18.
Le ranch des Zéro en pleine cambrousse, Alérian y avait relâché Zunia juste après son arrivée.
Et près de deux mois plus tard, il était parti sur Lishon, à cru, sa jambe toujours sous attelle un brin brinquebalante au flanc droit de la jument pommelée.
- Tu captes toujours mes pensées, Zu ?
- Toi et moi somme éternellement liés, fit en réponse la jeune Dragonne.
- D'où mon regard reptilien que Warius a capté, un jour, sur mon Destroyer ! Je comprends.
- Oui, mais tu n'as aucune idée de tout ce que cela va impliquer à l'avenir. Toi, tu as une vie d'Humain, moi j'ai trois cents ans d'existence de Dragon. Mais, sous peu, nous en arriverons à l'éternel Partage des Cœurs.
- Le Partage des Cœurs ?
- La fusion entre un Dragon et celui qu'elle se choisit comme ami. Car, quoi que tu aies pensé, Alie, même bébé, tu n'as jamais été mon maître, je te choisissais de par ma volonté et non parce que tu avais récupéré mon œuf !
- Tu es un animal noble, tu ne peux être apprivoisée. Tu es mon amie, je t'aime comme telle et je n'aurais pas voulu d'une amitié de soumission. D'ailleurs, qui pourrait imposer son autorité au dernier des grands Dragons ! ?
- Moi, je suis ton amie, Alie. Vu mon espérance, je t'accompagnerai jusqu'à ton dernier jour, tu peux compter sur ma fidèle amitié.
- Merci. Mais, dis-moi, Zu, tu n'as pas décimé quelques troupeaux ou autres bestioles, pour te sustenter ? gloussa le jeune homme.
- Je n'ai volé que de nuit. J'ai été très discrète. Et je n'ai chassé que du gibier sauvage pour m'en régaler ! Je suis repue. Je pourrai tenir presque quelques mois avant mon prochain repas !
- Tu me rassures. Je n'aurais pas aimé la perspective que tu te nourrisses de mon équipage en le décimant comme dans un bon vieux film d'horreur ?
- De quoi ?
- De l'humour d'Humain, Zunia. Je sais que tu ne feras aucun mal à un seul d'entre nous. Tu rentres à la maison ?
- Il faut d'abord que je te montre quelque chose. Je te guide télépathiquement.
Suivant les indications de progression de son amie ailée, Alérian parvint à une sorte de nid où se trouvaient deux chiots noir et feu.
- Leur mère, sauvage, a été tirée par un chasseur. Soit il l'a confondue avec un gros gibier, soit il voulait juste faire un carton. Ces deux-là sont les seuls survivants de la portée. D'autres prédateurs de cette forêt ont emporté les corps des autres. Mais si tu ne prends soin de ceux-ci, ils n'ont pas vingt-quatre heures d'espérance de vie…
Alérian prit les deux petits corps contre lui.
- Merci de leur avoir sauvé la vie, Zunia !
La Dragonne eut un grondement qui se voulait un rire et un soupir de soulagement, et se dilua pour réintégrer le pendentif en forme de rose de son ami à deux pattes.
Alden leva des yeux chagrinés sur son père.
- Tu vas bientôt repartir ?
- Oui, c'est mon boulot ! Mais ne pleure pas trop vite, je suis encore là pour trois semaines ! Et toi, petit cœur, tu t'en sors ?
- Je donne le biberon aux bébés molosses autant de fois qu'il le faut ! Ils grossissent plus vite que tante Enysse !
Alérian rit doucement, caressant doucement les corps doux et chaud des chiots jumeaux endormis sur ses genoux.
- Dis, papa, je pourrai en garder un ? interrogea le garçonnet.
- Oui, pourquoi pas ? Mais il faudra bien l'éduquer, car ce bébé pèsera un jour quatre-vingt kilos et avec une mâchoire d'acier !
- Et pour la sœur de Jhiro ?
- Jhiro ? sourit Alérian.
- Je viens de baptiser mon chien ! Et sa sœur ? s'inquiéta le petit garçon.
- Je l'emmènerai avec moi sur le Starlight.
- Oh, papa, tu es merveilleux !
- Non, je suis juste ton papa. Ma jambe est parfaitement guérie, je peux arrêter de délirer dans le pessimisme, j'ai dû saouler tout le monde !
- Moi, je t'aime tout plein !
- Je t'adore, mon petit cœur. Mais va dormir un peu. Dans très peu de temps, Tahie va se réveiller et réclamer un biberon !
- Tahie ?
- Je viens de la baptiser !
En un élan mutuel, le père et le fils s'étreignirent, simplement heureux.
FIN
