4.

Ne parvenant pas à croire au message qui lui était parvenu, Albator avait rapidement quitté ses quartiers à bord du Starlight et s'était précipité vers la passerelle. Et bien qu'il ait trouvé très déplaisant d'être dans un fauteuil de commandement Militaire, il trouva encore plus vexant d'y voir installé Warius Zéro !

- Depuis quand tu as le temps de te dupliquer, toi ? aboya le grand brun balafré.

- Depuis qu'il y a eu une petite invention, Pirate obsolète : la navette à transport individuel à rayon de vol luminique ! Ça te traverse l'espace comme un cutter une feuille de papier en jonglant avec les fuseaux horaires. Ajoutes-y un caisson hypnotique et tu te réveilles à destination frais comme une rose ! Mais bon, on n'avait qu'une seule navette prototype et je viens de le cramer…

- N'importe quoi… Que fiches-tu là ?

- Je ne vais pas laisser un de mes Destroyers entre les mains d'un Pirate !

- Il fallait peut-être y songer avant de me confier le Destroyer de mon fils.

- Je n'avais pas le choix. Mais surtout tu avais raison : Alérian a été piégé par ma faute. Bien que même s'il avait disposé du peu que mes Analystes avaient déduit, cela n'aurait guère pu l'aider sur le terrain. J'ai d'ailleurs à m'entretenir avec toi à ce sujet. Allons à la salle de réunion d'Alie !


Beebop remplit deux tasses de café puis se retira.

- Je ne pensais pas à Anaëlle Kruisdonk, avoua Warius. Je soupçonnais plutôt quelqu'un de la Flotte !

- Ah bon ? fit Albator qui ne s'était pas du tout attendu à cela.

- Pourtant, cela était beaucoup plus logique, reprit l'amiral de la Flotte de la République Indépendante.

- Je ne comprends toujours pas… reconnut le grand brun balafré. Pourquoi, en temps de paix, en voudrait-on de façon aussi virulente à mon fils ? Je me suis creusé la tête, je n'ai pas trouvé… Et l'hypothèse d'une vengeance de ses ennemis du passé ayant attendu leur heure ne m'a pas davantage convaincu…

- C'est compliqué, mais je pense en être arrivé à des conclusions qui se tiennent !

- Accouche, Warius ! aboya Albator en rappelant Beebop en réclamant du red bourbon. Et inutile de me faire les gros yeux, tu viens de me relever de mon peu d'autorité à ce bord en prenant la relève. Car c'est bien ton intention, revenir sur le terrain, tu devais en rêver depuis si longtemps, quelles que soient les circonstances ! Mais viens-en à tes élucubrations de déductions ! J'attends !

Warius prit une bonne inspiration.

- Tout vient du statut particulier d'Alérian au sein de ma Flotte, et ce depuis le tout début…

Albator s'assombrit aussitôt, réalisant.

- Quand je te l'ai confié quand les Erguls et Gamalthine m'ont atomisé.

Warius inclina positivement la tête.

- Alérian a été un officier à part, son uniforme d'alors en témoignant. Ses pairs, l'état-major, les autres Militaires, l'ont accepté car c'était temporaire pour libérer la République. Mais quand Alie est finalement resté, qu'il a renoncé à sa naturalisation – Alden disposant lui de la double nationalité de par sa naissance sur notre sol – la donne a complètement changé ! Et les ressentiments sont devenus aussi virulents que soigneusement dissimulés, des années durant. Je le soupçonnais, j'ai protégé Alie comme je le pouvais, mais je n'ai jamais pensé qu'on voudrait attenter à sa vie ! En revanche, la menace ne venait pas d'un Militaire aigri, quel que soit son grade, voire même un membre de l'état-major comme je l'ai redouté parfois.

- Tu en as été à ce degré de suspicion, cela a dû te blesser profondément ! Tu as beaucoup plus souffert que moi, je le réalise. J'ai été injuste aussi, j'en suis désolé.

- Anaëlle Kruisdonk, descendante directe des anciens rois et reines de Déa, poursuivit Warius sans tenir compte de l'interruption de son ami borgne et balafré. Ils détenaient leur pouvoir de droit divin quasiment, durant plusieurs millénaires, puis la démocratie est parvenue jusqu'à nous et ils n'ont plus eu aucun rôle, aucun pouvoir. Aussi, pour une personne aussi orgueilleuse qu'Anaëlle Kruisdonk, un héros reconnu par tous, non de la République, ne pouvait qu'être une offense impardonnable !

- La folle ! Elle aurait organisé tout cela pour laver dans le sang, un sang jugé impur, le sang de mon enfant ? !

- Oui. Raison de plus pour laquelle il fallait que ce soit moi, un amiral, qui vienne aider à régler cette affaire !

- Warius…

- C'est la seule solution que j'ai trouvée. Alors, je suis venu !

Albator fronça le sourcil.

- C'est sûr que cet équipage ne peut pas me blairer, mais il m'obéit néanmoins… Je serais arrivé à m'en tirer ! Mais, ton départ, ton voyage, ton état-major a avalisé ton départ ?

- Avec tant de précipitation et sans protestations que je les soupçonne d'espérer que j'y reste, ça les débarrasserait de moi !

- Pas bête ça ! ricana le grand brun balafré.

- Albator ! protesta Warius, outré !