait pas le bout de la table et la voix de Voldemort l'appelait toujours. Le chemin lui semblait interminable et la peur le rongeait. Il avait honte d'être si faible. Quel regard poserait Lys sur lui si elle était présente ? Elle qui avait dit non à la marque. Lui n'y arrivait pas, pour la deuxième fois, il n'y arrivait pas.
Le nuage se dissipa, Hermione tourna lentement sur elle-même, cherchant à se repérer. Elle se trouvait dans une salle avec de hauts murs recouverts par des centaines de tableaux. La jeune fille s'approcha d'une des œuvres et passa les doigts sur la peinture qui s'anima. Elle reconnu son premier cours de potions à Poudlard. Rogue interrogeait Harry avec des questions auxquelles l'élève ne pouvait pas répondre, par manque de connaissance. Hermione bondissait sur sa chaise en levant la main dans le but de se faire interroger, sans succès. Lys était assise une table plus loin, sans personne à côté d'elle, et regardait le jeune Gryffondor avec pitié. Après avoir jeté une remarque cinglante à Harry, le professeur se tourna vers Lys qui répondit aux multiples questions, ses yeux émeraudes plongés dans le regard noir de l'adulte. La petite brune se tenait droite sur sa chaise, calme et posée. Hermione avait serré les dents lorsque Rogue avait retiré des points à la maison Gryffondor pour en rajouter à celle de Serpentard. C'était injuste aux yeux de la jeune fille qui ressentait encore la colère qu'elle avait éprouvée.
Souhaitant quitter ce souvenir, la jeune fille recula et s'approcha d'une autre peinture. Son cœur se serra en découvrant une nouvelle scène de son passé. C'était maintenant pendant sa deuxième année. Les attaques répétées et mystérieuses du Basilic avaient forcé la sorcière à rester éveillée plusieurs nuits, à chercher des informations à la bibliothèque. Le professeur McGonagall leur rendait juste les devoirs de la veille. Elle la vit déposer la copie médiocre sur sa table. Hermione avait oublié des exercices et des éléments de réponses. Lorsqu'elle s'était retournée, la jeune fille avait senti des larmes de rage monter à ses yeux: Lys affichait un sourire de fierté et Drago ne cessait de regarder la copie de son amie. La Porteuse avait cette fois dépassé la Gryffondor, elle avait eu la copie parfaite, sans faute. La sorcière blonde laissa échapper quelques sanglots de colère. Elle passa devant de nombreux tableaux, chacun lui rappelait un échec de sa vie. La jeune fille revoyait le jour où Harry avait réussi à préparer une potion là où elle avait échoué, le jour où elle avait tenté d'apprendre l'Occlumancie et que Lys avait réussi à s'introduire dans ses pensées sans même qu'elle ne s'en rende compte… Tous ces jours où elle avait connu l'échec, elle essayait de les oublier, mais n'y arrivait pas. Hermione se souvint de la montagne, du temple, la marche qui n'en finissait jamais, la brume qui les recouvrait…Ce n'était pas normal, quelque chose clochait et ce quelque chose cherchait à la déstabiliser. La jeune fille essuya d'un revers de manche ses larmes et se mit à sourire en se souvenant de Lys faisant ce même geste. La Porteuse le faisait chaque fois qu'on la surprenait en train de pleurer. Elle sourit encore : voilà qu'elle ressemblait à Lys ! Son sourire se mua en éclat de rire qui se répercuta contre les parois et plusieurs tableaux tombèrent avec fracas aux pieds de la magicienne. Avec rapidité, elle repassa dans son esprit toutes ses connaissances sur les créatures magiques.
- Les Timors, s'exclama Hermione.
La jeune fille repensa à un autre souvenir joyeux et se remit à rire. La salle se décomposa lentement, les peintures s'écrasèrent sur le sol, les murs fondirent, laissant place à un trou noir. La sorcière se sentit soudain attirée par le vide et tomba pendant de longues secondes.
Elle était allongée dans la neige, haletante. Hermione se releva sur les coudes et regarda autour d'elle. Une épaisse brume l'enveloppait encore mais elle s'était sortie du piège des sombres créatures qu'étaient les Timors. Elle espéra que ses amis s'en sortiraient eux aussi.
