Le mot dévoilé le 10 décembre est lutin

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Le chapeau vert

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Il s'étend dans la tiédeur du lit. Il a sommeillé quatre heures, c'est suffisant. La tête de John repose sur sa poitrine, comme souvent. Il lui a fallu longtemps avant d'apprécier dormir avec quelqu'un. Il resserre son étreinte. Son amant est toujours demandeur de tendresse et en donne bien plus qu'il n'en reçoit.

"L'homme n'est rien, l'oeuvre c'est tout." (1) Il croyait ne jamais aimer car le cerveau est primordial, ne voulait pas s'attacher de peur de fausser son jugement par des sentiments. Il peut lire dans une personne ainsi qu'en un livre ouvert, pourtant John réussit encore à l'étonner. La vie sans lui ? Aucun intérêt. Absolument.

— Sherlock ? Joyeux Noël.

— A toi aussi, John, répond-il gravement.

Ils sont installés devant un petit-déjeuner copieux. Il fait un effort pour manger. Il se remémore la journée d'hier. Le défilé incessant. Greg, Mycroft, Madame Hudson, Harry et sa dernière conquête... Oh, le cadeau de Harry. Il attrape le colis au papier froissé, en sort le bonnet vert à pompon offert par la soeur de John, le pose sur le crâne de celui-ci et éclate de rire. Son compagnon lui adresse une grimace.

— Tu as un air de lutin, raille-t-il. Un membre du Petit Peuple.

— Sherlock !

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Le mot dévoilé le 11 décembre : couronne

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Affaire d'État

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— Raison d'Etat, Mycroft ? raille Sherlock à qui son frère vient d'exposer une nébuleuse histoire de chantage.

L'aîné des Holmes éprouve bien des difficultés à rester calme face à l'emportement de son cadet.

— C'est toujours la Couronne britannique. Ton service est chargé de la protéger, non ? Pourquoi faire appel à moi ?

— Sherlock. Un chef d'état d'un pays africain est impliqué. Nous frôlons l'incident diplomatique. Tu résoudras cela discrètement.

— Et surtout, très officieusement, lâche Sherlock.

— En effet.

— Couverture ?

— Je m'en occupe.

— Me voilà pleinement rassuré, ricane-t-il.

— Le danger ne t'a jamais préoccupé. Avant.

Sherlock cherche John du regard. Penché sur son portable, il semble rédiger son blog, mais la raideur de sa nuque, la position de ses épaules lui content tout autre chose. Mycroft fait entendre un léger reniflement agacé. John bardé d'explosifs, John avec un magnum appuyé contre sa tempe, John au cimetière pleurant sur sa tombe, John devant son glock. Il se fout pas mal du scandale éventuel. Il n'est plus seul, bon sang !

— John ?

— Tu veux un thé ? demande celui-ci en posant une main tendre dans son dos.

— Nous acceptons. Ne me le fais pas regretter, gronde-t-il à Mycroft.

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Mot du 12 décembre : secret

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Le secret dévoilé

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Sherlock n'aime pas les secrets. Surtout les secrets de John. De son John. Il veut tout avoir de lui. Aussi referme-t-il les yeux lorsqu'il le sent bouger puis se lever. Comme chaque vendredi, il reviendra en milieu de matinée avec des croissants dont l'emballage est marqué du sigle d'une pâtisserie française de South-Kensington. Que va-t-il faire là ?

C'est un clergyman voûté, d'une cinquantaine d'années, qui s'attache aux pas du docteur. Si au départ, celui-ci prend la route prévue, il oblique bien vite vers Soho. Il n'y a aucune hésitation en sa démarche. Pas de raideur, pas de boitillement. John ne redoute rien. Une ombre qui ne se cache nullement le suit. Le larbin de Mycroft fait son job. Protéger.

John, au coin de Collins Street, envoie une claque dans le dos d'un jeune noir qui en réponse mime un coup de pied lancé. Boxe française. Évidemment. Un petit sachet qu'il reconnaît change de mains. Ses viennoiseries. L'un derrière l'autre, les deux hommes poussent la porte du club de sports Soho Gyms.

Une heure et demi plus tard, John ressort du bâtiment, manifestement harassé mais détendu.

Oh, John, murmure-t-il.

Il s'entend lui balancer méchamment, après une altercation avec un suspect où John avait eu le dessous, qu'il se laisse aller.

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