Chapitre 5
Trois heures et cinquante minutes plus tard, le brun daignât enfin se réveiller. Il ressentait une douleur immense près de l'œil et son crâne lui faisait un mal de chien. Il n'eut pas le temps de se masser la nuque que le commandant de bord annonçait l'atterrissage imminent sur l'île de San Calderòn et ordonnait aux gardes présents à l'intérieur de l'avion de boucler les ceintures de sécurité des prisonniers. Après avoir jeté un coup d'œil à ses compagnons de voyages qui présentaient tous des mines d'enterrement, il observa par le hublot l'étendue de terre entourée d'eau sur laquelle il allait avec Naruto, passer les trois prochaines années. Elle était vraiment étrange : il n'y avait pas vraiment d'aéroport, juste une piste d'atterrissage qui s'étendait sur plusieurs mètres. Aucun autre avion n'était présent plus bas. L'herbe y était vraiment haute et d'ailleurs, elle recouvrait la majeure partie de l'île. Du reste il s'agissait de deux gigantesques établissements présentant chacun une immense cour. « Ça doit être ça, le centre de réinsertion », finit-il par se dire avant de subir les secousses de l'atterrissage. L'appareil s'immobilisa sans trop de difficulté. Tout de suite, des hommes en tenue se saisirent des jeunots et leurs injectèrent une substance blanchâtre par l'intermédiaire d'une seringue sans que ces derniers puissent comprendre quoi que ce soit et encore moins se débattre. Tous perdirent connaissance dans la minute qui suivit et les curieux militaires n'eurent plus qu'à charger leurs corps inanimés dans un camion qui allait les transporter jusqu'au centre de réhabilitation, du moins ce qu'il en était réellement…
La nuit était tombée sur New Havent et Shizune venait tout juste d'arriver chez le Capitaine Sabaku afin d'entamer une nouvelle session de recherche en rapport avec la fameuse île de San Calderòn. Installée dans le salon en compagnie de Yashamaru, Gaara et Hanabi, tout ce qu'elle avait réussie à trouver jusque-là était sa localisation et son objectif officiel, ''réinsérer les délinquants mineurs à l'international en leur apprenant des métiers et en éliminant le gène criminel''. La brunette en était frustrée. Elle s'effondra sur le divan, soupirant avec désappointement et mettant sa main droite sur son front…
« Shizune, ne vous torturez pas l'esprit, voyons ! »
- Mais monsieur Sabaku, je trouve quand même cela bizarre que l'on retrouve si peu d'informations sur cette île, pas vous ?
- eh bien, je ne sais pas. Je me dis que ces australiens dissimulent peut-être des indices pour plus de sécurité et pour éviter l'invasion de journalistes trop curieux.
- pour si peu ? Non, je ne crois pas, Capitaine !
- vous avez des soupçons ?
- ce ne sont pas vraiment des soupçons, juste du…du scepticisme, voilà !
- j'avoue que je ne vois pas trop la différence mais bon, si vous le dites…
« Euh, je me demandais si il était possible de rendre visite aux internés qui sont dans ce centre ? » postula Gaara.
- Je crois quand même que cela devrait être possible. Je ne vois pas pourquoi ils interdiraient aux familles de voir leur fille ou leur fils interné, ce serait vraiment cruel ! lui répondit Shizune.
- et…vous croyez que l'un d'entre vous pourrait s'y rendre ?
- nous y rendre, mais pour quoi faire ? demanda le Capitaine Sabaku à son neveu.
- Sasuke et Naruto doivent certainement se faire un sang d'encre pour Junior et Hanabi. Ce serait bien de leur faire passer le message qu'ils vont bien et qu'ils sont en sécurité…
- mais oui, je n'y avais pas pensée, réalisa Shizune. Je vais tout de suite appeler mon ami du commissariat de police de Mansfield pour qu'il me communique les heures de visite…
Gaara s'en alla faire un énorme câlin à la petite Hanabi qui comprenait à peine ce qui se disait autour d'elle. Le jeune homme était heureux. Il allait enfin pouvoir apporter une once de gaité à ses amis malheureusement internés à des kilomètres de là dans un centre de réinsertion. La jolie Shizune sortit de la poche de son manteau un téléphone portable duquel elle appela Kakashi Hatake qui se trouvait alors dans un bain à remous, dans son appartement à Mansfield.
« Ah, bonsoir Shizune! » Fit l'inspecteur après avoir remarqué le numéro de téléphone de son amie.
- Bonsoir Kakashi, je ne te dérange pas j'espère ?
- hmm, non, je me relaxais juste dans mon bain !
- Ah ! répondit la brunette rougissant soudainement sous les yeux surpris de Gaara et du Capitaine Sabaku.
- tu as besoin de quelque chose ?
- euh oui, oui, se reprit-elle, tu pourrais me dire comment sont organisées les heures de visite au centre de réhabilitation de San Calderòn ?
- San Calderòn ?
- oui !
- et je peux savoir pour quelle raison tu as besoin de ces horaires de visite, Shizune ?
