Et voici venir le dernier chapitre! Bonne lecture à tout le monde, en espérant que cela vous aura plu!


- Mais vous ne pouvez pas faire ça ! Pas juste après avoir réussi à mettre Zabini et son réseau hors d'état de nuire ! Qu'est ce que vont penser les gens, si la Gazette venait à savoir ça ? Parce qu'elle le saura, c'est certain ! Harry, vous ne pouvez pas quitter le service des Aurors ! Pas en même temps que Miss Granger démissionne des écoute-aux-portes !

Newton Bodstrom était contrarié. La journée avait déjà mal commencé avec la grève du service de la maintenance magique. Il pleuvait dans le bureau des Aurors, et les notes de service arrivaient si fréquemment qu'il lui semblait qu'elles tournoyaient au dessus de sa tête, comme des oiseaux menaçants de fondre sur lui. Les suites administratives de l'affaire Zabini. Jusque là, il s'était consolé en se disant qu'il y avait de l'orage dans les bureaux de l'administration du ministère de la magie. Le niveau du département de la justice magique subissait juste une averse. Et maintenant, ça. Ce n'était décidément pas sa journée.

Newton Bodstrom était le nouveau directeur du bureau des Aurors et le responsable officieux du service des écoute-aux-portes, service qui n'était pas répertorié dans l'organigramme du ministère. Seuls les Aurors et le ministre de la magie en fonction connaissaient son existence. C'était un homme qui avait un physique à l'opposé de sa fonction. Fin et grand. Des yeux clairs, un visage qui serait enfantin avec ses cheveux châtain clairs en pagaille, s'il n'avait pas cette barbe impeccablement taillée. Des tatouages partout sur le corps, sous son costume trois pièces moldu. C'était un énergumène que Newton Bodstrom. Pas la carrure qu'on imaginait pour ce poste. Il passait pour extrêmement courtois, et plus d'une fois dans un ascenseur on l'avait pris pour un siégeant du Magenmagot. Mais il faisait un excellent travail. Au cœur de l'action, il avait toujours fait la différence. Et il avait passé toute sa carrière au bureau des Aurors, avant d'en devenir le chef, à la suite de Gawain Robards. Il comptait sur Harry Potter pour prendre sa suite. Jusqu'à présent.

- Mais pourquoi démissionner maintenant ? Ça n'a aucun sens ?

- Eh bien... je crois que nous avons envie de faire autre chose. Pour le moment.

- Mais quoi ? Je vais être honnête avec vous Harry, à part un poste d'attrapeur dans l'équipe nationale de Quidditch, peut être, vos talents ne vous serviront pas ailleurs !

Ils échangèrent un rire. Harry le savait, Bodstrom avait raison. Ce qu'il faisait de mieux, c'était de pourchasser les mages noirs et les vifs d'or. Il s'était toujours bien entendu avec Bodstrom. Il était franc.

- Eh bien justement. On va s'établir en free lance, avec Hermione, et Ginny Weasley.

- Pardon ?

- Devenir des Aurors et écoute-aux-portes indépendants. Des chasseurs de primes, si vous préférez.

- Ah...je vois, je vois.

Il n'était pas surpris. La mission en Australie avait eu ses répercussions. Souvent, les Aurors arrêtaient le travail quelques temps, pour se remettre d'aplomb. Mais ils ne pouvaient s'empêcher de rester non loin de l'action. Il savait ce que c'était. Il en avait eu sa part, à l'époque où il allait encore sur le terrain tous les jours.

- Je tenais à vous le dire personnellement, Newton. Ça n'est pas contre le bureau des Aurors, ni vous. Contre le ministère... peut être. Vous connaissez Hermione. Nous allons devenir indépendants, mais nous ferons le même travail. Le ministère, vous, vous pourrez faire appel à nous. Seulement, nous ne serons plus des fonctionnaires, nous serons payé en primes.

- Je vois que vous avez pensé à tout ! Eh bien, si telle est votre décision, je ne peux évidemment pas vous retenir, tous les deux. Je comprends votre choix, je suis passé par là.

- Merci, Newton. Et puis, ajouta-t-il en se levant, ce n'est pas définitif. C'est une période. Je pense qu'on finira par revenir ici. Mais pas tout de suite. Nous avons besoin de faire une pause avec le ministère et sa politique.

- Vous serez les bienvenus, soyez-en sûrs. Faites mes amitiés à Miss Granger, j'ai reçu sa lettre de démission ce matin même. Magnifique de concision, comme toujours. Et avec la vôtre, on perd deux des meilleurs éléments du service. On fera appel à vous dans peu de temps !

Newton et Harry se serrèrent la main. Ça avait été une discussion franche et honnête. L'un et l'autre s'appréciaient. S'il n'y avait eu le travail entre eux, ils auraient pu devenir amis.