Ron était perdu dans le sombre cimetière. Des voix lui murmuraient qu'il était seul, et le sorcier n'arrivait pas à s'en défendre. Ces paroles blessantes le poursuivaient et résonnaient dans sa tête. Ses jambes ployèrent soudainement sous son poids et le firent s'écraser sur la terre humide. Les tombes l'entourant s'élevèrent soudainement et tournoyèrent dans le ciel sous les yeux terrorisés du garçon. Les stèles resserrèrent leur cercle et d'autres pierres tombales s'arrachèrent du sol de tous les côtés pour s'élever elles aussi. La ronde des dalles ensorcelées se fit de plus ne plus rapide et bruyante. L'adolescent regarda les tombes se toucher pour enfin ne faire plus qu'une. Cette dernière s'écrasa lourdement devant lui. Elle était immense et d'énormes lettres étaient gravées sur la paroi grise: « Ci-gît Ronald Bilius Weasley, assassiné par Lord Voldemort ».
- Non ! hurla le garçon en serrant son crâne.
La stèle disparue soudainement. Puis le cimetière, pour laisser l'adolescent dans un vide noir. Ron ne bougeait plus, il n'osait pas bouger. Une image lui apparut. Il se vit avec ses frères aînés, à courir dans la maison pendant que leur mère les priait de se calmer, à jouer au Quidditch avec sa famille, prenant une pomme à la place des diverses balles…Il revit Poudlard et les virées nocturnes avec Harry et Hermione, le club de duel, le basilic…Tous ses souvenirs défilaient et semblaient lui arracher quelque chose. Chaque fois qu'une image quittait son esprit il ressentait un vide immense et douloureux. Et s'il était en train d'oublier tous ces moments ? Le jeune homme se demanda soudainement si Lys ou son père pourraient les lui rendre grâce à leurs talents de Légilimencie. Inconsciemment, il se mit à sourire reprenant confiance. Ce serait tellement pratique de faire appel à eux pour retrouver ses affaires dans le souk qu'était devenue sa chambre. Il rit. Les images qui venaient de le quitter revinrent vers lui et Ron se sentit tomber. La chute fut longue.
L'adolescent était sur le dos, il gisait dans la neige.
- Ron ! l'appela une voix féminine.
Le garçon se releva doucement et sourit faiblement à Hermione. La magicienne qu'il aimait accourut et l'aida. Il souffrait d'un horrible mal de tête et un malaise profond l'habitait encore.
- Ça me rappelle mon premier transplanage, avoua Ron écœuré.
- Comment as-tu fais pour sortir ? s'enquit la jeune fille.
- Je me suis mis à rire en pensant à ma chambre et tout a disparu, j'ai rien compris.
- On s'est fait attaqués par des Timors, lui expliqua la jeune fille. Ce sont des créatures qui plongent leurs victimes dans leurs cauchemars. On se retrouve enfermés dans nos peurs les plus profondes et seul un rire peut nous en sortir.
- Je comprends mieux. Où sont les autres ? demanda-t-il inquiet.
- On est les seuls à être sortis du piège, déplora-t-elle les larmes aux yeux.
La jeune fille fondit en pleurs dans les bras de son ami. Si Drago, Ginny et Lys n'arrivaient pas à s'en sortir, Ron et elle ne pourraient rien faire pour eux.
Drago continuait de marcher à côté des mangemorts, la tête baissée, terrorisé. Tous les regards étaient braqués sur lui, il se sentait horriblement vulnérable. La pièce devenait sombre et le garçon avait de plus en plus de mal à avancer. Ses jambes tremblaient et la sueur perlait à son front.
Il aperçut Voldemort au bout de la table. Le Mage noir lui fit signe de s'approcher avec un sourire narquois. Le garçon déglutit et une horrible boule se forma au fond de sa gorge. Le Seigneur des Ténèbres prit lentement le poignet gauche de son futur mangemort et retroussa la manche qui couvrait sa peau. Les invités commencèrent à s'exciter et le Lord posa sa baguette sur l'avant-bras du sorcier. Voldemort ouvrit la bouche pour murmurer l'incantation et le jeune homme pleura. Le visage de Lys revint dans son esprit et il entendit la voix sévère et les paroles blessantes qu'elle lui avait adressées lors d'une dispute au Quiddtich ou elle ne supportait pas son air dépité de perdant.
Tout à coup transporté dans ses souvenirs il revécu le dialogue:
- Tu vas me dire ce qui ne va pas ? s'était énervée Lys.
- Laisse-moi tranquille, lui avait-il ordonné.
La Porteuse avait bondit sur ses jambes et pris avec poigne l'épaule de son interlocuteur qu'elle avait retourné face à elle. Le sorcier s'était défendu avec brutalité et l'avait défiée du regard.
- Tu ne peux pas comprendre, avait-il craché.
Lys avait croisé les bras, à bout de nerfs.
