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Accepte ce que tu es

Severus se tenait assis devant le miroir du Riséd, admirant le visage angélique de Lily et le sourire mélodieux de sa fille. Il surveillait ce miroir depuis le départ de Lys, y cherchant un peu de courage. Le professeur se leva du coffre et posa sa paume sur le reflet magique, caressant la joue de la femme qu'il avait tant aimé. Ses longs doigts fins effleurèrent les ornements de la boiserie, s'attardant sur les boules d'or.

- Papa, appela une voix douce.

Le sorcier se retourna prestement en reconnaissant la voix de son enfant. Il ne trouva que le vide derrière lui. Il jeta un coup d'œil vers le miroir et vit le visage souriant de sa fille. Le miroir la montrait quand elle était petite.

- Je reviendrai, assura l'enfant.

Un sentiment de soulagement réchauffa l'adulte.

- J'ai besoin de toi, s'attrista la gamine, je ne m'en sortirai pas sans vous tous.

Rogue leva un regard étonné sur le reflet.

- Je suis trop fière pour l'avouer mais on me fait mal. C'est les faibles qui appellent au secours alors je ne le dis pas, mais j'ai mal.

Lys posa sa main sur son cœur.

- J'ai mal là, papa, continua-t-elle. Il y a une créature ici et elle me mange tout le temps ! Chaque jour, à chaque instant. Au fil de ses paroles l'enfant grandissait.

L'adulte comprit que le malaise dont était victime Lys datait de son enfance et la rongeait encore aujourd'hui.

- J'ai besoin d'aide, sanglota le reflet montrant maintenant une jeune femme. Sauve-moi !

Sa fille disparut le laissant inquiet puis, la salle souterraine se mit à trembler et les perles d'or se retournèrent pendant que le miroir tanguait dangereusement. Le professeur recula tout en fixant les minuscules sphères colorées. Elles grisèrent une à une dans l'ordre de disparition des Rêves. La pierre écarlate subit le même sort et l'émeraude clignota. Le cœur de Severus s'affola lorsque l'émeraude perdit son éclat. La pièce cessa de bouger.

Penché sur sa fille, Rogue s'affairait à soigner les nombreuses plaies qui la meurtrissaient. Les enfants étaient revenus très affaiblis et il avait fallu tous les pouvoirs des professeurs de sorcellerie pour les aider à reprendre des forces.

- Je peux arrêter les plaies de saigner, expliqua Severus à sa fille d'une voix calme et douce, je peux effacer les cicatrices mais je ne peux pas soigner les blessures que je ne vois pas.

La Serpentard ne répondit pas.

- Aide-moi à les voir, lui demanda-t-il en cherchant le regard émeraude de son enfant.

Sans réponse, le professeur continua à panser les plaies de Lys. Elle se mordit les lèvres et retint des gémissements de douleur pendant les soins. Pour tenter de l'apaiser, Rogue plaça ses mains sur les tempes de sa fille et murmura un enchantement quelques instants. Soulagée elle regarda son père, les mains pourtant toujours crispées sur la couverture. Severus posa la paume sur la main de sa fille.

- Laisse-moi juste t'aider, demanda-t-il affecté par l'état anxieux de la sorcière brune.

- Personne ne peut m'aider.

- C'est faux ! intervint une voix féminine.

Lys dégagea sa main et fixa avec reproches et incompréhension son interlocutrice. Hermione s'était assise sur son lit, le regard sombre et triste. Lys n'eut pas la force de rétorquer.

- Comment t'es-tu sortie du piège des Timors ? insista la Gryffondor.

- J'ai entendu une voix, souffla la jeune fille, la voix de Drago qui m'appelait.

- Et tu l'as écoutée ?

Lys acquiesça d'un lent mouvement de tête.

- Si tu as entendu cette voix, lui assura Hermione, c'est qu'il y a encore une partie de toi qui y croit sans que tu en sois consciente.

- Je ne crois pas que l'on parle de la même chose…

- Si ! Tu n'arrives pas à t'accepter ! Tu te dénigres et te rabaisses inutilement ! Tu as honte de toi, de qui tu es ! explosa-t-elle.

Lys s'attendait à ressentir une nouvelle douleur au fond d'elle, mais c'est un soulagement qui apaisa son être. Le secret, son secret, qu'elle gardait depuis toujours venait d'éclater aux yeux de tous. À cet instant, c'est le monstre qui était en elle qui eu peur et recula dans l'ombre de son âme. Hermione venait de faire exploser l'existence du monstre.

- Tu m'avais promis de faire apparaître la bonne personne qui était en moi, se rappela Lys. Tu parlais de ça ?

Hermione hocha affirmativement la tête et se rallongea.

Passé un instant de surprise, Severus posa une main sur l'épaule de son enfant. Rogue se maudit de ne pas s'être rendu compte plus tôt du malaise qu'elle vivait.

- Si seulement Lily était là, pensa-t-il.

Un bruit de pages régulier rythmait la pièce. De hautes bibliothèques meublaient le petit salon et le feu crépitait dans l'âtre. Severus Rogue lisait, loin de Poudlard, dans la maison qu'il aimait. Ils y étaient venus quelques temps pour que Lys se repose. Depuis l'aveux d'Hermione à l'infirmerie, l'homme n'avait pas pu en savoir plus et leur relation était de plus en plus tendue. Un claquement de porte dans la pièce adjacente fit sortir le professeur de sa lecture. Il referma sèchement le livre et rejoignit l'entrée de la maison.

- Quoi ? explosa la jeune fille.

- Tu rentres bien tôt, remarqua-t-il.

Le regard noir du professeur se posa sur la cage que tenait l'adolescente.

