La première chose qu'elle sentit était un corps effondré contre le sien, secoué de sanglots. Une main dans ses cheveux. Quelqu'un qui l'enlaçait de sa chaleur. Et la terre, sous elle, son odeur si forte. Les gravillons qui s'enfonçaient dans sa peau. Elle cligna des yeux, frémit. Son corps était endolori, chaque parcelle d'elle-même lui faisait un mal de chien. Dans un effort, elle leva le bras, posa sa main sur une épaule tremblante. Soudain, l'étreinte fut rompue.

Elle se relevait, à genoux à ses côtés. La stupéfaction lui fit ouvrir grands ses yeux verts, des stries sur ses joues noircies, des cheveux roux collés à son visage.

Elles ne soufflaient mots. Elles n'auraient pu. L'air leur manquait, comme des apnéistes qui crèvent d'un coup la surface de l'océan. Le monde partait à la renverse. Ce fut la brune qui, avec une inspiration difficile, murmura un mot, avec un large sourire. « Ginny ». Puis, sans rien dire de plus, elle se tendit vers elle, croisa son regard une seconde, accrocha une main à son visage, et, sans hésiter un instant, l'embrassa. Doucement, d'abord, goûtant à cette sensation avec émerveillement, puis furieusement, presque avec violence. C'était un baiser qui revenait d'entre les morts. Ginny y répondit. Lui mordit la lèvre. Il y avait du sang et de la rage dans leurs bouches. Elles étaient vivantes. Elles s'embrassaient, s'enlaçaient dans un champ de ruines.


Hermione se réveilla dans un sursaut. Elle détestait se réveiller ainsi, brutalement. Encore ce cauchemar, cet éclair vert, puis le néant. Elle posa le regard sur Ginny, endormie elle aussi, pelotonnée contre elle, sous le plaid. Des bières vides jonchaient la table basse. La télévision s'était éteinte depuis longtemps. Elle était bien chez elle, ses yeux ne lui mentaient pas. Le gramophone et les vinyles, dans un coin, l'odeur familière de la maison. Elle se redressa, écarta la couverture, se prit la tête entre les mains, soupira. C'était toujours la même chose depuis cette nuit-là. Elle n'arrivait pas à dormir. Même avec Ginny à ses côtés. À dire vrai, elle avait peur de s'endormir. Ce soir, elles avaient bu des bières moldues, regardé le début d'un film sans en voir la fin. Le sommeil les avait saisi avant. Par surprise. Elle se leva pour attiser le feu dans l'âtre, remua machinalement les braises. Elle en sentait la chaleur, mais elle avança sa main plus près encore, jusqu'à sentir la brûlure. Elle n'était pas morte.

- Tu sais, il y a d'autres moyens de s'assurer qu'on est en vie, Herm'.

Elle se retourna vivement, comme une gamine prise en faute.

- J'ai toujours du mal à y croire.

- Moi aussi. Mais on est pourtant là. Et moi, je sais que tu n'es pas un fantôme.

Ginny lui souriait. Elle s'assit en tailleur sur le canapé, qui soupira.

- Viens-là, Herm'.

La brune revint s'asseoir sur le bord du canapé, le regard obnubilé par les flammes, les brûlures au bout de ses doigts. Ginny vint se placer derrière elle, l'entoura de ses bras, posa sa joue contre son dos. Hermione passa sa main sur la sienne. Elles restèrent ainsi, absorbées par leurs pensées.

- J'ai toujours l'impression que je ne vais pas me réveiller. Que tout ça, c'est un rêve.

- Non. Je suis bien là.

Elle déposa un baiser sur sa nuque comme preuve. Lui parlait au creux de l'oreille.

- Il est mort. Zabini est mort. Et toi, tu es bien là.

- Je ne pensais pas que ça pouvait marcher. Je suis encore surprise que ce plan aie fonctionné. Et je suis vraiment, vraiment désolée de t'avoir fait ça.

- Ça, je n'ai même pas à te le pardonner, Herm', puisque tu es revenue. J'avais jamais vu ça, tu sais. C'était impressionnant. Le sortilège t'a touché. Et avant que tu n'atteigne le sol, il y a eu ce truc étrange. Le reflux les flammes, comme l'océan qui se retire avant un tsunami. Et l'instant d'après, cette vague écarlate qui est revenue, immense, droit sur la baguette de Zabini. Le feu m'a traversé, je n'ai rien senti. Les flammes l'ont consumé. Lui et toute sa magie. Il a disparu. Et toi, tu étais étendue sur le sol. J'ai pu enfoncer les grilles. Et après, tu connais la suite.