- Je ne peux pas comprendre ou tu ne veux pas que je comprenne ?
Le Serpentard avait soupiré et la jeune fille s'était contenue avec difficulté.
- Comment peux-tu te mettre dans de tels états pour un sport ? avait-elle demandé sans baisser le ton. Si on peut appeler ça un sport ?
- Répètes un peu Rogue ? s'était-il énervé avec un regard colérique.
- Pas de ça avec moi Malefoy, avait-elle lancé en appuyant sur le nom de famille du garçon. De un: tu as très bien entendu et de deux: te faire poursuivre par des ballons fous à lier et chercher à faire chuter les autres d'une vingtaine de mètres je n'appelle pas ça un sport.
Lys avait contourné Drago sans lui adresser un regard. Elle s'était déjà éloignée de quelques mètres lorsque son interlocuteur l'avait interpelée.
- La petite Lys Rogue aurait-elle peur du Quidditch ? l'avait-il nargué.
- Est-ce moi que tu oses traiter de peureuse ? s'était-elle assurée en fixant le garçon.
L'adolescent avait acquiescé avec un air fier qui avait déplu à la Porteuse. La jeune fille avait marché à grande enjambées vers le Serpentard et l'avait tiré par le col de son uniforme vers l'intérieur du château. Le sorcier s'était dégagé une fois éloigné du reste des élèves. Lys avait soulevé sa propre manche gauche découvrant son poignet puis, avec éner-vement, elle avait retroussé celle du jeune homme qui s'était laissé faire avec résignation. Il avait détourné le regard, ne souhaitant pas voir la marque des ténèbres que Voldemort lui avait appliquée avant la rentrée.
- Qui de nous deux est le trouillard ?
La jeune fille avait été plutôt fière de sa phrase et avait rhabillé sa peau fine et claire. Elle avait tenté de partir mais l'adolescent avait refusé de ne pas avoir le dernier mot.
- Je n'ai pas peur de mon reflet moi ! avait-il craché en cachant le tatouage noir.
Les pupilles de la Porteuse s'était dilatées sous l'effet de la surprise. Comment avait-il put oser utiliser cet argument ? Cette peur qu'elle lui avait confiée il y a quelques temps ? Les deux Serpentards partageaient d'immenses secrets et il avait tenté d'utiliser l'un d'eux. Lys s'était précipitée et l'avait saisi de nouveau par le col de sa chemise en le plaquant brutalement au mur.
- Je n'ai pas peur de mon reflet Malefoy, avait-elle chuchoté avec fureur pour que lui seul puisse l'entendre, ni des miroirs ! Tu es lâche et trouillard Drago Malefoy, tu n'oses même pas l'avouer et tu veux toujours que les autres paraissent plus faibles que toi ! Ça ne marche pas avec moi, trouve-toi une autre victime !
Elle avait lâché le garçon brusquement qui avait manqué de s'écrouler. Elle avait tourné les talons. L'adolescent avait regardé la silhouette sombre de la jeune fille disparaître, ses dernières paroles résonnant dans son esprit. Mais comment faire marche arrière maintenant ? Cette marque était là, sur son bras et personne ne pourrait l'enlever. Il avait été entraîné dans la spirale vicieuse du mal.
Drago revint à la réalité de la grande tablée, le bras tenu par la main glacée de son bourreau. Avant que Voldemort ne termine l'incantation, le jeune sorcier retira brusquement son bras, arrachant des chuchotements à l'assemblée.
Tout disparut. Les murs s'effondrèrent, les mangemorts s'effacèrent et l'adolescent se retrouva happé par un vide noir. Il se sentit subitement tomber et le froid enveloppa son corps.
À court de souffle, le jeune magicien blond roula sur le dos, haletant. Des voix se rapprochèrent, accompagnées par des bruits de pas dans la neige. Il vit une chevelure blonde s'asseoir à son côté. Hermione lui expliqua ce qu'il venait de vivre. Drago avait réussi à sortir de son cauchemar en triomphant de sa peur. Cette crainte disparue fit place à une autre: et si Lys ne revenait pas ?
Ginny regardait la petite famille heureuse. Des larmes coulaient le long de ses joues et elle n'arrivait pas à les arrêter. Harry l'avait oubliée, elle ne savait même pas pourquoi. L'adolescente était assise en face du couple et l'observait caresser la chevelure de leurs enfants. Et si elle avait fait quelque chose de mal ? Quelque chose qui avait entraîné le départ du jeune homme. La rouquine ressentit une grande culpabilité et s'en voulut de tout son être. Son regard se posa de nouveau sur la famille joyeuse.
