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Les chimères attaquent

Severus était assis au chevet de sa fille depuis des heures. Lys était tombée dans le comas quelques jours avant et son corps reprenait des forces. Madame Pomfresh avait même assuré qu'elle aurait du se réveiller depuis longtemps, mais que d'une certaine manière la sorcière ne souhaitait pas revenir parmi les siens.

Le professeur était toujours aux côtés de sa fille et veillait sur elle. Pourquoi ne s'était-elle pas laissée faire ? Pourquoi n'avait-elle pas accepté de se faire soigner ? Pourquoi refusait-elle de revenir parmi eux ? Tant de questions qui le hantaient. Plus rien n'arrivait à le sortir de la mélancolie dans laquelle il s'était plongé.

Arkéonph, lové autour du poignet de sa maîtresse s'était endormi. Le professeur prit la fine main de l'adolescente et la caressa avec douceur. Jamais il n'avait été aussi inquiet.

- Reviens murmura-il à la jeune fille inconsciente.

Elle ne manifesta aucun signe et des larmes montèrent aux yeux de l'adulte.

- Je t'en supplie, lâcha-t-il d'une voix à peine audible.

Rogue posa sa deuxième paume sur la main de Lys et fixa de ses yeux noirs les paupières closes de la Porteuse. Dans un gémissement, l'adolescente remua faiblement son bras.

- Lys, s'étonna-t-il en se redressant.

Des perles de sueur mouillèrent soudainement le front de la sorcière qui crispa les doigts. Les scènes que lui avait fait vivre les Timors revenaient dans sa tête. Les phrases blessantes et les remarques cinglantes s'enfonçaient tels des poignards dans son cœur tendre. Les paroles rassurantes de son père qu'elle venait de percevoir se noyaient dans l'immensité de ses blessures. Jamais un jour ne passait sans qu'une nouvelle marque ne trouve sa place dans son âme torturée. Personne ne voyait sa souffrance mais elle était bien présente. Lys n'avait jamais demandé d'aide, personne n'était dans le même cas, dans la même douleur, la même honte. Cette honte qui défigurait l'image qu'elle avait d'elle, une honte qui la grignotait lentement comme pour faire durer le supplice. Un être malsain prenait un plaisir sournois à détruire chaque parcelle de son être, petit bout par petit bout. Tant d'années que la Porteuse se taisait, qu'elle souffrait en silence. Seul Drago le savait.

- Reste avec moi, chuchota la voix de son père en serrant la main de l'adolescente.

Cette soudaine pression propulsa les chimères de la jeune fille en dehors de son sommeil. Dans un dernier élan de volonté, la sorcière se défit du profond cauchemar. Elle s'assit soudainement sur son lit, respirant difficilement.

- Vous êtes enfin réveillée, se réjouit madame Pomfresh qui pénétrait dans la pièce.

La guérison était aussi soudaine que miraculeuse.

Quand Drago lui tendit l'enveloppe, Lys eut un mouvement de méfiance, puis par curiosité elle s'en empara et l'ouvrit. Une photo y était glissée. La Porteuse retourna le cliché pour observer l'illustration. En sursautant elle la plia et la déchira immédiatement.

- J'en étais sûr, déclara le Serpentard.

- Si tu en étais si sûr, tonna la jeune fille sous les regards pesants des étudiants. Pourquoi l'as-tu fais Malefoy ?

La Porteuse sortit en courant de la pièce. Pourquoi avait-il remis ce sujet sur le tapis ? La jeune fille s'adossa contre un mur du couloir elle avait si mal au fond d'elle.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ? s'énerva Hermione en se levant à son tour.

- Ça ne te regarde pas la Sang-de-Bourbe, répondit Malefoy avec un ton méprisant.

Elle réussit difficilement à supporter la remarque mais partit à la suite de Lys. Harry et Ron fusillèrent le Serpentard du regard et suivirent leur amie. Hermione courut vers la Porteuse mais cette dernière la repoussa avec force.

- Laissez-moi, ordonna-t-elle en tournant les talons.

- Tu fuis, l'accusa Drago qui les avait rejoints.

Lys fit volte-face, les traits tendus de fureur. Il ajouta:

- Je ne suis peut-être pas très courageux mais toi tu ne l'es pas plus !.