Hermione gardait le silence. C'était la première fois qu'elles en parlaient. Elle ne pouvait imaginer le flot de sentiments contradictoires qui avait pu passer dans l'esprit de Ginny. Elle la sentait contre elle qui avait resserré son étreinte à mesure qu'elle parlait. Elle sentait le léger tremblement de ses mains qui l'entouraient. Alors, elle les serra plus encore. Apaisa sa peur. Pourtant, ce fut Ginny qui reprit la parole.

- Mais tout ça, c'est fini. C'est fini, Herm'.

- Oui...

- On est vivantes. On est là. Et moi, je ne partirai pas. Je te le dis.

Sa voix s'était raffermie. À l'aveugle, la rousse chercha le bout des doigts brûlés d'Hermione. Les effleura, doucement.

« Il y a d'autres façons de s'assurer qu'on est bien en vie, Herm' », répéta-t-elle.

Hermione ne lui répondait pas. Alors Ginny se redressa derrière elle, se rapprocha encore d'elle, jusqu'à ce qu'elle sente ses jambes étendues contre les siennes, et entreprit de lui masser la nuque, puis les épaules, de ses doigts fins. Elle jeta un regard au gramophone. Le pavillon grésilla, joua This Word de Selah Sue. Elle commençait à comprendre comment fonctionnait cet appareil capricieux. Il réagissait à l'état d'esprit, ou quelque chose comme ça. La chanson emplissait le salon. Parfois, une chanson prend plus de place dans une pièce que du mobilier.

Hermione ferma les yeux. Essayait de se laisser aller, mais résistait encore. Les mains de Ginny restaient sur ses épaules, se heurtaient au col de sa chemise. Doucement, elle passa ses doigts sous la chemise froissée, la fit tomber sur les bras d'Hermione. Elle put enfin lui masser les épaules peau contre peau, s'aventurant sous son marcel défraîchi. Les mains sur son dos montaient et descendaient lentement, de ses épaules tendues jusqu'à ses hanches, s'accrochaient à son soutien gorge. Elle s'interrompit un instant, cherchant l'assentiment muet d'Hermione, qui le lui donna. Maladroitement, elle le dégrafa, le fit tomber, lui aussi. Elle reprit son mouvement, rassurant, les mains d'Hermione posées sur ses cuisses. Puis, imperceptiblement d'abord, s'aventura sur son ventre, en mouvement circulaires qui remontaient. Du bout des doigts, elle effleura la naissance de ses seins. Il y eut un soupir. Elle laissa ses mains remonter, soupeser, caresser. Ce fut Hermione qui prit la main de Ginny et la posa franchement sur son sein qui se durcit à ce contact. Ginny sentait Hermione se tendre sous ses caresses. Elle en voulait plus. Elle aussi. Leurs respirations se firent plus courtes. D'une main, Hermione emprisonnait celle de Ginny sur sa poitrine. Délicatement, Ginny descendit sa main libre, fit sauter le bouton de son jean, y fit passer ses doigts jusqu'à rencontrer un dernier obstacle. Elle s'y attarda, un instant. Sentant la chaleur, l'humidité sous ses doigts. De ses lèvres, elle torturait Hermione, lui déposait une volée de baisers sur le cou, sur ses épaules, le creux de la clavicule. Elle attendait, mettait Hermione à la torture. Celle-ci, n'y tenant plus, les ongles enfoncés dans les cuisses de Ginny, releva la tête d'impatience, expira son prénom. Alors Ginny soupira elle aussi, laissa ses doigts aller plus loin, trouver le cœur de la chaleur. Doucement, elle enfonça ses doigts, l'index sur son clitoris frémissant à son toucher. Elle reprit son mouvement, entraînant Hermione sur un rythme lent, la maintenant étroitement contre elle. À présent, l'une comme l'autre ne pouvait s'arrêter, se contenir. Les hanches d'Hermione imprimèrent un rythme plus rapide, presque frénétique. Les deux jeunes femmes étaient collées l'une à l'autre, la poitrine de la rousse écrasée contre le dos de la brune. Soudain, Ginny sentit Hermione se tendre comme un archet contre elle, s'arquer brusquement jusqu'à pouvoir se saisir de sa bouche. C'est dans un baiser furieux comme on recherche de l'air qu'Hermione jouit, puis se reposa contre Ginny, qui perçut les vagues successives de plaisir qui la traversait. Elles demeurèrent ainsi quelques minutes, essoufflées, emboîtées l'une dans l'autre. Hermione se retourna alors, s'assit en tailleur sur les cuisses de Ginny, qui l'enlaçait. Elles échangèrent un long baiser, doux, cette fois-ci. Hermione se recula, contemplait le visage tendu vers elle. Les yeux verts jetaient des étincelles, du désir.

« Tu vois, tu es bien vivante. », lui souffla Ginny.

« Oui. Toi aussi. », lui répondit-elle, en fondant sur elle. « à moi de te le prouver. », ajouta-t-elle en repoussant une mèche de cheveux roux.

Et cette fois, c'est Hermione qui fut téméraire.