- Au moins tu es heureux, murmura-t-elle en s'approchant du sorcier.
La jeune fille aurait voulu caresser la joue du père de famille.
- Excuse-moi, lâcha-t-elle dans un souffle.
La Gryffondor s'éloigna d'eux et se retourna avant de franchir la porte. La femme d'Harry jouait avec le garçon le plus jeune sous le regard attentionné de son mari. L'autre enfant, âgé de quelques années de plus, courait autour du canapé, cherchant l'attention de ses parents. La scène était vraiment touchante. Elle comprenait un peu ce gamin qui voulait jouer. Ginny eut un faible sourire. Ron et ses frères avaient beaucoup tourné autour de la table. La famille de la rouquine était très nombreuse et beaucoup de têtes rousses avaient encerclées leur mère, dans le but de se faire cajoler. L'adolescente lâcha un petit rire en se remémorant les bons souvenirs qu'elle avait partagés avec ses aînés dans leur maison. La famille d'Harry disparut ainsi que la pièce, laissant la sorcière dans un vide sombre. Une force la tira vers le bas et elle se trouva couchée dans la neige.
Elle reprit son souffle et se redressa.
- Ginny, l'appela une voix familière un peu plus loin dans la brume.
- Je suis là, répondit la jeune fille en se levant avec peine.
Ron accourut et aida sa sœur à se mettre sur ses pieds.
- Tu vas bien ?
Elle acquiesça avec un sourire. Tout ça était faux ! Le groupe se rassembla et Hermione expliqua tout à son amie. Les quatre sorciers mourant de froid, la Gryffondor créa une bulle protectrice autour d'eux et une douce chaleur les enveloppa. Tandis qu'ils discutaient de leurs mésaventures, Drago fixait la brume, espérant voir la fine silhouette de Lys apparaître. À bout de nerfs, le garçon se leva et traversa le dôme pour se rendre dehors.
- Qu'est-ce qu'il fait ? s'inquiéta Ron qui serrait sa sœur contre lui.
- Il a peur, chuchota cette dernière, il a peur pour Lys.
Ils virent le jeune homme se mettre à crier sans entendre ses paroles, La bulle était insonorisée.
- Drago a fait preuve d'un énorme courage pour sortir de son cauchemar, avoua Hermione. Il a réussi à prendre du recul pour vaincre ce qui l'effrayait.
-Tu penses qu'il doute de Lys ? s'enquit la cadette des Weasley.
- Je ne sais pas, souffla l'adolescente. J'imagine plutôt qu'il connaît la peur de Lys, et qu'elle est vraiment effrayante.
Le rouquin se détacha de sa sœur et enlaça Hermione qui fondit en pleur dans ses bras. Elle avait peur, peur qu'elle ne revienne jamais et il la comprenait. Même si le garçon n'avait pas toujours eu de très bonnes relations avec Lys, il tenait à elle comme eux tous.
- Lys, hurla Drago encore une fois sans avoir de réponse. Je sais que tu m'entends !
Le Serpentard serra les poings avec inquiétude.
- Tu es une fille intelligente, courageuse, compréhensive, réfléchie, sérieuse, admirable, forte ! Reviens !
Une larme coula sur la joue du sorcier qui en laissa d'autres inonder son visage.
- Si tu ne reviens pas pour toi, reviens pour moi ! termina-t-il la voix remplie de sanglots.
Lys serrait son crâne entre ses mains et pleurait. Les vapeurs froides s'étaient envolées depuis un moment déjà. Elle était accroupie au milieu d'une salle où chaque mur était parsemé de miroirs, mais la Porteuse ne voyait pas son reflet à travers les glaces. C'étaient des personnes de son entourage qui se tenaient fièrement à l'intérieur des cadres. La jeune fille avait fondu en larmes et n'arrivait pas à s'arrêter. Elle n'avait même plus la force de se reprocher son comportement. Après tout, pourquoi se voiler la face ? C'était cette personne qu'elle était: une sorcière pleurnicharde qui se cachait bêtement derrière un masque fabriqué de toutes pièces. Des voix parcouraient la pièce et traversaient la jeune fille, lui infligeant une douleur atroce. Chaque parole était un coup de poignard, chaque phrase une torture.
- Tu es inutile, lui assura Hagrid.
- Lâche, renchérit Ron.
- Bonne à rien, continua McGonagall.