- eh bien, j'ai une nièce qui a été récemment envoyée sur cette île et j'ai envie de lui rendre visite très prochainement, rien de plus simple, Kakashi, mentit-elle.
- l'autre jour déjà tu me posais des questions en rapport avec le braquage de la banque de Mansfield et aujourd'hui il s'agit d'horaires de visite dans un centre de réinsertion…Tu n'aurais pas des choses à me dire ?
- mais qu'est-ce que tu vas t'imaginer… Dis-moi juste quand est-ce que je pourrais rendre visite à ma nièce… l'implora la brunette.
- je craints que cela ne soit malheureusement pas possible…
- Quoi ! Comment ça pas possible ?
Gaara et son oncle échangèrent alors un regard inquiet, ne comprenant pas totalement la réaction de la jeune femme.
« …Eh bien, c'est étrange mais il semblerait que les visites soient formellement interdites dans ce centre… » continua l'inspecteur.
- mais pourquoi cela ?
- je ne sais pas, en ce moment je mène ma petite enquête. J'ai l'impression que des choses très étranges s'y passent et j'ai bien l'intention de les découvrir.
- moi aussi, je suis perplexe. Je ne trouve quasiment pas d'informations sur cette île sur internet et je commence à vraiment me poser des questions… Ecoute, je vais prendre un vol direct pour Mansfield tôt demain matin, dès que je suis arrivée, je te préviens, Ok ?
- euh, Ok !
- A demain, conclut Shizune avant de terminer son appel téléphonique.
La jeune femme informa Yashamaru et Gaara des règles strictes du centre de San Calderòn et dut faire face à la mine déconfite de l'héritier des industries Sabaku. Elle quitta l'appartement du Capitaine quelques minutes plus tard car il fallait bien qu'elle se prépare pour son voyage du lendemain. La brunette était toute contente à l'idée de revoir celui qui fit autrefois chavirer son cœur mais à qui elle n'a jamais eu le courage de révéler ses sentiments.
A Mansfield, se tenait tard dans la nuit une réunion plutôt spéciale. En effet, dans l'entrepôt d'un immeuble désinfecté, s'étaient retrouvées plusieurs personnalités publiques à en juger par les tailleurs haute-couture qu'ils arboraient ainsi que les berlines noires garées à l'extérieur du bâtiment. Une seule personne semblait faire tache au milieu de ces hommes prestigieux, l'inspecteur de police Shimura Danzo. Il paraissait effectuer un compte rendu méticuleux à ses interlocuteurs entourés de vigoureux gardes de corps. Mais qui était donc ces individus devant qui l'inspecteur de police du commissariat de Mansfield se soumettait ainsi scrupuleusement ? Un début de réponse fut apporté à cette interrogation lorsque le policier prononça les paroles « Monsieur le Ministre » en s'adressant à l'un d'eux…
« …Monsieur le Ministre, d'après les derniers rapports qui m'ont été envoyés, il semblerait que le projet Infernus, si tout se passe comme prévu, arrivera à terme d'ici deux ans… »
- J'ai hâte de mettre mes plans à exécution, Danzo ! Et dire que tout cela se prépare aussi depuis le sol américain Madame la Présidente ne verra pas le coup venir, s'en est hilarant ! lui répondit son interlocuteur, un sourire niait au bout des lèvres.
- euh, j'espère que notre accord tient toujours monsieur le ministre ? Je n'aimerais pas être victime du cataclysme prochain qui touchera les Etats-Unis !
- Mais pour qui me prenez-vous, Danzo ? Je suis un homme de parole ! Les présidents Belge et Australien, par l'intermédiaire de leurs représentants ici présents ainsi que moi-même nous sommes engagés auprès de vous n'ayez crainte cher inspecteur.
- bien, Monsieur le Ministre ! répliqua Shimura, rassuré.
- Je crois qu'on s'est tout dit, cet entretien est maintenant terminé ! conclut le mystérieux ministre.
La dizaine d'individus présents dans l'entrepôt regagna alors les véhicules disposés juste devant l'immeuble. Avant de pénétrer le sien, Danzo fut interpellé par l'homme d'Etat…
« Monsieur Danzo, par rapport à ce que vous m'avez dit ce matin au téléphone, j'ai chargé quelques hommes à la surveillance de votre collègue. Je ne veux courir aucun risque concernant cette affaire aussi, s'il manifeste encore une quelconque volonté investigatrice, nous nous chargerons de lui ! »
L'inspecteur de police acquiesça d'un hochement de tête et s'en alla quelque peu soulagé. Il semblait jouer un rôle important dans tout ce complot qui reliait vraisemblablement des personnalités importantes et influentes du monde. Il lui avait en effet été promis une somme d'argent considérable ainsi qu'une protection optimale afin qu'il échappe sans encombre au désastre à venir. En cette nuit froide de vendredi à Mansfield, les grands esprits s'étaient rencontrés et les idées les plus fourbes s'étaient précisées, en partie tout au moins.
