Chapitre IV

Terre ZERO

Gotham City

Les souterrains du manoir Wayne

.

.

Alors que Red Robin se concentre sur les énormes dossiers que lui a envoyé Green Lantern, le rugissement d'une moto fait écho dans la cave, interrompant son travail momentanément.

"Tim!" Dick l'appelle en enlevant son casque.

"Qu'est-ce que tu fais?" demande-t-il en regardant attentivement l'écran à la recherche de sa réponse.

"J'essaye d'aider la ligue tout en cherchant Batman. Pas beaucoup de chance jusque là, j'avoue. Quelque chose m'échappe, tous les criminels de Gotham sont en train de courir librement dans les rues et comme par hasard Batman ne répond plus."

Lisant dans les pensées de son petit frère, Dick verbalise sa théorie. "Tu penses qu'il s'agit d'une attaque coordonnée, peut-être une distraction?"

"Ca peut pas être une coincidence, je ne sais pas qui est derrière tout ça mais ils savent ce qu'ils font. La distraction est assez importante pour concerner la Ligue et impliquer Teen Titans tout ça en faisant en sorte que Batman soit absent."

Tim lui montre une grande carte sur l'écran, zoomant sur une localisation spécifique dans les Narrows, le quartier le plus mal fâmé de Gotham, il pointe du doigt un point rouge qui clignote.

"C'est ici que se trouve la dernière localisation connue de Batman et il n'y a aucune autre trace de son passage après ça."

"Et bien je propose qu'on commence par là. Tu viens?" Il demande sans attendre, déjà debout devant sa moto.

"J'aimerais bien mais si tu pars à la recherche de Batman, je vais pouvoir me concentrer sur le virus informatique, je serais plus utile de cette façon."

"Comme tu veux Tim. Tu penses que c'est possible de neutraliser le virus?" demande Dick d'un ton curieux.

"Ce virus est assez complexe et rapide pour contourner tous les pare-feux qui existent alors non, franchement je ne pense pas qu'on puisse faire grand chose à part essayer de limiter les dégâts."

Dick hôche la tête d'un air un peu accablé mais compréhensif. "Fais de ton mieux et je suis sûr que ça ira." Les yeux toujours rivés sur l'écran géant, Tim ne peut s'empêcher de sourire, touché par la confiance de Dick.

"Et moi, je vais chercher Bruce et le sortir du pétrin dans lequel il s'est fourré, on se regroupe après ça."

"Ca me va."

"Et Tim. Bonne chance."

"Toi aussi Dick, tu en auras besoin."


Terre ZERO

Port de Gotham

Entrepôt 17

.

.

Le chevalier noir émerge une fois encore de son sommeil forcé.

"Je me demandais quand vous alliez vous réveiller. Les doses de sédatif que je vous ai administrées étaient pour le moins... arbitraires. J'ai presque cru que je vous avais endormi pour de bon." explique Deathstroke avec un petit sourire en coin.

"Vous ne voudriez pas tuer votre prisonnier par accident."

"Au contraire, Wayne, alors ne me tentez pas." Il se rapproche doucement de son prisonnier en le fixant froidement. "Oui, je sais qui vous êtes. Et ça n'a aucune importance. Vous n'êtes qu'un pion dans un plan bien plus vaste."

"Et en quoi consiste ce plan, défier la Ligue des Justiciers ou juste se faire connaître?" lui demande Batman d'un ton provocateur. Deathstroke plisse les yeux, invitant silencieusement Batman à faire attention à ce qu'il dit s'il veut rester vivant assez longtemps pour le savoir.

"Pensez ce que vous voulez Wayne, ça m'est égal." Il finit par répondre.

"Alors je pense que vous serez déçu d'apprendre que la Ligue peut intercepter ma localisation à n'importe quel moment. Je ne serais pas étonné qu'ils soient en route au moment où nous parlons."

Mais le sourire de l'assassin n'évoque rien d'encourageant.

"Vous n'auriez pas dû me sous-estimer au combat, vous ne devriez pas me sous-estimer en tactique. Je sais que vous bluffez. Et même si par miracle l'un de vos traceurs fonctionnait, la Ligue ne viendra pas de si tôt vous libérer, ils sont trop occupés à nettoyer Gotham."

Il a, à cet instant, toute l'attention de Batman qui enrage à l'idée de savoir sa ville en danger. Sa ville natale pour laquelle il se sacrifie jour après jour.

"Qu'est-ce que vous avez fait? Qu'est-ce vous avez fait!"

"Distraire la ligue et l'équipe junior n'est pas aussi difficile que l'on pourrait le croire. J'avais juste besoin d'une heure de libre." Son sourire narquois ne vacille pas, il jubile face à la détresse du chevalier noir pour qui l'impuissance est la pire des sensations.

"Pour livrer l'uranium dans votre dimension? Non – non c'est plus que ça n'est-ce pas?"