Les insultes percutaient la jeune fille et la blessaient au plus profond d'elle même. La Porteuse leva les yeux, Harry et ses amis riaient d'elle et rajoutaient des mots blessants. Seuls deux personnes restaient silencieuses, l'air grave et le regard accusateur. Lily et Severus observaient l'adolescente. Cette dernière regarda ses parents dans le brouhaha des cadres habités.
- Papa…
- Silence ! hurla la voix sévère du professeur brun.
Les personnages des miroirs se turent observant la scène. Effondrée, Lys attendait une parole rassurante de ses parents.
- Comment arrives-tu à te supporter ? lâcha la voix pesante de sa mère.
Cette question meurtrit le cœur de la jeune fille. Elle voulut chercher de l'aide auprès de Rogue mais il la devança.
- Tu es pathétique, cracha le sorcier sombre. J'ai sacrifié ma vie pour élever une ignorante, idiote, peureuse, détestable, laide et stupide fille. Tu n'oses même pas te regarder dans un miroir !
La voix grave qu'elle aimait la terrorisait pour la première fois.
- Jamais tu ne fais face à tes problèmes, continua-t-il. Tu te caches derrière d'autres personnes pour éviter de te battre !
- C'est faux, murmura-t-elle le visage enfoui dans ses mains.
- Tais-toi, ordonna Lily. Comment des parents pourraient ne pas avoir honte de toi ?
Un spasme secoua l'enfant qui manqua de tomber. Les yeux de l'adolescente se posèrent sur sa baguette. L'arme était là, sur le sol, à côté d'elle. Une simple phrase et tout pouvait disparaître, tout pouvait s'arrêter. Cette douleur cesserait et elle quitterait cette vie qu'elle ne méritait pas. Lorsque la sorcière prit la baguette en main, tous les spectateurs des miroirs eurent un sourire sadique, y comprit les parents de la jeune fille. Une dernière larme coula sur la joue de la Porteuse qui posa la baguette sur sa tempe et ouvrit la bouche pour prononcer le sortilège qui la libérerait.
- Lys, hurla une voix d'adolescent.
La sorcière écarquilla les yeux en reconnaissant Drago. Le Serpentard appelait la jeune magicienne, la voix triste et rythmée de sanglots:
- Tu es une fille intelligente, courageuse, compréhensive, réfléchie, sérieuse, admirable, forte ! Reviens !
Lys baissa les yeux en même temps que sa baguette, elle douta. Mais, les paroles cinglantes que lui avait adressées son propre père hantèrent de nouveau son esprit et elle releva l'arme contre sa tempe, décidée à en finir.
- Tu mens, murmura-t-elle avec tristesse.
Les personnages sourirent à l'intérieur de leur miroir.
- Avada…
- Si tu ne reviens pas pour toi, reviens pour moi ! termina Drago en pleur.
Les dernières paroles de son ami la touchèrent au cœur effaçant les injures. Elle lâcha sa baguette sans terminer l'incantation mortelle. Les glaces disparurent et l'adolescente plongea dans un vide sombre et se réveilla couchée dans la neige froide.
- Drago, souffla-t-elle
Des pas rapides se précipitèrent vers Lys et le Serpentard accourut. À genoux, le garçon serra son amie avec soulagement.
- J'avais peur que tu ne t'en sortes pas, lâcha-t-il des larmes bordant encore ses yeux.
La Porteuse baissa le regard et ne répondit pas. Elle avait bien failli en finir si le magicien ne lui avait pas crié ces paroles. Ce dernier se détacha de la jeune fille et chercha son regard. Il replaça une de ses mèches ébènes derrière son oreille. Lys lui prit le visage entre les mains et embrassa la joue de Drago.
- Merci, murmura-t-elle en retenant un sanglot.
Ils se relevèrent en même temps, sans lâcher le visage de l'autre. Avec douceur, il essuya les larmes de son amie qui l'imita.
- Tu m'as sauvé la vie, termina-t-elle en partant précipitamment dans la direction d'où était venu l'adolescent.
Hermione fondit dans les bras de la Porteuse. Chacun des sorciers lui exclama sa crainte de l'avoir perdue, ne faisant qu'agrandir la culpabilité de cette dernière. Elle avait failli se donner la mort alors que tous s'inquiétaient pour elle.
- Allez, les motiva Lys. On y va dans ce temple oui ou non ?
Le groupe acquiesça et ils se dirigèrent vers l'entrée du bâtiment. La brume s'était levée en même temps que Lys était sortie de son cauchemar. Ginny lui raconta qui étaient les créatures qui les avaient attaqués, mais tout le monde se retint de questionner Lys au sujet de sa propre peur.
