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- Je veux jouer avec mon papa !

- Alden, ton papa n'est pas en état…

- J'ai joué avec les jumeaux de Warius et de Marina… Mais ils sont trop grands pour moi… Je préfère jouer avec mon papa !

- Alden…

Le garçonnet rit, échappant à l'étreinte de sa mère et se précipita vers la terrasse où son père était sur une chaise longue.

- Papa, jouer !

Le petit tendit son léger ballon coloré.

- Alden… soupira Alérian, avant de se raviser et de sourire, resserrant les sangles de son attelle désormais articulée. Bon, allons-y ! Mais tu me ménages, mon petit cœur ?

- Je prendrai soin de toi, mon papa !

Serrant sa balle contre lui, Alden courut vers le parc du ranch des Zéros, son père plus lent, sa jambe blessée encore en pleine rééducation, mais ravi de retrouver un semblant de vie normale avec le garçonnet de son cœur.

Au milieu du pré, Alden envoyé sa balle, que son père rattrapa, avant de doucement la lui relancer, en un interminable échange d'affection.

Depuis la terrasse, Danéïre avait suivi, avec un brin d'appréhension, les jeux.

« Alden, tu es un cœur tout court ! Tu prends en effet soin de ton papa ! ».

Mais, prévenante pour les deux hommes de sa vie, la jeune femme s'étendit dans la chaise longue, s'appropriant le thé glacé entamé par son époux pour le finir ! Et bien que détendue, elle continua de surveiller le jeu.

Alden avait envoyé, d'un jet trop puissant pour ses cinq ans, dans la grande fontaine.

- Papa ! ?

- Je ne peux pas, Alden, c'est trop loin. Il faut laisser ton ballon…

- Mais j'aime ma balle !

Et sans écouter son père, sans réfléchir, Alden plongea dans la fontaine, y perdant pied, incapable de nager !


Albator tapa encore dans le dos de son fils à la crinière d'acajou, lui faisant crachant les dernières gorgées d'eau avalées.

- Alie ?

- Je vais bien…

- Des nèfles !

- Je vais bien… Alden ?

Albator secoua son fils.

- Alérian, tu avais complètement perdu la tête ou quoi ?

- Alden se noyait…

- Et tu l'as juste rejoint, cette attelle t'entraînant au fond de la fontaine…

- M'en fiche… Alden ?

- Il va bien, juste de l'eau avalée. Il réclame ses jeux vidéo ! Alie, c'est toi qui ne vas pas bien ! ?

- Quelle surprise ? !

- Je ne comprends pas, Alie ? fit doucement Albator.

- Papa, comment pourrais-je assurer le rôle que m'a dévolu mon amiral alors que je ne sais même pas sauver mon propre enfant ! ?

- Tu vas récupérer, mon grand.

- Je sais, papa… Mais Alden a presque failli mourir parce que j'étais hors d'état de lui porter secours !

- La ferme ! intima Warius en se mêlant de la discussion. Tu as agi comme un père, le plus héroïquement possible, et tu as tout fait pour sauver ton fils !

- Je n'y suis pas arrivé…

- Alie, tu vas guérir, tout simplement !

- J'espère. J'ai peur de ne pas entièrement me rétablir…

Albator étreignit les épaules de son fils.

- Comme si je n'étais pas passé par ces affres quand j'ai traîné ma propre patte et que j'ai simplement cru demeurer impotent pour la vie… Ce qui n'est pas ton cas, Alie ! Et tu as sauvé Alden !

- Il va bien ?

Les portes s'ouvrant, Alden courut se blottir dans les bras de son père.

- Je t'aime tout plein !

- Mon petit cœur…


Lishon, la jument pommelée hennit vigoureusement, agitant la tête, désignant des naseaux sa selle dorée !

- Pardonne-moi, ma belle, je ne peux pas t'enfourcher encore pour un bon moment – en tout bien tout honneur même si tu ne comprends pas cette dernière partie de ma phrase.

Le cheval effleura de la tête son cavalier, soufflant doucement à son visage et ce dernier lui renvoyant le salut.

- Mais promis, avant la fin de mes vacances, nous galoperons, Lishon ! promit Alérian en se retirant, marchant au moins mal avec son attelle articulée.

Alden ayant gentiment poussé la porte de la chambre de ses parents, Danéïre mit machinalement un doigt en travers de ses lèvres.

- Alden, ton papa dort !

- Je voulais juste me glisser près de lui, lui dire quelque chose… Je peux ?

- Viens, petit cœur, fit la jeune femme en écartant la grande couette.

Alden se glissa jusqu'à son père.

« Un jour je serai grand moi aussi. Un jour je prendrai soin de toi, mon papa ! Je t'aime ! ».

Danéïre ramena doucement la couette sur les deux hommes de sa vie endormis.