13.

- Vous êtes ingérables, les balafrés !

- comme si tu n'avais pas l'habitude depuis toutes ces années, Warius !

- Oh toi, vieille bourrique, je ne peux rien dire. Mais à toi Alie, je pourrais t'ordonner de rester au Centre Hospitalier ! D'ailleurs Doc Elong ne t'a pas autorisé à te balader !

- Il faut que je voie Zunia. Depuis tous ces jours, elle doit mourir de faim !

- Désolé, mais je n'ai pas de quoi nourrir un animal de cette taille, remarqua Warius. Et je peux savoir pourquoi Rahog me signale depuis ce matin que trois équipes de techniciens se relayent à l'entrepôt DG4 ?

- Il est assez grand pour accueillir une Dragonne, je dirais, remarqua Albator.

- Et je ne dispose toujours de suffisamment de stock de vivres pour l'alimenter ! aboya Warius. Cet équipage passe avant tout !

- Je vais sur l'ex-QG d'Anaëlle, un point c'est tout ! souffla Alérian en faisant manœuvrer sa chaise roulante électrique. On y va, papa !

- A ton service, mon grand !

- Il va tenir le coup ? murmura Warius à l'adresse de son ami borgne et balafré.

- Elong m'a préparé quelques injections de stimulants. Ensuite, dès le retour, je le remets moi-même dans son lit !

- Mais je l'espère bien ! Et je peux déjà t'assurer que personne ici ne voudra d'un Dragon adulte à bord ! D'ailleurs, on n'a même pas de quoi le transporter !

- Alérian n'abandonnera pas son amie !

- Ca, je n'en doutais pas un instant.

Albator rejoignit alors rapidement le spacewolf près duquel son fils l'attendait.

Warius quitta le pont d'envol avant sa dépressurisation pour permettre l'envol du spacewolf Pirate.

« Tiens bon, Alie, tu t'imposes une terrible épreuve pour laquelle tu n'as pas assez de forces… »


S'asseyant, Zunia attendit que les deux balafrés s'approchent, Albator poussant à présent la chaise roulante de son rejeton.

- Tu as une mine atroce, Alie, fit télépathiquement la Dragonne.

- J'avais à régler les choses entre nous. Tu m'as sauvé la vie et j'ai encore moins les moyens de prendre en charge un Dragon adulte qu'un bébé ! Tu dois mourir de faim !

- Mon ventre gargouille bien, reconnut Zunia qui d'un élégant signe de tête avait salué Albator qui n'avait pour sa part aucune idée de l'attitude à adopter et dès lors ne pipait mot, n'osant même pas frotter le bout de son nez qui le démangeait ! Mais je peux tenir des semaines, voire même plus d'un mois sans nourriture.

Alérian dodelinant de la tête, son père lui fit la première injection de stimulant.

- Ça ne m'aide pas, soupira le jeune homme en se ranimant. Mon amiral et ami a malheureusement raison sur toute la ligne bien que je le contre : je n'ai guère de place à bord pour une Dragonne de ta taille, et je ne puis condamner mes membres d'équipage à ne plus rien avoir dans leur assiette pour te nourrir… Mais je ne peux t'abandonner, cela m'est impossible ! As-tu une solution ?

Les yeux jaunes de reptile de Zunia se posèrent un moment sur l'attelle en endosquelette entourant entièrement la jambe droite de son ami à deux pattes.

- Possible…

Albator se pencha sur son fils qui tremblait d'épuisement, les phalanges blanches à force de serrer les accoudoirs de sa chaise roulante pour tenir bon.

- Cette épreuve est inhumaine pour toi, dans ton état, mon grand, fit-il avec souci et chaleur. Je te ramène, nous attendrons…

- Non, Warius ne patientera plus, lâcha Alérian d'une voix hachée par la faiblesse, des douleurs insoutenables fusant de ses blessures. Il a raison, c'est un véritable chef, lui ! Mais je ne laisserai jamais Zunia ici !

Alérian eut un léger gémissement, les vertiges impossibles à repousser, sa vue s'obscurcissant.

- Alie !

Albator caressa tendrement la crinière d'acajou de son fils qui avait cédé à l'évanouissement.

- Je ne sais si tu m'entends, Zunia. Mais je ne pouvais donner un autre stimulant à Alie, en dépit des doses fournies par Elong, il ne l'aurait pas supporté ! Je dois le ramener, et il nous faut bel et bien t'abandonner ici… Nous allons chercher une solution, je te le promets ! Tu es une Dragonne merveilleuse, mais les bâtiments de guerre, de quelque patrie qu'ils soient, ne sont pas équipés pour un être fabuleux de ton genre !

- Je comprends, assura Zunia en entrant en contact mental avec le grand brun balafré.

- Merci, Zunia. Mais je me sens aussi mal que mon enfant à l'idée de te laisser mourir de faim ici, ce n'est pas juste !

- Cela n'arrivera pas !

Ramenant la chaise roulante au spacewolf, Albator se retourna néanmoins avant d'y transporter son fils, mais Zunia avait soudain totalement disparu !

« Zunia ? ».

Déposant Alérian sur une banquette, le sanglant pour la sécurité du vol, trop inquiet pour lui, Albator ne remarqua pas un instant que les pétales originellement rouge sang du pendentif en forme de rose étaient devenus d'un noir de suie !