"En effet, détective. Si je vous ai amené ici ce n'est pas seulement à cause de l'uranium mais pour leurrer l'un de vos oiseaux."

Suite à cette révélation, les pensées de Batman vont tout de suite à Robin – ou plutôt Red Robin puisque Robin a été tué il n'y a pas si longtemps. Les criminels ont pour habitude de pourchasser le jeune justicier pour tourmenter Batman. Mais cela n'a aucun sens. Les criminels kidnappent Robin pour atteindre Batman, ils ne kidnappent pas Batman pour atteindre Robin.

"Vous voyez, mon employeur est prêt à tout pour retrouver son protégé et le ramener à ses côtés."


Terre TROIS

Gotham City

Le manoir Wayne

.

.

Le manoir est bien silencieux. Il y a de cela quelques années, un jeune orphelin de douze ans arpentait ces mêmes couloirs. Il glissait sur la rampe de l'escalier puis sautait dans les airs pour se suspendre au lustre de cristal.

La toute première fois qu'il vit le jeune Richard, Thomas n'en cru pas ses yeux. C'était au cirque de Haley. Il se balançait de trapèzes en trapèzes et même s'il le faisait depuis qu'il était né ça n'en était pas moins impressionant. Il virvoltait dans les airs, enchaînant salto après salto en tendant ses bras pour que son père le rattrape. De tous les membres de sa petite famille d'acrobates que composaient ses parents et sa jeune soeur, Richard était le plus doué. Son aisance perché à plusieurs mètres du sol provoquait les hauts-le-coeur d'un public ébahit devant tant de souplesse et de grâce. Ce jour-là, le jeune prodige a réussi à impressionné l'homme le moins impressionable de Gotham. Celui que tout le monde redoute, et pour cause, il fait parti des leaders du Syndicat du Crime, de la Trinité et il commande les forces de Police de Gotham, gère les bordels Thompkins et le cirque d'Haley. C'est l'homme le plus influent de Gotham et l'un des hommes les plus puissant du monde.

Thomas n'a pas perdu de temps pour élaborer un plan. Il savait que pour avoir le jeune Grayson à ses côtés il lui faudrait éliminer le reste de sa famille. C'est ainsi qu'un soir pendant leur performance, les cordes lachèrent, laissant tomber trois des quatre Grayson du haut de quinze mètres. Une chute fatale qui ne laissa aucun survivant. Seul le trapèze de Richard avait tenu. Du haut de son trapèze, il pouvait voir les corps de ses parents et sa soeur écrasés sur le sol.

Quelques jours plus tard, Richard était accueilli au Manoir Wayne.

En grandissant, Richard est devenu ce que Thomas attendait de lui et plus encore. Mais Thomas a commis une erreur fatale. L'erreur de lui dévoiler la vérité; Thomas avait voulu être honnête en lui disant qu'il était responsable de la mort de sa famille. Il avait cru que Richard était prêt à entendre la vérité.

Une décision qui le hante encore. Alors il erre dans les couloirs du manoir à la recherche de souvenirs perdus en se dirigeant inexorablement vers la chambre en face de la sienne.

Une chambre de prince dont la taille démesurée reflète l'importance de celui qui l'a occupé. Thomas essaye de l'imaginer en train d'étudier en regardant le bureau déserté.

Il se plongeait souvent dans des ouvrages de psychologie criminelle pour apprendre à mieux cerner l'ennemi. Quel brillant élève il faisait.

Perdu dans ses pensées, Thomas n'entend pas son majordome s'approcher de lui. Puis il voit que son vieil ami est hésitant.

"Alfred? Qu'y a-t-il?" demande-t-il calmement.

"Je me demandais, Monsieur. Vous réalisez qu'il ne s'agit pas du même Richard Grayson que nous avons connu."

"Si j'avais voulu ton opinion Alfred, je te l'aurais demandé."

Alfred est un ami, certes, mais il est avant tout un serviteur. Du moins aux yeux de Thomas qui ne s'attache qu'aux personnes qu'il est sûr de pouvoir contrôler. Si Thomas accepte d'entendre ses critiques parfois justes, il n'accepte pas d'entendre une telle remise en question de ses plans, aussi subtile soit-elle, surtout lorsqu'elles concernent quelque chose d'aussi cher à son coeur.

"Même si vous le ramenez ici, il sera réticent à toute conversion...utilitariste si j'ose dire."

"Je me bats contre l'injustice et je me bats pour protéger ceux qui m'entourent. Il n'y a rien de mal à cela. Avec le temps, Richard verra les choses à ma façon."

Puis après une longue pause, il ajoute : "C'est une question de perspective Alfred. Ce n'est toujours qu'une question de perspective."

"Si vous en êtes certain, Monsieur." murmure le vieil homme d'un air dépité avant de se retirer.