- Et les mains vides. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Pour une fille, cacher quelque chose à son père est déjà compliqué, mais avec Severus Rogue, c'était bien pire, même en étant l'une des meilleures menteuses de Poudlard. La jeune fille ouvrit la bouche mais finalement se tut.

Lys voulut monter dans sa chambre mais Severus la retint. L'adolescente laissa l'adulte pointer sa baguette sur son avant-bras. Il murmura une formule et un bandage apparut. Le sorcier enleva le pansement et découvrit deux point rouges. Rogue entraina son enfant dans la cuisine et appliqua divers baumes sur la blessure.

- Tu pensais soigner cette morsure de serpent seule ? la sermonna-t-il.

L'adolescente retint un soupir.

- Je me suis déconcentrée une seconde et il m'a mordu, expliqua Lys les yeux fixant la blessure.

Severus n'ajouta rien. S'être fait mordre était déjà une punition suffisante pour l'ancienne Porteuse. Depuis la disparition de Drago et d'Arkéonph, Lys était effondrée. Il avait pensé que revenir chez elle pour les vacances de printemps aurait pu changer les idées de l'adolescente, mais en vain.

La jeune fille remontée dans sa chambre, s'assit sur son lit, fatiguée. Elle saisit la photo recollée que Drago lui avait donnée à leur retour de l'Everest. Une photo d'elle. Elle savait à présent que le garçon avait fait cela pour la faire réagir et non pour l'ennuyer, mais elle ne supportait toujours pas de se voir. Elle retourna la photo rageusement sur la table de chevet.

Drago avait voulu l'aider à reprendre espoir mais c'était en vain. Hermione se trompait lorsqu'elle assurait qu'il restait une petite chance pour chasser ce monstre.

Severus était sur le seuil de la pièce, la main posée sur l'encadrement de l'ouverture, observant sa fille avec tristesse. Il regarda la pierre rectangulaire sombre qu'il tenait dans la main. Harry avait accepté de l'envoyer au professeur, à sa demande. Rogue tourna deux fois le caillou magique dans sa paume et la laissa retomber dans la poche de sa tunique noire. De mystérieux filaments bleutés apparurent dans la pièce et commencèrent à danser dans le dos de Lys. Une silhouette se forma et appela avec douceur la sorcière qui se tourna lentement. Le jeune homme sourit faiblement et Lys reconnut le reptile autour du cou du visiteur.

- Drago, chuchota-t-elle.

- Arkéonph, murmura-t-elle encore, des larmes baignant son visage.

Lorsqu'elle réalisa l'immatérialité des spectres, une puis-sante peine l'enveloppa.

- Juste des fantômes, déplora-t-elle.

- Des fantômes qui t'aiment même s'il ne sont plus là, corrigea le jeune homme.

Le sorcier chercha le regard de l'adolescente.

- Je ne suis plus là mais je ne t'en veux pas.

- Tu es mort à ma place, s'exclama-t-elle étouffée de sanglots.

- Je le savais depuis longtemps, répliqua-t-il avant de se radoucir. Arkéonph m'avait tout expliqué sur les plateaux enneigés de l'Everest et j'ai accepté facilement de mourir à ta place plutôt que de vivre sans toi.

- Ce sont de trop belles paroles pour moi, soupira Lys.

- Pourtant tu mérites de les entendre comme tu mérites de vivre, insista Drago.

L'adolescente recula et se retrouva dos à la fenêtre, des larmes mouillant ses joues.

- Si je t'ai choisie Lys Rogue, intervint l'animal argenté, c'est parce que tu en vaux la peine et que tu es courageuse.

- Les Rêves n'étaient-ils pas dénués de conscience ? rétorqua-t-elle.

- C'est là que je suis différent, insista le serpent.

La jeune fille voulut s'éloigner mais le mur l'empêchait de reculer plus loin. Elle ne se sentait pas à sa place, comme un imposteur.

- Siera Orfèvres m'a doté d'une conscience et d'un esprit, lui apprit le serpent calmement, la magie qu'elle a utilisée était très puissante ce qui explique la très forte lumière qui a précédée ma mort. Quant à toi, tu es courageuse et douée…

- Seulement parce que j'avais un serpent doté de pouvoirs exceptionnels, coupa-t-elle.

- Ce n'est pas moi qui ai refusé la marque de Voldemort.

Cet argument eut l'effet d'un électrochoc pour Lys. Le monstre qui se plaisait à dévorer son être depuis des années, recula encore une fois. Il était collé contre un mur comme l'était la jeune fille. Drago s'approcha d'elle un peu plus près.

- Accepte ce que tu es, murmura le Serpentard avant de s'effilocher lentement en un serpentin bleu.

Les particules tourbillonnèrent un moment et formèrent la silhouette d'une jeune femme.

- Maman, appela faiblement la sorcière.

La femme sourit tristement. Avec délicatesse, le fantôme tendit la main à l'adolescente qui fut surprise par ce geste. Lily avait fait le même geste vers Harry quelques années auparavant. Serait-elle aussi importante que son frère aux yeux de sa mère ?

- Harry est un garçon merveilleux mais personne ne pourra remplacer ma fille, assura sa mère en appuyant sur les deux derniers mots.

Lys tendit la main vers celle de la sorcière et sentit un doux courant d'air. La brise créée par sa mère pénétra dans la paume de la jeune fille qui sentit le souffle se propager dans son corps et atteindre son cœur. Une étrange chaleur ranima son âme désespérée. L'aura glauque qui l'enveloppait se déchira et elle se sentit revivre, libre.

Délicatement, le professeur s'approcha et posa une main sur l'épaule de sa fille et lança un regard doux au fantôme qui le lui rendit. Lys fondit dans les bras de son père qui la serra contre lui avec tendresse.