- Tu n'es pas à ma place Malefoy, se défendit l'adolescente. Tu ne sais pas ce que c'est de souffrir chaque jour, à chaque instant et de continuer d'être normale, de sourire. Je me demande même parfois pourquoi je suis encore de ce monde !

- Tu n'as qu'à mourir alors.

Lys se rapprocha de son interlocuteur et le gifla. Le sorcier rendit le coup et l'adolescente lui saisit le col, s'apprêtant à lui donner un coup de poing lorsque son père lui saisit le bras. La jeune fille lâcha le Serpentard et se défit de son aîné, elle n'avait pas vu Rogue s'approcher de l'altercation.

- Tu ne te contrôles même plus, continua Drago en se frottant la joue rougie par le coup. Tu ne seras bientôt plus que l'ombre de toi même ! Tu n'arrives même plus à te regarder en face.

Il s'avança et prit les épaules de la Porteuse avec une soudaine délicatesse.

- Tu ne peux pas continuer seule, lui chuchota-t-il en plongeant son regard dans les yeux émeraudes de son amie.

Cette dernière se dégagea de Malefoy.

- Pourquoi demander de l'aide ? explosa-t-elle. Personne ne pourra m'aider. Je n'y crois plus Drago !

- Tu n'y crois plus ou tu ne veux plus y croire ?

Le Serpentard savait que cette question aurait de l'effet. Lys tournait souvent ses phrases ainsi et la Porteuse détestait qu'on l'imite.

- Je n'y ai jamais cru, le cloua-t-elle en tournant les talons.

Une douleur comme un coup de poignard s'enfonça dans le cœur de la jeune fille. D'un geste rapide, la sorcière essuya ses larmes.

- Tu es vraiment une ordure Lys Rogue, se marmonna-t-elle.

Severus s'interrogea après avoir entendu l'échange des deux jeunes gens. Pourquoi souffrait-elle à ce point ? Malefoy et sa fille semblaient lui cacher des choses qu'il ne comprenait pas.

- Les professeurs voudraient connaître la date de votre prochaine expédition, déclara Rogue.

- Nous n'en savons rien, répondit machinalement Lys, le regard perdu dans les flammes.

Le feu illuminait le visage pâle de la Porteuse et faisait briller ses mèches brunes. Severus fut charmé par cette vision. Lys lui ressemblait en tous points mais il retrouvait de plus en plus Lily dans ses traits.

Le professeur prit tendrement les mains de sa fille et planta ses yeux ébènes dans le regard de l'adolescente.

- J'ai peur pour toi.

Lys tourna enfin la tête vers son père, attendant la suite.

- Je tiens à toi et je ferai tout ce que je peux pour te savoir en sécurité, continua-t-il la gorge serrée.

Les mots résonnèrent tels une symphonie effrayante dans la tête de l'adolescente. Jamais, jamais elle ne serait en sécurité. Mais comment avouer, même à son père, que l'ennemi le plus dangereux n'était pas dehors mais à l'intérieur d'elle-même ? Que personne ne pourrait ni l'aider, ni la sauver ? Tandis que Severus caressait lentement les mains de la jeune fille, elle les retira brusquement. Cette dernière regretta aussitôt son geste mais elle préférait fâcher le professeur plutôt que lui mentir: elle ne reviendrait pas en vie de la dernière expédition.

- Tous les Porteurs doivent mourir, rappela-t-elle.

Un malaise passa dans les yeux sombres de l'adulte. Il aurait voulu croire que sa fille survivrait, mais elle devait mourir avec son Rêve. Tous les Rêves devaient disparaître afin de ne pas offrir leur puissance à un descendant mal intentionné et en disparaissant ils entrainaient leur dernier maître avec eux.

Lys connaissait l'issue de cette aventure avant de s'y lancer. Elle la souhaitait même à présent, tant la souffrance intérieure qu'elle ressentait devenait insupportable. Il lui devenait difficile de cacher l'énorme bête qui la dévorait un peu plus chaque jour. A cet instant, l'horrible douleur la fit grimacer.

Rogue se leva et prit la jeune fille dans ses bras. Elle se laissa envelopper par cette tendresse mais se reprit presqu'aussitôt: elle voulait en finir avec ces maudits Porteurs et échapper ainsi à ces supplices que lui infligeait ce monstre enfermé dans son cœur. Drago avait raison, elle ne serait bientôt plus que l'ombre d'elle-même, autant en finir.