12.
Le Starlight, l'Arcadia et le Warriorshadow étaient demeurés à l'arrêt à proximité du QG du Spectre qui ne représentait plus une menace, Anaëlle partie avec ses Sbires et ses Torpilleurs pour une destination inconnue.
Assis à son bureau, Elong leva les yeux sur son visiteur.
- Les soins ont été prodigués, j'allais faire mon dernier tour du matin, renseigna le Médecin-Chef du Destroyer.
- Je sais, je connais vos horaires, sourit Albator.
- Vous paraissez mal à l'aise en ces lieux ? remarqua le Mécanoïde. Tout comme Alie au demeurant ! Pourquoi cette véritable phobie des hôpitaux ?
- Je ne sais pas, c'est instinctif… L'environnement, les odeurs, le sentiment de mort, l'impuissance sur un lit et d'être dépendant…
- Le sentiment de s'être fait avoir ?
- Il y a de ça aussi, admit Albator.
Elong tendit un petit gobelet au grand brun balafré.
- Faites prendre ce cachet à Alérian, il a encore grand besoin de repos.
- Je peux le voir ?
- Quelques minutes, il est encore très faible. L'infirmière a posé une nouvelle pochette de sang. Ne le fatiguez pas !
- Il y a juste un point à éclaircir.
- C'est pourquoi nous demeurons ici depuis tous ces jours ?
De la tête, le grand brun balafré approuva.
- Zunia ? fit encore Elong.
- Zunia !
Albator posa une main apaisante sur le front de son fils.
- Ne t'agite pas, Alie. Tout va bien. Ne te soucie de rien, sauf de guérir !
- J'ai du mal à parler, chuchota le jeune homme à la crinière d'acajou, portant machinalement la main à sa gorge bandée.
- Anaëlle t'a bien incisé le cou. Tiens-toi calme, c'est le mieux que tu as à faire !
- Je n'ai vraiment pas assuré face à elle…
- Les dés étaient pipés dès le départ. Elle s'est arrangée pour t'affaiblir au maximum.
Alérian soupira, donnant l'impression de se rendormir, mais il eut soudain un sursaut.
- On ne rentre pas chez nous, hein ? Ne me dis pas qu'on a quitté les coordonnées du QG du Spectre ! ?
- Non, mon grand. Warius n'aurait jamais donné cet ordre !
- Oui, Zunia est seule là-bas, on ne peut pas l'abandonner !
- Voilà pourquoi Warius ne repartira pas sans solution pour elle. Mais que faire, et surtout comment transporter un Dragon adulte ? Il videra les stocks de vivre en quelques jours !
- Il doit pourtant bien y avoir une solution…
- Tu y réfléchiras quand tu auras recouvré des forces. Prends le cachet que t'a préparé Elong, dormir fera le plus grand bien à ton organisme et à ton esprit !
- Je dois voir Zunia…
- Plus tard ! Ne t'inquiète pas, on ne la laisse pas derrière nous !
Rassuré, Alérian se détendit, avalant machinalement avec une gorgée d'eau le cachet apporté par son père, ne résistant pas un instant au sommeil qui le gagnait.
- Ne m'abandonne pas, papa…
- Jamais ! Warius peut me foudroyer autant de fois qu'il le voudra de son arme paralysante, je me relèverai toujours !
- De quoi parles-tu ?
- Rien. Sois paisible, mon petit.
Sous les gestes doux de son père, Alérian s'endormit profondément.
Encore le plus valide des deux, cela avait été en chaise roulante qu'Oshryn était venu voir son commandant.
- Au moins, avec ta jambe cassée, cet endosquelette de cuir et de métal, tu ne pourras pas filer tout partout sans m'échapper !
- Vas-y, moque-toi, grinça Alérian. Et si je m'éclipsais, tu comptes me poursuivre en fauteuil ?
- Touché, Alie. Toi et moi ne serons pas opérationnels avant bien des semaines… Après avoir moi-même dormi bien des jours grâce aux « bons soins » de notre Doc Mécanoïde, je t'ai vu sommeiller bien longtemps. Nous devrions repartir, rentrer chez nous, enfin ! Pourquoi cette attente ?
- J'ai à m'entretenir avec Zunia !
- Pourquoi, elle jappe un peu trop, cette charmante petite Dragonne ?
- Une Dragonneaude de plusieurs tonnes désormais !
- Quoi ! ? s'étrangla Oshryn.
- Compliqué à expliquer, souffla Alérian. Je ne me sens pas assez bien que pour tout raconter… Tu me fais confiance ?
- Je suis ton second, commandant !
- Merci.
Encore trop faible à tous points de vue – l'incision à la gorge, la jambe brisée, la perforation au côté – Alérian céda au sommeil.
