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Le mot dévoilé le 7 décembre : sapin
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Le miracle de John
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Couché sur le canapé, les doigts joints sous son menton, Sherlock suit la silhouette de son John qui s'active depuis le matin. Il n'a rien dit lorsque la fièvre du nettoyage l'a saisi et qu'il l'a vu ranger son précieux violon, repousser ses expériences sur les étagères débarrassées de toute trace de poussière. Une odeur de propre a conquis ses narines. Le sol reluit et la table renoue avec son brillant d'antan. Ensuite, John est sorti faire des courses et a monté de nombreux paquets. Il le regarde avec intérêt ouvrir une grande caisse en carton et en extraire des branches. Ne me dites pas que...
— John ?
Son compagnon tourne vers lui un visage envahi d'une joyeuse attente. Son expression rêveuse, son sourire un peu niais évoquent son enfance. Les légers plis aux coins de ses yeux accentuent sa mimique heureuse. Ému, il dit tout autre chose que ce qu'il avait prévu.
— Tu as besoin d'un coup de main ?
Le détective-consultant est à quatre pattes. Les branches marquées de jaunes dans les trous jaunes, les branches marquées de rouge... Ses mains frôlant celles de John, il accroche les boules blanches et argent sur le sapin déjà illuminé.
Il imagine Mycroft hilare devant son écran de surveillance.
John...
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Le mot dévoilé le 8 décembre : Mousse
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Un réveillon mouvementé
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Penché sur le corps malgré les grognements indignés d'Anderson, John déduit, sous l'œil attentif du détective-consultant, les premiers éléments.
— Il ne porte aucune blessure. La mousse blanchâtre aux commissures des lèvres dénonce l'empoisonnement par strychnine. En tenant compte du froid, de la neige qui a conservé le cadavre, la mort est intervenue avant minuit.
— Bien. L'analyse toxicologique en dira davantage. Autre chose ?
— Il n'a pas bu un seul verre d'alcool. Son meurtrier devait forcément connaître ses habitudes.
— Nous n'avons plus rien à faire ici, décrète Sherlock après un dernier coup d'œil à la scène. Communique moi les résultats rapidement, enjoint-il à Greg. Viens, John.
— C'est la nouvelle année, proteste l'inspecteur.
— Pour nous aussi, maugrée-t-il.
Dans le taxi qui les ramène au 221, Baker Street, John, rencogné contre la portière maudit cette nuit de Saint-Sylvestre avortée.
Il a froid. Un thé le revigorera. Une musique s'élève interrompant ses gestes. Les notes douces, aériennes l'apaisent. Sherlock joue du violon. Il pose les tasses sur la table, le contemple. Il lui en veut d'avoir couru à l'appel de Greg.
— Blâme le criminel, John, pas moi.
Il l'a deviné. Encore. Il l'enlace par derrière, appuie son front entre les omoplates de Sherlock en soupirant. Il l'écoute.
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Le mot dévoilé le 9 décembre est "Ange".
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L'ange noir
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" L'ange noir fait une nouvelle victime. Malgré la présence de Sherlock Holmes, l'enquête piétine."
Il pianote nerveusement sur son clavier. Il va leur faire voir aux journaleux.
Une main tendre caresse ses cheveux, tandis qu'une autre pose, devant lui, une tasse de thé et des biscuits.
— Mange un peu, soupire son John.
— Laisse-moi !
Il sait qu'il est à cran et que son compagnon en subit le contrecoup. D'un geste rageur, il envoie sa critique sur l'article, s'effondre sur le divan et se plonge en ses pensées.
John s'installe dans son fauteuil. Il n'a pas le choix. Son détective, réfugié dans son palais mental, est étendu de tout son long sur le canapé. Sherlock ne le voit plus, ne l'entend plus. Ce criminel leur pourrit la vie depuis deux mois, depuis ce premier assasinat dans Soho, le soir d'Halloween.
Il sursaute quand Sherlock se dresse brusquement, le tire à lui sans ménagement, le remorque vers leur chambre, le pousse sur le lit violemment.
— J'ai besoin de toi !
Déjà leurs vêtements jonchent le sol. Leurs peaux s'épousent fébrilement.
Sherlock veut John, se perdre en lui, oublier ne fut-ce qu'une minute que la population gay de Londres a peur. Qu'ils sont en danger.
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