Lorsque Harry fut sorti de son bureau, Newton se laissa tomber sur le canapé hors d'usage qui traînait dans le coin de la pièce. Il avait pris sa forme, à force de dormir dedans. Il croisa les mains sous sa nuque, jeta un coup d'œil aux photos accrochées au mur. Toute une vie résumée en image. Des photos moldues, d'autres magiques. C'était un enfant de moldu. Passé par Poudlard, directement arrivé au bureau des Aurors à la fin de ses études. On le trouvait bizarre, pour un sorcier, il le savait. Il avait gardé des liens forts avec le monde des moldus, celui de sa famille. En parallèle de sa carrière d'Auror, il avait longtemps joué au football dans l'équipe première de Liverpool pendant plusieurs saisons. Il avait côtoyé les plus grands du football anglais, était ami avec Steven Gerrard et Michael Owen, d'illustres inconnus avec qui il avait grandi en centre de formation, tout allant à Poudlard. Il avait sa notoriété dans le monde moldu. Ce qui surprenait toujours ses collègues du ministère. Mais le football était le Quidditch moldu, après tout. C'était un sorcier qui vivait au grand jour. Il avait un pied dans les deux mondes. Quand il avait dû prendre la tête du bureau des Aurors, il avait pris sa retraite sportive. Mais il y avait des médailles, son maillot et une écharpe de Liverpool accrochés au mur, avec ses diplômes de Poudlard. Il comprenait Harry et Hermione, eux aussi entre deux mondes. Et il savait qu'ils finiraient par revenir au bureau des Aurors, comme lui après cette foutue mission au Pays de Galles. C'était une question de temps, de reconstruction. Les Aurors ne peuvent faire autre chose que de pourchasser des mages noirs. La vie « normale », civile, ça ne leur convenait pas. Ils n'y étaient plus adaptés. Plus une fois qu'ils avaient goûté à l'adrénaline et aux combats. Mentalement, il était déjà en train de recomposer son onze majeur. Quand il avait pris la tête des Aurors, il avait décidé d'organiser son service comme une équipe de jeu. C'était un fonctionnement qu'il connaissait. Et qui avait fait ses preuves.

Alors il se leva dans un soupir et attrapa un morceau de parchemin. Il fallait bien annoncer la nouvelle au ministre. Il se sentait comme un présentateur météo qui annonce bien malgré lui un avis de tempête dans son bulletin quotidien.


La plaque était encore neuve, et brillait à chaque fois que des phares de voiture passaient dans la rue. Dessus, seuls les sorciers pouvaient lire « Granger, Potter et Weasley, nettoyage de nuisibles résistants. » Ils s'étaient établis à Seaton, une petite station balnéaire non loin de Branscombe. Hermione ne voulait pas mélanger le travail et le personnel. Seaton avait été le bon compromis. Ginny avait définitivement emménagé au cottage, et Harry louait une maison à Seaton. Leurs logements londoniens respectifs restaient vides, pour l'instant. Leur local était au premier étage d'une petite maison coincée entre les façades d'une rue passante. Pour les moldus, ce n'était qu'une façade défraîchie dont le propriétaire aurait pu au moins faire l'effort de rafraîchir la peinture. Ils avaient aménagés tout l'étage à leurs goûts, ce qui rendait la décoration pour le moins disparate. Des affiches Quidditch côtoyaient des piles de livres posées à même le sol, un vieux canapé en cuir faisait face à trois fauteuils décousus. Seule la table basse et les casiers emplis de dossiers étaient neufs. Une carte de l'Angleterre était épinglée au mur, avec des coupures du Chicaneur. Dans un coin, une bouilloire ensorcelée sifflait. Ils s'étaient installés il y a deux semaines, et ils refusaient déjà des missions. « C'est à croire que le ministère n'arrive pas à se débrouiller sans nous », ironisait Hermione.

Allongée en travers d'un fauteuil, Ginny rédigeait un article pour le Chicaneur. Elle ajusta une dernière rature puis envoya son parchemin avec l'un des hiboux de la volière intérieure qu'ils avaient aménagés. Quelqu'un frappa à la porte. Ce fut Harry qui alla ouvrir. C'était Newton Bodstrom en personne. Jusque là, il n'avait fait qu'envoyer des hiboux. Cela présageait une affaire d'importance.

Examinant la pièce, il vint s'asseoir sur le canapé, souriant. Face à lui, Harry, Hermione et Ginny attendaient. Hermione était prête à prendre des notes, parchemin et plume en main.

- J'aime beaucoup ce que vous avez fait de cet endroit ! Ça me donnerait presque envie de vous rejoindre, comme au bon vieux temps... mais enfin, l'affaire qui m'amène est délicate. Et tous les Aurors sont déjà pris par autre chose.

- On va voir ce qu'on peut faire pour vous, Newton, répondit Harry.

- Oui, alors, quel est le souci ?, s'enquit Ginny, en tailleur dans son fauteuil.

- Eh bien voilà, il se trouve que...

Le trio infernal écoutait, attentif. À mesure que Bodstrom expliquait la situation, l'excitation emplissait leurs visages. Ils acceptaient la mission, cela va sans dire.


Elle eut une impression de déjà vu. La rue n'avait pas changée. Cela ne faisait que quelques mois. Le chemin de traverse était immuable. Son bras la picota. Toujours ce tiraillement familier. Le cœur de l'action, elle y était. C'était sa place. Le même allumeur de réverbères s'avançait dans la rue. La même boutique d'objets magiques. Postée à une fenêtre de l'hôtel, Ginny essuyait un carreau. C'était le signal. La cible était bien là. Elle aperçu brièvement la tête de Harry, avant qu'il ne revête sa cape d'invisibilité. La porte du Chaudron Baveur s'entrouvrit, comme si un courant d'air était passé. Elle s'avança dans la rue, pour atteindre l'arrière cour du pub. Elle entrerait par derrière. Lorsqu'elle posa sa main sur la poignée, elle fit glisser sa baguette dans la manche de son trench. Il y avait cette chanson qui lui revenait en tête, « There was a boy... », qu'elle ne put s'empêcher de fredonner. À son tour d'entrer en scène.