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- Commandant sur la passerelle !
- C'est quoi, cette mutinerie collective ? se plaignit Warius. Vous êtes tous les deux convalescents !
- C'est notre Destroyer, on en reprend le commandement, ne t'en déplaise, amiral ! firent d'une voix Alérian ainsi qu'Oshryn qui était en réalité déjà à son poste depuis de nombreux jours !
- Ça me va. C'est même la meilleure des nouvelles !
S'appuyant sur ses béquilles, Alérian gagna son fauteuil noir sur l'aire surélevée de la passerelle, appuya sur un des boutons des consoles de ses accoudoirs.
- Equipage, ici le commandant Rheindenbach. Nous rentrons chez nous ! Nos congés ont été amputés récemment, mais ils seront à présent prolongés d'autant avant la prochaine mission, ordre de notre amiral. Profitez-en !
Alérian mit fin à la brève communication, mais s'il devinait la joie de son équipage, lui n'en ressentait aucune, encore bien trop meurtri dans sa chair, et redoutant le retour de tous ses ennemis – Gamalthine et Anaëlle en tête, sans compter les nouveaux qui ne manqueraient pas de pointer à un moment ou à un autre le bout de leur nez…
Warius s'obligeant à un rôle de second plan, de passager même désormais, il ne fit rien quand Oshryn claudiqua jusqu'à son commandant, une main sur son flanc blessé encore bien douloureux.
- Tu vas retrouver les tiens, Alie !
- Et toi un immense hôtel particulier, où tu seras seul…
- Je suis né le cul dans le beurre, ensuite j'ai eu plaisir à me le faire farcir. Je rebondirai, c'est ce que j'ai appris à ton contact, commandant !
Oshryn fronça les sourcils.
- On a abandonné Zunia ? Je ne peux y croire !
- Non, Zunia ne me quittera plus jamais !
Reprenant conscience, Alérian aperçut l'hologramme, la projection astrale miniature, ou encore le fantôme de son amie Dragonne, flottant au-dessus de son lit d'hôpital.
- Ne me dis pas que tu t'es sacrifiée pour me permettre d'être soigné, de rentrer chez moi ?
- Non, jamais ! Je suis avec toi, c'est moi qui ne te laisserai pas, de toute ma vie de plusieurs siècles ! Je suis là, au plus près !
- Je ne comprends pas…
- J'ai fusionné avec ton pendentif. Une rose noire désormais. Permets-moi juste d'être libérée de temps en temps, sur des planètes pas ou peu peuplées, mais giboyeuses, que je puisse chasser et m'alimenter ! Je ne demande rien de plus, je n'ai besoin de rien d'autre ! Tu m'y autorises, Alie ?
Les larmes roulèrent sur les joues du jeune homme.
- Alie ? Si tu ne veux plus de moi, je disparaîtrai… Sans ma mère, sans Sanctuaire, je ne suis rien…
- Zunia, je t'aime précieusement, et tu m'as sauvé la vie !
- Où est le souci ? insista la projection fantomatique de la Dragonne.
- Je suis tellement honoré de ta confiance, de ta fidélité, j'espère en être digne et pouvoir t'offrir ces temps de repos pour te nourrir ! Et mes trois mois de congé, là je ne pourrai pas te relâcher sur Déa… Je m'arrangerai, tu as ma parole !
- Merci, Alie, je savais que je pouvais compter sur ton amitié et ton immense cœur ! N'oublie donc pas que je suis dans ton pendentif, prêt à jaillir au besoin !
- C'est moi qui te remercie, superbe Dragonne !
Prié de se rendre à l'appartement du commandant, même convalescent, du Starlight, Warius vit s'y offrir une coupe de champagne.
- Alie, l'alcool t'est interdit !
- Ce n'est pas pour moi. Merci d'avoir pris ma relève. Je t'en saurai infiniment gré ! Bois ce verre !
- Merci, Alie Rheindenbach !
- Papa aurait dû être là, mais je l'ai fait repartir au plus vite encore que nous vers Déa !
- Pourquoi ?
Alérian eut un sourire béat.
- Chalandra pourrait bien perdre les eaux bien avant l'heure !… Pourquoi ce sursaut, Warius ?
- Alie, tes prunelles, elles viennent de devenir jaunes, l'iris en biseau, comme celles d'un reptile !
- Non, ça va, assura le jeune homme en buvant son verre d'eau citronnée avec plein de glace pilée.
Alérian tourna la tête vers l'écran le plus proche.
- Mon Warriorshadow, il est superbe !
De la tête, Warius approuva.
- Oui, ce cuirassé est peut-être bien peu discret : rouge et or. Mais il te convient parfaitement ! Il t'offrira une liberté dont tu ne pouvais disposer sous mes ordres. Lâche-toi, le moment venu, mon petit frère de cœur ! Mais, avant tout, sois avec les tiens et guéris !
- J'ai intérêt… Anaëlle n'était que la nouvelle pointe d'iceberg de mes ennemis… De nouvelles emmerdes, le pire est à venir…
- Alie ! ?
- C'est ainsi, Warius, j'en ai le pressentiment, la certitude même ! Je vais tenir bon, je vais guérir, et je repartirai plus flamboyant que jamais !
- Mais, je n'en ai aucun doute, Alérian !
- Merci, Warius. Merci pour tout !
