.

Voici donc les quatre derniers drabbles de ce calendrier de l'Avant 2014. Merci de m'avoir suivie dans cette courte aventure.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2015. Que celle-ci comble tous vos désirs !

.


.

Le mot dévoilé le 22 décembre : exotisme

.

.

De visu

.

.

La poursuite d'un étrangleur les a menés dans ce luxueux casino clandestin. En plein centre de Londres, au sous-sol d'une multinationale, s'épanouit le plus lucratif des business. Il connaît assez Sherlock pour déceler la crispation de son corps. Pourtant ce ne sont pas les hôtesses peu vêtues qui peuvent le troubler.

— Viens, John.

Le détective-consultant désigne une porte gardée par deux cerbères. A son grand étonnement, ils s'inclinent et les laissent entrer.

— Sherlock, mon ange, s'exclame un jeune asiatique en venant au-devant d'eux. Il y a longtemps. Je suis heureux de te revoir.

La main élégante caresse l'avant-bras de son amour de façon sensuelle et familière. L'homme est beau. Une silhouette élancée. Des yeux bridés, câlins dévorent un visage délicat et pourtant hautain. Un kimono de soie accentue son exotisme. Une fine panthère.

Le médecin sait très bien que Sherlock n'est pas arrivé vierge entre ses draps. Le voir est différent. Surtout ça.

— Bonsoir, Yun. Je suis là pour enquête.

— L'un n'empêche pas l'autre, susurre le prédateur.

— Mon compagnon, le docteur John Watson, le présente alors son amant.

— Rangé ? Toi !

Yun éclate de rire mais lui adresse un regard rempli de haine que surprend Sherlock.

— Ton frère m'attend. Mène-nous à lui, lance-t-il sèchement.

.


.

Le mot dévoilé le 23 décembre est : rire

.

.

Un rire de trop

.

.

Lorsque la journée a été pénible, lorsque Sherlock a été en danger, John dort mal et rien n'y fait, même pas la présence de son compagnon entre ses bras. Le rire dément de Moriarty envahit ses cauchemars, éclate et le tire du sommeil en sursaut, le cœur battant, les mains moites. Avant la chute. Avant le terrible regard de son amant. Ce regard. Mais il sait. Il sait ce que cache ce rire. Il sait l'absence. Il sait l'envie de le rejoindre. C'est haletant qu'il cherche le souffle de Sherlock.

— Je suis là, John.

Il n'ose le toucher, malgré cela il le réveille chaque fois. Mais sommeille-t-il ?

L'étreinte de Sherlock se referme sur John qui niche le visage au creux de son épaule, enlace sa taille d'une poigne possessive, mêle leurs jambes, sa peau enfiévrée pressée sur lui.

— J'ai compris mon erreur, chuchote Sherlock. Je ne te laisserai plus derrière moi.

— Il y a des choses que je ne peux revivre, maugrée John agité.

John vivant, John l'attendant. Qu'aurait-il fait dans une situation analogue ? John sur le bitume. La vie s'échappant du corps en sang. Il retient un gémissement de souffrance. Il le veut à ses côtés. Pourtant, les risques qu'il prend parfois le tuent.

.


.

Mot découvert le 24 décembre : flocons

.

.

La marmotte

.

.

Appuyé contre la vitre, Sherlock fixe les flocons qui chutent gracieusement et peignent d'un blanc pur les toits de Paris. Il jette un coup d'œil vers le lit. John dort encore. Une vraie marmotte. Il soupire. Il ne peut accomplir ses expériences, pas plus que jouer au violon ou faire des trous dans le mur de l'hôtel. Alors ? Satanée marmotte.

Il veut profiter de leur séjour pour voir ce qu'il aime. Dormir ? Du temps perdu. Ils ont programmé d'aller au Musée national de la Marine admirer les navires de guerre. Puis, les impressionnistes au musée d'Orsay. Ils n'ont pas d'heures à gaspiller, que diable. Et ce soir, l'opéra Garnier les accueillera.

Dépité, il s'assied sur le bord du lit. Il contemple la nuque blonde, le dos bien charpenté, la cambrure des reins. Ses mains écartent le drap, effleurent les fesses fermes. Il connaît ce corps, sûr, rassurant. Il baise délicatement l'étoile qui défigure l'épaule. L'odeur de John, la chaleur de sa peau. Déjà, sa virilité s'émeut. Ses lèvres remontent derrière l'oreille, il lèche sensuellement le lobe. Son amant proteste doucement. Il le retourne, l'attire sur lui. L'enserre. Son visage en son cou, il respire John. Son John.

— Viens, souffle celui-ci paresseusement. Viens, mon amour.

Les musées attendront.

.

.


.

Le mot dévoilé le 25 décembre est : flammes

.

.

Possession

.

.

La limousine noire s'arrête. John en bondit, s'engouffre dans la maison. Nerveux, il grimpe l'escalier quatre à quatre. Étendu sur le canapé, les doigts joints sous le menton, son détective réfléchit. Mycroft. Déjà.

— Sherlock ?

— Viens.

Une main se tend. Fine, élégante. Il caresse le bout des doigts, la paume, remonte jusqu'au poignet.

— Mycroft ne peut modifier notre vie parce que Monsieur croit être le gouvernement incarné, murmure son amant.

— Tu es mon compagnon de route, de galère, de vie. Je te suivrais dans les flammes de l'enfer. Pourtant, je n'y ai jamais songé, avoue John. Cela me semble si peu nous. Dis-moi ce que tu en penses. Réellement.

Il se retrouve serré contre lui. Ses lèvres sur les siennes.

— Mon frère me connaît. Il a joué sur ma possessivité, raille-t-il après de longues minutes d'hésitation.

— Je ne t'appartiens pas assez ? s'étonne le médecin.

— Il nous épie sans relâche. Tu es fier, indépendant. Il sait notre dispute constante au sujet de ton travail à la clinique.

— Sherlock.

— Nous ne devons pas nous marier sous prétexte que ce sera un exemple, une avancée pour la cause gay. (1) Attendons, conclut-il.

John acquiesce presque déçu. Subrepticement, Sherlock sourit. Six mois, tout au plus.

.

.

(1). Pour ce drabble, je me suis basée sur le fait que la loi autorisant le mariage pour les couples gays est passée en fin mars 2014 en Angleterre et au Pays de Galles. Par contre, l'Irlande conteste le contenu de cette loi ainsi que l'église anglicane. Imaginons donc que le mariage du grand Sherlock Holmes et de son compagnon d'aventures pourrait apporter à Mycroft un petit coup de pouce... ^^

.

.