5.

- Amiral sur la passerelle !

Warius tourna légèrement la tête vers le grand brun balafré qui se tenait poliment un pas derrière lui et qui avait eu un involontaire tressaillement.

- Cette annonce t'avait manqué depuis ton bref temps de capitaine du Deathshadow, tu l'as appréciée durant les quelques jours où je t'ai confié le plus puissant de mes Destroyer, non ?

- J'avoue. Je ne m'y attendais pas. Mais cela ne me concerne plus ! A toi les emmerdes, cher amiral !

- Trop aimable. Vous qui m'avez introduit, qui êtes-vous, lieutenante ?

- Lieutenante Shanoel Moland, amiral ! Je suis Opératrice aux Armes.

- Bien. Vous me servirez de seconde pour le temps de cette mission. Prenez la console du lieutenant Ludjinchraft.

- Oui, mais, je ne suis pas qualif…

- Je vous en déclare telle ! aboya Warius, mains croisées dans le dos. A présent, je reprends à mon compte les directives précédentes et infiniment intuitives et stratégiques du capitaine Albator : suivez la navette d'Anaëlle Kruisdonk !

- Je suis désolé, intervint un jeune officier rondouillard, chauve bien que très jeune, mais nous avons perdu ce contact il y a une heure…

- Un point de chute ?

- Oui, mais…

- Un point de chute ?

- Oui, au QG du Spectre car je capte, je suis lieutenant aux Radars, un objet de forme étrange. Mais cela ne nous aide pas car les Torpilleurs du Spectre l'entourent, et ils sont des centaines ! En revanche, ce QG, les scans ne nous en renvoient rien, c'est le vide… Impossible de savoir quelles troupes nous y attendent, si le commandant s'y trouve, ou s'y trouvera.

- Warius, il faudrait vraiment que tu puces tes Militaires sous la peau et non une balise sur un objet de leur uniforme ! marmonna Albator.

- C'est une demande formulée depuis bien des années auprès du Parlement, mais refusée car intrusive vis-à-vis de la vie privée desdits Militaires… J'en suis le premier à m'en irriter depuis le premier jour où j'ai reçu mes étoiles !

Assis dans le grand fauteuil noir de commandement du Starlight, Warius leva les yeux sur le Pirate en noir, rouge, et cape vêtu qui se tenait fidèlement à ses côtés.

Albator esquissa soudain un léger sourire.

- Franchement, je préfère ma tête de Pirate mise à prix que ta place d'amiral face à tous ces bureaucrates et autres !

- C'est peu de le dire !

Albator posa alors franchement une main amicale sur celle de son ami étoilé.

- Je ne t'envie pas un seul instant, Warius. Je suis là, tu peux tout me demander, je t'obéirai !

- Merci, Albator ! Je ferai de mon mieux, bien que je ne peux imaginer tes angoisses, une fois de plus, envers le sort de ton fils !

- Alérian doit se débrouiller car nous ne serons pas sur place avant longtemps… Warius, personne ne peut plus aider Alie. J'ai compris, ça me déchire le cœur, mais il le faut !

Sans se soucier de ceux sur la passerelle, Warius se leva et vint étreindre amicalement le grand Pirate balafré.

- Nous sommes là en appui du petit. Ce jeune frère de cœur m'est précieux au possible. On va le sortir de là ! Nous allons combattre, à nouveau côte-à-côte ! Cela m'a tellement manqué !

- Et à moi donc !

- Mais il faut l'emporter, plus que jamais, gronda Warius. Les enjeux…

- Fous-moi la paix avec tes perspectives de technocrates qui te poursuivent jusqu'ici ! Il faut sauver Alérian pour qu'il puisse dégommer à jamais le Spectre !

- Je ne suis là que pour ça. Albator, je ne laisserai jamais tomber Alérian !

- Pour ça, je crains qu'il ne soit bien trop tard…


Moins que l'écho des pas, cela avaient été les vibrations du sol qui avaient alerté Zunia, la faisant se redresser, ses rondes oreilles de bébé frémissantes.

Et avant que la porte de la cellule ne s'ouvre, la petite Dragonne s'était réfugiée dans le coin le plus sombre, soit sous la banquette, invisible, respirant à peine par réflexe.

Des inconnus en toges blanche étaient alors venus relever et traîner hors de la cellule le corps inanimé de son ami à deux pattes.

- Iiiikkkkkkk.

Et la Dragonneaude eut à nouveau ses yeux de reptile remplis de larmes.