6.

Du regard Albator foudroya son ami à cinq étoiles.

- Comment cela, tu ne vas rien faire ? On n'est pas arrivé jusqu'ici pour se tourner les pouces !

- Je ne peux pas attaquer un QG dont je ne sais rien. Les Torpilleurs du Spectre patrouillent tout autour, il ne serait déjà pas aisé de briser leur mur !

- Je t'ai connu plus entreprenant, maugréa le grand brun balafré. Tu t'es ramolli le fessier dans ton fauteuil d'amiral ou quoi ? Moi, j'y vais !

- Hors de question, gronda Warius. Je ne vais certainement pas te laisser partir à l'aveuglette !

- Je n'ai fait que cela toute ma vie ! aboya Albator, poings serrés.

- Et je tiens à ce que ta vie soit encore longue et Alie a besoin de son papa !

- Mes projets me regardent. Je sillonnais la mer d'étoiles alors que tu étais encore à la puberté !

- Je ne l'ignore pas. Mais là c'est le QG du Spectre. Il ne peut qu'y avoir des pièges tout partout. Et nous ne sommes qu'à deux cuirassés !

- Ce genre de détail ne m'a jamais arrêté !

- Comme si je pouvais ne pas le savoir, soupira encore Warius.

Albator fronça le sourcil.

- Mais je ne mettrai pas non plus Alérian en danger, reprit-il. En cas de menace directe, le Spectre pourrait se venger sur lui ! Il va falloir la jouer discrètement… Ce qui relève de l'impossible puisque c'est déjà en se servant d'Alie que le Spectre nous a fait arriver jusqu'à son QG. Il doit vraiment être sûr de lui !

- Je n'aime pas ça, pas du tout, marmonna Warius en croisant le regard véritablement inquiet, mais pas pour lui, de son ami borgne et balafré. Je crois qu'on va devoir attendre que le Spectre nous fasse part de ses intentions avant de réagir !

- En effet. Mais je tiens mon spacewolf prêt au décollage !

- Les commandos du Starlight seront également sur pied de guerre.

Tournant les talons, Albator quitta la passerelle.

- Je peux savoir où tu vas ? jeta Warius.

Mais le grand brun balafré ne répondit pas.


« Je comprends à présent ce que Zunia a ressenti… ».

Alérian avait rapidement fait le tour de sa cellule, une fosse de quatre mètres de profondeur, souterraine, fermée par un étroit grillage de verre.

« A présent, le Spectre va jouer avec moi, sinon jamais il ne m'aurait gardé en vie ! Mais, par les Dieux, si seulement j'avais idée de pourquoi il a fait une fixation sur moi ? ! Par les Dieux encore, je veux juste élever ma toute petite famille et faire mon boulot du mieux possible ! Ce Spectre, je ne lui ai jamais rien fait ! C'est un criminel en puissance, un génocidaire presque, massacrant à tour de bras de façon totalement gratuite ! Peut-être même que si j'avais disposé de cet étrange Warriorshadow, je serais parti à sa poursuite sur mon temps libre ! Quel manque de bol que j'aie dû renoncer à mon intention première d'aller le récupérer sur la planète de ma Dorée Lumiane, mais la traque au Spectre primait, Warius me l'a rappelé avec une certaine férocité, après m'avoir arraché aux miens… J'avais oublié mon devoir, l'espace de quelques jours, c'était indigne de ma fonction, il aurait pu me faire passer en Cour Martiale pour cela ! Je ne faillirai plus… Bien que là mon espérance de vie semble d'une brièveté indéniable ! ».

Les jambes tremblantes, le jeune homme à la crinière d'acajou s'assit, dos au mur, passant les doigts dans la mèche blanche qui prenait naissance à hauteur de sa tempe gauche.

« Je ne sais pas ce que Zoen a mis dans mon verre pour ce prétendu toast de collaboration réciproque, mais ça m'a envoyé dans les choux illico… Si la situation n'était aussi dramatique, je retournerais bien lui demander un flacon de ses somnifères pour m'offrir quelques nuits paisibles quand mon équipage me tape trop sur le système ou quand Oshryn me reluque trop que la décence ne l'autorise et que ses mains se baladent un peu trop près également ! ».

La tête dans les mains, Alérian eut un soupir, la vue encore floue, l'organisme affaibli par la concentration de narcotique frisant l'overdose d'ailleurs qu'il avait ingurgitée.

« Si combat il devait y avoir, je suis à peine capable de tenir debout… Je n'ai pas une chance… Le Spectre a bien manœuvré pour me circonvenir… J'aurais été vicieux que je n'aurais pas agi mieux ! Heureusement que je ne cède pas à mon côté noir, sinon je pourrais être pire que le Spectre, je le crains… Dans mon état de mort temporaire, j'ai eu de si terribles visions… Je ne suis plus un ado attardé, naïf, idiot même… Et ce que j'ai vu de mon avenir me terrifie plus que le Spectre ! Mais, comme je le songeais il y a un moment, je n'ai plus assez d'espérance de vie que pour tracer des plans sur la comète ou croire que je peux détruire les univers que je suis censé protéger de par mon uniforme ! A côté de la fureur inconnue enfouie en moi, l'ennemi de la liberté qu'a été le clone de mon père était un petit être innocent ! Je crois que je devrais m'offrir aux coups du Spectre, ça éviterait bien des tourments… J'ai reproché longtemps – avant de connaître cette vérité du clonage par les Erguls – à mon père d'être un assassin fou, mais mes visions me désignent comment pire encore… Je ne comprends pas… Ces rages ne sont pas moi, tout guerrier de la République Indépendante que je sois… J'ai tellement peur… ».

Alérian eut un soupir, encore un peu dans le brouillard des drogues.

« Au moins, Zunia, tu es en sécurité sur le Starlight. J'ai bien eu raison de t'intimer de rester à bord ! Tu es plus indisciplinée qu'un jeune chien, même si je n'avais jamais eu d'animal de compagnie avant toi – quoique, animal de compagnie, tu ne ressembles à aucun autre ! ».

Epuisé, la tête lourde, Alérian se rendormit profondément.