Le lendemain alors que le soleil n'avait pas encore pointé le bout de son nez, dans l'archipel des Salomon et plus précisément à l'île de San Calderòn, Naruto se réveillait tout engourdi. Tout était sombre, où était-il, qu'est-ce qui avait bien pu se passer ? Il entreprit de se lever du lit d'où il était installé mais regretta son geste quelques secondes après qu'il ait heurté violemment son front contre ce qu'il avait ressenti comme les traverses d'un lit superposé. Le blond roula sur le côté afin de se mettre plus à son aise. Il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez et pourtant il avait la fâcheuse impression qu'il était encellulé. Ses craintes se révélèrent fondées lorsqu'il tâta ce qui lui sembla être des barreaux de fer verticaux. Se mouvant dans tous les sens, il percuta une table de chevet sur laquelle il trouva inopinément une lampe torche. Son premier réflexe fut alors celui d'éclairer la partie supérieur du lit superposé car il devait bien y avoir quelqu'un. Il espérait secrètement qu'il s'agisse de Sasuke mais, quelle ne fut pas sa grande déception quand il aperçut des cheveux d'une teinte rougeâtre dépassant de la couverture. Il prit la peine ensuite d'éclairer chaque parcelle de la pièce : il était bel et bien dans une prison juste un lavabo et un coin toilette, rien d'autre. Passant sa lampe torche à l'extérieur des barreaux, il put remarquer qu'il ne logeait que dans l'une des nombreuses cellules qui jonchaient le couloir d'un établissement sans doute pénitencier. « Où est passé Sasuke ? » se posait-il la question. Il regagna son lit, patientant jusqu'au lever du soleil.
L'astre jaune illumina l'île une heure et trente minutes plus tard. Le blond, lui, s'était assoupi à force de méditer et de patienter. Un bruit assourdissant le sortit de ses songes le faisant une nouvelle fois heurter le lit du dessus. On aurait dit un grondement de tonnerre ce n'en était pas un tout de même. Son compagnon de cellule se réveilla aussitôt d'un grognement d'animal et Naruto put enfin entrevoir son visage. Il présentait un regard assez glauque et avait l'air terriblement épuisé malgré la nuit qu'il venait de passer. Ces joues creuses et son corps trop affiné pour sa tête laissait croire qu'il souffrait d'une mauvaise alimentation. Il descendît de son lit et se mit à chercher quelque chose dans les tiroirs de la table de chevet. Il en sortit une paire de lunette à verres rectangulaires qu'il plaça devant ses yeux d'un noir profond. Le roux remarqua alors présence d'un individu non identifié dans « sa » cellule…
« Qui es-tu, toi ? » demanda-t-il d'une voix qui ne correspondait pas du tout à sa corpulence.
- Euh, moi c'est Naruto. Tu peux me…
- C'est vous qu'on envoie pour remplacer ceux qui sont mort alors…
- pardon ? Ceux qui sont morts ?
- Vous êtes nombreux à avoir été envoyés ici ?
- Sept, si je n'ai pas oublié comment compter !
- Combien de mecs ?
- Moi, Sasuke, le type à la cicatrice et deux autres…
- Merde, c'est pas assez, s'exaspéra le roux. Prépare-toi, on en a pour cinq heures au moins.
- Tu peux être plus clair ? questionna Naruto.
Le couloir s'éclaira d'un coup avant que le blond ne puisse obtenir réponse. Ce dernier vint s'accrocher aux barreaux de la cellule et à son plus grand bonheur, il aperçut la crinière brune de Sasuke dans la cellule juste en face de la sienne.
« Sasuke, Sasuke… », hurla Naruto.
Le nommé se retourna aussitôt à l'entente de cette voix familière. Un sourire béat se dessina sur son visage à la vue de son ami d'enfance.
- Naruto, oh putain comme j'suis soulagé, tu vas bien ?
- Oui, oui ça va. Tu te souviens de comment on est arrivé ici ?
- Pas vraiment. Je me rappelle juste de l'avion qui se pose sur l'île et puis, le trou noir.
- ouais, c'est la même chose pour moi… on dirait qu'on n'est pas vraiment dans un centre de réinsertion.
- en effet, j'en doute fort…
« Non mais est-ce que vous allez la fermer ? » brailla un incarcéré depuis sa cellule.
Sasuke, lui, put distinguer l'individu qui s'était exprimé étant donné qu'il était dans la cellule voisine à celle de Naruto. C'était un homme mince plus âgé que la plupart des détenus. Il avait une barbe dont la couleur tirait vers le jaune et fumait une cigarette dont il rejetait les émanations sur son codétenu. De plus, il s'aidait de ses ongles à la longueur démesurée pour se curer les oreilles mais ça, l'Uzumaki ne l'avait pas vu…
« La ferme toi-même ! T'es qui pour nous donner des ordres ? » répondit le blond.
La réplique du jeunot raisonna dans toute la salle et de grands cris émanèrent alors des cellules des prisonniers.
L'interpellé esquissa un sourire biscornu sur son visage. Il cracha sur son codétenu et s'avança vers les barreaux de sa cellule…. Il observa ensuite des rayons de soleil qui réussissaient à trouver chemin pour pénétrer par des fissures du plafond…
- Quelle belle journée pour commettre un meurtre !
A suivre !
